Sexualité

La plupart des études sur la sexualité des cancéreux s'attachent aux patients ayant un organe sexuel atteint : sein, appareil génital, testicule. mais elle concerne la vie de tous les cancéreux, bien qu'ils s'informent assez rarement des conséquences de la maladie sur leur sexualité et que les médecins oublient ou évitent de leur en parler. certaines personnes avouent seulement plus tard que leur activité sexuelle a diminué ou cessé après leur cancer. blessés dans leur corps, ils se sentent transformés et peut-être indésirables. après ablation d'un sein, beaucoup de femmes subissent une modification de l'image d'elles-mêmes et de leur sentiment d'identité féminine. elles ressentent la maladie comme contraire à tout épanouissement sexuel et comme un obstacle au contact physique ou au toucher, qui pourtant leur offrirait la chaleur et le réconfort dont elles ont besoin. un conjoint sur cinq n'a jamais vu sa femme nue après l'intervention mutilante, le même nombre est insatisfait sexuellement et près d'un tiers des couples n'ont plus de relations sexuelles. c'est pourquoi il faut en général encourager les patients à maintenir une activité sexuelle pour préserver leur sentiment d'exister et éviter la représentation du cancer destructeur. une personne déprimée peut se centrer excessivement sur ses troubles et se désinvestir sexuellement, alors que ses possibilités physiques sont conservées. il faut explorer les origines du désordre et traiter à la fois d'un point de vue émotionnel et organique, la sexualité dépendant de facteurs physiologiques, psychologiques et relationnels. il faut comparer la situation du moment avec les liens affectifs et sexuels qui existaient auparavant dans le couple, pour éviter de fixer des objectifs irréalistes. le degré de gravité de l'affection joue un rôle fondamental, car la fatigue, les douleurs, l'amaigrissement ou des limitations fonctionnelles modifient les possibilités physiques, même si le désir est préservé. les difficultés sont fréquentes après les opérations sur l'utérus (hystérectomie) ou le petit bassin. certaines interventions sectionnent des nerfs essentiels à l'érection et à l'éjaculation (opération du rectum, de la vessie ou de la prostate, évidement ganglionnaire). quelques chimiothérapies atteignent le système nerveux végétatif et entraînent des troubles du transit intestinal ou pour uriner, voire une impuissance. les patientes ayant un cancer du sein subissent les modifications hormonales secondaires aux traitements : chimiothérapie, radiothérapie, castration (ablation des ovaires). il peut y avoir un manque de lubrification ou d'expansion du vagin, ou une perte d'orgasme. si on les néglige, l'anxiété, le sentiment de dévalorisation ou la crainte du rejet conduisent les patientes à renoncer à leur sexualité, car un sentiment de culpabilité ou la pudeur leur interdit d'expliquer leur réserve.le problème de la stérilité des jeunes adultes atteints de cancer du testicule, de maladie de hodgkin ou de leucémie doit être abordé avant tout traitement. il faut parler de la future vie sexuelle et de la fertilité et, s'il y a le choix entre deux traitements, la décision tiendra compte de la sexualité, selon des effets réversibles ou évitables. la conservation de sperme améliore les chances d'un jeune père. si des problèmes sexuels apparaissent, il faut informer suffisamment sur les moyens de les traiter. les études sur l'approche psychologique sont aussi insuffisantes. chez les patientes traitées pour un cancer gynécologique, la dépression, la qualité des rapports sexuels, et le temps mis à reprendre le travail, ont été évalués à différentes étapes par des entretiens. par rapport à des femmes traitées de manière exclusivement organique, celles qui bénéficient d'une aide psychologique vivent mieux leur aspect corporel : d'abord elles ne se distinguent pas au niveau des activités sexuelles et du travail mais, après une année, celles qui ont pu ventiler leurs problèmes semblent retrouver une qualité de vie supérieure aux autres.l'ablation d'un testicule, remplacé dans la bourse par une prothèse, est relativement bien tolérée par les patients ; néanmoins, après la fin de leur traitement, alors qu'ils peuvent être considérés comme guéris, un tiers d'entre eux ne retrouvent pas leur vie normale et présentent une forme d'invalidité psychique, avec de grandes difficultés à se réinsérer socialement et à développer des relations affectives.les partenaires peuvent refuser les rapports en raison de la mauvaise représentation qu'ils ont de la situation, de leurs craintes de blesser leurs conjoints, de leur peur d'approcher une zone irradiée, plus rarement de leur répulsion face à une mutilation. dans ce dernier cas des techniques de réhabilitation de l'image du corps, faites en couple, peuvent être efficaces.les dysfonctionnements sexuels consécutifs à un cancer sont souvent transitoires mais ils peuvent avoir des répercussions émotionnelles et psychologiques importantes, s'ils ne retiennent pas l'attention. pour beaucoup d'individus, cela constitue une menace pour leur sentiment d'exister, leur sécurité intérieure et leurs relations affectives, avec état dépressif et perte du plaisir à vivre. tous les moyens doivent donc être envisagés pour les aider préventivement, même s'ils ne formulent aucune demande spontanée.(voir homosexualité*.)

Patrice Guex., 16/5/2002
mise à jour le : 24/02/2003

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