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Animaux
De nombreuses espèces animales, sauvages ou domestiques, présentent des tumeurs malignes spontanées. Les animaux domestiques présentent moins de cancers que l’homme si l’on tient compte de leurs durées de vie respectives. Les espèces qui y sont le plus exposées sont par ordre décroissant les chiens, les chevaux, les chats et le bétail (bovins). On ne connaît pas de tumeur animale transmissible à l’homme, à l’inverse de ce qui s’observe avec les infections. Des observations récentes suggèrent cependant que les personnes vivant au contact d’oiseaux seraient plus exposées que d’autres au cancer des bronches. D’autres tumeurs sont provoquées par des procédés expérimentaux. Ils ont été surtout appliqués chez les rongeurs – souris, rats, cobayes, hamsters, lapins – pour élucider l’origine des cancers et les facteurs, externes ou internes, qui les favorisent. Ces tumeurs expérimentales servent aussi à tester les médicaments anticancéreux. Parmi les facteurs externes favorisant les cancers, on trouve d’abord les virus. Leur rôle a été pour la première fois suggéré par Ellerman et Bang puis démontré par Rous chez la poule. Il a été ensuite étendu à d’autres espèces animales et pour divers cancers, principalement des leucémies que, chez l’animal, on appelle plutôt leucoses, ou des cancers du poumon chez le mouton. Les rayonnements ionisants sont à l’origine de tumeurs localisées dans le territoire irradié ou de leucémies après irradiation corporelle totale (radioleucémies). De nombreux produits chimiques ont été testés : plusieurs induisent des tumeurs au lieu de leur application elle est suffisamment répétée, plusieurs fois par semaine pendant des mois (voir Goudrons). Le rôle de l’alimentation est plus difficile à mettre en évidence mais certains produits comme le jaune de beurre, colorant depuis longtemps abandonné, favorisent l’apparition de cancers du tube digestif ou du foie. Parmi les facteurs internes, le terrain génétique joue un rôle prépondérant. Un même facteur externe ne donne pas les mêmes résultats selon l’animal chez qui il est appliqué. Parmi les nombreuses races de souris, sauvages (naturelles) ou « artificielles », les tumeurs spontanées ou provoquées varient et la fréquence d’une même tumeur diffère d’une lignée de souris à une autre. Le rôle du terrain génétique apparaît aussi quand on tente des greffes de cellules ou de tissus tumoraux à partir d’un animal chez un autre animal. Ces greffes révèlent des réactions immunitaires entre espèces différentes : un animal receveur rejette plus ou moins vivement une greffe venant d’une autre espèce. Enfin des influences hormonales, particulièrement nettes pour les tumeurs mammaires chez la souris, s’observent également pour d’autres cancers comme les leucémies (Figure). Observations spontanées et expérimentations montrent que plusieurs facteurs sont intriqués à l’origine de nombreuses tumeurs. Par exemple, la tumeur mammaire de Bittner chez la souris est induite par un virus transmis par le lait, mais seulement dans certaines races (en particulier la lignée dite C3H), et surtout chez les femelles plusieurs fois gestantes (facteur hormonal). Chez les batraciens, la tumeur de Lucké est un cancer du rein, dû à un virus, qui apparaît et évolue en fonction de la température extérieure et des saisons (voir Grenouille). Les tumeurs animales permettent de faire progresser le traitement des cancers. Depuis les premières études de Regaud et de Bergonié, les bases biologiques de la radiothérapie ont été établies en irradiant dans différentes conditions (doses, répétitions) des tissus animaux pour observer les effets immédiats ou retardés. Avant d’être essayés dans la chimiothérapie des cancers chez l’homme, les nouveaux médicaments anticancéreux sont testés sur des tumeurs animales comme la leucémie murine L1210, la tumeur d’Ehrlich ou le sarcome de Walker. L’hormonothérapie des cancers de la prostate par œstrogènes a d’abord été mise au point chez le chien par Huggins qui reçut pour cela le prix Nobel. On peut greffer des tumeurs humaines chez des animaux tolérant de telles greffes, comme les souris nude (dépourvues de poils) dont le système immunitaire est déficient, et observer l’effet de médicaments administrés à l’animal sur la tumeur transplantée. Ces observations animales ont rendu des services irremplaçables dans la connaissance des cancers, de leur origine et de leurs caractères biologiques. Elles ont permis de mieux les traiter, chez des animaux domestiques et chez l’homme. Bon nombre de ces expérimentations ne sont plus nécessaires ou sont remplacées par des observations sur cultures de tissus. Toutefois l’expérimentation animale reste indispensable si l’on souhaite acquérir des connaissances suffisantes avant d’employer de nouveaux traitements dans l’espèce humaine, avec le maximum de sécurité et le minimum de risques pour les malades. Les cancers humains ont donné lieu à des comparaisons avec le comportement de certains animaux, principalement le crabe et le loup.
Bernard Hœrni., 05/12/2005 mise à jour le : 07/12/2005
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