Tabac
Connu en Europe depuis la découverte du Nouveau Monde à la fin
du xve siècle, le tabac aura un
retentissement sur la santé plus tardif mais désormais beaucoup
plus grave que la syphilis. C'est le principal responsable
de l'augmentation de fréquence et de mortalité
par cancer, à l'origine de près d'un décès par
cancer sur trois.
Introduit en France par Jean Nicot (1530-1600), ambassadeur au Portugal qui le rapporte à Catherine de Médicis dont les migraines vont s'en trouver soulagées, il sert de remède pour divers maux (préconisé par Trousseau aux dames du Second Empire contre leur constipation !) avant d'être utilisé pour le plaisir, par l'intermédiaire d'une pipe en Angleterre au XVIIe siècle ou sous forme de chique ou de prise, puis de cigares, enfin à partir du XIXe siècle sous forme de cigarettes qui vont devenir au xxe siècle son principal mode de consommation.
Sa nocivité pour la santé est reconnue dès 1699 dans une thèse dirigée par l'archiâtre Guy-Crescent Fagon (1638-1718), sa responsabilité à l'origine de polypes susceptibles de dégénérer en cancers des lèvres est signalée en 1765 par un médecin anglais. Le développement de tumeur maligne en rapport avec le tabac est indiqué dans des traités de médecine dès le début du XIXe siècle, d'une part chez les ouvriers travaillant dans les manufactures de tabac, d'autre part chez " ces sales (sic) fumeurs [chez qui] on rencontre le plus souvent le carcinome de la lèvre inférieure ". Mais les méfaits du tabagisme restent discrets jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle : le tabac sort des fumoirs pour envahir la rue, les observations se multiplient et une Association française contre l'abus du tabac se crée en 1868.
Après le chancelier d'Angleterre Francis Bacon (1561-1626) qui écrivait " Le tabac, dont l'usage s'est établi de nos jours, est une espèce de jusquiame qui trouble le cerveau, tout comme l'opium ", des écrivains français se déclarent contre le tabac : pour Victor Hugo c'est " l'opium de l'Occident ", tandis que pour Balzac " le tabac, impôt mille fois plus immoral que le jeu, détruit le corps, attaque l'intelligence et hébète la nation ". Pour Barbey d'Aurevilly " l'impalpable vapeur du tabac, cette impondérable, traverse les milieux de la chair et va pénétrer au plus intime de nos esprits, pour en dissoudre languissamment les énergies ". Pour Delacroix " l'homme emprunte à la nature des poisons tels que le tabac et l'opium pour s'en faire des instruments de grossiers plaisirs ". À côté des génies des lettres qui ne fument pas –Hugo, Balzac, Michelet, Dumas – sont dénoncés les fumeurs dont la production littéraire laisse à désirer : Eugène Sue, Georges Sand, Mérimée, Flaubert, Baudelaire ! Le docteur Georges Clemenceau écrit, à la fin du siècle : " J'ai dit comment l'alcool conduisait traîtreusement ceux qui lui font appel... J'en aurais pu dire autant du haschisch, de l'opium ou du tabac. " Avant d'être officiellement reconnu comme une drogue par l'OMS dans les années 1970, le tabac verra sa responsabilité démontrée à l'origine des cancers.
Lorsque Freud présente son cancer de la bouche en 1923, le médecin viennois anatomo-pathologiste qui examine son prélèvement prédit : " Si cet homme continue à fumer il mourra de cancer. " L'augmentation du tabagisme autour de 1900 conduit les médecins américains à rencontrer de plus en plus des cancers bronchiques lors d'autopsies et à observer, dans les années 1930, qu'ils frappent le plus souvent des fumeurs. Ces indications justifient les enquêtes anglaises, impliquant 40 000 médecins sous la direction de Richard Doll, qui avant 1960 apportent la preuve que les morts par cancer respiratoire sont beaucoup plus fréquentes chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. Autant ces constatations ont un impact parmi les praticiens anglais qui sont aujourd'hui parmi ceux qui fument le moins dans le monde, autant, pourtant rendues publiques, elles mettront longtemps à être reconnues ailleurs.
En 1845, Claude Bernard avait montré qu'une goutte de nicotine déposée dans l'œil d'un lapin entraînait la mort de l'animal. Cette toxicité existe chez l'homme mais la nicotine s'élimine rapidement et les grands fumeurs s'y habituent. Elle s'observe cependant chez les ouvriers récoltant le tabac, qui présentent des lésions irritatives de la peau en contact avec les feuilles fraîches. Le tabagisme s'est développé surtout après la Seconde Guerre mondiale sous des influences socio-culturelles complexes, largement favorisées par une exceptionnelle publicité. La consommation de tabac a cessé d'augmenter en France depuis 1980 mais, en raison des effets retardés de la fumée de cigarette, il faudra dix ou vingt ans pour que cela retentisse sur la santé et l'incidence des cancers en particulier.
Au début des années 1990, le tabac est rendu responsable de plus de 60 000 morts par an en France – soit plus d'un décès sur dix (21% chez l'homme, 2% chez la femme) – dont près de 40 000 sont dus à un cancer. Cela représente un tiers des décès par cancers et, plus d'un quart des décès chez l'homme de 45 à 64 ans. Chaque année le seul cancer des bronches tue deux fois plus de personnes (21 000) que les suicides (11 000) ou les accidents de la route (9 000). Dans l'ensemble du monde, le tabac est rendu responsable de 3 millions de morts et ce chiffre atteindra 10 millions vers 2025. Près d'un fumeur sur deux meurt d'une complication liée au tabac. En Angleterre 80% des non-fumeurs vivent jusqu'à 70 ans ou plus contre seulement 50% des gros fumeurs.

Les cancers bronchiques représentent un quart des décès masculins par cancer mais le tabac favorise aussi les tumeurs malignes de la bouche, de la gorge et de l'œsophage, en liaison avec l'alcool, de la vessie, à un moindre degré ceux du côlon, du pancréas, de l'estomac, du rein, du col utérin, sans doute aussi ceux du sein ou les leucémies, du moins certaines leucémies aiguës. À lui seul le tabac est responsable de l'augmentation de l'incidence des cancers qui, à âge égal et en dehors de lui, ont plutôt tendance à diminuer. En outre, pour un même type de cancer, la gravité est plus grande chez les fumeurs que chez les non-fumeurs (comme en témoigne par exemple la mutation du gène p53. Il est encore à l'origine de vieillissement prématuré, de complications cardio-vasculaires, d'insuffisance respiratoire, d'une aggravation du sida et d'une multitude d'autres troubles moins importants (diminution de la fertilité féminine, impuissance masculine, etc.) ou mineurs. Les enfants conçus par des fumeurs (le père comme la mère) présentent une moins bonne santé et plus de cancers que les autres. Aux États-Unis, les Mormons qui ne fument pas font deux fois moins de cancers que les autres Américains à côté desquels ils vivent.
Malgré son importance dans l'économie du pays
(plus de 50 milliards de francs dépensés par les ménages)
et les bénéfices retirés par l'État (environ 45
milliards), l'importance du retentissement du tabac sur la santé
publique ne permet plus de maintenir le laisser-aller qui a longtemps prévalu.
À l'initiative de Simone Veil, la loi du 9 juillet 1976 a
été la première mesure officielle prise en France, complétée
par le décret du 12 septembre 1977 réduisant le tabagisme
dans les lieux publics. Cependant les dispositions prises ont été
contournées ou sont restées lettre morte. Le 10 janvier 1991,
la loi Evin a donné une nouvelle impulsion à la lutte contre
le tabagisme, en partie par conformité avec les réglementations
européennes et avec les campagnes mondiales, notamment sous l'égide
de l'OMS ou de l'UICC, qui cherchent
à protéger les pays en développement contre les excédents
de production de tabac américain. L'arrêt de la distribution
des cigarettes Troupes aux appelés du contingent, la restriction
ou l'interdiction de fumer dans les transports en commun, la diffusion croissante
des informations sur la toxicité du tabac, les indications figurant
sur les paquets de cigarettes, l'institution d'une journée sans tabac
le 31 mai de chaque année, l'interdiction de la publicité
directe ou indirecte ont enfin inversé l'image du fumeur : ce n'est
plus le cow-boy triomphant (Lucky Luke a échangé son mégot
contre un brin d'herbe) ou l'aventurier intrépide et un peu mystérieux,
mais bien l'individu défavorisé et drogué qui inspire
d'abord la commisération (
voir Heautontimoroumenos). Á la fin des
années 1990 les fabricants américains de cigarettes ont reconnu
la nocivité de leur production et proposé une somme colossale
( 300 milliards de dollars) pour échapper à des poursuites judiciaires.
Bernard Hœrni.
Tabagisme passif
La toxicité de la fumée de tabac est telle qu'elle s'exerce non seulement sur les fumeurs, mais aussi sur ceux qu'elle enfume, induisant chez eux nombre de troubles, y compris quelques cancers. Ainsi estime-t-on que le tabagisme passif entraîne près de 1 000 décès chaque année en France, la plupart de cause cardio-vasculaire, une minorité par cancer.
L'intoxication la plus nette est celle de l'enfant pendant la grossesse d'une mère qui fume. Depuis la fin du XIXe siècle on sait que ces enfants sont plus petits et plus fragiles à la naissance. Il est désormais reconnu que de tels nourrissons sont plus exposés à une mort subite, à des infections respiratoires et à des cancers infantiles.
La responsabilité du tabagisme passif est difficile à apprécier parce qu'il est difficile de le mesurer. Des produits cancérogènes émanant de la fumée de tabac sont retrouvés dans l'urine des fumeurs passifs. La plupart des enquêtes épidémiologiques ont porté sur les conjoints de fumeurs comparés à ceux de non-fumeurs. L'augmentation du risque de cancer est modérée, de l'ordre de 30%, mais significative. Cependant, sans attendre l'apparition d'un cancer, l'enfumage entraîne des infections et d'autres complications respiratoires, en particulier chez l'enfant, bien suffisantes pour que les droits et la protection des non-fumeurs soient devenus un enjeu de santé publique. À côté des dispositions réglementaires prises, les non-fumeurs sont invités à faire respecter, courtoisement mais fermement, leur droit à ne pas être enfumés, à respirer un air pur dans la vie courante, surtout si la fumée détermine chez eux une irritation des yeux, de la gorge ou tout autre désagrément.
Jacques Brugère.
Tamoxifène
Médicament largement utilisé, depuis les années 1970, comme hormonothérapie dans le traitement des cancers du sein pour ses effets opposés aux œstrogènes, le tamoxifène est une molécule de synthèse de faible poids moléculaire dont la formule, malgré certaines ressemblances, n'est pas celle d'un stéroïde
Son action est calquée sur celle des œstrogènes. Il se lie avec leur récepteur spécifique mais le complexe formé n'induit pas la réponse habituelle. Suivant le tissu cible, il rend le récepteur inefficace ou développe un effet qui ressemble, sans lui être tout-à-fait identique, à celui d'un œstrogène dont l'activité serait extrêmement faible. Vis-à-vis de la prolifération des cellules épithéliales habituellement stimulées par les œstrogènes il se comporte comme un anti-œstrogène. Parmi les traitements hormonaux disponibles pour le cancer du sein depuis les dernières décennies, il est le plus efficace et celui dont l'administration, même prolongée pendant des années, entraîne le moins de désagréments pour la qualité de vie. La plupart de ses effets généraux sont plus favorables que le seraient ceux d'un anti-œstrogène parfait : il réduit en effet la synthèse de cholestérol par le foie, maintient un effet œstrogénique au niveau de la muqueuse vaginale.
Chez les femmes non ménopausées, l'administration continue de tamoxifène augmente la production de folliculostimuline par l'hypophyse (
voir Œstrogènes), ce qui augmente d'autant la production d'œstrogènes par les ovaires et va à l'encontre de l'effet souhaité dans le cancer du sein. Par ailleurs des cancer du corps utérin (endomètre) ont été observés après des traitements prolongés chez des patientes atteintes de tumeurs du sein. La responsabilité du tamoxifène n'est pas clairement définie et le bien-fondé de son administration pour cancer du sein n'est pas remis en cause. Ces observations conduisent cependant à penser que le tamoxifène doit être utilisé avec une grande prudence en dehors du traitement du cancer du sein. Comme c'est le cas pour tous les traitements hormonaux, son administration doit tenir compte du statut hormonal du sujet et des effets potentiels dans l'ensemble de l'organisme.
Simone Saez.
Tarn
Département où siège un registre des cancers, créé en 1981 à l'initiative du centre Claudius-Regaud. Ce registre met en évidence une incidence particulièrement élevée des cancers du côlon, de la vessie, de la peau et de la prostate
Tata Memorial Hospital
Créé à Bombay en 1941 par Sir Dorab Tata, représentant une riche famille philanthrope dont il a pris le nom (son dernier représentant J.R.D. Tata est décédé en 1993 à 89 ans), avec le parrainage de plusieurs instituts du cancer (dont la Fondation Curie), c'est un des centres anticancéreux les plus anciens en dehors des pays occidentaux. Complété par un institut de recherche et rattaché à la Commission gouvernementale de l'Énergie Atomique, c'est aussi l'établissement de lutte contre les cancers le plus important en Inde. Autour de 400 lits d'hospitalisation, il réunit 200 médecins et un nombre équivalent de chercheurs. Leurs travaux portent sur tous les domaines fondamentaux et cliniques de la cancérologie, en particulier l'origine des tumeurs, notamment alimentaire, sur place et dans le cadre d'une abondante coopération internationale. En liaison avec l'université de Bombay, ce centre a récemment développé d'importants programmes d'éducation, visant spécialement à la prévention des cancers. Il a joué un rôle déterminant pour l'organisation du XVIe siècle Congrès international de l'UICC organisé à New Delhi en 1994.
Bernard Hœrni.
Taxoïdes
Famille de médicaments anticancéreux (chimiothérapie) isolés à partir e l'if (Taxus brevifolia) et développée à partir de 1980. Ses deux premiers et principaux représentants sont le paclitaxel et le docétaxel.
Taxol
Voir Paclitaxel
Tchernobyl
Ville d'Ukraine, à plus de 1 100 km au nord-ouest de Kiev où se produit le 26 avril 1986 un accident nucléaire qui libère une radioactivité de plus de 300 millions de curies et va entraîner l'apparition de cancers chez les personnes irradiées. L'explosion d'un réacteur et du bâtiment le protégeant donne issue pendant plusieurs jours à de nombreux corps radioactifs, au premier rang desquels de l'iode 131 et du césium , qui se répandent dans l'atmosphère et donnent un nuage radioactif se déplaçant au gré des vents sur l'ensemble de l'Europe. En dehors de personnes travaillant sur le site qui ont été gravement brûlées, plus de 100 000 habitants voisins ont été exposés à une irradiation significative. De même qu'une suite d'erreurs humaines venant de techniciens insuffisamment formés a été à l'origine de l'accident, la protection et la surveillance des sujets irradiés sont imparfaites. Les doses reçues sont imprécises, la surveillance d'une population dispersée dans le désordre très incomplète. Les cancers de la thyroïde ont vu leur fréquence augmenter considérablement, surtout chez l'enfant, avec une apparition précoce et une gravité particulière. Dans les treize années suivant l'accident plus de 1000 cas ont été enregistrés contre cinq dans les sept années précédentes parmi la même population. En dehors de ces cancers, aucun excès de tumeurs malignes, notamment de leucémies, n'a été observé pendant la même période. Cet accident a confirmé les craintes émises par les écologistes vis-à-vis des installations nucléaires, mais a surtout montré qu'à côté des mesures de sécurité matérielles, les règles à respecter par le personnel sont aussi importantes et doivent être régulièrement et sévèrement contrôlées.
Bernard Hœrni.
Technétium 99
Isotope radioactif qui, lié à des pyrophosphates, permet d'explorer le squelette par scintigraphie. Il sert également à explorer la glande thyroïde. Dans les deux cas, le technétium marque différemment tissus normaux et lésions cancéreuses et il est utile au diagnostic de ces dernières.
Téléradiothérapie
Plus simplement appelée radiothérapie externe, elle regroupe toutes les techniques de traitement par rayonnement ionisant dont la source est située à distance du patient et du volume irradié, par contraste avec la curiethérapie où les sources radioactives sont au contact ou au sein de la tumeur.
Jean-Paul Le Bourgeois.
Temin (Howard, 1934-1994)
Biologiste et virologue à l'origine de la découverte de la transcriptase inverse qui aidera à comprendre la cancérogenèse virale et pour laquelle il recevra le prix Nobel en 1975. Bien que n'ayant jamais fumé et participant à des campagnes contre le tabac, il succombe, ironie du sort, à un cancer du poumon.
Bernard Hœrni.
Témoignages
Voir : Adrien hors du silence, Mon Ami Pierrot, De l'Autre côté du bistouri, Bruno mon fils, Dominique Cacoub, le Crabe sur la banquette arrière, Departures, Dialogues sur le cancer, L'Enfant éternel, L'Enfant qui ne voulait pas mourir, Le Fils interrompu, Ania Francos, Hauts les cœurs, In Memoriam, Journal intime, Mars, La Mort de la bien-aimée, une Mort très douce, Une autre naissance, La Nuit, Le Patrimoine, Le Pavillon des cancéreux, Permis de séjour, Les Punis, Quand finira la nuit, Le Régiment part à l'aube, Le Temps d'un soupir, Théorie du parachute, Trois mois pour mourir, La Vie est immense et pleine de danger, Ma Vie en plus,Vivre à corps perdu, Voyage autour de mon crâne.
Temozolomide
Le temozolomide est un médicament* anticancéreux de synthèse de la famille des alkylants*. Ce médicament est utilisé par voie orale, il est rapidement hydrolysé dans le sang en un métabolite actif, le MTIC, qui est le même métabolite actif que celui de la dacarbazine (ou DTIC) utilisée par voie intra-veineuse.
Les principales indications du temozolomide concernent les tumeurs* cérébrales* en association avec la chirurgie* et la radiothérapie* qui sont les traitements standards. Le temozolomide est utilisé soit en association lors du traitement initial, soit lors du traitement des rechutes. Les doses* recommandées sont de 150 à 200 mg/m² par jour (selon la prise d'une chimiothérapie* antérieure), en une prise quotidienne, 5 jours consécutifs, tous les 28 jours. Des médicaments anti-émétiques* et une surveillance sanguine (globules* blancs et plaquettes*) sont systématiques.
L'efficacité thérapeutique de ce produit est en cours d'évaluation.
Guy Kantor.
La température du corps humain est une constante biologique - notre espèce faisant partie des animaux à sang chaud ou homéothermes - qui peut être modifiée par un cancer, une complication ou délibérément par certains traitements.
Elle est normalement située entre 37 et37,5% C (degré Celsius adopté par la Convention en 1794) avec de nombreuses sources de variations de quelques dixièmes de degrés : un peu plus élevée le soir après une activité physique que la matin, selon la température extérieure, la saison, le sexe et le cycle génital chez la femme, les individus, selon aussi la méthode utilisée pour la mesurer ( ou la prendre : dans un journal de maladie, Sacha Guitry se plaint d'être dépossédé de tout : " même ma température, on me l'a prise ").
Appréciée dès les débuts de la médecine par Hypocrate, elle n'est mesurée - malgré quelques tentatives anciennes de Galien - que depuis trois cents ans, grâce à des appareils (thermomètres) mis au point par Galilée et Santoris. La prise de température n'est devenue courante dans la pratique clinique que depuis le XIX e siècle après les travaux de Wunderlich. Chez les personnes atteintes d'un cancer, elle s'abaisse rarement : en cas de choc ou d'infection dite à germes gram négatifs. Plus souvent elle s'élève soit localement, en rapport avec une inflammation, soit dans l'ensemble du corps donnant alors de la fièvre, dont les causes sont multiples (iatrogènes, infectieuses, cancéreuses).
Le grand froid comme un excès de température (hyperthermie) peuvent détruire des cellules ou des tissus. On le recherche en modifiant la température d'une tumeur sans trop modifier celle des tissus sains voisins. Les applications du refroidissement sont très limitées. Celle de l'hyperthermie - qui n'est pas réservée aux cancers mais sert aussi à traiter des infections - font l'objet de recherches dont les résultats sont encore modestes et n'ont pas permis de faire entrer cette méthode dans la routine.
Bernard Hoerni.
Temps d'un soupir (Le, 1969)
Dans ce récit sobre, la veuve du comédien et acteur Gérard Philipe, qu'elle a épousé en 1951, raconte ses derniers mois de vie et sa mort provoquée en 1959 par un cancer. C'est vingt minutes après qu'il soit entré en salle d'opération qu'Anne Philipe est appelée dans une petite pièce près du bloc opératoire et invitée à s'asseoir face à quatre médecins. " J'avais compris. Je vivais mon exécution... " Elle cherche à cacher le verdict (" Un à six mois, au maximum ") à son mari qui témoigne d'un optimisme inébranlable, pendant les vingt-et-un jours suivants qui précèdent sa mort. Elle fait ainsi seule un travail de deuil difficile. Elle voit " écrit partout : Il va mourir ", consciente de trahir leur amour en lui mentant, détruisant ainsi une connivence où " toute distance est abolie ". Par fidélité au défunt, pour leurs enfants, elle veut continuer à vivre. " Je veux me sauver, non me délivrer de toi. " Pleine de tendresse, cette méditation sur l'amour et la mort, l'aide à accepter l'inacceptable.
Bernard Hœrni.
Téniposide
Médicament anticancéreux analogue de l'étoposide, comme lui dérivé hémisynthétique de la podophyllotoxine extraite de la mandragore. Bien que découvert en 1965, son développement clinique a été limité. Il agit sur une enzyme particulière, la topo-isomérase II, comme l'étoposide, la doxorubicine ou la dactinomycine
Le téniposide s'administre exclusivement par voie veineuse. Ses doses sont limitées par une diminution des globules blancs, en particulier des granulocytes. À des doses élevées, les plaquettes sont aussi abaissées. Ces inconvénients apparaissent en général 15 jours après l'administration du médicament. Le téniposide expose aussi, en cas d'injection rapide, à des risques d'hypotension artérielle qui méritent une surveillance attentive. Un malade sur dix présente des réactions d'hypersensibilité (allergie) à type de spasmes bronchiques et d'urticaire. L'alopécie est fréquente, le plus souvent complète.
Ce médicament est plus actif que l'étoposide sur les cancers animaux. Chez l'homme, il est particulièrement utilisé dans le cancer bronchique à petites cellules , le neuroblastome, la maladie de Hodgkin et les autres lymphomes, la leucémie aiguë lymphoblastique.
Jean-Pierre Armand.
Tenon (Hôpital)
Nommé d'après Jacques-René Tenon (1724-1816), chirurgien qui s'illustra en anatomie et ophtalmologie et qui devait contribuer en 1788 à la réforme des hôpitaux, l'hôpital Tenon est à Paris l'un des premiers où soit implanté un service de cancérologie. Nommé chef de service en 1897, A. Béclère doit renoncer à y ouvrir un service de radiologie, faute d'installation électrique. Au début du xxe siècle, P. Menetrier, qui dirige un service de médecine, s'intéresse beaucoup aux cancers et aux états précancéreux. Après la Grande Guerre le chirurgien Robert Proust appelle à ses côtés le radiologue Lucien Mallet pour traiter ensemble les cancers. Un Pavillon Robert Proust perpétue aujourd'hui le souvenir de cette initiative.
Bernard Hœrni.
Tératome
Tumeur embryonnaire maligne ou tumeur bénigne qui traduit, chez l'adulte, un trouble du développement des tissus.
Testicule (Cancer du)
C'est un cancer rare dont on observe environ 1 500 nouveaux cas en France par an. Son traitement s'est beaucoup amélioré et 80% environ des malades vont guérir. Il provient des cellules germinales qui deviennent normalement des spermatozoïdes. Il en existe deux types : le séminome (40% des cas), plus fréquent entre 30 et 55 ans, est très sensible à la radiothérapie; les autres cancers du testicule, appelés tumeurs germinales non séminomateuses (60% des cas), existent dans l'enfance (avant 7 ans) ou chez l'adulte jeune (de 15 à 35 ans) et sont sensibles à la chimiothérapie. Ce cancer n'est ni familial ni héréditaire. L'existence d'un testicule mal descendu dans l'enfance (testicule ectopique ou cryptorchidie) est la seule cause prédisposante connue et le risque de cancer diminue si le testicule est mis en place, par opération chirurgicale ou traitement hormonal, avant l'âge de 7 ans. La vasectomie (ligature des canaux déférents à des fins contraceptives) n'a pas d'influence. Spontanément ce cancer s'étend vers les ganglions situés le long de la veine cave et de l'aorte en arrière du péritoine (ganglions lombo-aortiques) et vers les poumons (stade métastatique). Enfin ces cancers produisent des substances que l'on trouve dans le sang (marqueurs) : la bêta-HCG et l'alpha-foetoprotéine.
Les symptômes révélateurs sont une anomalie du testicule, une tension ou une douleur du mamelon, une douleur du ventre (abdomen), enfin un symptôme pulmonaire comme la toux. Le testicule est augmenté de volume dans la bourse, pesant ou douloureux, ou dur comme un caillou. Quand on ressent ce trouble, il faut consulter son médecin qui cherchera s'il ne s'agit pas d'une infection (orchite), demandera un dosage des marqueurs dans le sang, une échographie des testicules et l'avis d'un urologue. Si le diagnostic de cancer du testicule est probable, le chirurgien enlèvera le testicule (orchidectomie). Il ne faut pas faire de biopsie, le testicule ne peut pas être conservé et il peut être remplacé par une prothèse. L'examen au microscope indique s'il s'agit d'un séminome ou d'une tumeur non séminomateuse.
En cas de séminome, les marqueurs sont en général normaux. On précise l'étendue de ce cancer par un examen clinique, une scanographie du thorax (à la recherche de métastases pulmonaires) et de l'abdomen, pour explorer les ganglions lombo-aortiques, à la partie arrière de l'abdomen. Le plus souvent le séminome est localisé au testicule (80% des cas) ou à ces ganglions (15% des cas) et, après l'orchidectomie, le traitement consiste à les irradier. Dans quelques cas (5%), des métastases font entreprendre une chimiothérapie comme pour les tumeurs germinales non séminomateuses. De toute façon, la guérison est assurée dans 95% des cas.
S'il s'agit d'une tumeur germinale non séminomateuse, l'étendue du cancer est indiquée par l'examen clinique, les marqueurs (élevés dans 60 à 80% des cas), le scanner abdominal, thoracique et parfois cérébral. Trois situations se répartissent également (un tiers des cas). 1) En cas de métastases, la chimiothérapie comporte un produit très actif, le cisplatine, associé à d'autres médicaments, pendant 9 à 12 semaines. S'il reste quelques anomalies (dans 30% des cas), on propose une chirurgie complémentaire. Environ 80% des malades sont mis en rémission complète mais 10% vont avoir une rechute pour laquelle des chimiothérapies dites de rattrapage entraînent une guérison. Au total 60 à 70% des malades graves et près de 100% des malades moins graves guérissent. 2) Quand la tumeur germinale atteint seulement les ganglions lombo-aortiques, le traitement est similaire. Il s'agit de formes peu graves qui guérissent bien. 3) Quand le cancer est apparemment limité au testicule, on peut enlever les ganglions lombo-aortiques et faire une chimiothérapie adjuvante s'ils sont atteints ou on peut adopter une attitude de surveillance : si une rechute se produit, la chimiothérapie guérira les métastases détectées à temps. Pour cette deuxième attitude, il faut que le malade ait bien compris la surveillance, l'accepte et ne soit pas trop inquiet. Enfin, dans certains cas où, malgré le fait que tous les examens soient normaux, persiste un risque important d'atteinte non detectable (donc de rechute si l'on surveille) : on peut alors proposer une courte chimiothérapie adjuvante. Les résultats sont très bons puisque presque tous les malades guérissent quelle que soit la méthode. Le choix du traitement dépend de ses conséquences et de la discussion entre malade et médecin.
Cette maladie atteint des hommes jeunes en âge de procréer et en pleine activité professionnelle. Lorsque le diagnostic est fait, il y a souvent un trouble de fécondité pour trois raisons : des hommes sont stériles sans le savoir (le cancer est une coïncidence) ; il y a souvent un trouble de production du sperme après une opération chirurgicale ou un choc psychologique ; il y a parfois un trouble dû au cancer du testicule. L'examen du sperme (spermogramme) est normal dans seulement 30% des cas. Après le traitement il n'y a pas d'impuissance mais la chirurgie sur les ganglions peut entraîner une anéjaculation (le sperme ne s'écoule pas à l'extérieur), ce qui empêche d'avoir des enfants. La chimiothérapie n'entraîne en principe pas de stérilité mais il peut exister des cas où la fertilité était fragile. Cela conduit à conseiller avant de débuter le traitement une conservation de sperme. Beaucoup de malades ont des enfants, normaux, sans trace du traitement ni de la maladie (
voir Descendance).
L'arrêt de travail pour le traitement d'un cancer du testicule n'excède en général pas six mois et certains patients n'interrompent pas leur activité. Pendant le traitement l'hygiène de vie doit être la plus normale possible. Un problème fréquent est posé par les assurances et l'obtention de prêts : après deux ans de rémission complète le risque de rechute est à peu près nul. Le risque de cancer bilatéral du testicule est inférieur à 1%.
Voir aussi Bastien-Lepage, Armstrong*.
Jean-Pierre Droz.
Thalidomide
Médicament développé à la fin des années 1950 comme sédatif, notamment contre les vomissements accompagnant la grossesse, mais rapidement abandonné en raison de son activité tératogène, provoquant des malformations. Ultérieurement son action immunodépressive l'a fait utiliser contre la lèpre. Une activité contre la formation de nouveaux vaisseaux accompagnant la formation de cancers (angiogenèse*) et pour favoriser l'apoptose* a conduit plus récemment à tester le thalidomide dans le traitement des cancers. Les premiers résultats positifs ont été obtenus dans le traitement du myélome*.
Bernard Hœrni.
Thé
Un des breuvages les plus communs dans le monde, le thé a été accusé de provoquer des cancers, ce qui a suscité de nombreuses enquêtes épidémiologiques. Celles-ci ont donné des résultats contradictoires, suggérant un effet tantôt cancérogène, tantôt protecteur. Certaines substances contenues dans le thé freinent la prolifération cellulaire et notamment la formation de nouveaux vaisseaux ou inactivent des produits cancérogènes par un effet anti-oxydant. Leur influence varierait selon le facteur cancérogène favorisant une tumeur donnée. Ces variations ne pourront être précisées que par de nouvelles enquêtes plus fines. En attendant, la consommation de thé pourrait éviter d'être excessive ou monotone.
Bernard Hœrni.
Thécome
Rare tumeur développée à partir d'une structure (la thèque) de l'ovaire. Elle peut être bénigne et produire des hormones à activité féminisante ou, plus rarement, maligne. C'est une tumeur voisine de celles de la granulosa
Théorie du parachute (Anne Carrière, 1998)
Dans ce court témoignage, le journaliste et marin François Desplats relate son expérience d'un cancer du poumon. Il pressent le diagnostic grave avant d'aller voir un médecin qui lui confirme et en précise l'étendue. Grand fumeur, il considère que ce n'est "ni punition, ni injustice, ni malchance", mais plutôt lié au stress de sa vie professionnelle. Il la préserve autant que possible, tout comme sa vie familiale et sociale, en dépit de difficultés qui s'enchaînent au fur et à mesure de l'évolution de sa maladie. Opérations, chimiothérapie, radiothérapie ne l'empêchent pas de "profiter du temps qui passe", partagé entre le doute et l'espérance, solidaire de ses médecins. Ses souvenirs personnels, familiaux et professionnels, son cercle familial et d'amis l'aident à traverser une épreuve qu'il compare à un saut en parachute. Soucieux de vérité, il est moins affecté par la perte de ses cheveux que par sa voix éraillée qui gêne les échanges et par "la peur de ne plus vivre".
Bernard Hœrni
Thérapie génique
Les développements importants de la biologie moléculaire permettent d'envisager de corriger certains déficits génétiques en agissant au niveau même du défaut ou de l'altération : le gène. Les maladies héréditaires seront les principales affections pouvant bénéficier d'une telle thérapeutique, l'introduction du gène normal dans les cellules suppléant au gène ayant subi une mutation.
Certains applications sont également attendues en cancérologie. L'introduction, dans les cellules cancéreuses, de gènes suppresseurs de tumeurs (anti-oncogènes) ou de gènes " suicide " sensibilisant à l'action de certains médicaments pourrait permettre la destruction de la tumeur ; l'introduction du gène multidrug resistance (glycoprotéine P) dans les cellules souches de la moelle permettrait d'intensifier certaines chimiothérapies sans craindre la toxicité médullaire. Le véhicule des gènes à implanter dans les cellules pourrait être un adénovirus, ce qui pose des problèmes éthiques.
Bernard Hœrni.
Thérapie photodynamique (PDT)
La thérapie photodynamique associe l'action conjuguée d'un photosensibilisant (PS), de la lumière et de l'oxygène pour détruire les tissus néoplasiques*. Les premières applications cancérologiques datent de 1975 (Dougherthy aux États-Unis et Hayata au Japon). La PDT se distingue de la photochimiothérapie (PUVA-thérapie* du psoriasis*) qui n'implique pas l'oxygène et de la photothérapie où la lumière agit seule (traitement de l'ictère* néonatal).
Le photosensibilisant est d'abord administré par voie intraveineuse. Après un certain délai, on illumine la zone à traiter. Dans les 48h suivantes, on observe une nécrose* des tissus* illuminés.
Les photosensibilisants appartiennent majoritairement à la classe des tétrapyrroles : prophyrines, phtalocyanines, chlorines, purpurines, phéophorbides, bactériochlorophyles. L'ALA (acide delta-amino-lévulinique) qui peut être administré par voie topique est le précurseur de la protoporphyrine IX qui est le PS. Deux autres classes sont intéressantes : texaphyrine et hypericine. Les PS n'ont pas de spécificité pour les tissus cancéreux. L'activité d'un PS se caractérise par son rendement quantique en état triplet à la longueur d'onde considérée (cf. infra).
La longueur d'onde de la lumière d'excitation est choisie en fonction de la fenêtre optique des tissus (600
Le PS ayant absorbé un photon se désactive soit (i) par émission d'un photon de moindre énergie (fluorescence), soit (ii) par conversion inter-système (état triplet) transfèrant son énergie aux substrats du milieu. L'état triplet induit la production d'oxygène singulet ou de radicaux* libres qui finalement aboutissent à des substances puissamment oxydantes (superoxyde, hydroperoxyde, hydroxyle), agents de la destruction cellulaire. Un PS ne peut être à la fois un bon fluorophore (fluorescence) et un bon photosensibilisant (état triplet).
Un temps court après l'injection du PS favorise la destruction de la néovascularisation* (effet vasculaire). Un temps long (48 à 96h), correspondant au maximum de fixation du PS dans les tissus pathologiques ou au ratio maximal entre tissus pathologiques et tissus sains, favorise la destruction des cellules néoplasiques (effet cellulaire). La destruction des tissus est essentiellement due à une nécrose, mais d'autres phénomènes interviennent à un degré moindre : apoptose*, activation des macrophages*, etc.
Les cibles cellulaires dépendent de site de fixation du PS dans la cellule* : mitochondries, réticulum endoplasmique, membrane plasmique, lysosomes. Il n'y a pas de fixation significative dans le noyau.
Indications : le Photofrin® a une AMM pour le traitement palliatif du cancer de l'œsophage* et des bronches*. Plus intéressants sont les essais de traitement curatif pour les lésions superficielles [Cis, T1a] de l'œsophage (dysplasie sévère du Barrett) et des voies aéro-digestives supérieures* (Foscan®), de la vessie* (hexylester d'ALA, hypericine), de la peau* (ALA). D'autres indications se développent, telles que le traitement du mésothéliome* pleural, des carcinomes* du nasopharynx* ou des cancers de l'oropharynx*, en adjuvant de la chirurgie* pour ce dernier. Dans les domaines non cancérologiques, on retiendra surtout le traitement de la dégénérescence maculaire de la rétine.
Photodiagnostic : l'illumination par une lumière violette (405nm) des tissus où s'est fixé le photosensibilisant provoque une fluorescence rouge (cf. supra) due au retour de la molécule de PS de l'état excité à son état de base. Le meilleur exemple est la détection du carcinome* in situ plan de vessie après administration intravésicale d'ALA ou d'hypericine qui guide l'urologue pour réaliser une résection plus complète, diminuant les risques de récidive*.
Il existe de nombreuses voies de recherche (non limitatif) : intérêt des anti-oxydants pour protéger les tissus sains et par un rôle paradoxal prooxydant pour augmenter la sensibilité des tissus néoplasiques, signification du phénomène de photoblanchiment pour ajuster la dosimétrie* lumineuse, évaluation préclinique et clinique de nouveaux photosensibilisants (ORL, mésothéliome, prostate*…), vectorisation (LDL, liposomes*, anticorps* monoclonaux*).
François Guillemin.
Thermographie
Procédé d'imagerie, très en vogue dans les années 1970, qui recueille les variations de température à la surface du corps, son augmentation pouvant traduire un cancer voisin. Ce recueil se fait par une plaque à cristaux liquides posée sur la peau ou à distance (téléthermographie). Certaines tumeurs importantes et superficielles, notamment dans les seins, s'accompagnent d'une augmentation de la circulation sanguine (vascularisation) et d'un échauffement de la région que détecte la thermographie. Cependant sa sensibilité est médiocre et un petit cancer ne provoque aucune élévation de température notable. Enfin d'autres maladies, non cancéreuses, comme une inflammation ou une infection peuvent augmenter la température. Malgré de nombreuses études et des progrès techniques, la thermographie est abandonnée, inutile pour le dépistage, peu utile pour le diagnostic et la surveillance car n'apportant rien de décisif par rapport à l'examen clinique et aux autres méthodes d'exploration des seins. La thermographie n'a pas d'intérêt pour d'autres cancers.
Bernard Hœrni.
Thermomètre
Appareil permettant de mesurer la température, notamment du corps humain (thermomètre médical). Celle-ci est évaluée par contact avec la peau, du front ou de l'aisselle, ou une muqueuse, de la bouche ou du rectum, ou bien par détection à distance de rayons infra rouges, en particulier à l'oreille à partir du tympan. C'est Galilée et Santorio qui ont mis au point les premiers thermomètres utilisables en médecine, mais la mesure de la température n'est entrée dans la pratique clinique courante qu'avec le thermomètre à mercure au XIXème siècle, après les travaux de Wunderlich. Ce thermomètre est aujourd'hui remis en question à cause de la pollution que peut entraîner le mercure après le bris ou la perte d'un thermomètre et il tend à être remplacé par des appareils usant d'autres métaux, des bandelettes à cristaux liquides ou par des instruments électroniques plus rapides et éventuellement parlants.
En France, la prise de la température rectale par l'anus est la plus courante, bien ancrée dans les usages, mais le thermomètre rectal à mercure peut entraîner des blessures de la muqueuse rectale et expose à des contaminations infectieuses. La prise de la température sur la peau par bandelette, dans la bouche ou l'aisselle par thermomètre n'est pas fiable et une anomalie constatée par ces méthodes doit être vérifiée. La température prise dans l'oreille à partir du tympan nécessite un appareil électronique onéreux, exposé à se dérégler, et impose une bonne technique après apprentissage pour celui qui la prend, mais cela semble être la méthode d'avenir.
Bernard Hœrni.
Thermothérapie
Voir Hyperthermie.
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Médicament* cytotoxique* de synthèse introduit en clinique en 1953; il appartient à la série chimique des éthylènes-imines. C'est un alkylant*, agissant sur l'ADN* par formation de complexes et inhibant également la synthèse de l'ARN*. Il s'admi- nistre par différentes voies: veineuse, musculaire, artérielle et locale (cavités pleu- rale et péritonéale, vessie). Les doses* utilisées sont en moyenne de 6 mg/m²/j en cycles* de 5 jours toutes les 3 semaines, ou de 20 mg/m²/sem en traitement dis- continu. On injecte habituellement de 10 à 40 mg/sem en intracavitaire et de 1 à 10 mg par voie intrathécale.
La toxicité* du thiotépa est principalement hématologique*, sur toutes les lignées , mais surtout les granulocytes*; il provoque des vomissements*, sauf quand il est injecté en intramusculaire. Il est actif dans les adénocarcinomes* du sein* et de l'ovaire*, les cancers de la vessie* et les lymphomes* malins. Il a été utilisé plus récemment pour le conditionnement des greffes* de moelle* en chimiothérapie* intensive.
Jacques Chauvergne.
Thorax
Couramment appelé poitrine, le thorax est le siège de nombreux cancers, en particulier dans le sexe masculin (
Figure in Fréquence). Il correspond à la moitié supérieure du tronc, au dessus de l'abdomen dont le sépare le muscle diaphragme. La cage thoracique est limitée par les côtes et les muscles voisins et contient des viscères, principalement les poumons, le cœur et les organes du médiastin, qui ont un rôle vital pour l'alimentation (œsophage), la respiration et la circulation. Le thorax s'explore par l'examen clinique et la radiographie pulmonaire qui en montre les principaux éléments.
Ses organes peuvent présenter des tumeurs malignes. Les bronches qui apportent l'air et l'oxygène extérieurs aux alvéoles pulmonaires sont à l'origine du quart des cancers masculins dans les pays industrialisés, à cause du tabagisme qui est, de loin, leur principale cause. La trachée qui les réunit est rarement atteinte. Les poumons sont touchés par des tumeurs secondaires ou métastases pulmonaires. Ils sont enveloppés par les deux feuillets de la plèvre qui donne de rares tumeurs, principalement liées à l'amiante (mésothéliomes). Cœur et vaisseaux ont d'exceptionnels cancers mais d'autres composants du médiastin, le thymus et les ganglions lymphatiques, sont à la source de tumeurs variées. À l'extérieur du thorax, les seins donnent les principaux cancers féminins en Occident.
Ces cancers s'explorent par radiographie simple ou scanner. La bronchoscopie permet de pénétrer dans la trachée et les grosses bronches pour les voir et y effectuer des prélèvements (biopsie). Dans certains cas une intervention chirurgicale (thoracotomie) doit ouvrir le thorax pour un examen autrement impossible ou pour l'ablation d'une tumeur.
Bernard Hœrni.
Thorotrast
Produit de contraste opaque aux rayons X, à base de thorium (déoxyde de thorium), élément dont la radioactivité naturelle (rayonnements a) est très prolongée (période ou demi-vie de 4.1010 années). Le thorotrast a été utilisé en radiologie, entre 1930 et 1950 en Europe, en Amérique du Nord et au Japon, avant d'être écarté en raison de son danger potentiel, dénoncé par G. Roussy et Ch. Oberling dès les années 1930. Près de 2,5 millions de personnes en ont reçu avant son abandon. Chez les malades qui en avaient reçu pour l'exploration des sinus maxillaires ou des voies biliaires, sa persistance est quasi définitive, surtout dans le foie, la rate et la moelle osseuse. Sa radioactivité est responsable de tumeurs particulières, les thorotrastomes, qui surviennent jusqu'à cinquante ans après son administration, ainsi que de quelques cas de leucémies
Bernard Hœrni.
Thorotrastome
Cette tumeur maligne, rare et de type original, se développe au contact de résidus de thorotrast employé entre 1930 et 1950 comme produit d'opacification en radiologie. Suivant l'utilisation du thorotrast, les thorotrastomes ont été principalement observés dans les sinus de la face, le foie, la vésicule biliaire et le péritoine
Bernard Hœrni.
Thrombocytes
Voir Plaquettes.
Thrombocytémie
C'est l'un des quatre syndromes myéloprolifératifs, celui dont l'évolution est la plus longue. Elle se caractérise par une augmentation dans le sang des plaquettes ou thrombocytes, fabriqués en excès dans la moelle osseuse. Elle survient le plus souvent après 50 ans, dans les deux sexes. Elle est découverte en raison de complications hémorragiques ou de la coagulation, ou par une prise de sang et une analyse (hémogramme) faites pour une autre raison. Les troubles sont en rapport avec l'augmentation importante du taux de plaquettes dans le sang, autour de 1 000.109/l. Ces plaquettes sont de mauvaise qualité, ce qui explique les saignements en dépit de leur nombre élevé. L'évolution est lente et ne nécessite souvent aucun traitement. Il faut seulement corriger les chiffres trop élevés de plaquettes par une chimiothérapie (hydroxyurée*, busulfan) ou du phosphore 32 pour réduire les risques de complications vasculaires. La transformation en leucémie aiguë est rare et les patients meurent souvent d'une autre cause liée à leur âge.
Houchingue Eghbali.
Thrombopénie
Définie par une diminution du nombre de plaquettes dans le sang, la thrombopénie s'observe au cours de leucémies ainsi qu'après certaines chimiothérapies par des agents anticancéreux toxiques pour les cellules souches de la moelle osseuse. Elle expose aux hémorragies, peut être prévenue ou traitée par certains facteurs de croissance ou corrigée par des transfusions de plaquettes.
Bernard Hœrni.
Thrombose
Fréquemment observée au cours des cancers, elle se caractérise par la formation d'un caillot, appelé thrombus, dans l'appareil circulatoire. On distingue deux sortes de caillots : le thrombus rouge est formé d'un réseau de fibrine englobant des globules rouges dans ses mailles, le thrombus blanc est petit, formé de plaquettes sanguines agglutinées ; il s'observe dans des artérioles ou même dans des artères volumineuses à circulation sanguine rapide, parfois dans des capillaires. Il est accolé à une brèche ou à une altération de la paroi interne du vaisseau. Les thrombus les plus fréquents sont mixtes et combinent les deux types précédents, dans les veines où le sang circule lentement et sous faible pression. Ils peuvent être volumineux mais n'interrompent pas toujours la circulation. Flottant en partie dans la veine, ils donnent parfois des emboles, fragments de caillot qui se détachent pour donner plus loin une embolie*. Au cours des cancers, certains thrombus sont constitués par la tumeur qui envahit le vaisseau. On les observe au cours de cancers du rein, dans la veine rénale ou la veine cave inférieure (entre la veine rénale et le cœur), de cancers des bronches ou de tumeurs du médiastin, dans la veine cave supérieure.
La tendance à un état d'hypercoagulabilité (ou préthrombotique) a été reconnue de longue date chez les cancéreux. Trousseau décrivait, en 1865, l'association entre un cancer de l'estomac et une thrombose des membres inférieurs. Les thromboses artérielles sont exceptionnelles, les veineuses fréquentes. Elles siègent, indifféremment, dans les gros vaisseaux : veine cave supérieure, veine cave inférieure, veine porte, veine sus-hépatique, où elles provoquent des troubles impressionnants, mais aussi dans des veines profondes ou superficielles des membres. Les thromboses s'observent chez près de 15% des patients cancéreux, mais, souvent infracliniques, elles ne sont décelées qu'à l'autopsie. Certains cancers y prédisposent : digestifs, du pancréas, de l'ovaire, des bronches, leucémie aiguë à promyélocytes, tumeurs du cerveau. La thrombose peut révéler la tumeur. Elle prend des aspects particuliers quand elle récidive ou atteint des veines superficielles. Les thromboses sont très fréquentes après une opération ou si le patient est alité et dénutri.
Elles sont dues à divers mécanismes. Des anomalies du courant circulatoire sont induites par l'immobilisation au lit et la stase veineuse, ainsi que par la viscosité augmentée du sang. Dans certains cancers du sang, l'augmentation considérable du nombre des globules blancs ou des plaquettes les favorise. On rencontre aussi des altérations de la paroi vasculaire, par envahissement direct de la tumeur ou irritation de son revêtement interne, l'endothélium, ou par des anomalies du plasma sanguin.
Les cellules tumorales elles-mêmes peuvent activer des substances intervenant dans l'hémostase. Certaines favorisent l'agrégation des plaquettes entre elles et la constitution d'un thrombus blanc, d'autres produisent des substances coagulantes comme le mucus des tumeurs du tube digestif ou comme un facteur coagulant propre aux cellules cancéreuses. Quand elles sont détruites (nécrose ou cytolyse), par manque d'oxygène ou par le traitement, les cellules tumorales peuvent déclencher la coagulation du sang de façon parfois dramatique. Elles sont aussi capables d'accélérer ou de ralentir l'élimination du caillot formé.
Le traitement du cancer est une cause supplémentaire de thrombose : interventions chirurgicales, délabrantes ou longues, cathéters veineux, périphériques ou centraux. Certains médicaments anticancéreux sont très irritants et provoquent inflammation puis obstruction de la veine où ils sont injectés. Certaines hormones enfin, œstrogènes ou, à un moindre degré, progestatifs et anti-œstrogènes (tamoxifène), augmentent le risque de thrombose.
Albert Cattan.
Thymus (Tumeurs du)
Organe situé dans la poitrine (thorax), entre les deux poumons (médiastin), surtout développé dans l'enfance et jouant un rôle important dans l'installation de l'immunité, le thymus est à l'origine de tumeurs (thymomes) qui représentent environ 15% de celles du médiastin. Il est composé d'un tissu mixte : un épithélium forme une trame dans laquelle se logent des lymphocytes. Á sa périphérie, il est limité par une capsule fibreuse qui le divise en lobules. Les tumeurs épithéliales se développent à partir de l'épithélium du thymus et diffèrent des lymphomes, des tumeurs germinales, conjonctives et neuro-endocrines de la loge thymique. Toute tumeur thymique épithéliale est considérée comme maligne, mais le pronostic dépend de l'état de la capsule qui enveloppe le thymus et qui est respectée ou dépassée (dans environ un tiers des cas).
Les tumeurs thymiques épithéliales représentent 50% des tumeurs du médiastin antérieur. Elles sont le plus souvent découvertes entre 40 et 60 ans, parfois associées à des syndromes paranéoplasiques attribués à des altérations de l'immunité, tels une myasthénie qui peut révéler la maladie ou une collagénose. Elles évoluent lentement. Les formes invasives donnent des symptômes liés à la compression des organes voisins ou à leur envahissement (douleur, gêne pour respirer (dyspnée), toux, compression de la veine cave supérieure, modification de la voix (dysphonie), pleurésie ou péricardite. Dans un quart des cas, le diagnostic est révélé par une radiographie du thorax faite pour une autre raison. Un complément d'examen par scanner précise l'extension de la tumeur, ses rapports avec les organes voisins et l'extension aux poumons et aux plèvres. Mais c'est lors de l'ouverture chirurgicale du thorax (thoracotomie) que la tumeur pourra être classée en fonction de ses caractères macroscopiques et microscopiques. Dans la majorité des cas, il n'existe pas de réelles anomalies cellulaires et la malignité dépend de l'extension. Mais l'aspect microscopique est parfois plus agressif et fait conclure à un carcinome thymique au pronostic réservé.
En cas de tumeur encapsulée, la chirurgie suffit à entraîner une guérison définitive dans plus de 90% des cas. S'il existe une rupture de la capsule, le risque de récidive et de dissémination est important et la survie à cinq ans varie de 25 à 65%. Le traitement des tumeurs thymiques épithéliales repose donc sur la chirurgie. La voie d'abord est variable selon le développement médian ou latéral de la tumeur, son volume et son étendue appréciée par le scanner : une section du sternum (sternotomie médiane) ou une thoracotomie antérieure avec ou sans sternotomie sont les plus utilisées.
Quand la tumeur est bien encapsulée, il est facile de l'enlever et aucun traitement complémentaire n'est nécessaire. Si elle est volumineuse, avec de nombreuses zones d'adhérence, les ruptures capsulaires sont évidentes mais une dissection minutieuse permet une ablation apparemment totale ; une irradiation complémentaire, à la dose de 50 à 55 Gy, du médiastin et des ganglions voisins est justifiée. Parfois la tumeur est trop volumineuse et envahissante pour être enlevée chirurgicalement. La radiothérapie est proposée chaque fois que l'ensemble des lésions peut être inclus dans le même volume d'irradiation. Lorsqu'elle est trop volumineuse, qu'il existe déjà des greffes pleurales ou des métastases à distance, une chimiothérapie s'impose dans un premier temps, avec des associations d'anthracyclines, d'étoposide*, d'alkylants* et de cisplatine. Suivant la réponse à la chimiothérapie, on propose une irradiation complémentaire, voire une ablation chirurgicale des lésions résiduelles.
Thierry Le Chevalier
Thyroïde
(Cancers de la)
Située en avant et à la base du cou, la glande
thyroïde comprend deux parties : des cellules* claires qui
produisent la calcitonine et des vésicules,
très prédominantes, qui sont à l'origine des principales
tumeurs malignes (
Figure in Ganglions). Ces cancers ont une malignité
variable mais évoluent souvent lentement. Représentant environ
1% de l'ensemble des cancers, ils sont plus fréquents chez la femme
et 10% des cas touchent l'enfant de plus de 7 ans.
Ils sont parfois favorisés par une irradiation antérieure : celles
que l'on faisait pour des hypertrophies bénignes du thymus
sont abandonnées ; il s'agit parfois d'une radiothérapie
nécessaire pour traiter un premier cancer ; l'accident de Tchernobyl
s'accompagne d'une augmentation de ces cancers chez les enfants contaminés.
Le diagnostic est suspecté devant l'apparition, à la base du cou, d'un nodule dans un des deux lobes de la glande thyroïde (40% des cas), plus rarement devant un ganglion cervical, la modification rapide d'un goitre ancien (25% des cas) ou un enrouement par paralysie d'une corde vocale. Chez l'enfant le premier signe est souvent un ganglion voisin.
Un nodule thyroïdien s'explore par échographie et scintigraphie (après fixation d'un isotope radioactif comme l'iode 131 ou le technétium 99). Un nodule qui ne fixe pas l'isotope est dit " froid " à la scintigraphie, dans le cas contraire on le dit " chaud ". Un nodule froid est toujours suspect mais 90% d'entre eux chez la femme, 80% chez l'homme et 50% chez l'enfant ne sont pas cancéreux. La ponction d'un nodule, avec examen cytologique des cellules retirées, peut aider au diagnostic. La scanographie peut révéler des prolongements tumoraux et des ganglions dans la partie supérieure du thorax et du médiastin. La variété anatomopathologique de la tumeur conditionne le traitement et le pronostic.
Les carcinomes différenciés (papillaires les plus fréquents et vésiculaires ou folliculaires) surviennent surtout entre 30 et 35 ans et représentent plus de 80% des cancers thyroïdiens. Ils ont un pronostic très favorable après intervention chirurgicale. Selon la présence d'un ou de plusieurs foyers tumoraux, l'intervention est une hémi-thyroïdectomie ou une thyroïdectomie totale, associée à un évidement conservateur des ganglions du cou. Lorsque la scintigraphie thyroïdienne de contrôle après thyroïdectomie totale montre des reliquats qui fixent l'iode, on administre une forte dose d'iode radioactif. Ce traitement peut également être indiqué en cas de récidive, de ganglions ou de métastases fixantes. Le risque d'évolution tardive invite à une surveillance prolongée, au delà de 20 années après le traitement. L'administration d'hormone thyroïdienne est adaptée en fonction de l'état clinique et des dosages hormonaux.
Les carcinomes indifférenciés sont rares (environ 10% des cas), surtout observés après 60 ans. Ils atteignent rapidement muscles, larynx, trachée et œsophage. La chirurgie peut rarement pratiquer leur ablation. La radiothérapie et la chimiothérapie entraînent parfois des régressions temporaires.
Les carcinomes dits " médullaires à stroma amyloïde " qui touchent les cellules claires de la thyroïde sont très rares (3% des cas). Ils sécrètent de la calcitonine qui est un remarquable marqueur. Il existe des formes particulières, avec des cas familiaux et des associations à des malformations ou à d'autres anomalies des glandes à sécrétion interne (endocrines). Leur traitement est chirurgical.
Jacques Brugère.
Timbres
Depuis 1925, plus de 170 timbres ont été émis dans le monde en faveur de la lutte contre le cancer. Ils reflètent les représentations de la maladie selon les époques et les pays ainsi que les progrès marquant sa connaissance et son traitement. Ces émissions ont commencé dans le cadre de campagnes de bienfaisance en faveur de la Croix Rouge, de la Ligue contre la tuberculose et de la Ligue contre le cancer. Les premiers timbres sont émis par le Luxembourg (décembre 1925), la Suède (1928), le Danemark (1929), la Norvège (1931). L'émission du timbre suédois coïncide avec le soixante-quinzième anniversaire du roi Gustav V : plus de 3 millions d'exemplaires sont vendus. Le quarantième anniversaire de la découverte du radium par Pierre et Marie Curie suscite de nombreuses créations : 22 timbres en 1938 pour la France et ses 21 colonies. Vingt-deux timbres sont émis de 1939 à 1949 par Panama qui en consacre au total 30 à la lutte contre le cancer.
Les illustrations présentent une grande variété. Symbole du cancer depuis Hippocrate, le crabe se retrouve sur 17 timbres. Les premiers sont ceux de l'Afghanistan en décembre 1938 avec les premières surtaxes philatéliques de ce pays. Le timbre le plus explicite est celui des Nations Unies (1970) qui montre le combat corps à corps d'un homme contre un crabe géant, fléau mondial, avec des légendes en anglais, français et russe. La France est le seul pays qui a utilisé le symbole de l'hydre à sept têtes (1941). Plus récemment, la Croatie (1994) a utilisé comme figure emblématique un cavalier terrassant de sa lance un dragon.
Douze timbres sont à l'honneur des Ligues nationales contre le cancer. Un des plus remarquables est celui de la Ligue algérienne (1956) orné d'une belle légende : " Hier hantise, aujourd'hui espoir, demain certitude ". Les derniers en date sont ceux du Groenland (1992) et de l'Allemagne (1999).
Les savants et médecins illustres de la cancérologie ont eu les honneurs de la philatélie : W.C. Rœntgen (Dantzig, 1939), H. Becquerel* (France, 1946), G.N. Papanicolaou (Grèce, 1973, États-Unis, 1978), O. Warburg* (Allemagne, 1983), M. Kaposi (Hongrie, 1986), R. Virchow (RDA, 1971). Celui qui représente Rœntgen est le dernier timbre émis à Dantzig avant l'occupation nazie.
Les congrès mondiaux de l'Union internationale contre le cancer (UICC) ont bénéficié de timbres commémoratifs : huitième Congrès à Moscou (Russie, 1962) ; neuvième à Tokyo (Congo, Mali, Niger, Cuba, 1966) ; dixième à Houston (Chili, 1970) ; quatorzième à Budapest (Hongrie, 1986), seizième à New Delhi (Inde, 1994) ; le quinzième à Hambourg n'a été marqué que par une flamme.
A partir de 1966, neuf timbres illustrent la radiothérapie : Japon (1966), Inde (1968), Iran (1976), Indonésie (1983), Canada et Chine (1989), Antilles néerlandaises (1989), Macédoine (1992). Le timbre du Canada rappelle que ce pays a été le premier à mettre au point, en 1951, des appareils de cobalthérapie.
La Croatie (1995) est le seul pays à avoir édité un timbre sur le rôle primordial de la mammographie dans les dépistages des cancers du sein.
La prévention a été mise en valeur depuis peu, en Allemagne (1981) et aux Antilles néerlandaises (1989). Le timbre allemand représente une scintigraphie osseuse et a pour légende : " La santé par la prévention du cancer ". Les deux timbres des Antilles précisent les sept signes d'alerte (indices) qui doivent motiver un avis médical. La lutte contre le tabagisme prend un grand essor à partir de 1980 : 46 timbres ont été consacrés à ce thème par 31 pays (Figure). Curiosité philatélique, l'Equateur a imprimé, en 1938, une surtaxe au profit d'une campagne contre le cancer sur un timbre assurant la promotion du tabac national (1929).
La recherche contre le cancer est illustrée par des timbres qui représentent un microscope : Brésil et Italie (1983) ; Israël (1966) ; Hollande (1955) ; États-Unis (1965). Sur ce dernier timbre, une légende stipule : " Le diagnostic précoce sauve des vies. "En 1988, la Hollande émet un timbre pour le soixante-quinzième anniversaire de l'Institut néerlandais du cancer.
Le défi que représente la lutte contre le cancer est illustré par un timbre édité pour la journée mondiale de la Santé (France, 1970) : il représente tête-bêche le double symbole de la santé et de la maladie (graveur Decaris). Chypre édite en 1989 un timbre " L'Europe contre le cancer " : un crabe est emprisonné par les étoiles qui symbolisent les états membres de la Communauté européenne (Figure).

Les cancers qui, par leur incidence, sont de réels problèmes de santé publique, ont été évoqués récemment par les États-Unis : le cancer du sein (1996/1999), le cancer de la prostate (1959), le dernier timbre sur le cancer du sein est légendé de façon lapidaire : "fund the fight, find a cure".
La cancérologie a ses héros : en 1979, un jeune canadien, T.S. Fox, incarne dans les médias le courage contre la maladie et l'espoir en la guérison. Un timbre lui est dédié en 1982.
Les timbres de demain mettront probablement en évidence les nouvelles avancées en biologie moléculaire, en génétique et en immunothérapie.
Jean-Marie Dilhuydy.
Tissu
Ensemble de cellules de mêmes caractères et de mêmes fonctions. On distingue trois groupes de tissus correspondant aux principaux types de cancers : les épithéliums de revêtement (peau et muqueuses) ou de glandes, sont à l'origine des carcinomes qui représentent neuf cancers sur dix ; les tissus conjonctifs donnent des sarcomes et les tissus nerveux des tumeurs nerveuses. Ces trois types correspondent aux trois feuillets embryonnaires : l'endoblaste, le mésoblaste et le neuro-ectoblaste. Il persiste dans l'organisme adulte des traces de tissus embryonnaires qui peuvent être à l'origine de cancers embryonnaires. Certains tissus ont une composition mixte, par exemple le tissu sanguin composé de plusieurs catégories cellulaires : globules rouges, globules blancs et plaquettes. Par extension on parle de tissus hétérogènes composés de familles cellulaires multiples réunies dans un organe : tissu hépatique (foie) ou splénique (rate).
Bernard Hœrni.
Tissus mous (Sarcomes des)
Tumeurs malignes rares (1% des cancers) développées à partir des tissus de soutien non osseux (tissu conjonctif, graisse, muscles, aponévroses, tendons, vaisseaux, nerfs...). L'aspect plus ou moins proche d'un tissu normal détermine leur nom (fibrosarcome, liposarcome, rhabdomyosarcome ou léiomyosarcome, synovialosarcome, angiosarcome...). Chez l'enfant*, 60% des sarcomes de tissus mous sont des rhabdomyosarcomes embryonnaires.
Chez l'adulte, ces sarcomes peuvent survenir en n'importe quel siège, mais ils intéressent les membres plus d'une fois sur deux. C'est souvent la tumeur constituée qui attire l'attention et permet le diagnostic. Les autres symptômes proviennent du retentissement sur les tissus voisins : douleur en cas de compression nerveuse, œdème par gêne à la circulation. Le diagnostic nécessite un prélèvement (biopsie) chirurgical. L'évolution est caractérisée par une agressivité locale avec invasion des tissus voisins et un risque de dissémination métastatique, surtout dans les poumons. Le pronostic dépend du siège et du volume de la tumeur, du type et du degré de malignité (grade) histologiques, du contenu en ADN et de l'expression de certains gènes de croissance. Les chances de guérison sont en moyenne de 50 %.
Le traitement local repose sur une ablation chirurgicale large enlevant la tumeur et une marge de tissus sains, complétée par une radiothérapie postopératoire. Avant l'opération, la chimiothérapie peut la rendre plus facile et moins délabrante. Après le traitement local, son rôle essentiel est de traiter les métastases mais elle peut être appliquée plus tôt, comme traitement adjuvant, si une généralisation microscopique est probable.
Nguyen Binh Bui.
Titularisation
L'avenir professionnel fait partie des préoccupations d'un patient traité pour cancer. Ce souci est d'autant plus vif qu'il s'agit d'une personne traitée dans l'enfance ou dans l'adolescence et qui n'a pas d'insertion professionnelle préalable. Pour ces jeunes, à côté des éventuelles séquelles physiques et psychologiques directes de la maladie et de son traitement, l'élément déterminant reste la qualité et la longueur de la scolarité qu'ils ont pu mener à bien avant, pendant et après la maladie. Une fois leur formation achevée, ils vont se trouver confrontés à l'entrée dans le monde du travail, ce qui n'est pas facile, même pour ceux qui n'ont jamais été malades. Pendant longtemps, l'accès à la fonction publique a été interdit aux personnes ayant été victimes d'un cancer mais, depuis la loi du 14 juillet 1983, seule l'aptitude physique à l'emploi postulé entre en ligne de compte. Ces dispositions correspondent à la loi générale qui, à côté des compétences professionnelles, ne doit prendre en compte que l'existence éventuelle d'un handicap physique.
Si la maladie cancéreuse et son traitement n'ont entraîné aucun handicap, l'accès à un premier emploi d'un patient traité pour cancer ne se différencie en rien de la situation des autres postulants. Cependant, pour la fonction publique, l'absence de décrets d'application de la loi de 1983 permet toujours à l'administration d'exiger un certificat médical attestant entre autres l'absence de toute " manifestation morbide ". L'intéressé doit donc obtenir de son médecin un document affirmant l'absence de cancer en évolution.
En cas de handicap, le médecin du travail de l'entreprise est dans l'obligation de porter à la connaissance de l'employeur les limites physiques éventuelles à l'exercice de l'emploi postulé; cela peut conduire au refus d'embauche. Il est alors souhaitable d'orienter l'ancien malade vers un organisme de reclassement professionnel comme la COTOREP (Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnels). Cette commission évalue les possibilités réelles d'accès au monde du travail et propose éventuellement une formation complémentaire ou différente pour accorder les compétences de l'intéressé avec ses possibilités physiques. Compte tenu du marché de l'emploi, c'est un parcours difficile et aléatoire dont les chances de succès, même dans le cadre des emplois protégés, dépendent largement du niveau de formation préalable. Dans la fonction publique, un handicap physique n'est pas incompatible avec la participation aux concours, soit normaux soit réservés à certaines catégories de fonctionnaires.
Plus tard la survenue et le traitement d'un cancer peuvent interférer avec le déroulement de la carrière d'une personne déjà entrée dans le monde du travail. Pour les fonctionnaires et assimilés (agents des collectivités locales principalement), différentes éventualités suivent un arrêt de travail. Dans le secteur privé, le réemploi après congé prolongé (supérieur à six mois) n'est plus obligatoire. En effet, la situation physique de l'employé a pu se modifier, le médecin du travail peut juger qu'elle n'est plus compatible avec l'emploi précédemment occupé. Trouver une autre fonction, plus adaptée au nouvel état, est assez facile dans une grande entreprise, mais peut être impossible dans une entreprise moyenne ou petite et cela conduit éventuellement à terme au licenciement après arbitrage de l'inspecteur du travail. Par ailleurs, en dehors de tout handicap physique, l'absence prolongée peut constituer à elle seule une cause de non-réemploi : l'employeur peut arguer du fait que le fonctionnement normal de son entreprise a nécessité l'embauche d'un remplaçant et qu'il ne peut donc plus réintégrer l'employé. Ces situations difficiles concernent surtout les emplois peu qualifiés ou des personnes ayant eu, pour de multiples raisons, des absences répétées.
Chaque fois que cela est possible, il est souhaitable que l'arrêt de travail ne dépasse pas six mois ou mieux encore trois mois. Le patient sera aidé dans ses démarches par son médecin traitant qui doit veiller à ce que l'évaluation de la situation médicale soit exacte et qu'aucune appréciation a priori ne vienne gêner la reprise, comme par exemple la crainte injustifiée d'un absentéisme à répétition.
Nicolas Daly-Schveitzer.
TNF (Tumor necrosis factor)
Voir Cachectine
TNM (Système)
Ce système international, proposé par le chirurgien français Pierre Denoix dans les années 1940-1950, est une façon de classer les cancers selon leur extension anatomique. Les trois lettres symbolisent la propagation de la maladie cancéreuse sur le site de la tumeur primitive (T), dans les ganglions lymphatiques voisins (N pour node en anglais) et à distance pour d'éventuelles métastases (M). Chaque lettre est affectée d'un coefficient. Dans son principe, cette classification considère seulement les données cliniques et ne s'applique qu'à des cancers qui n'ont pas encore été traités. Mais des variantes ont été proposées pour tenir compte d'examens complémentaires simples ou même des résultats d'une exploration chirurgicale, comme pour s'en servir au moment d'une rechute ou en phase terminale afin de guider les soins palliatifs.
La lettre T symbolise la tumeur initiale. Elle est cotée de T0 (quand la lésion primitive n'est pas retrouvée) à T4 pour les tumeurs les plus étendues. Cette cotation dépend du volume tumoral, représenté par le diamètre maximum de la lésion, et de la fixation aux organes voisins (peau, vaisseaux, nerfs, os, etc.).
La lettre N, de N0 à N3, dépend du territoire ganglionnaire, plus ou moins proche de la tumeur, des dimensions des adénopathies, de leur nombre et de leur éventuelle fixation aux tissus voisins.
La lettre M est cotée M0 en l'absence de métastases connues ou M1 en leur présence, quel que soit leur siège, unique ou multiple.
Cette classification a été conçue pour donner aux cancérologues de tous les pays un langage commun qui facilite les échanges d'information entre médecins et chercheurs. Elle est périodiquement discutée et mise à jour par des spécialistes dans le cadre de l'UICC qui se charge de la diffuser dans le monde sous forme d'un Manuel explicatif. Elle contribue à codifier les indications de traitement. Selon les localisations tumorales la combinaison des trois repères TNM permet d'établir un stade (de I à IV) plus synthétique. Il existe d'autres systèmes de classification, proposés par un institut ou à l'échelon d'un pays et de ses spécialistes, pour améliorer ou simplifier la caractérisation d'un cancer et le choix de traitement qui en découle.
Ce système de classification topographique était prépondérant quand les traitements importants des cancers, la chirurgie et la radiothérapie, n'avaient que des effets localisés. Son importance diminue avec les traitements généraux (chimiothérapie, hormonothérapie, biothérapie) et surtout avec de nouveaux caractères biologiques (degré de malignité, récepteurs hormonaux, modifications des chromosomes ou d'oncogènes, etc.) qui prennent une place croissante pour déterminer le pronostic et le traitement.
Jacques Chauvergne.
Tomate
Ce légume venu du Nouveau Monde a fait l'objet de nombreuses études explorant la relation de sa consommation avec les cancers. Sur près d'une centaine d'enquêtes, plus de la moitié montrent une relation inverse entre la quantité de tomates consommée (et le taux de lycopène qui en dérive et que l'on retrouve dans le sang*) et l'apparition de cancers : une consommation importante de tomates semble ainsi protéger contre plusieurs cancers, en particulier de la prostate*, des bronches* et de l'estomac* et n'est associée à aucun excédent d'autres cancers. Ces indications n'incitent pas à manger des quantités excessives de tomates mais renforcent les recommandations pour augmenter la consommation de fruits et de légumes.
Bernard Hœrni.
Tomographie
Sorte de radiographie qui donne non pas une vue globale d'une région du corps mais une image de coupe selon un plan, vertical, horizontal ou oblique, qui permet de détailler certains organes ou certaines tumeurs. Les tomographies sont réalisées couramment par la tomodensitométrie ou scanographie.
Topo-isomérases
Enzymes* qui règlent la structure dans l'espace de l'ADN* en modifiant l'enroulement de sa super-hélice. Pour cela, elles doivent couper l'ADN sur un seul brin (topo-isomérase I) ou sur les deux (topo-isomérase II), permettre la relaxation de la double hélice, et ressouder les brins disjoints. Certains médicaments* anticancéreux empêchent cette dernière reconstitution : ils stabilisent le complexe ADN-topo-isomérase au stade où l'ADN est coupé, ce qui empêche la replication et la transcription de l'ADN et entraîne la mort de la cellule*. Leur action s'exerce sur l'un des deux types de topo-isomérases : la topo-isomérase I est inhibée par la camptothécine* et ses dérivés, la topo-isomérase II par des intercalants (anthracyclines*, elliptinium*, dactinomycine*) et les épipodophyllotoxines (étoposide* et téniposide*). Des altérations moléculaires des topo-isomérases peuvent conduire à une chimiorésistance* des cellules. L'industrie pharmaceutique cherche à mettre au point des composés inhibant simultanément les deux types de topo-isomérase afin de contourner ces phénomènes de résistance.
Jacques Robert.
Topotécan
Voir Camptothécine
Toucher rectal, vaginal
L'exploration au doigt, protégé par un gant ou un doigtier, des organes du petit bassin par les orifices naturels a une grande place dans l'examen clinique d'un cancéreux. Le toucher vaginal permet d'examiner le col et l'ensemble de l'utérus, ainsi que les organes voisins, ce qui est utile pour le diagnostic, pendant le traitement, puis pour la surveillance des cancers de cette région ; il peut être complété par un examen au spéculum et par un frottis vaginal. Le toucher rectal examine, par l'anus, la partie basse du gros intestin (côlon) ou rectum, où siègent près de la moitié des cancers du côlon ; chez l'homme il examine aussi la prostate. Ces examens peuvent être désagréables mais sont habituellement indolores.
Bernard Hœrni.
Toux
Réflexe ou volontaire, la toux, qui expulse à grande vitesse et de façon violente l'air en dehors des poumons, s'observe assez souvent chez un malade atteint d'un cancer. Elle élimine des sécrétions, muqueuses ou infectées, qui encombrent les bronches ou correspond seulement à une irritation des muqueuses respiratoires. Elle révèle un cancer chez un fumeur qui se met à tousser plus que d'ordinaire, surtout s'il y a un peu de sang dans les crachats (hémoptysie). Elle complique des cancers des bronches ou des voies aéro-digestives supérieures, accompagne une infection ou traduit la réaction toxique à une chimiothérapie ou à une radiothérapie. Son traitement le plus efficace est celui de sa cause : traitement de la tumeur, désinfection par antibiotiques ou aérosols, anti-inflammatoires (corticoïdes). D'autres médicaments peuvent atténuer le réflexe de toux : codéine ou morphine à petites doses. Quand elle est influencée par la position du corps, il faut parfois dormir assis pour être soulagé.
Bernard Hœrni.
Toxicité
Il n'y a pas de traitement efficace sans quelque risque de toxicité. Même un placebo (ne contenant aucune substance active) entraîne, à côté de ses effets favorables, quelques réactions défavorables (effet nocebo). Pour lutter contre des maladies sérieuses comme des cancers, les traitements employés doivent être puissants et leurs inconvénients sont proportionnels. C'est ce qui justifie, lors de la décision de traitement, une politique de " risque calculé " qui offre au malade le maximum d'avantages en ne lui faisant courir qu'un minimum de risques.
La toxicité thérapeutique varie avec le traitement considéré. La chirurgie expose à des complications (morbidité) et même à une mortalité postopératoire. La radiothérapie entraîne des réactions immédiates (radiodermite, radiomucite) et parfois des réactions tardives (fibrose, radionécrose). La chimiothérapie s'accompagne d'intolérances qui dépendent du médicament utilisé et de sa dose. Les biothérapies ont aussi des effets secondaires de type et d'intensité variables. Les associations thérapeutiques visent à accroître les effets anticancéreux sans trop augmenter les effets toxiques, en les maintenant au niveau d'" effets secondaires " et en évitant qu'ils ne deviennent des complications.
L'intensité de la toxicité fait distinguer des effets mineurs, désagréables mais peu gênants, des effets importants qui conduisent à alléger le traitement ou à l'accompagner de mesures complémentaires (par exemple médicaments anti-émétiques pour éviter ou diminuer les nausées et vomissements de la chimiothérapie), des effets majeurs qui obligent à interrompre le traitement car ils mettent en danger les jours du malade. L'évaluation de ces effets est faite par le malade et le médecin pour guider la suite du traitement. L'intensité de certaines réactions toxiques conduit des patients à refuser de poursuivre leur traitement.
Les réactions toxiques varient avec le traitement appliqué. La chirurgie et la radiothérapie qui ont une action locale entraînent des réactions ou des complications dans la région concernée. La chimiothérapie a une action générale et une toxicité également diffuse. Ses principaux signes toxiques correspondent à son action prépondérante : freinant ou arrêtant la prolifération cellulaire, elle agit surtout sur les tissus où cette prolifération est la plus active. Ainsi sa toxicité majeure s'exprime dans la moelle osseuse, qui produit les globules sanguins, et détermine une diminution de ces globules. Pour la même raison elle agit sur la muqueuse du tube digestif, entraînant des mucites et parfois de la diarrhée, sur les bulbes capillaires (chute des cheveux ou alopécie) et chez l'homme sur les cellules germinales (stérilité temporaire ou définitive). Chaque médicament anticancéreux a aussi une toxicité propre : les anthracyclines sur le cœur, les dérivés de la pervenche sur les nerfs, la bléomycine sur les poumons, les sels de platine sur les reins, etc.
Les désagréments entraînés par ces traitements retentissent diversement sur la qualité de vie des malades. Des vomissements intenses mais brefs peuvent être moins désagréables que des nausées persistant plusieurs jours. Une toxicité pour le cœur n'entraîne aucun trouble immédiat mais expose à des complications cardiaques ultérieures. Une chute des cheveux est appréciée de façon très variable selon les individus, certains en refusant la perspective, d'autres s'en accommodant sans peine. Une stérilité ne donne aucune gêne et ne change guère la vie d'un sujet âgé, mais prive de descendance un homme jeune, sauf si du sperme a été conservé au préalable. La tolérance des patients est aussi grandement influencée par leur information : une réaction annoncée est mieux supportée qu'une réaction inattendue ; cette information permet aussi à la personne d'accepter ou de refuser un inconvénient qui doit être toujours annoncé, surtout s'il est important, pour permettre le consentement éclairé.
Bernard Hœrni.
Toxoplasmose
Infection due à un parasite protozoaire, Toxoplasma gondii. L'infestation est fréquente chez l'homme, les autres mammifères et les oiseaux mais elle se traduit rarement par une maladie. Celle-ci n'est grave que chez des malades, comme certains cancéreux, dont les défenses immunitaires sont diminuées et chez les femmes enceintes, contaminées pendant la grossesse*, qui peuvent transmettre le parasite au fœtus chez lequel il détermine des malformations ou la mort.
Le toxoplasme vit dans les cellules de l'hôte et surtout dans celles du système réticulo-histiocytaire qui a un rôle de défense important. Il a un cycle de reproduction particulier : c'est dans l'estomac du chat que s'effectue la reproduction sexuée des kystes du parasite ingérés par cet animal ; celui-ci élimine par les selles les formes actives du toxoplasme qui souilleront la terre et donc les légumes, les fruits, ce qui permet l'infestation humaine et animale. L'homme peut également s'infester en ingérant des viandes insuffisamment cuites.
La toxoplasmose acquise est souvent latente, sans signes cliniques, ou elle se manifeste, chez les sujets normaux, par de la fièvre et l'augmentation de volume de ganglions (cou, aisselles, aines). Le diagnostic est confirmé par la découverte dans le sang d'anticorps spécifiques du parasite et de modifications des globules blancs. Ces stigmates biologiques sont souvent la seule trace d'une infestation ancienne.
La toxoplasmose acquise peut être grave chez les patients dont l'immunité est diminuée, du fait d'une maladie ou de traitements : c'est le cas au cours du sida ou de cancers qui touchent les cellules sanguines et le tissu lymphatique. La toxoplasmose se manifeste alors par une infection grave avec fièvre élevée, rougeur généralisée et lésions de l'encéphale, de la rétine, de la plèvre, des poumons, du cœur ou d'autres viscères. L'évolution est rapidement fatale, surtout si d'autres infections bactériennes, virales ou parasitaires sont associées.
Chez les personnes dont l'immunité est normale, la maladie est bénigne et la guérison souvent spontanée sans traitement. Dans les formes graves, on utilise divers produits anti-infectieux, des antibiotiques et des sulfamides (sulfadiazine, spiramycines, pyriméthamine, sulfones, tétracylines...). Ces produits sont actifs mais toxiques et, en cas de toxoplasmose grave, ils n'empêchent pas toujours l'évolution fatale.
Maurice Schneider.
Trachée
Autrefois appelée à tort trachée-artère, la trachée est le conduit respiratoire où passe l'air que l'on respire entre le larynx en haut, les bronches et les poumons en bas (
Figure in Appareil Respiratoire). C'est un canal constitué d'anneaux de cartilage et de muscle, situé à la partie haute et antérieure du médiastin. Les cancers de la trachée sont rares mais graves, proches des cancers des bronches par leur type anatomopathologique et par leurs causes (tabac). De rares cas limités peuvent être opérés, les autres sont traités par radiothérapie
Bernard Hœrni.
Trachéostomie
La trachéotomie est l'incision de la peau et de la trachée à la base du cou, qui permet l'entrée directe de l'air dans la trachée et les poumons. L'ouverture de cette incision est maintenue par une canule en plastique. La trachéotomie peut être provisoire, après certaines interventions ou en cas d'œdème laryngé après radiothérapie. La dérivation respiratoire siège alors sous le larynx resté en place.
Après amputation totale du larynx, la trachéotomie est définitive et prend le nom de trachéostomie. Seul le médecin ORL peut autoriser la suppression secondaire de la canule, si l'orifice cutané cervical a et garde un calibre suffisant. La canule de la trachéostomie est changée à domicile par une infirmière ou par l'opéré lui-même après apprentissage pendant l'hospitalisation initiale. Le risque de remettre en place la canule à côté de la trachée n'existe que dans les premiers jours qui suivent la trachéotomie simple, avant que le trajet soit organisé et cicatrisé.
Certains incidents peuvent survenir après trachéotomie ou trachéostomie. Une hémorragie, même minime, peut inquiéter. La chute du sang dans les voies respiratoires fait tousser l'opéré et la toux augmente le saignement. Un contrôle médical est alors nécessaire. Ce saignement peut être provoqué par une banale inflammation à la jonction de la peau et de la trachée, facilement guérie par un traitement local. Une gêne pour respirer fait retirer la partie interne de la canule ; en l'absence d'amélioration, la totalité de la canule doit être enlevée avant de consulter un médecin. L'obstruction par un bouchon de mucus fait enlever la partie interne de la canule pour nettoyage, parfois de sa totalité, et aspirer le mucus dans la trachée. Ces bouchons sont prévenus par une humidification de l'air inspiré, l'administration dans la trachée de produits huileux en petites quantités et éventuellement des aérosols.
La vie quotidienne des trachéostomisés comporte quelques contraintes. En atmosphère chaude, sèche ou poussiéreuse, il faut maintenir humide la protection trachéale avec de l'eau. Des filtres respiratoires sont indispensables, disponibles à la section régionale des laryngectomisés, après inscription à leur association dont le médecin donnera l'adresse. L'association régionale des laryngectomisés aide à résoudre de nombreux problèmes quotidiens comme l'acquisition de dispositifs de protection pour prendre une douche, d'amplificateurs de voix, de prothèses laryngées électriques ou d'appareils de sécurité pour la natation ou la circulation en bateau, d'alarmes sonores, etc.
Nicolas Daly-Schveitzer.
Traitement
Le traitement des cancers comporte l'ensemble des soins médicaux destinés à combattre la maladie pour en limiter les conséquences, éviter la mort, rétablir la santé et entraîner la guérison. On distingue les traitements spécifiques, anticancéreux, dirigés contre la tumeur et les cellules néoplasiques*, et les traitements non spécifiques des complications du cancer ou du traitement spécifique.
Les traitements spécifiques se regroupent sous cinq rubriques. La chirurgie, la plus ancienne, et la radiothérapie ont une action locale et guérissent la plupart des cancers localisés. La chimiothérapie, l'hormonothérapie et les biothérapies ont une action générale et s'adressent aux cancers généralisés qui peuvent être guéris dans une minorité de cas. Ces traitements anticancéreux doivent être souvent combinés, en associations thérapeutiques, pour renforcer leur efficacité ou réduire leur toxicité. On combine par exemple, pour le traitement local d'une tumeur, chirurgie et radiothérapie ou, pour une tumeur disséminée, un traitement local et une chimiothérapie adjuvante. Ces associations font intervenir des médecins de compétences complémentaires et sont à la base de la concertation interdisciplinaire qui est un des piliers de la cancérologie.
Les traitements non spécifiques sont très divers pour corriger des désordres sanguins, globulaires (transfusion) ou de la coagulation, traiter des infections (antibiotiques), soulager les douleurs (antalgiques), corriger les troubles de la nutrition ou des fonctions digestives (anorexie, nausées, diarrhée, constipation), rectifier des anomalies métaboliques comme l'hypercalcémie, rétablir le sommeil.
La décision thérapeutique résulte d'un choix qui dépend d'abord des caractères du cancer et de ceux du malade. Ces caractères sont précisés par le bilan qui suit le diagnostic et précède le traitement. On en déduit un protocole de traitement, déterminé par l'expérience antérieure des médecins et des résultats de la recherche clinique. Ce protocole est un guide qui aide à discuter le plan thérapeutique avec le patient pour lui permettre d'exprimer son consentement éclairé. Il peut être remis en question suivant les observations faites après le début du traitement et les réactions particulières présentées par le sujet.
Ces traitements peuvent être appliqués ponctuellement, comme une intervention chirurgicale, sur quelques semaines comme une radiothérapie ou sur plusieurs mois, en séries ou cycles brefs, répétés toutes les trois ou quatre semaines pour une chimiothérapie ou de façon continue pour une hormonothérapie. Ils peuvent nécessiter une hospitalisation, être faits à titre ambulatoire ou à domicile.
L'objectif primaire est idéalement de guérir le malade (traitement curatif). Quand cette guérison est impossible, on parle de traitement palliatif. La distinction entre les deux est artificielle : un traitement curatif a plus ou moins de chances d'entraîner la guérison, mais il peut donner une complication fatale ou échouer ; inversement un traitement palliatif, incapable de guérir, peut obtenir une rémission prolongée de bonne qualité, compatible pendant de nombreuses années avec une vie presque normale.
Bernard Hœrni.
Transaminases
Ce sont, en biochimie* clinique, deux enzymes* intervenant dans la synthèse et la dégradation des acides* aminés et perturbées au cours de certains cancers. On les rencontre surtout dans le foie*, les reins*, le cœur* et les muscles*. Leur concentration normale dans le sang* est très faible. Au cours de certaines maladies, ces enzymes quittent le tissu d'origine et passent en grande quantité dans le sang, où leur dosage reflète l'affection en cause. L'alanine aminotransférase (abrégée ALAT, TGP ou SGPT), qui vient principalement du foie, est augmentée dans les cancers primitifs* ou secondaires* du foie*, mais aussi au cours d'infections* comme les hépatites* aiguës et chroniques. L'aspartate aminotransférase (ASAT, TGO ou SGOT), localisée dans les muscles*, en particulier cardiaque, et dans le foie, est augmentée au cours des hépatites aiguës et chroniques mais aussi dans les heures qui suivent un infarctus du myocarde.
Jacques Robert.
Transcriptase inverse
Aussi appelée rétro-transcriptase et découverte dans les années 1960 par H. Temin*, c'est une enzyme* qui permet la transmission ou transcription de l'information* génétique* portée par les acides nucléiques dans le sens inverse de celui qui a été longtemps le seul connu (de l'ADN* du noyau vers l'ARN*) et considéré comme le " dogme central " de la biologie moléculaire. Permettant le passage de l'information d'un ARN vers l'ADN, elle joue un rôle essentiel pour l'action des rétrovirus*, composés d'ARN, qui s'incorporent dans le noyau d'une cellule après avoir été transcrits sous forme d'ADN. Elle est utilisée comme outil en biologie moléculaire, pour obtenir de l'ADN complémentaire à partir d'ARN messager.
Jacques Robert.
Transformation
Les cancers sont la conséquence du développement d'une cellule transformée qui produit un clone (
voir Cancérogenèse). Le clone est l'ensemble des cellules descendant de la cellule initiale qui a subi une transformation lui donnant un ou des caractères nouveaux : ceux-ci lui permettent de se multiplier de façon excessive, en échappant aux contrôles de l'organisme. Cette transformation initiale, encore appelée " induction ", correspond à une mutation ou modification de l'information génétique de la cellule, de son ADN et de ses chromosomes. Elle se produit par hasard ou sous l'influence d'un agent cancérogène : rayonnement ionisant, rayons ultraviolets du soleil, produit chimique, virus, etc. Elle touche particulièrement les gènes, oncogènes ou anti-oncogènes qui contrôlent la prolifération cellulaire. Cette transformation initiale donne à une cellule normale la capacité de produire un cancer, mais elle ne suffit pas. Il faut ensuite qu'il y ait " promotion " de cette cellule, c'est-à-dire qu'elle ne soit pas éliminée – détruite par des mécanismes de surveillance immunitaire ou autres – et que sa prolifération soit favorisée par d'autres agents dits " promoteurs " ou co-cancérogènes.
La transformation aiguë est un autre phénomène, assez courant et plus tardif dans l'évolution d'un cancer qui n'a pas guéri. Elle correspond à une aggravation de la malignité : une tumeur évoluant lentement devient nettement plus maligne et s'accroît rapidement ; elle entraîne le décès à court terme en l'absence de traitement ou malgré lui. Cette transformation correspond à la dernière étape de la progression tumorale. Elle est nette au cours de cancers du sang qui ont d'abord une évolution chronique : c'est le cas de la leucémie myéloïde chronique qui devient une leucémie aiguë, de la leucémie lymphoïde chronique qui donne un lymphome malin (syndrome de Richter) ou d'un lymphome d'évolution lente qui s'aggrave rapidement. Elle s'observe aussi pour d'autres cancers qui donnent l'impression d'" exploser " à la phase terminale qui précède la mort du malade.
La transformation est aussi le changement que connaît un élément ou isotope radioactif qui émet des rayonnements ionisants et devient un autre élément radioactif ou un élément stable.
Bernard Hœrni.
Transfusions
L'apport de sang ou de dérivés sanguins est souvent utile aux malades cancéreux. La première transfusion a été réalisée, d'un animal à un autre, en 1667 par les chirurgiens parisiens Denis et Emmerez. Quelques semaines plus tard du sang d'agneau était transféré à un jeune homme et beaucoup d'autres tentatives diverses et épisodiques devaient être faites par la suite. Mais les transfusions n'ont représenté une avancée thérapeutique majeure qu'à partir de la découverte des groupes sanguins AB0, en 1900, par Karl Landsteiner, immunologiste autrichien établi aux États-Unis qui devait avoir le prix Nobel en 1930 ; cette découverte était complétée en 1940 par celle du système Rhésus par Landsteiner et Wiener, puis par l'identification de groupes moins importants permettant de transfuser du sang et des globules de plus en plus compatibles. En cancérologie, les transfusions ont rendu et continuent à rendre des services considérables.
La première transfusion directe, d'un individu à un autre, a eu lieu en 1906 puis on a conservé le sang, entre son recueil et la transfusion, et fractionné ses divers composants. On ne transfuse plus de " sang total ", mais des fractions de sang comportant soit des globules, soit du plasma ou des dérivés du plasma (les produits stables sont désormais considérés comme des médicaments et soumis aux mêmes réglementations). Pour les transfusions de concentrés globulaires, les globules du donneur doivent être aussi parfaitement compatibles que possible avec le receveur – plusieurs moyens le vérifient et assurent la sécurité transfusionnelle – pour éviter que les globules transfusés soient détruits, ce qui déterminerait l'inefficacité de la transfusion et parfois des accidents. La plupart de ces produits sont injectés en perfusion intraveineuse.
Le sang, donné en France par des donneurs bénévoles, fait également l'objet de nombreux tests pour éviter, autant que possible, la transmission d'agents infectieux, parasites ou virus (virus de l'hépatite, cytomégalovirus, VIH, etc.). Malgré l'absence d'arguments en faveur d'une transmission des cancers, les malades traités et guéris d'une tumeur sont en général récusés comme donneurs, par précaution supplémentaire. Par ailleurs les cancers ne réalisent pas toujours des conditions favorables à l'autotransfusion par laquelle du sang est prélevé chez une personne pour lui être rendue quelques semaines plus tard.
Chez un cancéreux des transfusions sont nécessaires pour corriger un déficit globulaire, à la suite d'hémorragie importante ou prolongée (du fait de la tumeur ou au cours d'une opération chirurgicale) ou par un défaut de fabrication dans la moelle osseuse envahie par des métastases ou fragilisée par une chimiothérapie ou une radiothérapie large. On utilise surtout des transfusions de globules rouges pour compenser une anémie. Quand le déficit globulaire concerne les plaquettes on peut aussi transfuser des plaquettes. On ne transfuse plus de globules blancs (leucocytes) car les infections qui compliquent un défaut de leucocytes (leucopénie) sont traitées efficacement par les antibiotiques actuels. Depuis le début des années 1990, on peut transfuser des cellules souches, provenant de la moelle osseuse et triées dans le sang par cytaphérèse, ce qui tend à remplacer les précédentes techniques de greffe de moelle.
Les transfusions de fractions plasmatiques sont moins fréquentes : certains états de dénutrition sont corrigés par l'albumine humaine.
Les transfusions peuvent entraîner une certaine dépression immunitaire, favorisant par exemple des transplantations, mais susceptible d'aggraver l'évolution de cancers. Ce dernier effet n'a pas été formellement démontré mais, avec d'autres raisons, son éventualité conduit à user de transfusions avec discernement.
Quel qu'en soit le type, les transfusions sont refusées par les témoins de Jéhovah en raison de convictions religieuses qu'il convient de respecter, en l'absence d'urgence et si elles sont confirmées après information médicale précise sur leurs conséquences.
L'organisation de la transfusion en France a fait l'objet d'une nouvelle réglementation au début des années 1990, sous l'autorité de l'Agence française du sang, devenue depuis janvier 2000 Établissement Français du Sang.
Houchingue Eghbali.
Transit œsogastroduodénal
Examen radiologique qui opacifie la première partie du tube digestif* (œsophage*, estomac*, duodénum). Le malade avale de la bouillie barytée, opaque aux rayons* X, dont on suit la progression en radiologie. Cette technique n'a presque plus cours car on explore désormais ces organes creux plutôt par endoscopie*, échoendoscopie* et scanner*. Le transit oesophagien est encore utilisé, parce qu'il constitue un moyen, réalisable dans toute structure d'imagerie* même simple, chez des gens présentant une gêne pour avaler (dysphagie*). Quand il existe un cancer de l'œsophage, il montre une image lacunaire ou un rétrécissement (sténose). L'examen est réalisé aisément dans des incidences diverses, en demandant au patient de boire de la baryte diluée. Avant l'exploration œsophagienne, on analyse le pharynx au niveau du cou. Pendant le passage œsophagien, des clichés sont réalisés. L'anomalie identifiée doit ensuite être précisée par l'endoscopie qui seule permet un prélèvement (biopsie*) pour examen microcospique. En postopératoire, l'utilisation de produit iodé hydrosoluble permet de rechercher une éventuelle complication (lachage de suture, fistule).
Jean-Noël Bruneton
Transpiration
Voir Sueurs.
Transplantation
Transfert d'un organe ou d'un fragment d'organe d'un individu à un autre, la transplantation représente une sorte de greffe qui porte sur une importante masse de tissu ou sur un organe entier ayant une irrigation sanguine individualisée par des vaisseaux, dont on rétablit la circulation en assurant la continuité avec les vaisseaux du receveur. L'organe transplanté peut prendre sa place normale dans l'organisme du receveur (transplantation orthotopique), après ablation de l'organe correspondant malade, ou être situé ailleurs (transplantation hétérotopique).
En cancérologie les transplantations sont faites pour remplacer un organe cancéreux unique et vital, en particulier le foie ou un rein unique. (Pour les transferts de moelle osseuse on parle plutôt de greffe.) Le choix de l'organe transplanté et du receveur doit tenir compte d'une certaine compatibilité tissulaire, entre personnes d'une même famille pour des organes pairs ou la transplantation d'une partie du foie d'un parent à un enfant, ou après analyse des groupes tissulaires d'histocompatibilité (système HLA). Pour réduire les risques de rejet du greffon et favoriser la prise et la tolérance de l'organe transplanté, le receveur est en général soumis à un traitement diminuant les réactions immunitaires (immunodépresseur).
Ces manipulations favorisent l'apparition ultérieure d'un cancer, lymphome ou carcinome principalement, qui s'observe un peu plus souvent que chez des sujets de même âge qui n'ont pas subi de transplantation. Beaucoup de ces cancers sont favorisés par un virus. Ils sont tous inclus dans un registre international établi à Cincinatti qui en a repertorié plus de 6 000 cas, 5 000 d'entre eux après transplantation de rein.
Bernard Hœrni.
Traumatisme
Un choc accidentel conduit parfois à la découverte d'un cancer. Ce traumatisme amène la personne à regarder ou à palper soigneusement la région touchée, éventuellement plusieurs jours de suite, et à y découvrir une anomalie jusque-là ignorée. C'est le cas après un coup de pied sur la jambe, commun chez un enfant, qui fait découvrir une tumeur osseuse (ostéosarcome), après un choc dans les parties génitales lors d'un match qui fait remarquer une modification d'un testicule ou après un coup sur la poitrine qui amène une femme à se trouver une boule dans le sein. Dix pour cent des patients atteints de tumeurs primitives des os (et non de métastases osseuses) signalent un traumatisme sans fracture au cours des semaines précédant le diagnostic.
Il s'agit le plus souvent d'une coïncidence. Dans les années 1920, J. Ewing précisait quatre caractères indispensables pour retenir la possibilité d'un traumatisme à l'origine d'un cancer : 1) le traumatisme doit être assuré et sérieux ; 2) il y a identité entre la zone blessée et celle où le cancer est observé ; 3) la zone traumatisée devait être normale avec l'accident ; 4) un intervalle de quelques mois doit exister entre le choc et l'apparition du cancer. Ces critères sont nécessaires mais non suffisants. Les données de la biologie, notamment de la multiplication des cellules, ne permettent pas de retenir l'hypothèse d'un traumatisme comme initiateur d'une tumeur. Il n'est cependant pas impossible (mais peu probable) qu'un traumatisme aggrave un cancer préexistant. Un tel choc avant un cancer ne modifie ni le traitement ni le pronostic
Chez les végétaux une blessure favorise une tumeur liée à un virus
Simon Schraub
Travail
Voir Arrêt de travail, Reprise de travail, Titularisation
Travailleur social
Ayant succédé à l'assistante sociale, le travailleur social joue un rôle important, principalement d'ordre administratif et matériel, pour aider le patient cancéreux et sa famille. Dans un hôpital ou en ville, il les guide dans les démarches réglementaires pour l'arrêt puis la reprise de travail, les remboursements de déplacements et de soins, la recherche d'un lieu de convalescence. Dans des situations difficiles il peut demander un soutien particulier à l'Aide médicale gratuite (
voir Sécurité sociale), à la Ligue contre le cancer ou à d'autres institutions d'aide aux patients. Il peut aussi orienter vers une assocation d'anciens malades ou des compagnies d'assurances disposées à prendre en charge dans des conditions convenables des personnes à risques accrus. Après le décès d'un malade, il aide sa famille à régler des dossiers en suspens.
Bernard Hœrni.
Trichoépithéliome
Petite tumeur voisine des carcinomes basocellulaires mais non maligne, qui siège sur le visage ou la poitrine et guérit après excision chirurgicale.
Trisomie 21
Autrefois appelée " mongolisme ", c'est une anomalie chromosomique (trois chromosomes 21 au lieu de deux normalement) qui s'accompagne de troubles morphologiques et mentaux. Favorisée par l'âge de la mère lors de la grossesse*, surtout après 35 ans, elle prédispose à l'apparition de leucémies aiguës, plus fréquentes chez les enfants* trisomiques que chez les autres.
Troisier (Ganglion de)
Initialement décrit par le médecin français Charles Emile Troisier (1844-1919), c'est un ganglion lymphatique qui se développe au-dessus de la clavicule, du côté gauche. Cette adénopathie est presque toujours provoquée par un cancer primitif situé dans le thorax ou plus souvent dans l'abdomen ou le bassin. La description initiale de Troisier correspondait à un cancer de l'estomac, comme c'est aussi le cas pour le héros de G. Bernanos dans le Journal d'un curé de campagne. Mais toute autre tumeur abdominale peut donner une telle propagation. Elle s'explique par le canal thoracique, gros vaisseau lymphatique qui réunit l'ensemble de la lymphe en dessous du diaphragme pour lui faire traverser le thorax avant de se jeter dans les veines de la base du cou. Avant cette confluence, le canal thoracique décrit une " crosse " qui traverse en partie des petits nodules ganglionnaires : c'est là que des cellules cancéreuses véhiculées par la lymphe peuvent s'arrêter et se développer pour donner une adénopathie caractéristique qui est un signe de gravité
Bernard Hœrni.
Trois mois pour mourir (Table ronde, 1971)
Journal posthume de Jean-François Devay, journaliste de 45 ans directeur de Minute, atteint d'un cancer bronchique. C'est au retour d'un voyage que ce gros fumeur prend en novembre 1970 la décision d'arrêter de fumer. Le mois suivant il présente, comme souvent, une petite " grippe ", mais cette fois son médecin lui prescrit une radiographie pulmonaire qui révèle une image anormale. Le 10 janvier 1971 il est opéré du poumon. Avec la complicité de médecins de sa famille, on lui indique que tout s'est bien passé et qu'on l'a débarrassé de " la plus bénigne des tumeurs malignes ". En réalité le chirurgien a découvert une tumeur étendue et n'a rien pu faire ; les Renseignements généraux, attentifs à un journaliste très engagé politiquement, l'ont su quelques jours plus tard. Après une amélioration temporaire, l'état de Devay s'aggrave à nouveau et il doit être hospitalisé début avril à Lyon. Suspectant qu'on lui cache la vérité, il cherche à se renseigner en suivant les méthodes de sa profession et, face à des indications divergentes, découvre vite qu'on lui a menti. Il découvre en même temps qu'il est le dernier à être au courant et laisse éclater sa rage. Informé qu'il n'a plus guère que trois mois à vivre – il mourra le 25 juillet – il prend des dispositions personnelles et professionnelles en vue de sa disparition, écrivant notamment son dernier article qui paraîtra après sa mort : " Je suis mort puisque vous lisez cet éditorial... " Il dicte son journal au magnétophone, trop fatigué pour écrire, découvre les charmes de la vie qu'il a négligés jusqu'alors, l'odeur du printemps, les fleurs que lui apporte son fils, tout en suivant une radiothérapie et en prenant de la cortisone, veillé par sa mère, affrontant l'inéluctable avec lucidité et courage.
Bernard Hœrni.
Trousseau (Armand, 1801-1867)
Médecin français ayant fait ses études à Tours comme élève de P.-F. Bretonneau. Agrégé de médecine à 25 ans, il poursuit sa carrière à Paris, à l'Hôtel-Dieu où il publie un Traité de thérapeutique et de matière médicale après s'être illustré dans les maladies de la gorge et le traitement du croup. À la fin de l'année 1866 il présente une phlébite (thrombose) qui lui fait faire son propre diagnostic de cancer de l'estomac dont il meurt le 23 juin 1867. Son nom reste attaché à la phlébite paranéoplasique compliquant et révélant un tel cancer.
Bernard Hœrni.
Tube digestif
Voir Digestif
Tuberculose
Cette maladie infectieuse, due au bacille de Koch, est un fléau qui domine le XIXe siècle et le début du xxe siècle, tuant en France, entre les deux guerres mondiales, trois à quatre fois plus de personnes que les cancers. Elle régresse sous l'influence d'une élévation du niveau de vie et de l'hygiène, de la vaccination par le BCG et de l'efficacité de nouveaux antibiotiques. Ses rapports avec les cancers sont contrastés : les deux maladies ont plutôt tendance à s'ignorer en raison de l'âge, la tuberculose frappant des sujets jeunes, les cancers des sujets âgés. À ce titre la régression de la mortalité par tuberculose a permis aux individus de vivre plus âgés et de développer des tumeurs. La persistance et même la relative recrudescence de la tuberculose concerne peu les personnes atteintes de cancer, beaucoup moins que les sujets transplantés d'un pays à un autre ou ceux atteints de sida. Au début des années 1990, on rattache à la tuberculose près de trois millions de décès chaque année dans le monde, principalement dans le tiers-monde, contre environ cinq millions aux cancers.
Bernard Hœrni.
Tubuline
Cible de plusieurs médicaments anticancéreux, la tubuline est une protéine de petite taille qui, en se polymérisant, donne les microtubules du fuseau achromatique qui permet la division cellulaire lors de la mitose. Les vinca-alcaloïdes inhibent sa polymérisation, alors que le paclitaxel et le docétaxel la stabilisent exagérément. Dans les deux cas, la mitose ne peut se dérouler normalement, ce qui entrave la prolifération cellulaire.
Bernard Hœrni.
Tulp (Nikolas, 1593-1674)
Anatomiste et chirurgien hollandais, immortalisé par Rembrandt dans sa Leçon d'Anatomie (1632), en train de disséquer un cadavre. Il soutenait qu'un cancer pouvait être contagieux et prétendit s'être trouvé mal après avoir respiré de trop près une tumeur, attribuant ce malaise à une vapeur maligne plus qu'à la simple odeur.
Bernard Hœrni.
Tumeur
Créé par Galien, ce mot désigne au sens strict une augmentation de volume d'une partie de l'organisme, appréciée comme une tuméfaction. Il est souvent utilisé comme synonyme de tissu néoformé ou néoplasme. Au début du XIVe siècle, Henri de Mondeville écrivait : " Aposthème, dubelech, tumeur, éminence, élévation, grossissement, enflure contre nature, sont sept termes qui désignent la même chose et sont synonymes. " Une tumeur correspond à une prolifération cellulaire qui peut être bénigne ou maligne et se présente sous divers aspects (Figure).

Bernard Hœrni.
Tumeur mixte
Voir Mixte (Tumeur)
Tumeur phyllode
C'est une tumeur du sein, souvent importante, bosselée, irrégulière. Elle correspond à un adénofibrome très volumineux qui peut récidiver après son ablation chirurgicale ou présenter une dégénérescence maligne pour donner un sarcome
Tumorectomie
Ablation chirurgicale d'une tumeur. En principe limitée, cette intervention enlève seulement la lésion, en respectant les tissus alentour, sans faire l'amputation large souvent préconisée en cancérologie. Elle se justifie pour préciser le diagnostic quand la malignité n'est pas certaine ou, comme traitement conservateur, si elle s'accompagne d'un autre traitement, radiothérapie ou chimiothérapie
Bernard Hœrni.