Dépression

À la recherche de l'origine des cancers (psychogenèse), des études fragmentaires avaient suggéré qu'une dépression s'accompagnait d'un taux plus élevé de cancers ultérieurs. ces résultats s'expliqueraient par une méthode insuffisante ou le rôle cancérogène de certains médicaments antidépresseurs qui a été récemment observé chez la souris. deux enquêtes prospectives américaines, avec 10 et 15 ans de recul, ont montré que ni leur apparition, ni la mortalité consécutive, n'étaient plus élevées chez les dépressifs que dans le reste de la population. inversement un cancer peut favoriser une dépression. des troubles psychiatriques s'observent chez près de la moitié des malades (47%, alors que ce chiffre de prévalence varie de 12 à 30% dans la population générale). il s'agit principalement de troubles d'adaptation à la maladie (deux tiers des diagnostics) ou de perturbations émotionnelles, surtout d'états dépressifs (12%), enfin de réactions anxieuses (6%). certains troubles associent des états dépressifs majeurs avec des difficultés d'adaptation (39%). la dépression traduit les réactions psychologiques au diagnostic de tumeur et à toutes les conséquences médicales (examens, hospitalisation, traitement) et sociales (famille, travail) qui en découlent. la dépression résulte plus rarement de métastases cérébrales (d'une tumeur du lobe temporal), d'une atteinte de la thyroïde ou d'un cancer du pancréas. d'autres origines sont possibles, comme une réaction toxique aux médicaments, une hypercalcémie, une atteinte du foie, un trouble hormonal, des sécrétions tumorales psychoactives (influant sur le psychisme) ou d'autres problèmes métaboliques.la dépression entraîne des modifications de l'état clinique qu'il faut distinguer des atteintes dues au cancer. pour parler d'état dépressif, il faut qu'il y ait un changement d'humeur ou une perte d'intérêt, persistant au moins une semaine. beaucoup de patients n'acceptent pas facilement l'idée d'être dépressifs, estimant que pour aller bien il ne faut montrer aucune pensée négative. contrairement à ce que l'on pense habituellement, leur dire que l'on a perçu ce qu'ils ressentaient ne les déstabilise pas mais leur donne le sentiment d'être compris et soutenus.la dépression se voit aux traits tirés du visage, au regard proche des larmes, aux signes corporels (épaules tombantes, regard abaissé, mouvements ralentis), au retrait social, aux aveux d'impuissance ou aux sentiments négatifs. ces manifestations s'accompagnent d'irritabilité, le malade accepte mal les traitements, il refuse visites ou activités. il est utile de prendre l'avis de la famille qui aura remarqué des changements d'intérêt, une hypersensibilité ou un calme inhabituel. il faut éviter de projeter sur le patient ses propres sentiments négatifs à l'égard du cancer. la dépression accompagnant un cancer est favorisée par des épisodes dépressifs antérieurs, par d'autres troubles psychiatriques ou par l'alcoolisme. elle s'associe parfois à une douleur accrue ou à de nouvelles douleurs. quand on pose ce genre de diagnostic, il ne faut pas méconnaître une récidive du cancer en interprétant mal les modifications d'appétit et la fatigue. certains épisodes moins manifestes correspondent à une dépression latente. la dépression répond bien aux interventions psychologiques et aux traitements médicamenteux (antidépresseurs). certains patients dépressifs résistent aux soins, pensant que personne ne peut les aider. ils sont parfois agressifs, ce qui se répercute sur le climat familial ou les relations avec les soignants et risque de provoquer des rejets.

Patrice Guex., 16/5/2002
mise à jour le : 21/02/2003

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