Sommeil

Occupant une partie importante de la vie de l’individu, nécessaire à son repos ainsi qu’à son équilibre et occupé de rêves, le sommeil est souvent perturbé chez un malade atteint de cancer. En témoigne la prescription de médicaments psychotropes (médicaments agissant sur le psychisme) qui, environ une fois sur deux chez ces malades, a pour but de corriger les troubles du sommeil.
Le sommeil est dérangé par des désordres organiques, par des symptômes comme une douleur ou une gêne respiratoire (dyspnée), qui l’empêchent, le retardent ou l’interrompent, parfois par des rêves. Il est aussi troublé par des causes psychologiques, le souci du patient pour sa santé, pour ses proches, pour l’avenir. La seule hospitalisation entraîne des changements matériels qui altèrent le sommeil comme chez un sujet en bonne santé qui voyage. L’inquiétude du patient s’accroît et son insomnie s’accentue avant une intervention chirurgicale, une exploration particulière, dans l’attente d’un résultat important. Même avant une simple consultation de surveillance, certains, redoutant qu’elle ne révèle une rechute du cancer ou une complication, dorment mal la nuit précédente. Le degré de l’insomnie est souvent minimisé par le malade, suivant une réaction plus générale de négation.
Pour traiter une insomnie, le plus simple est de prendre un somnifère (hypnotique) qui réduit la vigilance et favorise le sommeil de façon temporaire. On distingue les somnifères barbituriques comme le gardénal, les plus anciens, et de nouveaux médicaments non barbituriques dont l’action varie dans le temps, pour entraîner un endormissement rapide et laisser la personne se réveiller normalement, et en intensité selon les besoins du malade. Plusieurs composés associent un barbiturique et un hypnotique non barbiturique pour produire au mieux un sommeil profond. D’autres médicaments peuvent être efficaces pour rétablir le sommeil, comme un antidépresseur quand l’origine de l’insomnie est une dépression.
D’une façon générale le malade doit être soulagé du trouble qui l’empêche de dormir. Quand c’est une douleur, un traitement antalgique efficace est le meilleur moyen. Il faut s’assurer qu’il agit suffisamment et assez longtemps pour éviter que le malade ne soit réveillé au milieu ou à la fin de la nuit par la réapparition de la douleur. Le cas échéant, il est préférable de le réveiller à heure fixe pour lui faire prendre un antalgique plutôt que de le laisser réveiller par la douleur un peu plus tard.
Cependant le sommeil est aussi amélioré par la détente que procure une conversation avec une personne appréciée. Le passage d’un médecin ou d’une infirmière en fin de soirée, des paroles calmes et rassurantes, la réponse à une question lancinante, la satisfaction d’un besoin élémentaire, une poignée de main confiante ou de la musique sont parfois aussi efficaces qu’un médicament pour calmer et aider à bien dormir.
Les cancéreux peuvent aussi présenter un excès de sommeil ou hypersomnie. Un supplément temporaire de sommeil compense une période d’insomnie ou permet de récupérer d’une grande fatigue due au traitement ou au cancer. Une hypersomnie plus importante survient généralement à la période terminale de l’évolution : la vigilance se relâche comme les autres fonctions de l’organisme dans les jours qui précèdent le décès.

Bernard Hœrni., 16/5/2002
mise à jour le : 21/12/2005

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