Oncogènes

Gènes dont la présence et le fonctionnement dans une cellule contribuent à sa transformation maligne. Ils ont été découverts par deux approches distinctes mais convergentes : d’une part, ils ont été détectés dans l’ADN de tissu tumoral alors qu’ils étaient absents du tissu normal correspondant; d’autre part, ils sont véhiculés par des virus à ADN comme le SV40, le polyome, certains adénovirus, les virus des papillomes ou par des rétrovirus à ARN qui peuvent provoquer expérimentalement des cancers. La découverte fondamentale du Français Dominique Stéhelin, travaillant dans le laboratoire de Bishop et Varmus en 1976, fut de prouver que l’oncogène appelé SRC découvert dans le rétrovirus RSV (virus du sarcome de Rous) préexistait dans la cellule normale où le virus l’avait prélevé pour l’incorporer dans sa propre structure puis l’activer en lui imposant son contrôle. Cette découverte, rapidement étendue à de nombreux autres rétrovirus, allait orienter la recherche cancérologique, à partir de quelques données essentielles :
1. Il existe dans toute cellule animale des proto-oncogènes, gènes cellulaires normaux et indispensables, désignés du terme générique c-onc (par exemple c myc, c-ras, c-sis, c-fos...) par analogie avec les oncogènes viraux v-onc correspondants (v-myc, v ras, v-sis, v-fos...).
2. Ces proto-oncogènes peuvent être activés en oncogènes et acquérir ainsi le pouvoir de transformer une cellule normale en cellule maligne. Cette activation peut résulter de leur passage dans un rétrovirus ou de mutations occasionnées par des agents de l’environnement (rayons X ou ultraviolets, produits chimiques cancérogènes). Cela explique que l’ADN extrait de tumeur contribue à la transformation d’une cellule normale en cellule maligne.
3. Ces oncogènes, activés dans la cellule à partir des proto-oncogènes internes ou apportés par un virus, agissent sur un mode dominant, c’est-à-dire qu’ils s’imposent à tout partenaire non activé, en l’occurrence le proto-oncogène normal.
À l’inverse des oncogènes qui stimulent la prolifération cellulaire, il existe des gènes suppresseurs qui la freinent. L’équilibre entre ces deux influences opposées contrôle la croissance cellulaire.
L’étude des oncogènes a confirmé que la transformation cancéreuse n’est pas un phénomène de tout ou rien lié à un événement unique (activation d’oncogène ou perte de gène suppresseur). Elle procède au contraire en plusieurs étapes correspondant à une progression dans le degré de malignité. La portée de cette observation est double : d’une part, le recensement des altérations subies par une tumeur permet d’espérer qu’il sera possible de la situer avec précision sur une échelle de malignité, d’en déduire un pronostic et d’ajuster le traitement en conséquence ; d’autre part, des caractères représentent une prédisposition génétique à certains types de cancers, ce qui ouvre la voie à une médecine prédictive, prédisant les maladies auxquelles un individu est exposé, dont l’éclosion fut un temps fort de la fin du XXe siècle (voir Oncogénétique).
La définition d’un oncogène est devenue floue avec la multiplication des gènes qui, par de multiples moyens, contribuent à stimuler la prolifération, ne serait-ce qu’en favorisant, de façon non spécifique, l’expression d’oncogènes plus caractéristiques.

Philippe Jeanteur., 16/5/2002
mise à jour le : 20/12/2005

Liens connexes

ADN
Age
Ail
ARN
CA
Cancer
Cancérogène
Cellule
Environnement
Gène
Génétique
If
Lait
Malignité
Médecin
Médecine prédictive
Mutation
Oncogènes
Oncogénétique
Os
PAP
Papillome
Progression
Prolifération cellulaire
Pronostic
Proto-oncogène
Rat
Rayons
Recherche
Rein
Rétrovirus
Sarcome
Tissu
Traitement
Transformation
Travail
Tumeur
Ultraviolets
Varmus
Virus