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Deuil
C’est la mort de quelqu’un ou la souffrance que l’on en éprouve, à sa perspective, lorsqu’un cancer est reconnu ou quand le décès survient. De façon plus générale le deuil désigne la perte d’une chose ou d’un être cher ou important et le processus de deuil l’évolution qui permet de s’y adapter. Bien qu’il accompagne un événement négatif, défavorable ou triste, le processus de deuil s’inscrit dans les phénomènes d’adaptation qui peuvent être aussi difficiles et pénibles après une acquisition majeure (mariage, promotion professionnelle, naissance, déménagement). En suivant ce qui a été schématisé par Elisabeth Kübler-Ross à propos de l’approche de la mort, on reconnaît plusieurs réactions successives : le sujet est d’abord choqué par ce qui lui arrive ou qu’on lui annonce ; il réagit par une incrédulité et la négation de cette nouvelle; puis il se révolte contre la menace enfin reconnue et se montre agressif ; ultérieurement une dépression traduit l’impuissance à faire face convenablement à la situation ; pour en sortir, le sujet tente un marchandage, acceptant l’épreuve à certaines conditions, notamment en cherchant à reculer les échéances ou à obtenir des compensations ; enfin il se résoud à l’inéluctable et l’accepte dans une paix retrouvée. En pratique beaucoup de variations affectent ce schéma dont les étapes peuvent être plus ou moins longues, dont certaines peuvent être sautées ou téléscopées, dont l’ordre peut être bousculé ou qui peuvent se répéter à la suite de deuils en cascade. Le deuil devient pathologique quand leur succession est retardée ou se bloque. En cas de tumeur maligne, le premier touché par le deuil est le malade. En raison de la fâcheuse réputation des cancers et de la menace de mort qu’ils véhiculent, il perd d’abord l’illusion de son immortalité, obligé de penser à sa fin possible. Il perd aussi sa santé et les attributs qui lui sont attachés : son autonomie habituelle, son intégrité corporelle, sa position familiale, sa situation sociale et professionnelle, ses projets... Il doit y renoncer en partie plus souvent qu’en totalité, de façon temporaire ou définitive, par étapes. L’évolution d’un cancer présente trois temps principaux qui rythment ces pertes supposées ou réelles : le moment du diagnostic, quand la situation est grave mais que la guérison est possible ; le moment d’une rechute, qui fait souvent renoncer à la guérison mais laisse espérer une rémission prolongée avant la fin qui se précise ; enfin le moment où la gravité de la situation fait réfléchir à une mort prochaine. L’entourage est aussi touché. Le conjoint est au premier rang mais d’autres personnes de la famille (parent, enfant, frère ou sœur, un ami cher) sont également affectés de façon majeure par la maladie. Les perturbations sont affectives, sociales, matérielles. Elles évoluent avec le temps selon le diagnostic au début, la gravité du cancer et son pronostic, le déroulement du traitement, l’évolution ultérieure et la mort. Le proche survit, brièvement ou longtemps, et doit s’adapter à sa solitude en n’étant désormais plus aidé par le défunt, même si ce dernier peut avoir, de son vivant, fortement influencé et aidé le travail de deuil des survivants. À chaque étape le malade ou son entourage a un effort d’adaptation ou d’ajustement à faire pour se familiariser à la situation nouvelle, comme pour l’apprivoiser, en cessant de la considérer comme monstrueuse, pour la reconnaître fréquentable. Il y a une double réorganisation, matérielle et mentale. C’est un travail complexe en raison de la diversité des changements à affronter simultanément. Il est également compliqué par les incertitudes de l’avenir que les médecins appellent les probabilités du pronostic. Il est parfois moins difficile de s’adapter à une perte lourde mais certaine qu’à une perte plus légère mais facultative et qu’on ne peut affronter franchement. Parfois même on réussit à faire son deuil d’un être, d’un objet, ou d’un avantage qui est finalement conservé (voir Syndrome de Lazare). Les processus de deuil induits par un cancer sont facilités par le temps que laisse en général la maladie, moins subitement mortelle qu’un accident ou qu’un infarctus du myocarde. Cela permet au patient, dont les facultés intellectuelles sont conservées dans la majorité des cas, de participer à l’adaptation de son entourage et de l’y aider, selon les habitudes culturelles de leur milieu. Le processus de deuil est également influencé par les soignants. La qualité de leur prise en charge et de leurs soins doit dispenser de regrets ultérieurs qui empoisonnent parfois profondément les survivants (ou même une personne guérie qui se demande si elle n’aurait pas pu guérir sans être par exemple amputée). Il leur revient aussi d’apporter une information authentique, avec tact et en temps opportun, qui aide à amorcer l’adaptation nécessaire. Ainsi tous, malade, proches, soignants, société, peuvent beaucoup faire lorsque frappe un cancer pour éviter que cette épreuve ne soit un drame épouvantable qui laisse des traces douloureuses. Ils peuvent tous contribuer à ce qu’elle soit, malgré son caractère pénible et triste, vécue dans la sérénité et surmontée comme une étape naturelle de l’existence
Bernard Hœrni., 16/5/2002 mise à jour le : 13/12/2005
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