Vacances
Les vacances font suffisamment partie de la vie courante pour qu'on en tienne compte et qu'on s'efforce de les respecter, même en cas de cancer. La prise en charge de la maladie et son traitement sont prioritaires parce qu'ils conditionnent les résultats, les chances de guérison, la survie à moyen ou long terme et ils ne doivent pas être compromis pour des raisons futiles. Mais leurs impératifs ont souvent une certaine souplesse et les vacances ne sont pas toujours futiles : elles peuvent être l'occasion d'un voyage auquel le patient tient (parfois un pélerinage) ou d'un rassemblement familial important, notamment s'il risque d'être le dernier. Le malade a donc à exprimer ses souhaits, le médecin à les écouter pour négocier ce qui peut être aménagé sans compromettre les intérêts du malade, pour les préserver.
Inversement des personnes souhaitent mettre à profit leurs vacances pour se soumettre à un traitement. Cette coïncidence les aide à garder des activités professionnelles importantes auxquelles elles sont attachées ou à cacher leur maladie à leur entourage.
Les vacances sont aussi celles des proches du malade qui hésitent
parfois à s'éloigner dans la crainte d'une complication. L'évolution
n'est pas complètement prévisible et des événements
inattendus peuvent survenir, comme dans la vie courante de personnes en bonne
santé. Mais une information claire aide les
intéressés à s'organiser au mieux en tenant compte de
ce qui est connu.
Jean Martin.
Vaccination
C'est le meilleur moyen pour éviter (prévention primaire) une maladie infectieuse en immunisant contre le microbe qui en est responsable. Chez l'homme, en l'absence de cause infectieuse directement à l'origine des cancers, il n'y a pas de moyen de vacciner contre les cancers dans leur ensemble ou contre une sorte de cancer en particulier, même si une telle " vaccination " est parfois annoncée dans les médias par abus de langage ou alimente des œuvres de fiction, en littérature ou au cinéma. Les " vaccins " contre le cancer dont on parle dans les années 1990 sont des traitements à l'étude qui visent à stimuler le système immunitaire des malades pour détruire (éradiquer) des métastases microscopiques persistant après un traitement local.
Des observations suggérant que les populations soumises à une vaccination contre la tuberculose par le BCG présentaient une moindre fréquence (incidence) de cancers n'ont pas été confirmées. Cependant certaines infections dues à un virus prédisposent à un cancer et des vaccinations antivirales pourraient réduire l'apparition du cancer correspondant. L'hépatite virale favorisant les cancers du foie dans les pays intertropicaux, la vaccination contre l'hépatite, d'abord faite pour éviter une infection qui peut être elle-même grave et mortelle, devrait retentir sur l'incidence de ces tumeurs. De telles actions ne pourront se développer que dans la mesure où le rôle d'agents infectieux prédisposant à un cancer sera élucidé.
Un malade traité pour un cancer peut bénéficier d'une
vaccination anti-infectieuse. Contrairement à une idée répandue,
un cancer n'entraîne pas systématiquement une insuffisance immunitaire
et les traitements qu'il nécessite ne dépriment que temporairement
l'immunité. Le déficit immunitaire n'est
observé que chez des patients avec un cancer très avancé,
dont l'état est sérieusement altéré et dont toutes
les fonctions sont compromises. Chez une personne atteinte d'un cancer peu
grave ou mise en rémission complète et
apparemment guérie, une vaccination est possible et même souhaitable.
Le risque de voir apparaître une infection provoquée par un vaccin
vivant atténué (antivariolique autrefois) rend prudent avant
une vaccination de ce type. Avec un vaccin inactivé, le seul inconvénient
est d'obtenir une immunisation de moins bonne qualité que dans le reste
de la population. Ainsi le vaccin antigrippal peut être fait, après
avis médical, à l'automne, chez une personne antérieurement
traitée pour un cancer. La protection qu'il entraîne dépend
de l'âge, moins complète chez les personnes
les plus âgées. Une personne traitée avec succès
pour un cancer peut également voyager
dans des pays tropicaux en se soumettant aux vaccinations correspondant au
pays visité.
Bernard Hrni.
Vache
Voir Bovins.
Vagin (Cancer du)
Ce cancer, assez rare (0,3 à 1 cas pour 100 000 femmes et par an, 30 à 60 fois moins fréquent que le cancer du col de l'utérus), touche des femmes âgées. C'est un cancer de la muqueuse ou du revêtement épithélial (carcinome) favorisé par des facteurs de risque voisins de ceux du cancer du col utérin. Il est plus fréquent en cas de prolapsus (" descente d'organe ") négligé ou corrigé par un pessaire mal surveillé. On peut le détecter précocement par un examen médical annuel. Il se manifeste habituellement par des saignements. L'examen du vagin permet d'en faire le diagnostic, confirmé par un prélèvement (biopsie). Le traitement fait appel à la chirurgie et à la radiothérapie. Son pronostic est assez sévère mais un tiers à la moitié des femmes traitées survivent à cinq ans.
Alain Brémond
Vaginite
Inflammation de la muqueuse du vagin qui peut être provoquée par une infection génitale. Elle s'observe aussi à la suite de traitements anticancéreux : radiothérapie pour un cancer génital ou chimiothérapie toxique pour les muqueuses. Dans ces derniers cas elle cède une semaine à dix jours après la fin du traitement. Elle peut être améliorée par une désinfection locale et par l'application locale d'ovules ou des injections anti-inflammatoires*. Son existence entrave temporairement l'exercice de la sexualité.
Bernard Hrni.
Vailland (Roger, 1907-1965)
Gros fumeur, ce romancier français lauréat du prix Goncourt en 1957 pour La Loi, présente un cancer des bronches typique, à une époque où le lien entre tabac et " cancer du poumon " n'est pas encore reconnu en France. Au début de l'hiver il tousse un peu plus que d'habitude et voit un médecin pneumologue qui reconnaît rapidement une tumeur inopérable. Malgré sa lucidité habituelle, l'écrivain se satisfait du diagnostic de maladie à virus, qui est traitée par chimiothérapie, tandis que sa femme est informée qu'il est perdu. Elle respectera son attitude de négation, le protégeant d'une révélation qui semble inopportune. Malgré le traitement son état s'aggrave, des douleurs apparaissent, calmées par la morphine, il se sent perdu et demande à aller dans sa résidence secondaire où il mourra quelques jours plus tard, six mois après le début de sa maladie.
Bernard Hrni.
Vaisseau
Tubulure chargée de la circulation du sang ou de la lymphe dans l'ensemble du corps, qui joue un rôle important chez les patients cancéreux. Les vaisseaux sanguins se partagent en artères qui transportent le sang du cœur aux organes et, après passage dans de petits capillaires, en veines qui le ramènent au cœur. À partir de l'aorte les artères se ramifient en branches de plus en plus fines et, inversement, les veines se rassemblent en canaux de plus en plus gros jusqu'aux deux veines caves, supérieure et inférieure, qui rejoignent le cœur.
Lorsqu'une tumeur maligne se développe, de nouveaux vaisseaux se forment
(néovascularisation) pour alimenter les cellules cancéreuses,
cette vascularisation étant indispensable à
la croissance du cancer. Les vaisseaux sanguins et lymphatiques (système
lymphatique) peuvent transporter des cellules détachées de la
tumeur primitive pour donner à distance des
foyers tumoraux secondaires ou métastases. Ils
apportent à la tumeur l'oxygène qui est nécessaire à
son métabolisme et favorise sa sensibilité vis-à-vis
de la radiothérapie (radiosensibilité).
Ils apportent aussi les médicaments cytotoxiques
de la chimiothérapie anticancéreuse,
en général injectés à distance dans une veine.
Bernard Hrni.
Val-d'Aurelle-Paul-Lamarque (Centre)
Centre de lutte contre le cancer de Montpellier et
du Languedoc-Roussillon, il est créé en 1923 comme une unité
de quelques lits au sein de l'Hôpital Saint-Éloi par son premier
directeur le Professeur E. Forgue. Il s'installe en 1935 dans un nouveau pavillon
nommé Clinique Curie avant de se développer sous la direction
du Professeur P. Lamarque (1939-1963) dont il prendra
le nom. Son expansion se poursuit avec les directeurs suivants (Professeurs
C. Romieu, 1963-1981, et H. Pujol, 1981-1997) en même
temps que son transfert se fait progressivement, à partir de 1976 pour
s'achever en 1991, des cliniques Saint-Éloi au Val d'Aurelle. Il compte
200 lits et emploie une quarantaine de médecins et 40 chercheurs. Ses
activités de soins sont complétées par des recherches
en chirurgie, en radiothérapie
peropératoire, en nutrition et
en biologie (récepteurs hormonaux, oncogènes).
Il apporte une contribution importante à l'enseignement
et à la formation, en liaison avec l'Université de Montpellier.
Cette action a été considérablement étendue avec
l'ouverture du centre Epidaure en 1987, et la construction
d'un nouveau bâtiment de Recherche (1500m²) en 1997.
Jean-Bernard Dubois.
Valéry (Paul)
Voir Agathe
Van der Schueren (Emmanuel,
1943-1998)
Radiothérapeute belge formé à Stanford à l'école de Kaplan et à Amsterdam. Pratiquant à Louvain, il exerce de hautes responsabilités en radiothérapie et en oncologie, devenant président (1991-1994) de l'Organisation Européenne de Recherche sur le Traitement des Cancers (OERTC). Rédacteur en chef du Journal Européen de Radiothérapie, il demandait : "Résumez-moi votre article en une phrase".
Vanylmandélique
Voir Acide vanylmandélique.
Vaquez (Maladie de)
Appelée aussi polyglobulie primitive ou polycythemia vera, la maladie décrite en 1892 par le cardiologue français H.L. Vaquez (1860-1936) est l'un des quatre syndromes myéloprolifératifs : c'est ici la lignée cellulaire des globules rouges qui prolifère en excès. C'est une affection rare (4 à 5 cas par million d'habitants et par an), d'origine inconnue, qui touche les cellules souches de la moelle osseuse. Il y a une production monoclonale incontrôlée des trois lignées sanguines (globules rouges, globules blancs et plaquettes) qui est prépondérante, voire exclusive, pour la lignée rouge (érythrocytaire). La masse globulaire totale circulante est augmentée.
La maladie de Vaquez se suspecte chez un patient ayant dépassé la cinquantaine, qui présente des signes de surcharge vasculaire (pléthore) et de ralentissement circulatoire (céphalées, vertiges, impressions de flous visuels, éclipses cérébrales, bourdonnements d'oreilles, troubles de la sensibilité des membres) associés à des démangeaisons (prurit) déclenchées ou accentuées par le contact avec l'eau, à une rougeur (érythrose) des muqueuses et de la peau des parties découvertes, et à une augmentation de la rate (splénomégalie), modérée au début.
Au stade initial de polyglobulie floride, les globules rouges excèdent 5,5.1012/l de sang ; l'hémoglobine atteint ou dépasse 17 ou 18 g pour 100 ml. La proportion des globules rouges par rapport au sang total (hématocrite) est supérieure à 50%, les globules blancs (leucocytes) et les plaquettes sont augmentés, de même que la viscosité sanguine. On conclut à une maladie de Vaquez si la masse globulaire totale excède de 20% celle du sujet normal, si l'oxygénation de l'hémoglobine du sang artériel corrigée de la carboxy-hémoglobine est supérieure à 92% et s'il existe une augmentation de la rate ou, à défaut, des globules blancs et des plaquettes.
Alors que les malades non traités meurent de complications vasculaires (thromboses, hémorragies) en trois à cinq ans, les malades correctement traités et surveillés survivent de 12 à 15 ans.
Les saignées sont le traitement des malades relativement jeunes, sans augmentation des plaquettes, faciles à surveiller, et celui des patients présentant une élévation isolée de la lignée rouge. Elles sont utiles avant un traitement par phosphore 32, dont les effets ne sont pas immédiats, et comme appoint, après, une fois les plaquettes revenues à un taux normal, en attendant le plein effet du phosphore sur la lignée rouge. Elles se font par séries de deux à trois par semaine, pendant trois à quatre semaines, avec soustraction de 200 à 300 ml de sang à chaque saignée.
Le phosphore 32 radioactif est le traitement des malades de plus de 50 ans, dont les plaquettes sont augmentées et qui ont des troubles cardio-vasculaires, de ceux qui sont mal contrôlés par les saignées et présentent des accès de goutte ou des calculs rénaux. On administre une dose d'1 mCi par 10 kg de poids corporel. Les plaquettes reviennent rapidement à la normale et les globules rouges se normalisent en deux à trois mois. Entre deux applications de phosphore, les sujets mènent une vie normale.
L'hydroxycarbamide (ou hydroxyurée) est largement utilisée en raison de ses effets rapides et rapidement réversibles. Le traitement continu est celui des patients relativement jeunes dont les plaquettes sont augmentées et celui des patients dont la polyglobulie résiste au phosphore 32.
Les réponses aux traitements sont excellentes au début, elles le sont moins lorsque la moelle devient fibreuse, que la splénomégalie n'est plus congestive mais métaplasique et que la leucocytose est très élevée.
Dans un tiers des cas, l'évolution est compliquée ou abrégée
par des accidents vasculaires ou par d'autres maladies chez ces malades âgés.
La leucémie aiguë, rebelle à toute
thérapeutique, est le terme inévitable de la maladie de Vaquez.
Dans 30 % des cas, elle est précédée d'une phase de splénomégalie
myéloïde qu'annonce une période où les globules
rouges redeviennent normaux, suivie d'une anémie,
d'une diminution des globules blancs et des plaquettes.
On voit apparaître dans le sang des cellules sanguines jeunes (myélémie).
La rate ne régresse plus sous traitement. La moelle s'appauvrit, devient
scléreuse. La fabrication des globules sanguins (hématopoïèse)
se déplace de la moelle osseuse vers le foie et la rate. Á ce
stade, les malades peuvent mourir de cachexie, d'infections,
d'hémorragies ou de complications cardiaques.
Claude Parmentier
Varicelle
Infection virale commune qui peut être grave chez un enfant atteint d'un cancer. La varicelle et le zona sont dus à un même agent, le virus varicelle-zona (VZV), qui est un virus à acide désoxyribonucléique (ADN) appartenant à la famille des herpèsvirus. La varicelle correspond à la primo-infection du VZV. C'est une maladie très contagieuse, le virus diffusant rapidement à partir des malades (les formes inapparentes sont rares) dans un entourage non immunisé. La transmission se fait par la salive, la voie respiratoire et les vésicules cutanées.
La varicelle est une fièvre éruptive essentiellement infantile. Elle se caractérise par des vésicules disséminées sur la peau, sans fièvre importante. Bénigne chez l'enfant sain, elle devient grave chez l'enfant immunodéprimé, notamment en cas de leucémie aiguë. Les vésicules cutanées sont nombreuses, importantes, hémorragiques ou non. La fièvre est élevée. L'infection touche différents viscères : foie, poumons, pancréas, intestin grêle, encéphale. Les lésions cutanées exposent à une surinfection par des bactéries (streptocoque ou staphylocoque), qui peuvent entraîner une septicémie si l'enfant présente une baisse importante des globules blancs à la suite d'une chimiothérapie.
Autrefois redoutable, la varicelle de l'enfant leucémique bénéficie d'un traitement qui améliore considérablement l'évolution s'il est prescrit précocement : l'aciclovir par voie veineuse.
La prophylaxie de cette fièvre éruptive justifie des précautions
chez l'immunodéprimé qui n'a pas fait de varicelle : évitement
de tout contact avec un varicelleux ou un sujet atteint de zona ; en cas de
contact, prescription d'immunoglublines spécifiques humaines anti-VZV
ou d'aciclovir par la bouche. Une vaccination par virus vivant
atténué paraît intéressante.
Jean-Yves Lacut.
Varmus
Voir Bishop.
Vascularisation
Présence ou développement de vaisseaux qui apportent le sang à un tissu. Un tissu cancéreux, néoformé, ne se développe que si des néovaisseaux se forment et assurent sa vascularisation, indispensable pour l'alimenter. La production de ces nouvelles artères et veines est stimulée par des sécrétions des cellules cancéreuses (TAF pour tumor angiogenetic factor ou facteur tumoral favorisant la genèse de néovaisseaux). Cette néovascularisation est importante pour des tumeurs spécialement malignes qui s'accompagnent de caractères inflammatoires et d'une élévation de température que l'on peut détecter par thermographie. Elle est en général anarchique, moins régulière qu'une vascularisation normale, avec des solutions de continuité (lacunes) dans la paroi des nouveaux vaisseaux.
Elle peut être insuffisante pour une importante masse tumorale, n'assurant
une alimentation suffisante qu'en périphérie et entraînant
une nécrose au centre. Elle est importante pour
les traitements anticancéreux. Le repérage et la ligature des
vaisseaux sont des temps importants lors d'une intervention chirurgicale.
Une bonne vascularisation assure une bonne oxygénation des cellules
cancéreuses ce qui améliore leur radiosensibilité
tandis qu'une mauvaise s'accompagne d'une relative radiorésistance.
Les vaisseaux apportent aussi les médicaments anticancéreux
: une bonne vascularisation assure une bonne arrivée de ces produits
dont l'action sera accrue. La vascularisation est généralement
réduite après un traitement efficace, en particulier après
radiothérapie dans tout le volume irradié,
tissus normaux inclus.
Bernard Hrni.
Vautrin (Alexis, 1859-1937)
Titulaire de la chaire de clinique chirurgicale de la Faculté de médecine de Nancy, il obtient la création d'un centre anti-cancéreux en Lorraine en 1924 avant d'y réaliser le premier traitement par radium le jour de Noël 1925. Expert en chirurgie gynécologique et pour les évidements des ganglions abdominaux, ayant pour devise " La propreté de l'esprit est l'amour du vrai pour le vrai ", il donne son nom au centre Alexis*-Vautrin.
Pierre Bey.
Végétaux
Comme les animaux, les végétaux présentent des cancers d'origines diverses. Certains sont liés à un virus : c'est le cas de la " tumeur des blessures " qui se développe à la suite d'un traumatisme, favorisée par une hormone de croissance sécrétée en quantité accrue au moment de la blessure. D'autres sont provoqués par les radiations ionisantes. D'autres encore apparaissent spontanément sur des plantes hybrides qui y semblent prédisposées. Une des tumeurs les plus connues est le crown gall (gale du collet), découvert en 1916 par Erwin F. Smith, qui se développe sur les arbres fruitiers, les ceps de vigne, les betteraves ou différentes herbes : elle est provoquée par une bactérie, Agrobacterium tumefaciens.
Ces cancers sont étudiés pour eux-mêmes, à cause de leurs conséquences en agriculture, et comparés avec les cancers animaux. Comme chez l'animal, les tumeurs végétales dépendent de multiples facteurs – génétiques, infectieux ou d'environnement – sur lesquels influent des interventions artificielles (contamination, blessure, radiations, changements de température). De même la cancérisation se fait en plusieurs étapes.
Par ailleurs les végétaux sont à l'origine de médicaments anticancéreux. À côté de produits de synthèse et d'antibiotiques produits par des bactéries, plusieurs cytotoxiques sont extraits de plantes – comme les alcaloïdes de la pervenche ou le paclitaxel (taxol) obtenu à partir de l'if – ou en sont dérivés de façon semi-synthétique, une partie de la molécule provenant de la plante, l'autre étant synthétisée. La recherche de nouveaux composés anticancéreux recourt largement à des enquêtes dans les pays en voie de développement auprès des guérisseurs et de leurs produits traditionnels ou même de l'ensemble de la flore d'une région, systématiquement inventoriée.
Des végétaux sont aussi la source d'autres substances souvent
utilisées chez les cancéreux, comme la morphine
ou la codéine
Bernard Hrni.
Veil (Simone)
Voir Tabac
Veine
Vaisseau sanguin qui ramène le sang des capillaires, où l'a conduit une artère, vers le cur. Les veines ont une grande importance dans le traitement des malades atteints de cancer, pour l'administration de médicaments qui sont toxiques au contact et entraîneraient une nécrose s'ils étaient injectés en dehors d'une veine (extravasation). Cette toxicité provoque d'ailleurs une irritation puis une sclérose des veines où sont injectés ces médicaments de façon répétée. La voie veineuse est aussi utilisée pour administrer d'autres produits, des anesthésiques, des antibiotiques ou diverses solutions (sérums).
Les plus utilisées sont les veines superficielles de l'avant-bras
(Figure). Pour une simple prise de sang, on peut aussi piquer au dos de la
main. Il faut éviter tout traumatisme et donc toute ponction
veineuse
sur un membre supérieur quand un évidement ganglionnaire a été fait dans l'aisselle, car il est fragile et exposé à devenir un " gros bras ". On évite aussi les injections sur les membres inférieurs, surtout s'ils présentent des varices, faciles à piquer mais sources de complications. Quand l'accès veineux est ou devient difficile, chez les femmes plus que chez les hommes et après des injections antérieures qui ont entraîné une sclérose veineuse, il faut installer un cathéter qui permet d'accéder à une veine profonde et permet de poursuivre les injections nécessaires.
Bernard Hrni.
Velpeau (Alfred, 1795-1867)
Chirurgien accédant à une chaire de la Faculté de médecine de Paris en 1833, il consacre de nombreux travaux aux tumeurs du sein. Dans son Traité des maladies du sein (1854), il suggère l'existence d'un " terrain " prédisposant aux cancers. Lors d'un débat à l'Académie de médecine, il se montre réservé sur l'utilisation du microscope. Il distingue tumeurs malignes et bénignes et soutient que seules ces dernières peuvent être guéries. Pour l'opération de l'ablation du sein (mastectomie), contrairement aux méthodes précédentes où la malade était assise, il préfère l'allonger, notamment pour faciliter l'hémostase et réduire l'hémorragie. Il tolère divers traitements en vigueur, tout en restant réservé à leur égard : extraits de ciguë, sangsues, cataplasmes à base d'oignon, de carotte ou de miel.
Bernard Hrni.
Venin
Voir Cobrathérapie
Verchère (Fernand,
1854-1940)
Chirurgien puis radiologue français qui propose et réalise,
avec Paul Oudin, le premier traitement des cancers
de l'utérus avec du radium,
en 1906.
Verge (Cancer de la)
Tumeur maligne rare dans les pays occidentaux (moins de 1% des cancers masculins) mais assez fréquente en Chine, en Asie du Sud-Est et dans les pays en voie de développement. Ces variations sont rattachées à des facteurs génétiques mal définis, mais surtout à une hygiène génitale défectueuse qui s'accompagne d'une irritation chronique et explique une fréquence plus élevée dans les milieux socio-économiques défavorisés. Le facteur prédisposant le plus net est un phimosis tandis que la circoncision réduit les risques de ce cancer et assure une prévention efficace. Comme pour les tumeurs du col utérin, les papillomavirus joueraient un rôle favorisant, de même que le tabagisme. Il s'agit d'un cancer de la peau ou de la muqueuse (carcinome épidermoïde), souvent précédé d'anomalies bénignes précancéreuses, voisines de celles que l'on observe sur d'autres parties du corps.
La tumeur est souvent reconnue tardivement chez un homme peu évolué ou négligent, ayant une vie sexuelle pauvre ou porteur d'un phimosis ancien qui peut dissimuler la tuméfaction située sous la peau du prépuce qui recouvre le gland. Il s'agit d'un bourgeon ou d'un ulcère, infecté et induré, qui est sensible et saigne au contact. Il peut être accompagné d'une tuméfaction ganglionnaire (adénopathie) dans une ou les deux aines. Le prélèvement (biopsie) nécessite parfois l'incision préalable du phimosis.
L'étendue des lésions à l'extrémité de la verge et dans les ganglions détermine le traitement. La radiothérapie, par irradiation externe ou plutôt curiethérapie avec implantation de fils d'iridium, évite la mutilation dans la majorité des cas. Sinon la chirurgie réalise une amputation partielle ou totale. Les ganglions sont aussi traités par radiothérapie externe ou par évidement chirurgical. Une chimiothérapie est peu efficace et rarement utile.
Les résultats et la survie dépendent
de l'étendue de la tumeur. Plus de la moitié des malades peuvent
être guéris, la guérison étant
habituelle dans les formes limitées, plus rare en cas de tumeur négligée
et importante.
Bernard Hrni.
Vérité
Doit-on dire la vérité aux malades lorsqu'ils présentent une affection grave, surtout si elle est chargée de significations symboliques négatives comme le cancer ? Les réponses varient d'une culture à l'autre, d'un pays à l'autre, d'une époque à l'autre. Dans le cadre d'une relation médecin-malade marquée par le paternalisme (bienveillant ou autoritaire), depuis Hippocrate jusqu'à une période récente, le médecin décidait de la quantité et de la qualité de l'information fournie à son patient, en particulier pour le diagnostic et le pronostic (évolution probable de l'affection, Figure).
En France, l'habitude a longtemps été de cacher le diagnostic de cancer au malade, voire à son entourage. Sous prétexte d'éviter des révélations brutales, une telle attitude a des conséquences défavorables, notamment si le malade est jeune, a une famille à charge, des engagements professionnels ou des dispositions à prendre en perspective d'un éventuel décès.
La tendance actuelle est plutôt de considérer le patient comme un interlocuteur adulte et responsable (dans un partenariat " horizontal " et pas dans une relation de haut en bas). Sans lui imposer une information abrupte, le médecin doit reconnaître son droit d'être renseigné suffisamment et de manière compréhensible sur sa maladie et son évolution probable. Les éthiciens reconnaissent aussi un droit de ne pas savoir. Mais, pour qu'il soit licite de cacher la vérité, il faut que ce vu soit exprimé de manière explicite (" Docteur, si les choses se présentent mal, je préfère que vous ne me le disiez pas et que vous préveniez mes enfants... "). Cela n'annule pas la règle générale que le malade peut être mis au courant de la vérité, ce qui ne veut pas dire de manière brutale.
Momentanément ou exceptionnellement (on parle de " l'exception thérapeutique "), le médecin, convaincu que connaître la vérité aurait de graves conséquences préjudiciables à son malade, peut limiter son information. Dans ce cas, il doit informer de manière suffisamment claire ses proches, tout en respectant ses intérêts personnels qui peuvent différer de ceux de son entourage.
Il y a lieu de faire preuve de psychologie, de tact, de sens de l'humain,
mais c'est le droit strict du patient d'être renseigné de manière
véridique sur son affection et les investigations, traitements et perspectives
qui y sont associés. C'est d'ailleurs une condition du consentement
éclairé. Cette véracité recouvre bien des incertitudes
: le pronostic d'un cancer est une probabilité,
non un verdict qui serait exécuté sans rémission à
une date assurée. Ces incertitudes ne sont pas faciles à gérer,
c'est une raison de plus de les partager. C'est le devoir du médecin
de faire en sorte qu'il en soit ainsi.
Bernard Hrni.
Verner-Morrison (Syndrome
de)
Ce syndrome très rare est dû à
une tumeur, le plus souvent pancréatique et maligne, qui sécrète
une hormone, le VIP (peptide intestinal vasoactif).
Il augmente les sécrétions intestinales
et entraîne une diarrhée profuse qui le
fait doser dans le sang et rechercher la tumeur par imagerie.
Le traitement consiste à corriger la déshydratation provoquée
par la diarrhée, à contrer les effets du VIP par des médicaments
et à enlever chirurgicalement la tumeur. Quand elle est possible et
complète, cette ablation entraîne la guérison.
Dans le cas contraire la radiothérapie ou la
chimiothérapie peuvent ralentir l'évolution.
Vernes
Voir Cancérométrie.
Verrue
Petite tumeur bénigne due à un virus, qui siège généralement sur le visage, les mains et la plante des pieds. Chez des sujets jeunes, elle se présente comme une excroissance grisâtre et irrégulière qui se multiplie et persiste ou guérit sans suite.
Vésicule biliaire (Cancer
de la)
Cette tumeur rare (0,5% de tous les cancers), trois fois plus fréquente chez la femme que chez l'homme, survient en moyenne vers 65 ans, plus souvent chez les Indiens d'Amérique et les Japonais. Des calculs de la vésicule biliaire augmentent le risque de ce cancer (calculocancer) qui se développe aux dépens du revêtement interne de la paroi vésiculaire (adénocarcinome). L'extension aux ganglions voisins et au foie par le réseau veineux est rapide.
Il n'y a pas de signe caractéristique. Les douleurs de la partie haute et droite de l'abdomen sont présentes chez plus de trois quarts des patients ; une jaunisse (ictère) et un amaigrissement existent dans un cas sur deux. L'ictère traduit la compression des canaux biliaires qui vont du foie au tube digestif (duodénum). À cet ictère peuvent s'associer des démangeaisons (prurit). L'examen constate que le foie est augmenté, à cause de métastases ou de la rétention biliaire et il y a une masse dure du côté droit, chez un patient sur trois.
L'échographie évoque le diagnostic dans 90% des cas en montrant sous le foie une masse irrégulière, avec disparition de la cavité vésiculaire. Dans des formes moins évoluées, elle ne montre qu'un épaississement de la paroi de la vésicule. Si la voie biliaire principale est atteinte et que le patient est jaune, il existe une dilatation des voies biliaires au dessus de l'obstacle et des métastases hépatiques peuvent d'emblée être décelées. L'échographie est précisée par un scanner abdominal ou une échoendoscopie.
Le traitement consiste au minimum en l'ablation chirurgicale de la vésicule
(cholécystectomie). Quand le cancer envahit toute la paroi vésiculaire,
il faut enlever aussi une partie du foie voisin. Quand l'ablation chirurgicale
est impossible, il faut traiter l'ictère et mettre en place une prothèse
biliaire par voie endoscopique ou transhépatique (comme pour le cancer
du pancréas) par laquelle la bile s'écoule
à nouveau vers l'intestin. Après chirurgie complète,
la radiothérapie de la région vésiculaire
diminue probablement le risque de récidive. La radiothérapie
est également utilisée en cas de tumeur inextirpable pour diminuer
les douleurs et faire fondre la tumeur. La chimiothérapie
a peu de place dans le traitement de ce cancer.
Philippe Rougier
Vessie (Cancer de la)
Il touche en France environ 6 500 nouveaux malades par an, cinq hommes pour une femme, entre 50 et 70 ans. C'est un cancer d'un épithélium particulier (ou urothélium), d'où son nom de carcinome urothélial. Selon la profondeur de l'atteinte de la paroi (muscle et graisse), il y a deux types de cancer de vessie : superficiel et infiltrant. Le cancer superficiel est quelquefois difficile à distinguer de polypes qui peuvent dégénérer. Leur point commun est leur cause la plus importante : le tabac qui favorise l'évolution d'un polype vers un cancer superficiel et d'un cancer superficiel vers un cancer infiltrant. Il y a aussi quelques cancers professionnels de vessie, en particulier autrefois chez les ouvriers de certaines usines de colorants (amines aromatiques, vulcanisation du caoutchouc, tableau des maladies professionnelles n° 15). Un cancer infiltrant peut envahir la prostate, les ganglions pelviens situés autour de la vessie et donner des métastases dans le poumon, les os ou le foie.
Plusieurs troubles urinaires attirent l'attention : une douleur
et une gêne à l'émission des urines ou miction (dysurie),
des mictions fréquentes (pollakiurie) et du sang dans les urines (hématurie).
Le médecin consulté demandera une urographie
intraveineuse et surtout une endoscopie : la cystoscopie
(introduction d'un tube souple par l'urètre, (
Figure in Appareil Urinaire) montre sur la paroi
de la vessie une zone inflammatoire (rouge) ou une tumeur et permet un prélèvement.
La biopsie permet le diagnostic
et distingue les cancers superficiels des infiltrants.
En cas de cancer superficiel, il n'y a pas d'autre examen à faire avant le traitement. La principale cause de succès est d'arrêter de fumer : le risque de rechute est de 100% si l'intoxication par le tabac se poursuit. L'ablation chirurgicale au cours de la cystoscopie peut être suffisante. S'il y a plusieurs cancers superficiels ou récidive, on peut introduire dans la vessie des produits de chimiothérapie ou du BCG, avec quelques dizaines de millilitres de sérum pendant une à deux heures, en général une fois par semaine. Ensuite des contrôles sont faits par cystoscopies répétées. Même après plusieurs récidives, les chances de succès restent grandes si l'intoxication tabagique cesse. Parfois, des récidives multiples, dans plusieurs zones de la vessie, malgré les traitements locaux, conduisent à proposer l'ablation de la vessie.
En cas de cancer infiltrant, le bilan consiste en un examen clinique, une radiographie du thorax, des analyses biologiques et une scanographie. S'il n'y a pas de métastase, le traitement est dirigé sur la vessie : chirurgie ou radiothérapie. La chirurgie a donné jusqu'à présent les meilleurs résultats. L'intervention consiste à enlever complètement la vessie (cystectomie totale) et à examiner les ganglions pelviens (évidement ganglionnaire). Chez l'homme on enlève une partie de la prostate voisine (prostatocystectomie totale) et chez la femme l'utérus et souvent les ovaires (pelvectomie antérieure), ce qui a des conséquences sexuelles (impuissance) et urinaires.
Après ablation de la vessie, il y a deux méthodes pour évacuer les urines : dans une poche extérieure (urétérostomie) ou par une nouvelle vessie. Le recueil des urines peut se faire par deux poches correspondant aux deux uretères. Une seule poche suffit si on peut allonger les uretères par un morceau d'intestin grêle (intervention de Bricker). Le changement de cette poche nécessite un apprentissage par une infirmière spécialisée (stomathérapeute). Les fuites et les odeurs sont rares et les poches invisibles sur un malade habillé. Il y a rarement infection des urines. La reconstruction d'une vessie est difficile chez la femme, pour des raisons anatomiques, et plus facile chez l'homme, sauf chez un obèse. Les deux uretères sont abouchés à un segment d'intestin grêle qui permet de constituer une nouvelle vessie (entérocystoplastie), elle-même raccordée à l'urètre prostatique, ce qui permet d'uriner par les voies naturelles. Une incontinence résiduelle peut se voir, le jour et surtout la nuit, mais c'est une bonne intervention lorsque les constatations faites pendant l'opération l'autorisent.
Le caractère mutilant de ces interventions a fait rechercher des solutions pour conserver la vessie. Parfois on enlève seulement une partie de celle-ci (cystectomie partielle) en associant une curiethérapie ou une irradiation externe. Une autre possibilité est d'utiliser la radiothérapie externe, parfois associée à une chimiothérapie. Le traitement dure quatre à six semaines et entraîne des troubles urinaires et rectaux (brûlures en urinant, diarrhée), mais on ne sait pas s'il est aussi efficace que l'intervention chirurgicale. La chimiothérapie est devenue active dans ces cancers, depuis 1985 environ. Plusieurs médicaments sont utilisés, le principal étant le cisplatine. Après quatre à six cycles de chimiothérapie, on obtient un effet dans environ deux tiers des cas et une rémission complète dans 20 à 30% des cas. La chimiothérapie première peut être complétée par radiothérapie et éviter une chirurgie mutilante. La chimiothérapie adjuvante est à l'étude.
Si la tumeur envahit seulement le muscle vésical, les chances de guérison
sont de 50 à 70%, si elle envahit la graisse autour de la vessie elles
sont de 30% et elles sont inférieures si les ganglions
pelviens sont envahis. Si on peut enlever chirurgicalement certaines métastases,
20% environ des malades guérissent, même à un stade évolué
de la maladie.
Jean-Pierre Droz.
Viansson-Ponté (Pierre,
1920-1979)
Resté célèbre pour avoir annoncé dans un article fameux (Quand la France s'ennuie...), paru le 15 mars 1968, l'explosion de mai 68, ce grand journaliste publie en 1977 Changer la mort (Albin Michel), en collaboration avec le cancérologue Léon Schwartzenberg. Échange entre un médecin qui témoigne sur la maladie, la souffrance et la mort et un commentateur exigeant, ce livre surmonte, parmi les premiers, le tabou de la mort et rencontre un grand succès. Les deux auteurs plaident pour un affrontement lucide de notre caractère mortel et de notre fin. " Mieux vaut savoir que subir, savoir avant de subir. " Quelques mois plus tard, souffrant du dos, Pierre Viansson-Ponté est atteint d'un cancer : en rupture avec la position qu'il a défendue publiquement, il refuse de reconnaître la nature de sa maladie et préfère croire à une sciatique tenace, dans une attitude de négation. Tout en se laissant soigner, il poursuit ses activités dans toute la mesure du possible. Sa dernière chronique " Au fil de la semaine " paraît dans le même numéro du Monde que l'annonce de sa mort. Sans porter atteinte à sa personnalité, ce revirement illustre, parmi d'autres, le hiatus qu'il peut y avoir entre le général et le particulier, entre un individu bien portant et la personne malade.
Bernard Hrni.
Vie en plus (Ma,
Stock, 1975)
Actrice de la " nouvelle vague ", Françoise Prévost a voulu témoigner, dans ce récit, de son expérience personnelle d'un cancer du sein, en clamant qu'on peut en guérir et qu'on peut en parler, sans honte ni terreur. C'est à 42 ans qu'elle découvre une boule dans son sein en prenant sa douche. " Morte de frousse ", elle attend une semaine avant d'en parler à son mari, par pudeur, par crainte aussi d'" entamer une terrifiante aventure ". Ensemble, ils essaient de faire face à la réalité, de comprendre, de prévoir la suite. Elle va à la Fondation Curie où sera fait le diagnostic et où elle pourra recevoir un traitement conservateur, sans amputation, par radiothérapie. Dans un style vif et simple, elle raconte son parcours médical, entrelacé avec des réminiscences de sa vie antérieure. Confrontée à la mort et y échappant, elle considère que la vie qui lui est laissée est " en plus ", un " cadeau " chaque jour renouvelé et entretenu par son mari, sa famille, ses amis, dans une solidarité lucide préférable à un isolement silencieux. Elle plaide pour la vérité, l'optimisme, le combat en connaissance de cause qui, à défaut de guérir le cancer, réduisent la peur qu'il suscite et dispensent de soucis superflus. Cinq ans plus tard, la fréquentation de la mort l'a d'une certaine façon libérée et lui a appris à aimer encore plus la vie.
Bernard Hrni.
Vieillard
Les cancers étant reconnus dans la moitié des cas après 65 ans, nombreux sont les vieillards qui présentent une tumeur maligne. Plus que la date de naissance, ce sont les artères qui définissent l'âge, les capacités physiques et mentales. Même si l'âge est le principal facteur prédisposant aux tumeurs il n'y a pas de seuil à partir duquel les cancers deviennent plus fréquents, ou plus difficiles à traiter. Cependant, malgré l'absence de caractère particulier, le grand âge accentue des traits dans l'ensemble défavorables.
À l'inverse de ce qui s'observe chez l'enfant, il n'y a pas de cancer propre au grand âge, mais plusieurs facteurs retardent le diagnostic. Une personne âgée est suivie médicalement plus souvent qu'un jeune mais elle est habituée à divers inconforts et peut omettre de signaler un nouveau trouble, surtout si le cancer est redouté, à cause de sa mauvaise réputation qui marque plus à cet âge que chez des adultes plus jeunes. Une certaine pudeur, la peur d'infirmité considérée comme honteuse ou une négligence chez un veuf (plus souvent une veuve) isolé qui estime " avoir fait son temps ", peuvent retarder la déclaration d'une anomalie à son médecin. Il est plus rare que le grand âge gêne les examens nécessaires pour affirmer le diagnostic ou compléter le bilan préthérapeutique.
Le traitement peut être aussi plus difficile en raison des défaillances qui accompagnent le vieillissement. Une simple hospitalisation réalise un déplacement qui prive le malade de ses repères habituels qu'il aura du mal à retrouver ensuite. Les réactions secondaires sont plus difficiles à supporter. Certaines complications sérieuses prévisibles, mêmes rares, peuvent faire renoncer au traitement souhaitable car elles menaceraient trop l'existence. Cependant les progrès portent aussi sur une meilleure tolérance et beaucoup de recherches s'attachent à mettre au point des traitements aussi efficaces et mieux supportés, pour faire face au vieillissement de la population et à l'augmentation des cancers qui l'accompagne.
Enfin le pronostic des cancers se détériore
avec l'âge, même à type de cancer et à traitement
égaux par ailleurs. Des vieillards présentent des tumeurs d'évolution
lente mais on ne peut compter sur une telle évolution spontanée
pour s'abstenir de traiter. Avec la même diligence que pour des plus
jeunes, avec une attention et des précautions renforcées, avec
une vigilance accrue pendant le traitement et dans ses suites, il est possible
de traiter convenablement des personnes même très âgées
avec de bons résultats. Parfois l'âge représente un risque
plus important que le cancer, souvent le cancer n'est qu'une des façons
de mourir d'une personne parvenue à la fin de sa vie (
Voir Hirohito) A tous les temps, l'âge
ne doit pas entraîner un préjugé négatif systématique.
En particulier l'information* des patients âgés doit être
adaptée à leur éducation ancienne, à d'éventuelles
difficultés pour entendre et pour comprendre, en tenant compte de leur
vulnérabilité, pour mieux respecter leur autonomie* et leur
volonté.
Bernard Hrni.
Vieillissement
Rançon de l'amélioration des conditions socio-économiques et des progrès de l'hygiène et de la médecine, qui ont considérablement allongé la vie en deux siècles, le vieillissement représente désormais la principale menace qui pèse sur la santé des populations occidentales en les exposant en particulier à plus de cancers. Il n'a suivi qu'avec retard l'allongement de la durée de vie – un septuagénaire aujourd'hui a une meilleure santé qu'un quinquagénaire du temps de Montaigne – mais il est accéléré par certaines pratiques : le tabagisme et l'imprégnation de tout l'organisme par la fumée de cigarettes respirée vieillissent prématurément l'ensemble des tissus, comme une exposition abusive au soleil vieillit prématurément la peau.
La fréquence (incidence)
des cancers a un peu diminué – si l'on met à part ceux favorisés
par le tabac – à âge égal mais
l'accroissement de la population âgée augmente le nombre absolu
des cancers, dont plus de la moitié surviennent après 65 ans.
Cette augmentation avec l'âge s'explique de deux façons. 1) Le
temps qui passe – 20 000 jours à 60 ans, 30 000 à 90 ans – allonge
la durée pendant laquelle un organisme ou un tissu est exposé
à des influences cancérogènes.
Il faut ainsi atteindre en moyenne 80 ans pour présenter un carcinome
de la peau après les expositions au soleil raisonnables et souvent
professionnelles qui se produisaient avant la mode du bronzage. Un cancer
des voies respiratoires (larynx, bronches)
survenait en moyenne vers 60-65 ans chez des personnes ayant fumé un
paquet de cigarettes par jour à partir de 25 ans, il survient 10 ou
15 ans plus tôt chez les gros fumeurs ayant commencé à
fumer à 15 ans et consommant deux paquets quotidiens. 2) Avec le vieillissement,
la plupart des fonctions s'affaiblissent, notamment celles qui réparent
une mutation survenue accidentellement au cours d'une
division cellulaire (mitose) ou celles chargées
de surveiller l'organisme et d'éliminer des cellules
anormales (
voir Immunité).
Ces défaillances facilitent l'apparition de cellules transformées
et leur développement en cancer.
Comme la majorité des maladies cardio-vasculaires, la plupart des
cancers apparaissent ainsi comme des affections dégénératives
: on parle de dégénérescence cancéreuse.
Bernard Hrni.
VIH
Voir Virus de l'immunodéficience humaine.
Jean-Albert Gastaut.
Villejuif
Voir Paul Brousse, Gustave-Roussy
(Institut).
Villiers de l'Isle-Adam
Voir Huysmans.
Vinblastine
Isolée en 1958, la vinblastine est un poison du fuseau qui se forme au moment de la division cellulaire (mitose*) et en bloque l'évolution. La vinblastine et la vincristine sont les deux premiers vinca-alcaloïdes* extraits de la pervenche* qui ont une application thérapeutique chez l'homme.
La vinblastine est un agent anti-microtubulaire qui se fixe sur la tubuline* B, à un site différent de celui de la colchicine*, le plus ancien des antimitotiques*. Elle inhibe l'assemblage des microtubules, ces composants majeurs du cytosquelette qui interviennent dans de nombreuses fonctions cellulaires, comme la mitose et la motilité. La vinblastine est un agent dépolymérisant, à l'inverse des taxanes* qui sont des agents polymérisants. Ces deux classes de médicaments anti-cancéreux provoquent une inhibition de la dynamique des microtubules. La vinblastine est active sur les cellules* qui sont engagées dans le cycle* cellulaire et en voie de réplication. Á faible dose, elle pourrait avoir une action anti-angiogène.
Comme les autres vinca-alcaloïdes, la vinblastine est métabolisée dans le foie* par le cytochrome P450 et son élimination est essentiellement biliaire. Elle interfère dans le métabolisme de certains acides aminés* conduisant à l'acide glutamique.
Les mécanismes de résistance à la vinblastine font intervenir le système MDR, l'hyper-expression du gène*, par l'intermédiaire de la glycoprotéine P, entraînent une augmentation de la sortie du médicament et une diminution de sa concentration intracellulaire. La vinblastine présente des interactions avec certains médicaments comme la mitomycine C*, la phénytoïne et la ciclosporine, ce qui modifie sa tolérance en cas d'administration simultanée. Sur cellules en culture*, elle a une action synergique avec le paclitaxel*.
La vinblastine s'administre par voie intraveineuse stricte, dans la tubulure d'une perfusion*, car elle irrite fortement ou détruit les tissus* avec lesquels elle entre en contact. La dose* habituelle est de 6 à 8 mg/m2, en une perfusion de courte durée, une fois par semaine. Dans quelques essais cliniques, elle a été injectée directement dans la tumeur pour une maladie de Kaposi* associée au sida, au niveau des voies* aéro-digestives supérieures. La principale toxicité de la vinblastine est hématologique, avec une diminution fréquente mais transitoire des globules* blancs, parfois des plaquettes*, rarement des globules rouges. Moins souvent que la vincristine ou la vindésine*, la vinblastine présente une intolérance nerveuse (troubles des sensibilités des extrémités des membres), qui se corrige spontanément en quelques semaines après l'arrêt du traitement. Les nausées* et les vomissements* sont rares. Après contrôle initial de la bilirubinémie puis sous surveillance régulière de l'hémogramme*, un traitement par la vinblastine seule est généralement bien toléré. La vinblastine n'a pas d'activité cancérogène ni leucémogène reconnue.
La vinblastine est prescrite dans le traitement des tumeurs à cellules germinales
du testicule*, la maladie de Hodgkin* et les lymphomes*, les cancers de la
vessie*, du sein* et de l'ovaire*. Elle est habituellement asssociée à d'autres
médicaments anticancéreux, en raison de sa faible toxicité hématologique et
de sa bonne tolérance. Dans un traitement palliatif, comme pour une maladie
de Hodgkin récidivant après une greffe* de moelle* ossseuse autologue, elle
peut être prescrite seule pour améliorer les symptômes.
Paul Cappelaere
Vinca-alcaloïdes
Terme générique pour désigner les alcaloïdes
de la pervenche, Vinca rosea, et leurs dérivés
obtenus par modification chimique. Ils ont tous pour cible la tubuline
du fuseau achromatique de la mitose dont ils inhibent
la polymérisation. Cette tubuline constituant aussi les fibres nerveuses,
les vinca-alcaloïdes ont une toxicité nerveuse, surtout sensitive,
et induisent une tendance dépressive.
Voir Vinblastine, Vincristine,
Vindésine, Vinorelbine.
Jacques Chauvergne.
Vincristine
Alcaloïde* extrait de la pervenche*, la vincristine est utilisée dans le traitement des cancers et des leucémies* depuis 1960. Une différence minime de structure par rapport à la vinblastine* lui confère des propriétés pharmacocinétiques*, antitumorales et cytotoxiques* particulières.
Comme les autres vinca-alcaloïdes, la vincristine se fixe dans la cellule sur la tubuline* et empêche la formation des microtubules. Elle bloque ainsi la dynamique du fuseau mitotique le long duquel migrent les chromosomes* et arrête les cellules* en métaphase. La vincristine est donc un antimitotique vrai. Elle altère également les neurofibrilles et donc la conduction nerveuse, à l'origine d'une toxicité* qui limite son emploi.
La vincristine diffuse rapidement dans l'organisme mais diffuse peu dans le liquide* céphalo-rachidien. Elle est métabolisée dans le foie* par le cytochrome P450 et son élimination est essentiellement biliaire. Le métabolisme de la vincristine explique les interférences possibles avec des médicaments substrats ou inhibiteurs du cytochrome P450 et, d'autre part, en cas d'insuffisance hépato-biliaire. Des interactions médicamenteuses ont été observées avec certains antifongiques, la ciclosporine et la phénytoïne.
La résistance* cellulaire à la vincristine est principalement de type MDR (multi-drogue résistance). La fixation de la vincristine sur des structures microtubulaires altérées peut également être défectueuse. La vincristine s'administre exclusivement par voie veineuse. La dose* habituelle chez l'adulte est de 1,4mg/m2 de surface* corporelle et répétée une fois par semaine. L'injection* accidentelle de la vincristine dans le liquide céphalo-rachidien peut être fatale par atteinte médullaire et encéphalique.
La principale toxicité* de la vincristine est neurologique. Ses manifestations sont progressives et d'abord régressives, ce qui permet d'arrêter le traitement. Elles concernent en premier lieu le système nerveux* périphérique, sous la forme de troubles sensitifs des extrémités et d'une diminution des réflexes. Si le traitement était maintenu, pourraient survenir des paralysies des paires crâniennes. L'atteinte fréquente du système neurovégétatif est responsable de troubles digestifs*, à type de constipation* d'intensité variable. En raison de sa neurotoxicité, la vincristine ne peut être prescrite en cas de neuropathie congénitale ou acquise associée. Les toxicités hématologiques et pulmonaires sont rares.
La vincristine est un médicament actif dans de nombreux cancers. Elle est
prescrite dans le traitement des cancers de l'enfant*, des cancers lymphoïdes
comme la leucémie* aiguë lymphoïde, les lymphomes* et la maladie de Hodgkin*.
Présentant peu de toxicité sanguine, ce qui est rare parmi les médicaments
anti-cancéreux, la vincristine est souvent associée à d'autres agents cytotoxiques
pour les cellules tumorales et pour les cellules de la moelle* osseuse. Elle
est également indiquée pour les purpuras* thrombopéniques idiopathiques résistants
aux traitements classiques.
Paul Cappelaere
Vindésine
Alcaloïde* semi-synthétique dérivé de la pervenche*, dont la structure chimique est proche de celle de la vinblastine* et de la vincristine*. Après les études pré-cliniques, les essais de phase I et de phase II ont commencé en 1975.
La vindésine est un anti-mitotique*, au sens strict.
Comme les autres alcaloïdes de la pervenche ou vinca-alcaloïdes, la vindésine se fixe sur la tubuline* et empêche la formation des micro-tubules, en particulier le système microtubulaire du fuseau mitotique, ce qui entraîne l'arrêt de la division cellulaire. Elle est donc active sur les cellules* engagées dans le cycle*. Après injection* intraveineuse, la vindésine diffuse largement dans les tissus de l'organisme mais elle est métabolisée dans le foie*. Son élimination s'effectue principalement par voie biliaire.
La vindésine s'administre par voie veineuse stricte. La dose* recommandée chez l'adulte est de 3mg/m2 de surface* corporelle, une fois par semaine. Des perfusions intra-veineuses continues de 1mg/m2 par jour pendant 3 à 5 jours ont été pratiquées pour mieux exposer les cellules au cours de la phase sensible de leur cycle de prolifération.
La toxicité sanguine de la vindésine est le principal facteur limitant des
traitements par ce médicament*. Elle se marque par une diminution passagère
et généralement modérée des granulocytes*, maximum 3 à 6 jours après l'injection.
Les plaquettes* sanguines diminuent moins souvent. Les complications neurologiques
de la vindésine sont moins marquées que celles qui sont provoquées par la
vincristine. Elles se traduisent par une atteinte du système* nerveux périphérique
(perte des réflexes et des sensibilités des extrémités des membres). Les troubles
digestifs* sont peu fréquents (constipation*, nausées et vomissements*) de
même que les troubles broncho-pulmonaires (dyspnée* par spasme bronchique).
La toxicité endoveineuse et tissulaire en cas d'extravasation* de la vindésine
oblige à recourir à une perfusion* par voie veineuse stricte et à un rinçage
de la veine après injection. La vindésine est utilisée dans le traitement
des cancers bronchiques*, surtout de type non à petites cellules, des carcinomes*
épidermoïdes des voies* aéro-digestives supérieures et de l'œsophage* ainsi
que des cancers du sein*. Pour des patients en bon état général et n'ayant
pas reçu auparavant de médicaments anticancéreux, elle associée à d'autres
médicaments, comme un sel de platine* ou une anthracycline*, surtout lorsque
les tumeurs sont localement évoluées. La vindésine est parfois prescrite comme
médicament de recours pour le traitement des affections lymphoïdes malignes
telles que les lymphomes* réfractaires ou récidivants. La bonne tolérance
habituelle de la vindésine permet de la prescrire à des cancéreux âgés*.
Paul Cappelaere
Vinorelbine
La vinorelbine est le dernier médicament de la famille des vinca-alcaloïdes* introduit en thérapeutique humaine. Sa synthèse a été réalisée par P.Potier dans un laboratoire du CNRS* à Gif-sur-Yvette en 1976. Comme les autres alcaloïdes* de la pervenche*, la vinorelbine est un agent dépolymérisant de la tubuline*, bloquant la division cellulaire par altération du fuseau mitotique et provoquant l'apoptose de la cellule. La vinorelbine se fixe en grande partie aux protéines* plasmatiques et se distribue dans l'organisme où son incorporation est intense et prolongée. Elle est métabolisée dans le foie* et son élimination s'effectue par voie biliaire. Sa demi-vie plasmatique est intermédiaire entre celle, très longue , de la vincristine* et celle , plus courte de la vinblastine*.
La vinorelbine est administrée par voie veineuse stricte, à la dose* de 25-30mg/m2 de surface* corporelle, une fois par semaine. Pour éviter une irritation endo-veineuse et surtout les conséquences parfois sévères d'une extravasation*, le médicament est dilué dans une solution physiologique et perfusé en 20 minutes, avec un rinçage abondant de la veine. La posologie est adaptée en cas d'insuffisance hépato-rénale simultanée.
La principale toxicité* est la diminution des globules* blancs et des granulocytes*.
La toxicité neurologique est peu fréquente. Elle se manifeste au niveau du
système* nerveux périphérique par une abolition des réflexes ostéo-tendineux
et des troubles des sensibilités aux extrémités des membres, et au niveau
du système nerveux végétatif par une constipation. Les manifestations broncho-pulmonaires
et cardio-pulmonaires sont rares. Les deux principales indications de la vinorelbine
sont le cancer des bronches* dans la variété non à petites cellules et le
cancer du sein*. Pour le traitement du cancer bronchique, la vinorelbine seule
ou associée à un sel de platine semble plus active que les autres vinca-alcaloïdes
et augmente la survie. Pour les cancers bronchiques non opérables en raison
de leur extension loco-régionale, la vinorelbine fait partie des associations*
chimiques qui sont réalisées, en particulier avec un sel de platine*, voire
avec un taxane ou la gemcitabine. Des associations sont parfois administrées
simultanément à la radiothérapie*. Pour le traitement d'un cancer du sein,
la vinorelbine est associée à une anthracycline*, au fluorouracil*, à un taxane.
Toutefois la vinorelbine est moins active chez des patients qui ont déjà reçu
des médicaments anticancéreux. La bonne tolérance habituelle de la vinorelbine
permet de la prescrire aux cancéreux âgés*.
Paul Cappelaere
Virchow (Rudolf, 1821-1902)
Médecin allemand, Rudolf Virchow généralise l'étude microscopique des prélèvements faits par autopsie et devient le plus grand anatomopathologiste de son temps, avec une influence décisive pour la compréhension des cancers. Se fondant sur la théorie cellulaire posée par Schwann en 1839, il va donner à la biologie cellulaire son assise et son ampleur en affirmant, dans son ouvrage fondamental de Pathologie cellulaire (1858), que toute cellule vient d'une autre cellule (omnis cellula e cellula). Contre la génération spontanée, c'est pour lui une cellule préexistante qui en donne deux autres par scissiparité (la division cellulaire ou mitose sera découverte un peu plus tard). Ainsi un cancer vient de la prolifération d'une cellule initiale, elle-même dérivée d'une cellule normale. Cette conception que le temps allait confirmer reste valide à la fin du xxe siècle, où le caractère monoclonal (un seul clone* venant d'une seule cellule) est reconnu pour tous les cancers. Également pionnier de la paléopathologie avec Schliemann, Virchow joue un rôle politique influent en hygiène et santé publiques mais se montre réservé à la fin de sa vie sur les théories microbiennes des maladies qui commencent à s'imposer.
Bernard Hrni.
Virus
Les virus ont de nombreuses relations avec les cancers, soit à leur origine, surtout dans les pays en voie de développement et chez l'animal, soit comme agents d'infections qui compliquent l'évolution des tumeurs. Ils font partie des microbes (micro-organismes) les plus petits, invisibles en microscopie optique. Ils ont en commun d'être des parasites obligatoires de la cellule dont ils détournent le métabolisme à leur profit.
Ils ont été découverts à la fin du XIXe siècle à partir de maladies humaines ou animales, apparemment transmissibles mais non provoquées par des micro-organismes connus tels que bactéries ou parasites protozoaires. Dès 1898, les bactériologistes allemands F. Löffler et P. Frosch démontrent que la fièvre aphteuse du bétail peut être transmise avec un extrait passé sur un filtre capable de retenir les bactéries d'où l'appellation donnée à ces nouveaux agents : " virus filtrants ". La même année, Beijerinx montre que la mosaïque du tabac est due à un tel micro-organisme. En 1910, Rous découvre l'origine virale d'une tumeur maligne du poulet. Les recherches s'accélèrent et de nombreuses maladies des végétaux, des animaux et de l'homme sont rattachées à des virus. En fait, la plupart des organismes vivants peuvent abriter de tels agents : bactéries , insectes, champignons, algues, protozoaires, végétaux et animaux supérieurs.
Chez les mammifères les premiers virus ont été découverts à partir de maladies, mais toute infection par un virus, suivie de sa multiplication chez l'hôte, ne débouche pas obligatoirement sur une maladie : dans de nombreux cas, l'infection virale demeure inapparente. Par ailleurs, si certains virus ne provoquent qu'une seule affection, d'autres en déterminent plusieurs. Enfin, des symptômes cliniques identiques peuvent résulter d'infections par des virus différents.
L'accumulation des informations sur l'effet morbide et sur la composition chimique des virus ont permis au Français André Lwoff (1953) d'énoncer les caractères principaux de ces agents. Ces particules contiennent un seul acide nucléique (ADN ou ARN) portant l'information génétique virale. Leur multiplication s'opère toujours à l'intérieur d'une cellule vivante par replication de son génome car leur information génétique réduite ne leur donne aucun des systèmes enzymatiques et énergétiques nécessaires à leur replication. Ils dépendent pour cela de la machinerie cellulaire et ce sont des parasites intracellulaires obligatoires. Par contre, ils possèdent l'information utile à la synthèse de leurs propres constituants, des protéines protégeant leur génome au stade de particule. La phase ultime de la replication virale correspond à l'émission dans l'espace extracellulaire de particules infectieuses (virions).
Les particules virales ont une organisation plus ou moins complexe selon les groupes. Les plus simples sont constituées d'un acide nucléique protégé par une simple membrane (capside) protéique (virus nus). Plus élaborées sont les particules possédant en plus une enveloppe externe (virus enveloppés). Enfin, des structures supplémentaires peuvent exister dans la capside et entre celle-ci et l'enveloppe. La taille des virions varie de 10 à 300 nanomètres (10-9 m), plaçant les plus volumineux (Pox) au niveau des plus petites bactéries.
Parmi les grandes familles de virus humains et animaux, quelques-unes sont en relation avec les cancers : parmi les picornaviridae se trouve le virus de l'hépatite A; les retroviridae englobent les virus oncogènes des animaux, le virus du sida, les HTLV ; les hepadnaviridae sont représentés par le virus de l'hépatite B, les herpesviridae par Herpesvirus simplex responsable de l'herpès, Herpesvirus varicellae responsable de la varicelle et du zona, le cytomégalovirus, le virus d'Epstein-Barr.
Les virus dits " oncogènes ", susceptibles de favoriser des tumeurs
chez l'homme se recrutent dans des familles très différentes.
Parmi les retroviridae, le HTLV-I induit un
type particulier de lymphome chez l'adulte. C'est le
seul rétrovirus humain leucémogène connu mais il est
prévisible que d'autres rétrovirus pathogènes pour l'homme
seront découverts si l'on se réfère aux mammifères
chez lesquels la plupart des leucémies et des
tumeurs sont induites par des agents appartenant à cette famille. C'est
parmi les virus à ADN que l'on rencontre les agents potentiellement
oncogènes les plus nombreux chez l'homme. Leur génome
est en effet capable de s'intégrer directement dans le génome
d'une cellule infectée et d'y apporter des oncogènes
ou de modifier le fonctionnement de certains proto-oncogènes
cellulaires. Le virus d'Epstein-Barr est associé,
selon les cofacteurs qui accompagnent l'infection, au lymphome de Burkitt
en Afrique, au carcinome du nasopharynx
au Maghreb et en Chine et à la mononucléose infectieuse dans
les pays à climat tempéré et économiquement avancés.
Le virus de l'hépatite B, outre l'hépatite,
favorise le carcinome primitif du foie. Le cancer du
col de l'utérus est associé à
l'infection par des virus de type herpès. Enfin,
de nombreuses études démontrent une relation entre l'infection
par certains virus des papillomatoses* humaines et le développement
d'hyperplasies intra-épithéliales bénignes qui se transforment
secondairement en cancer au niveau du col de l'utérus
ou de la verge.
Bernard Guillemain
Virus de l'immunodéficience
humaine (VIH)
C'est en 1981 qu'ont été mis en évidence les premiers cas d'une nouvelle pathologie qui devait être identifiée sous le terme de syndrome d'immuno-déficience acquise ou sida puis rapprochée de certains cancers. Devant le nombre croissant de malades, des moyens considérables ont été mis en place pour identifier les différents aspects cliniques et biologiques. C'est ainsi qu'ont pu être mis en évidence la variété des manifestations cliniques, l'existence d'un déficit de l'immunité cellulaire et la transmission par voie sexuelle, sanguine ou materno-ftale d'un agent non identifié à cette époque. C'est l'équipe du Professeur Luc Montagnier à l'Institut Pasteur de Paris qui découvre le micro-organisme responsable du sida. Isolé d'un ganglion lymphatique d'un patient atteint, non pas de sida avéré, mais d'un syndrome d'adénopathie généralisée persistante (ganglions augmentés de volume dans différents territoires lymphatiques superficiels), cet agent est un virus jusque-là inconnu. Dénommé d'abord LAV (lymphadenopathy associated virus ou virus associé à l'adénopathie), ce même virus sera décrit sous le terme de HTLV-III par Robert Gallo aux États-Unis. Depuis 1986, une même nomenclature a été adoptée : Virus de l'Immunodéficience Humaine ou VIH (en anglais : HIV ou Human Immunodeficiency Virus).
Le VIH appartient aux rétrovirus qui se définissent par une enzyme dénommée transcriptase inverse, codée par le génome viral. Pour leur reproduction, ils doivent s'intégrer à l'ADN (acide désoxyribonucléique) des cellules. Alors que cette opération est relativement aisée pour les virus à ADN. Elle est plus complexe pour les rétrovirus. Ceux-ci ont un ARN (acide ribonucléique) qui, pour pouvoir s'intégrer à l'ADN cellulaire, doit au préalable subir une transcription inverse ou rétrograde grâce à la transcriptase inverse : une chaîne d'ADN complémentaire de l'ARN viral est synthétisée et c'est elle qui s'insère dans l'ADN cellulaire, permettant à son information génétique d'entraîner la formation d'autres rétrovirus.
Dans le cas du VIH, la principale cellule cible est un globule blanc : le lymphocyte T auxiliaire ou T4 (ou CD4), considéré comme un chef d'orchestre de l'immunité en raison de son rôle dans les moyens de défense de l'organisme. Infecté par le VIH, le lymphocyte T4 donne lieu, dans certaines circonstances, à la production d'autres VIH (en grand nombre). Au terme d'un processus complexe, les nouveaux VIH vont bourgeonner à sa surface, enveloppés dans une membrane virale constituée à partir de la membrane du lymphocyte. Au sein de cette enveloppe sont insérées des protéines caractéristiques du virus dont une partie émerge pour lui donner un aspect de boule hérissée d'épines (spicules). Cette image, bien connue, donne au VIH l'allure agressive des masses d'armes utilisées au Moyen Âge. Ces spicules contiennent une protéine, dite glycoprotéine 120 (ou gp 120), qui est impliquée dans la fixation du VIH sur les lymphocytes T4 dont elles reconnaissent spécifiquement un antigène de surface, la molécule CD4. On sait aujourd'hui qu'il existe des corecepteurs. À l'intérieur du virus, existe une formation sphérique constituée par l'ARN viral et par des protéines. L'ARN comporte des gènes commandant la production de certaines protéines, en particulier la transcriptase inverse.
Au sein de la famille des rétrovirus existent des sous-familles dont celle des lentivirus à laquelle appartient le VIH. Ces lentivirus sont responsables d'infections prolongées dans le temps, ce qui est le cas de l'infection par le VIH qui met plusieurs années avant de conduire à un sida avéré. Parmi les lentivirus, certains ont pour hôtes les primates auxquels ils peuvent conférer un état d'immunodéficience. C'est le cas du SIV (Simian immunodeficiency virus ou virus de l'immunodéficience du singe), assez proche du VIH-2. En effet, il n'existe non pas un seul VIH mais au moins deux : le VIH-1, de loin le plus répandu dans le monde, et le VIH-2 confiné dans les régions de l'Ouest de l'Afrique Noire. Les VIH sont doués d'une grande variabilité génétique et aucun n'est strictement superposable à un autre, cela s'observant d'un sujet infecté à un autre ou chez un même sujet au cours du temps.
Le VIH est transmis, inclus dans les cellules qu'il a contaminées, par voie sexuelle ou sanguine (transfusions de certains produits sanguins avant les mesures prises en 1985, partage des seringues chez les toxicomanes utilisant des drogues injectables et accidents d'exposition au sang, passage du sang maternel vers l'enfant dans l'utérus pendant le dernier trimestre de grossesse, contamination au moment de l'accouchement). Le lait maternel d'une femme infectée par le VIH peut aussi contaminer l'enfant nourri au sein.
Le VIH n'est pas très contagieux (au contraire du virus de l'hépatite B) et les cellules sanguines infectées circulantes sont souvent peu nombreuses. Lorsqu'il a pénétré dans un sujet, le VIH se réplique de manière rapide et intense et contamine très rapidement les lymphocytes T4 ainsi que d'autres cellules (dont les macrophages qui jouent un rôle de réservoir). Il est donc présent en différents sites de l'organisme, notamment dans le système nerveux central. Au cours des années, il infecte un nombre grandissant de cellules et contribue, directement ou indirectement, à la disparition progressive des lymphocytes T4, responsable d'un déficit immunitaire qui s'accentue.
La découverte du VIH a permis de mettre au point des tests sérologiques
qui détectent, dans le sang des sujets infectés, les anticorps
dirigés contre le rétrovirus. Ces anticorps apparaissent dès
la troisième semaine suivant l'inoculation et permettent de déceler
les personnes séropositives (
voir
Sérum).
Aujourd'hui, l'étude de la charge virale plasmatique - qui consiste à faire le compte du nombre de copies d'ARN- VIH par ml de plasma - représente un paramètre biologique majeur pour le suivi des patients et de leur traitement antirétroviral.
Des équipes de chercheurs travaillent depuis plusieurs années à l'élaboration de vaccins contre le VIH. Les obstacles sont nombreux mais, dès à présent, certains singes ont pu fabriquer des anticorps anti-VIH et des essais de vaccination ont commencé chez l'homme. Ces vaccins pourraient un jour protéger les sujets sains d'une contamination. Dès à présent, ils peuvent aider les séropositifs à lutter contre leur infection et des essais de vaccinothérapie sont actuellement en cours (immunothérapie spécifique).
Les molécules antirétrovirales disponibles pour traiter l'infection
par VIH inhibent la multiplication virale en empêchant l'action de la
transcriptase inverse (inhibiteurs nucléosidiques ou inhibiteurs non
nucléosidiques de la transcriptase inverse) ou de la protéase
(inhibiteurs de la protéase). A partir de 1996, l'utilisation combinée
de ces molécules, dont la classique trithérapie, a permis de
disposer de traitements antirétroviraux hautement efficaces (HAART)
et d'obtenir une réduction drastique du nombre de décès
dus au sida et du nombre de nouveaux cas de sida.
Jean-Albert Gastaut
Visage
Voir Face.
Viscum album
Voir Iscador.
Vitamine
Ce terme a été proposé en 1912 par Casimir Funk, biochimiste polonais établi en Angleterre, pour désigner des substances apportées par l'alimentation et indispensables à la vie. Les vitamines sont devenues très populaires et on les a naturellement évoquées à l'origine des cancers, dans les suites de leur évolution ou pour leur traitement.
Une carence vitaminique peut précéder un cancer et peut-être favoriser son apparition. Elle est liée à un facteur cancérogène comme la consommation excessive d'alcool qui s'accompagne d'un déficit en vitamines A (ou rétinol), B1(thiamine), B2(riboflavine), B6 (pyridoxine), E (tocophérol), C (acide ascorbique) et acide folique. Un déficit en vitamine A ou C s'observe chez des malades atteints d'un cancer du tube digestif ou des bronches ce qui expliquerait l'insuffisance immunitaire de tels malades. On a proposé d'augmenter les apports en vitamine A pour réduire le risque d'apparition de ces tumeurs mais, en dehors d'une alimentation équilibrée, cette mesure expose aux risques d'hypervitaminose A. L'emploi de cette vitamine ou de dérivés moins toxiques (rétinoïdes) est à l'étude pour corriger des anomalies précancéreuses, notamment sur les muqueuses respiratoires, et éviter leur dégénérescence en cancer. Plusieurs études à grande échelle, impliquant plusieurs dizaines de milliers de personnes, ont montré que la supplémentation de l'alimentation par vitamine A ou rétinoïdes s'accompagnait d'une augmentation - et non d'une diminution comme on l'espérait - de l'apparition de cancers.
Quand le cancer est installé, il peut s'accompagner de troubles de l'alimentation et d'un défaut d'apport de vitamines au même titre que d'autres aliments bénéfiques. Les préparations alimentaires du commerce respectent un équilibre dans leur composition à cet égard. L'apport d'une quantité accrue n'est pas justifié et peut être nocif (hypervitaminose).
Dans le traitement des cancers, les vitamines ont été proposées pour améliorer l'état général et l'état nutritionnel et ainsi renforcer les défenses de l'organisme contre la tumeur maligne. Dérivés de la vitamine A, les rétinoïdes ont aujourd'hui des indications limitées mais bien assurées dans le traitement d'une forme particulière de leucémie (promyélocytaire). La vitamine C s'est vu attribuer, sans preuves convaincantes, des effets contre la douleur ou même contre les cellules cancéreuses. Utilisée à doses élevées, elle est toxique et pourrait réduire l'effet simultané de la radiothérapie par son effet sur les réactions d'oxydoréduction et les radicaux libres. Elle a bénéficié dans les années 1980 d'une importante promotion de la part du double prix Nobel Linus Pauling sur des arguments qui n'ont pas été confirmés par des essais thérapeutiques, incapables de mettre en évidence le moindre effet bénéfique. Les vitamines B, en particulier la B12 (cyanocobalamine), ont été proposées pour traiter diverses manifestations nerveuses (des douleurs), sans que leur efficacité ait pu être démontrée ni qu'on puisse exclure une stimulation de la croissance tumorale. L'acide folinique, dérivé de l'acide folique, permet de limiter la toxicité de médicaments comme le méthotrexate ou de renforcer l'efficacité du fluorouracil. La vitamine K qui agit sur la coagulation réduit la fréquence des métastases de certaines tumeurs animales, mais ces effets n'ont pas été reproduits dans l'espèce humaine.
Ainsi un apport vitaminique satisfaisant, par l'alimentation (fruits, légumes
et céréales), est souhaitable pour éviter l'apparition
d'un cancer comme il est souhaitable de le maintenir quand un cancer est apparu,
mais il n'existe aucune raison déterminante pour apporter aux malades
un supplément vitaminique.
Bernard Hrni.
Vitesse de sédimentation
globulaire
(Abrév. VS). Ce test ancien (mis au point en 1918 puis vulgarisé
à partir de 1920 par le médecin suédois Westergren),
simple mais non spécifique, mesure la sédimentation des globules
sanguins, principalement les globules rouges, dans
un échantillon de sang rendu incoagulable et laissé au repos
dans une colonne de verre. Son résultat s'exprime en millimètres
après une heure (accessoirement après un délai plus long).
La sédimentation globulaire dépend d'une modification de l'agrégation
des globules, en cas d'anémie notamment, en
liaison avec des protéines inflammatoires
ou d'immunoglobulines. L'augmentation de la VS au cours
de certains cancers ne traduit pas l'évolution tumorale mais l'inflammation
qui l'accompagne ou qui est due à d'autres modifications, infectieuses
ou thérapeutiques par exemple.
Vivre comme avant
Mouvement international d'entraide des femmes qui ont subi l'ablation du sein pour un cancer (en anglais Reach to recovery). Il a été créé aux États-Unis, avec l'appui de l'American Cancer Society, puis s'est implanté en Europe à partir de 1974, d'abord en France, puis en Finlande, en Irlande, en Suisse, etc. Il existe dans 27 pays, aussi divers que l'Australie, l'Iran, la Roumanie ou l'Afrique du Sud. Une conférence internationale réunit ses membres tous les deux ans. C'est, en France, une Association de type loi de 1901 dont les frais matériels sont pris en charge par la Ligue contre le cancer.
Une femme chez qui on vient de reconnaître un cancer du sein est souvent désarçonnée. C'est afin de l'aider qu'a été conçu le programme Vivre comme avant, fondé sur une compréhension spéciale entre des personnes qui ont vécu la même expérience et surmonté victorieusement l'épreuve.
Pour motiver celle qui vient d'être frappée et lui insuffler un optimisme raisonnable, Vivre comme avant choisit donc des femmes volontaires et bénévoles, qui reçoivent une formation particulière. Vivre comme avant n'est pas un club, il n'y a pas de réunions de groupe entre anciennes et nouvelles malades, les rapports sont strictement personnels. Le plus souvent, la volontaire rencontre une nouvelle patiente à l'hôpital ou en clinique, au moment du traitement, avec l'assentiment de l'équipe médicale. Sa discrétion est absolue.
Comme le sein est symbole de féminité, ce cancer fait surgir des questions personnelles et souvent intimes auxquelles seule une personne qui a vécu la même situation peut répondre de manière fiable. En outre, par sa présence, vivante et en bonne santé, elle apporte la preuve qu'il existe une possibilité réelle de guérison.
Après sa visite, la volontaire n'essaiera pas de reprendre contact avec la patiente. C'est celle-ci, ayant les coordonnées de la volontaire et l'assurance de pouvoir faire appel à elle à n'importe quel moment, qui décide si elle désire ou non avoir d'autres entretiens.
Vivre comme avant exerce une influence sur les soins propres au cancer
du sein, les assurances, les modèles de prothèses
et leur remboursement ainsi que sur une meilleure connaissance du cancer dans
le public. Vis-à-vis de la malade, Vivre comme avant entretient
l'espoir.
Francine Timothy
VMA
Voir Acide vanylmandélique.
Voies aéro-digestives
supérieures
On regroupe sous ce terme l'ensemble des cavités tapissées de muqueuse qui constituent la partie haute de la voie respiratoire et de la voie digestive (Figure) et sur lesquelles se développent de nombreux cancers.
La voie respiratoire commence aux narines et comprend successivement les fosses nasales, le nasopharynx ou cavum, l'oropharynx et le larynx. Elle s'arrête à l'origine de la trachée. A cette voie respiratoire sont annexées les cavités des sinus de la face et de l'oreille moyenne.
La voie digestive commence aux lèvres et comprend successivement la bouche, l'oropharynx et l'hypopharynx. Elle s'arrête à l'origine de l'œsophage au niveau d'un sphincter musculaire, la bouche œsophagienne de Killian. L'oropharynx est le carrefour où se croisent les voies respiratoire et digestive.
Plus de 95% des tumeurs des voies aéro-digestives supérieures
sont des carcinomes épidermoïdes, le reste
étant des cancers glandulaires (adénocarcinomes),
des lymphomes, exceptionnellement des sarcomes,
des tumeurs nerveuses ou des mélanomes. Ils
sont fréquents en France, pays qui, par une malencontreuse association
de consommation élevée de tabac et d'alcool,
est au premier rang mondial pour ces localisations (plus de 17 000 cas par
an). Avec plus de 10 000 décès annuels, ils déterminent
chez l'homme 15% (en légère diminution) et chez la femme 2%
(en augmentation) de la mortalité par cancer.
Jacques Brugère.
Voix
Moyen de communication déterminant pour la relation
médecin-malade, la voix joue un rôle important en cas de cancer,
mais elle peut être altérée par la maladie ou le traitement.
Sa modification durable peut faire découvrir une tumeur de la gorge
(du larynx où sont les cordes vocales) ou de
la poitrine (thorax) où passent les nerfs
récurrents qui commandent les cordes vocales. Le traitement des cancers
du larynx peut nécessiter une laryngectomie
qui prive le malade de larynx et de voix : une rééducation
vocale est alors possible.
Voir aussi Albert Decourtray,
François Mauriac*, Georges Perros.
Bernard Hrni.
Volontaires
Voir Bénévoles
Volume tumoral
Le volume d'une tumeur est souvent responsable des troubles qu'elle entraîne et parfois de la mort du malade selon son siège : une tumeur de volume identique entraîne plus de perturbations dans le crâne inextensible, au voisinage du cerveau, que dans l'abdomen. Il dépend du délai écoulé depuis la transformation de la première cellule cancéreuse et de la vitesse de reproduction (ou du temps de doublement) de la population cellulaire (clone) qui en dérive. Il correspond à la somme de la tumeur primitive et des différents foyers secondaires ou métastases. Autant que l'étendue dans le corps, le volume définit un cancer et conditionne le pronostic et les possibilités thérapeutiques. Il doit donc être mesuré par l'examen clinique, sur une radiographie ou par une autre technique d'imagerie (en centimètres ou millimètres), ou encore, pour certains cancers, grâce au dosage d'un marqueur produit par les cellules cancéreuses et grossièrement proportionnel à leur nombre. Le volume de la tumeur primitive détermine le traitement local (chirurgie limitée, conservatrice, ou étendue). Une irradiation ou une chimiothérapie sont plus efficaces quand la vascularisation de la tumeur est bonne, c'est-à-dire si elle est petite. La malignité est aussi en rapport avec le volume : au sein d'une importante tumeur, évoluant depuis plus longtemps, il y a des cellules plus malignes (suivant le phénomène de progression tumorale), résistant mieux aux influences thérapeutiques ou aptes à donner des métastases (le risque de métastases est d'autant plus élevé que la tumeur primitive est volumineuse).
En fonction du volume moyen d'une cellule, un gramme de tumeur représente environ un milliard de cellules (109) : on parle de " gigacytome ", tandis qu'un " mégacytome " (106 cellules) représente une masse tumorale infime et pratiquement indétectable et qu'un " téracytome " (1012 cellules) correspond à une tumeur d'environ un litre ou un kilogramme. Le nombre de cellules cancéreuses reste approximatif, impossible à calculer exactement en raison de l'hétérogénéité d'une tumeur.
Le volume permet de suivre la réponse au traitement et l'évolution. Sa régression permet de parler de rémission partielle ou complète. Dans ce dernier cas, il n'y a plus de manifestation visible du cancer, mais il peut encore subsister des millions de cellules cancéreuses qui détermineront une rechute.
En radiothérapie, le volume irradié
est défini par une région anatomique contenant la tumeur qui
reçoit la dose d'irradiation nécessaire,
tandis que les tissus sains voisins ne reçoivent
qu'une dose inférieure ou infime. Ce volume est défini par la
dosimétrie établie avec l'aide de physiciens.
Bernard Hrni.
Vomissement
Le vomissement se définit comme l'expulsion active du contenu de l'estomac et parfois de la partie haute de l'intestin grêle par la bouche. Il se distingue du haut-le-cœur qui est un vomissement incomplet, les aliments s'arrêtant dans l'œsophage ou la bouche, sans être rejetés. Les vomissements sont commandés par un centre nerveux situé dans le cerveau qui reçoit des informations provenant de la vue, de l'odorat, du goût, ainsi que du sang, du liquide céphalorachidien et de nombreux nerfs d'origine digestive. Ce centre détermine l'acte de vomir par un réflexe qui fait intervenir les muscles respiratoires et abdominaux. Quoique fréquents chez les cancéreux, les vomissements et les nausées ne doivent pas être négligés et il convient d'abord d'en déterminer l'origine.
Ils peuvent révéler une tumeur ou traduire l'évolution défavorable d'une tumeur déjà connue : une occlusion peut être provoquée par un cancer digestif ou de l'ovaire ; une métastase cérébrale peut entraîner des vomissements, habituellement associés à des céphalées ; des métastases hépatiques peuvent se révéler par des nausées ; une tumeur peut provoquer une insuffisance rénale ou un taux de calcium élevé (responsables de nausées ou de vomissements) que l'on détecte par une prise de sang. Ces diverses causes appellent des traitements adaptés : chirurgie enlevant une tumeur du côlon responsable d'une occlusion, chirurgie ou radiothérapie de lésions cérébrales, chimiothérapie de métastases hépatiques, etc.
Nausées et vomissements peuvent être aussi provoqués
par les traitements du cancer dont on dit qu'ils sont émétisants.
Une hormonothérapie (œstrogènes,
progestatifs) entraîne parfois des nausées,
rarement des vomissements. Une irradiation de l'abdomen
ou de l'encéphale favorise des nausées et des vomissements en
agissant directement sur la muqueuse digestive ou sur le centre cérébral
du vomissement, parfois par l'intermédiaire d'un œdème
cérébral. Tous les médicaments de chimiothérapie
anticancéreuse sont émétisants, mais nausées et
vomissements sont plus fréquents avec certains (dacarbazine,
cisplatine, streptozocine en
provoquent près de neuf fois sur dix), quand leur dose
est plus élevée, chez les femmes et les patients en mauvais
état général ou anxieux. Les nausées et vomissements
immédiats surviennent dans les 24 premières heures après
le début de la chimiothérapie, tandis que, retardés,
ils sont moins intenses mais durent plusieurs jours. Les nausées et
vomissements anticipés apparaissent après plusieurs cures de
chimiothérapie, selon l'importance des vomissements immédiats
: ils sont déclenchés par des stimuli visuels ou olfactifs à
l'arrivée sur les lieux du traitement, avant même celui-ci. Une
prévention des nausées et vomissements induits par les traitements
des cancers est possible par des médicaments anti-émétiques.
Yves Bécouarn
Voyage
Malgré leur fâcheuse réputation, les cancers ne doivent pas être systématiquement considérés comme une catastrophe qui bouleverse l'existence et interdit toute activité autre que celles liées à leur traitement. Le souci de la qualité de vie justifie que les occupations de la " vie normale " soient préservées autant que possible. Comme les vacances, les voyages en font partie et beaucoup peuvent avoir lieu normalement ou presque, pour permettre au malade de retrouver des personnes ou des lieux chers, ou de se distraire, en y prenant du plaisir.
Il y a des périodes obligeant le patient à être hospitalisé ou à rester à son domicile pour se reposer. Cependant bien des traitements sont discontinus et ménagent des intervalles libres qui autorisent des déplacements de quelques jours. Quand le traitement est terminé et le sujet en rémission complète, peut-être ou probablement guéri, un voyage redevient possible, pour ou après la convalescence. Les souhaits du malade sont plus déterminants que les craintes de son entourage. L'importance du voyage et la fatigue prévisible doivent être proportionnées à son état. Quelques difficultés existent : un déplacement en altitude est déconseillé s'il existe une anémie qui réduit l'oxygénation du corps ; des difficultés respiratoires interdisent la plongée sous-marine ; une colostomie qui nécessite des soins d'hygiène avec suffisamment d'eau gêne une longue randonnée dans un désert. Une radiothérapie récente interdit d'exposer au soleil les zones de peau qui ont été irradiées.
Cependant, même dans des conditions difficiles, un voyage auquel le malade tient, par exemple un pélerinage qu'il souhaite accomplir avant une fin qui est ou qu'il imagine proche, peut être aménagé, moyennant certaines précautions. Celles-ci comportent, comme pour les personnes en bonne santé, les vaccinations réglementaires dans certains pays. Pour un cancéreux traité, plus exposé qu'une autre personne à un accident de santé, il est utile de disposer de l'adresse d'un médecin ou d'un hôpital à proximité de son lieu de vacances. Mais où qu'il aille ou presque, le téléphone et la télécopie sont assez répandus pour permettre à un médecin occasionnel de joindre immédiatement le praticien ou le centre de traitement habituels afin de disposer des renseignements nécessaires et prendre des mesures en conséquence. Les rapatriements sanitaires sont également assez courants, en général pour des voyageurs jusque-là en bonne santé, pour qu'un cancéreux puisse éventuellement en bénéficier.
Ainsi, sans aller jusqu'à pousser un cancéreux à voyager, on peut lui laisser beaucoup de liberté pour le faire, au prix de quelques recommandations, et lui permettre ainsi de vivre " comme avant ".
Les voyages sont aussi, dans certains cas, à l'origine d'une contamination par un microbe, en particulier un virus (VIH, virus d'Epstein-Barr, HTLV), qui peut ensuite favoriser l'apparition d'un cancer.
Voir aussi Vacances* prolongées
Bernard Hrni.
Voyage au pays des frogs
(1990, Balland/DDB)
Dans ce roman d'anticipation, l'écrivain contemporain Nicolas Saudray prend le prétexte d'un cancer du sein incurable pour congeler, à la fin du xxe siècle, son héroïne, professeur de trente-trois ans, dans la perspective de la réveiller quand un traitement efficace aura été découvert. Ce n'est pas la vigilance de sa famille, ni la découverte d'un remède simple pour contrôler les cancers, mais un manque d'énergie pour entretenir les caissons frigorifiques, qui la conduit à revenir parmi les vivants soixante-cinq ans plus tard. Le monde a beaucoup changé, il est dominé par l'automatisme, l'automobile, l'insécurité, la télévision, les médecins, un langage anglicisé et des immigrés musulmans dont la population a dépassé celle des Français de souche, ou frogs, qui ont dégénéré. Ils ont surtout vieilli et on retrouve tous les ingrédients du syndrome de Lazare. Les revenants décongelés ont du mal à s'adapter à la société qui a changé en leur absence, ils ne sont ni attendus, ni bienvenus dans un monde désormais privé d'amour. Plus personne ne croyait à leur retour. L'héroïne découvre que son mari s'est remarié puis est mort. Ses enfants sont plus vieux qu'elle et elle a l'âge de ses petits enfants. Elle a perdu son emploi et ses divers droits sociaux. Avec d'autres rescapés, elle cherche à ne pas déranger, à se faire accepter en douceur. Ils sont cependant considérés comme des pestiférés et les problèmes qu'ils soulèvent seront résolus par leur arrestation et leur exil en Antarctique pour une nouvelle congélation, cette fois définitive.
Bernard Hrni.
Voyage autour de mon crâne
(V. Hamy, 1990)
Présenté comme un roman, cet ouvrage tardivement traduit en français est en réalité le récit autobiographique des troubles de santé en rapport avec une tumeur du cerveau, vécus par Frigyes Karinthy (1887-1938). Cet écrivain hongrois très populaire raconte avec talent comment il entend pour la première fois, en mars 1936, des trains rouler dans sa tête. Pensant assez vite à la possibilité d'une tumeur, il présente les réactions de négation et d'évitement fréquentes chez les cancéreux (le chapitre IV est intitulé " L'autruche se défend "). Son comportement est favorisé par l'irrégularité de ses " trains " et par ses multiples connaissances. Alors même que ses symptômes s'aggravent (apparition de " douleurs à la base du crâne "), il évite " tous les bons médecins " pour rencontrer ceux qui disent " exactement ce que je voulais leur faire dire ". C'est seulement quand sa vue se trouble et le gêne dans son travail qu'il déclare : " J'ai une tumeur au cerveau " à sa femme (qui lui répond : " Tu devrais avoir honte "). Il va à un hôpital ophtalmologique où le spécialiste qui l'examine lui indique : " Le fond de vos yeux est plein de sang ! " Après ce " verdict ", il va encore tout faire pour retarder l'exécution de la sentence. Il rêve à une colline de crânes qui évoque le Golgotha et ressent un fort sentiment de culpabilité, s'assimilant à Silvio Pellico, auteur de Mes Prisons, victime de l'empereur François, tandis que c'est une tumeur maligne qui le réduit à l'état d'un " prisonnier dans la cellule des condamnés de Sing-Sing ". À l'époque le diagnostic de tumeur cérébrale ne reposait que sur des signes cliniques subtils et l'examen du fond de l'œil, et Karinthy ne se prive pas d'étaler les contradictions des nombreux spécialistes qu'il consulte à Prague comme à Vienne. Les possibilités de traitement ne faisaient que commencer. Ce n'est qu'après de longs mois de tergiversations que des amis le décident à aller voir à Stockholm le Professeur Olivecrona, neurochirurgien élève de Cushing, grâce à une collecte publique qui a mobilisé tous ses lecteurs. Il est opéré avec succès, suivant les principaux temps de l'intervention qui se déroule sous anesthésie locale. Il retrouvera la vue, écrira son " roman " avec sensibilité, sens de l'observation et humour et mourra brutalement le 29 août 1938 en se baissant pour lacer sa chaussure.
Bernard Hrni.
VS
Voir Vitesse de sédimentation globulaire.
Vulve (Cancer de la)
Cette tumeur maligne de la muqueuse (carcinome) recouvre toutes les parties de la vulve : petites lèvres, grandes lèvres, clitoris, ou même une glande située à la partie basse de la vulve appelée glande de Bartholin. Il représente moins de 5% des cancers des organes féminins et frappe 1 à 2 femmes sur 100 000 chaque année (incidence). Il touche des femmes âgées, la plupart du temps après la ménopause. Ses facteurs de risque sont les mêmes que ceux du col de l'utérus. Il est précédé par une affection bénigne, le lichen scléro-atrophique caractérisé par une atrophie des différentes parties de la vulve. Un examen médical annuel permet d'en faire le diagnostic précoce.
Des démangeaisons font découvrir une
petite lésion rouge ou blanche (leucoplasie).
Souvent c'est à un stade avancé que la
patiente consulte son médecin, après avoir, par pudeur, beaucoup
tardé. Le diagnostic est affirmé par
un prélèvement (biopsie). Au début
de son évolution, une tumeur peut être traitée par le
laser. La plupart du temps elle relève d'une
excision chirurgicale partielle ou totale de la vulve, selon son étendue
et les lésions précancéreuses
voisines. La radiothérapie est parfois associée,
surtout pour traiter les ganglions de l'aine. L'atteinte
de ces ganglions détériore beaucoup le pronostic : la guérison
s'obtient neuf fois sur dix s'ils sont indemnes, une fois sur cinq seulement
quand ils sont envahis.
Alain Brémond