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Cancérophobie
Touchant à la psychiatrie plus qu’à la cancérologie, c’est une phobie, c’est-à-dire une conduite pathologique complexe faite d’une crainte qui se centre sur un objet vague ou bien défini, d’un état d’anxiété et d’un comportement corollaire évitant l’objet de l’appréhension et cherchant des raisons d’être rassuré. On parle de nosophobie quand l’objet de la phobie est une maladie et de cancérophobie (mot datant de 1954) si c’est un cancer ou « le » cancer. En fréquence la cancérophobie se situe au troisième rang après l’agoraphobie (peur de la foule) et la claustrophobie (peur de l’enfermement, qui se manifeste parfois dans les appareils de scanographie ou d’IRM). La cancérophobie semble déterminée par une angoisse primitive qui se fixe secondairement sur son objet. Elle s’observe deux fois plus chez les femmes que chez les hommes, préférentiellement de niveau éducatif élevé, entre 40 et 70 ans. La fixation sur le cancer est favorisée par son omniprésence et son caractère mythique dans la société : on en parle à demi-mots, il est réputé constamment mortel après des douleurs prolongées, on le représente par un crabe qui ronge, ses origines sont mystérieuses, probablement honteuses, d’essence maléfique ou magique, etc. L’idée de cancer peut avoir sa source chez une personne de la famille ou de l’entourage qui en a été affectée ou dans une maladie personnelle bénigne mais considérée comme maligne. Les cancers les plus redoutés sont les plus fréquents (du tube digestif, du sein ou des voies aéro-digestives supérieures), les cancers génitaux ou les leucémies. La certitude d’avoir une tumeur dès à présent conduit les patients à en parler sans restriction ou avec ostentation pour expliquer les symptômes perçus : boule dans la gorge, gêne pour parler, avaler, aller à la selle, sensibilité en un point du corps, etc. ou les signes qu’ils croient découvrir par auto-examen. Le cancérophobe va consulter un puis plusieurs médecins en attendant et presque en espérant qu’on trouve enfin « son » cancer. Le cancérologue est peu efficace car des explorations négatives ne peuvent rassurer que quelques jours ou quelques semaines, la phobie ne dépendant pas de preuves objectives. Un psychiatre est plus qualifié pour élucider son origine et aider le patient à s’en libérer, encore qu’elle risque de persister en changeant d’objet. La cancérophobie évolue de façon irrégulière, elle peut s’atténuer ou cesser, notamment à l’occasion d’un choc affectif, d’un changement important de l’existence ou de l’apparition d’un authentique cancer dont le risque paraît un peu plus fréquent chez ces sujets que dans le reste de la population. Voir aussi Hitler, Pie XII.
Bernard Hœrni., 16/5/2002 mise à jour le : 12/12/2005
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