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Doxorubicine
Ce médicament anticancéreux, isolé par les laboratoires Carlo Erba en 1965, est le chef de file de la famille des anthracyclines. Son nom usuel, adriamycine, rappelle son origine italienne : la souche bactérienne d’actinomycètes qui produit cet antibiotique vient des rivages de la mer Adriatique. Substance de couleur rouge-orangé intense, la doxorubicine s’intercale entre deux paires de bases azotées de l’ADN et agit avec la topo-isomérase II, enzyme qui contrôle la structure dans l’espace de l’ADN. Il se forme des complexes ADN-topo-isomérase II-doxorubicine qui fixent les coupures de l’ADN, bloquent ses fonctions et entraînent la mort cellulaire. La doxorubicine favorise aussi la formation de radicaux libres qui peuvent couper l’ADN et endommager les membranes, et expliquent la toxicité sur le cœur. Après son injection intraveineuse, la doxorubicine disparaît rapidement du sang pour se fixer dans les tissus d’où elle sera éliminée lentement, surtout avec la bile, moins de 10 % de la dose injectée se retrouvant dans les urines. La doxorubicine s’injecte le plus souvent « en flash », c’est-à-dire pendant une durée brève, inférieure à 15 minutes, par injection intraveineuse stricte car l’extravasation entraînerait une nécrose tissulaire. Les injections sont généralement répétées toutes les trois semaines. On peut aussi faire des injections intra-artérielles pour concentrer le médicament sur un territoire particulier, des perfusions intraveineuses de longue durée (de 48 heures à plusieurs semaines) à l’aide de pompes ou des instillations dans la vessie pour des cancers diffus et superficiels. Comme tous les médicaments anticancéreux, la doxorubicine présente une toxicité qui nécessite un contrôle sévère. Les cellules sanguines (globules blancs et plaquettes) sont toujours atteintes, à un degré variable suivant la dose. La toxicité digestive est fréquente : nausées, vomissements ou diarrhée. Plus rares sont les inflammations de muqueuses, les mucites, d’autant plus fréquentes que l’administration est fractionnée. La chute des cheveux (alopécie) est souvent complète, mais elle est réversible. La toxicité cardiaque est cumulative et n’apparaît généralement qu’au-delà d’une dose totale d’environ 800 mg, c’est-à-dire après une dizaine de cycles de traitement. Elle justifie une surveillance régulière du cœur, par échographie ou par examen isotopique. Outre cette toxicité aiguë, il existe une toxicité rare, d’induction de leucémie, chez les malades guéris de leur premier cancer par l’anthracycline (cancer du sein en traitement adjuvant). Depuis son introduction, au début des années 1970, dans la chimiothérapie anticancéreuse, la doxorubicine a été largement utilisée, seule ou en association, pour traiter de nombreuses tumeurs (adénocarcinomes, sarcomes, lymphomes, etc.) avec de bons résultats. Sa toxicité cardiaque a fait rechercher d’autres produits analogues, mais aucun ne l’a encore remplacée.
Jacques Chauvergne., 16/5/2002 mise à jour le : 13/12/2005
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