Désigne une réaction ou une complication suivant l'intervention d'un médecin, une exploration ou un traitement. A la suite d'une hospitalisation, on parle plutôt de complication nosocomiale, en particulier pour une infection. Pour les suites iatrogènes de l'administration d'un médicament, on parle aussi d'effet secondaire ou indésirable.
L'ictère, ou jaunisse, conduit à découvrir des cancers à un stade précoce ou vient compliquer leur évolution à un stade avancé. Il se caractérise par une couleur jaune de la peau et du blanc de l'œil et par des urines foncées. Ce signe est dû à un excès des pigments de la bile qui ne s'écoule plus normalement dans l'intestin : la bilirubine est augmentée dans le sang. Chez les cancéreux, l'ictère est dû à une compression tumorale ou à une infection . Le cancer comprime les canaux biliaires dans le foie (en cas de métastases hépatiques) ou en dessous du foie (par des ganglions , un cancer du pancréas ou de la vésicule biliaire). L'ictère accompagne aussi les hépatites virales. Dans tous les cas il traduit un défaut d'épuration du sang par le foie et impose de diminuer les doses de médicaments anticancéreux qui s'éliminent par la bile.
Bernard Hœrni.
Médicament anticancéreux ou cytotoxique de la famille des anthracyclines , l'idarubicine dérive de la daunorubicine . On l'administre à la dose de 8 à 10 mg/m²/j. en injections intraveineuses répétées trois à cinq jours consécutifs. Seule anthracycline traversant la muqueuse du tube digestif , elle peut être prise par la bouche, mais il faut alors multiplier la dose par trois pour obtenir un effet équivalent. Cette administration orale est surtout indiquée pour le traitement ambulatoire de personnes âgées ou affaiblies, quand leur hospitalisation n'est pas indispensable. Quelle que soit la voie d'administration, la pharmacocinétique de l'idarubicine est caractérisée par une élimination prolongée (demi-vie longue). Elle est transformée par le foie et divers tissus en un dérivé aussi actif qu'elle-même. Sa toxicité est analogue à celle des autres anthracyclines : risque de nécrose tissulaire en cas de passage en dehors de la veine (extravasation ), toxicités aiguës sanguine et digestive, toxicité cumulative pour le cœur . Elle est utilisée dans les cancers du sang , pour le traitement des leucémies aiguës.
Jacques Chauvergne.
Voir Docétaxel , Paclitaxel .
Médicament* anticancéreux, agent alkylant* de la classe des oxazophosphorines, comme le cyclophosphamide*. Sa toxicité* sur la vessie (cystite* hémorragique) a longtemps empêché d'administrer l'ifosfamide à des doses* suffisantes pour être efficaces sur les tissus cancéreux. Une hydratation adaptée et la prescription simultanée de mesna* préviennent cette complication et permettent d'utiliser l'ifosfamide à des doses plus élevées et avec une meilleure sécurité.
L'ifosfamide est un agent alkylant* bifonctionnel
, qui provoque la formation de liaisons covalentes entre les bases*
(guanine) des chaînes d'ADN*, ce qui inhibe la transcription et la synthèse
d'ADN. L'ifosfamide agit sur les cellules* engagées dans le cycle* cellulaire.
L'ifosfamide est un promédicament , qui devient
actif après transformation dans le foie* en une isophosphoramide moutarde ,
métabolite alkylant de l'ifosfamide. Sa dégradation conduit au
chloracétaldéhyde, métabolite néphrotoxique et neurotoxique et à l'acide
thiodiglycocolique, qui inhibent les fonctions mitochondriales et augmentent
les pertes urinaires en carnitine. L'ifosfamide et le chloracétaldéhyde
traversent la barrière* hémato-encéphalique et les concentrations de
l'ifosfamide et de son dérivé 4-hydroxy dans le liquide* céphalo-rachidien sont
presque aussi élevées que dans le sang. L'ifosfamide est un mélange racémique.
Son isomère (R) serait responsable de son activité anticancéreuse et l'isomère
(S) de la neurotoxicité du médicament. L'ifosfamide présente une résistance
croisée partielle avec le cyclophosphamide et peut donc être prescrit après un
traitement par le cyclophosphamide. Il est mutagène* chez l'animal*.
L'ifosfamide s'administre par voie veineuse, en perfusions* de quelques heures à quelques jours et, pour des perfusions continues à fortes doses, avec hydratation et mesna. La dose* est habituellement de 1,5 à 3g/m2/jour, pendant 3 à 5 jours, toutes les 3 à 4 semaines. Plus rarement, l'ifosfamide est administré par voie musculaire, sous cutanée ou intra-artérielle.
Les principales toxicités de l'ifosfamide sont rénales et neurologiques. La toxicité* rénale* chez l'enfant* est liée à la dose cumulative (plus de 45g/m2) et à l'âge (moins de 3-5 ans). Chez l'adulte, elle peut être majorée par un traitement simultanée par un sel de platine*, une néphrectomie antérieure ou une irradiation des loges rénales. Une insuffisance rénale chronique est détectée par le dosage des protéines urinaires. Les complications neurologiques (somnolence, confusion) surviennent chez 10 à 15 % des patients, surtout en cas d'insuffisance rénale associée. Le bleu de méthylène par voie veineuse a un effet neuroprotecteur. Plus rarement ou pour des doses plus élevées, surviennent des complications hématologiques ( leuco-thrombopénie* ), digestives (nausées*-vomissements*), cardiaques* (arythmies) et gonadiques* (azoospermie, aménorrhée). Le dosage par chromatographie de l'ifosfamide et de ses métabolites permettrait une adaptation individuelle du traitement. L'ifosfamide est prescrit dans des protocoles variés de polychimiothérapie* pour le traitement des sarcomes* des parties molles, des tumeurs solides de l'enfant*, des cancers bronchiques*, des tumeurs à cellules germinales du testicule, des carcinomes* de l'ovaire* et de l'endomètre*, des lymphomes* récidivants ou réfractaires. Il est associé à d'autres médicaments dans les protocoles* de chimiothérapie intensive.
Paul Cappelaere.
Voir Institut Gustave - Roussy.
Abouchement de
la partie terminale de l'intestin grêle (ou iléon) à la peau de l'abdomen . Elle est temporaire lors d'une occlusion sur la partie initiale du côlon qui lui fait suite ou définitive après amputation complète du côlon. Elle donne issue à des matière
digestives liquides et irritantes, et nécessite des soins d'hygiène communs à
toutes les stomies .
Bernard Hœrni.
Comme d'autres fléaux qui l'ont précédé (la peste, le choléra, la lèpre, la vérole, la tuberculose ) ou le suivent (le sida), le cancer véhicule des représentations qui ont fâcheusement contribué à lui donner une image de maladie honteuse ou répugnante. Cette maladie qui ronge et qui tue est depuis longtemps utilisée pour désigner d'autres plaies de la société ou du monde. Dans Le Héros (1630) Baltasar Gracian indique qu'une réputation peut être durablement entachée par " un mauvais début " : " il est de la nature du cancer, qu'on ne saurait ôter de l'endroit auquel ce mal s'est attaché ". Au début du XVIII e siècle l'Anglais E. Ken écrit : " La fainéantise est un cancer qui ronge le temps que les princes devraient consacrer aux choses sublimes. " Pour John Adams en 1772 " le corps du peuple semble épuisé par la lutte, et la vénalité, la sénilité et la prostitution le dévorent et prolifèrent comme un cancer ". Quelques années plus tard Kant assimile les passions à des cancers. Au xx e siècle D.H. Lawrence juge la masturbation comme " le cancer le plus profond et le plus dangereux ", tandis que F. Mauriac lui assimile la concupiscence. Simon Leys évoque " le cancer maoïste rongeant le visage de la Chine ", Trotsky compare le stalinisme au cancer du marxisme. Pour l'écrivain italien Marinetti " le communisme est l'exaspération du cancer bureaucratique qui a toujours ravagé l'humanité ". On trouve encore Israël, " cancer au cœur du monde arabe " ou les camps palestiniens " cancer dans le corps libanais " sans parler des cancers du chômage, du racisme, de la drogue, de la pollution ... ou des images qui proliférent et envahissent peu à peu toute la vie. Le mouvement écologique présente l'humanité comme un cancer envahissant démesurément la Terre, au risque de la détruire.
À l'inverse le
cancer et tout ce qui gravite autour a été représenté comme une constellation,
une galaxie ou une nébuleuse (du Crabe
?). Soljenitsyne suggère l'image d'un archipel
, similaire à celui du Goulag avec ses " camps qui prolifèrent comme des métastases ".
Voir
aussi Cancer , La Maladie comme métaphore.
Bernard Hœrni.
Souvent perturbée au cours d'un cancer, l'image du corps est une notion utilisée dès le début du xx e siècle dans des sens très différents. Résultat de l'activité psychique des individus face à divers déterminants biologiques (le corps réel) ou sociaux (le corps perçu par autrui), elle a une fonction protectrice, stabilisatrice et donc adaptative. Fondement de l'identité, elle est mise à l'épreuve en cas de cancer, surtout si la maladie touche un organe important, visible, ou expose à une amputation .
C'est Paul Schilder, dans son ouvrage de 1935 (L'image du corps, traduction française, 1968), qui la définit comme " la façon dont notre corps nous apparaît à nous mêmes ", d'un point de vue à la fois biologique, psychologique et social. On préfère aujourd'hui désigner les aspects neurologiques par la notion de schéma corporel, tandis que l'image du corps est une notion psychologique : c'est la configuration globale que forme l'ensemble des représentations, perceptions, sentiments et attitudes que l'individu a élaborés vis-à-vis de son corps, à travers les expériences qui ont jalonné son existence.
Depuis le XIXè siècle, des distorsions des perceptions corporelles, variées et souvent étranges, ont été attribuées tantôt à des troubles du schéma corporel, tantôt à des altérations de l'image du corps. Les schizophrènes (qui sont coupés de la réalité) ont par exemple des expériences corporelles bizarres : sentiment d'avoir un corps (ou des parties du corps) du sexe opposé ; impression de détérioration et de désintégration ; dépersonnalisation (le corps est perçu comme étranger, inanimé) ; perte des frontières du corps avec le monde extérieur ; souffrance ; illusion d'être contrôlé à distance. Des altérations moins spectaculaires apparaissent chez des sujets normaux en situation de fatigue, de stress , ou de privation sensorielle, sous l'effet de drogues ou encore chez des cancéreux qui refusent (négation) de reconnaître leur organe malade. En l'absence de toute lésion nerveuse, ces distorsions, le plus souvent associées à des troubles de la personnalité, sont probablement d'origine psychique et correspondent à des altérations de l'image du corps.
La psychologie
a décrit la construction de l'image du corps à partir de l'observation de
jeunes enfants. L'enfant constitue peu à peu, au cours de ses activités, un
corps " kinesthésique " (espace gestuel) et un corps visuel (espace
des objets) dont les images se correspondent et se coordonnent peu à peu grâce à
ses expériences avec les objets (explorations, activités circulaires, puis
sensorimotrices), avec autrui (imitation, " dialogue tonique ") et à
certaines acquisitions (langage, notion d'objet permanent). L'enfant accédera
entre la deuxième et la troisième année seulement à une véritable
reconnaissance de soi dans le miroir, où son image est alors identifiée sans hésitation
(c'est " moi ", dit-il). Cette étape capitale marque le début de la
conscience de soi. L'image du corps évoluera au cours de certaines phases
critiques de l'existence (adolescence ,
vieillesse) et de certains événements (maladie, handicap), tout en gardant une
cohérence et une stabilité assez surprenantes malgré les modifications
objectives du corps.
L'image du corps d'enfants
atteints de divers cancers a été explorée par des moyens indirects comme le
jeu, le modelage ou le dessin (Figure). Ceux-ci révèlent l'anxiété corporelle (œil d'une poupée arraché dans un cas de cancer
oculaire) et une baisse de l'estime de soi (personnages représentés par les
enfants leucémiques plus petits que ceux des autres enfants).
Certaines scènes traduisent un bon ajustement de l'enfant à l'expérience traumatisante qu'il subit et sa résistance
à l'agression (scènes de bataille). La simulation du combat contre le cancer
par des jeux et dessins est utilisée pour renforcer les défenses des enfants
cancéreux.

Dessins d'un garçon de sept ans, atteint d'une
tumeur du genou,
avant et après traitement.
Des troubles de l'image du corps sont observés chez des adultes opérés pour des cancers du visage et du cou ou pour des cancers intestinaux (colostomie ) et chez des femmes ayant subi une ablation du sein (mastectomie ) ou de l'utérus (hystérectomie ). Plus qu'à la menace vitale, ces altérations renvoient à la peur d'être objet de dégoût dans les deux premiers cas, à la crainte de ne plus être une " vraie " femme dans les deux autres. Plus que la mastectomie, l'hystérectomie induit des troubles fréquents et durables de l'image du corps (angoisses liées à la perte des fonctions maternelle et sexuelle). Ces troubles sont toujours associés à des modifications de la personnalité (anxiété , réactions dépressives , baisse de l'estime de soi), mais ils sont le plus souvent discrets et modérés.
Marilou
Bruchon-Schweitzer.
L'ensemble des
techniques explorant le corps humain – par des rayonnements ou des vibrations qui le traversent et donnent des images de
l'anatomie normale ou anormale – ont une grande place dans l'étude des tumeurs primitives ou de leurs métastases . L'imagerie médicale englobe la radiologie et incorpore de nouveaux
moyens de visualisation. Les rayons X donnent
des images qui dépendent de la densité des organes ou tissus (importante pour
un os, faible pour un poumon rempli d'air). La densité spontanée peut être
modifiée par injection de produit opaque dans une cavité naturelle
(baryte pour un transit œsogastroduodénal ou un lavement
baryté), des artères (artériographie ) ou de vaisseaux
lymphatiques (lymphographie ). Ces moyens donnent des images fixes
(radiographies) ou mobiles (radioscopie ou radiocinéma). Ces images
conventionnelles peuvent être traitées par numérisation (voir Imagerie numérique) comme dans la scanographie . Le contraste peut être obtenu par d'autres moyens qui ont
l'avantage de ne pas être ionisants comme les rayons X : les ultrasons pour l'échographie , la résonance magnétique à l'aide d'aimants
puissants dans l'imagerie du même nom ou IRM
. D'autres documents enfin sont obtenus par des produits ou isotopes
radioactifs qui émettent des rayons recueillis par scintigraphie .
Jean-Noël Bruneton.
Tandis que la
radiologie conventionnelle donne une image analogique par le noircissement du
film en fonction de l'absorption des rayons
X dans le corps traversé, la numérisation ou digitalisation d'une image
analogique affecte à chaque point de l'image un chiffre, ce qui permet de la
traiter sans perdre de sa qualité et de la stocker. La scanographie , ou tomodensitométrie, donne une image numérisée, sous forme de
coupes axiales ou d'un cliché en mode radiographique, ce qui permet son
traitement par ordinateur. On peut numériser des radiographies sur les tables
conventionnelles de radiologie grâce à un convertisseur d'images analogiques en
images digitales, soit directement face à l'écran secondaire d'un amplificateur
de brillance, soit à la sortie d'une caméra vidéo. Une autre technique
d'imagerie consiste à utiliser, à la place des cassettes contenant les films de
radiologie, des plaques de phosphore qui permettent une numérisation par
lecture laser. Actuellement, on utilise des matrices 1024x1024. La première
application de l'imagerie numérique, en dehors de la scanographie, a été l'artériographie . Numériser l'imagerie radiologique
conventionnelle a pour buts de diminuer le temps d'examen et l'irradiation du
patient, d'améliorer la valeur diagnostique des explorations et de diminuer les
dépenses en films radiologiques.
Aujourd'hui, de plus en plus de services d'Imagerie utilisent uniquement les
techniques numériques. La numérisation la plus difficile concerne la
mammographie*, en raison de la taille des matrices nécessaires mais,
actuellement, les premiers mammographes numériques sont disponibles sur le marché.
Jean-Noël Bruneton.
Imagerie par résonance magnétique
Voir IRM .
Voir Ebers*.
Propriété d'un
organisme protégé contre un agent extérieur par des réactions, dites
immunitaires (ou de défense), qui apparaissent en général après un premier
contact avec cet agent, par exemple après une vaccination : on dit qu'il est immunisé. Le sens du mot s'est élargi pour
désigner l'ensemble des réactions intervenant dans cette protection.
On distingue une immunité humorale et une
immunité cellulaire. La première fait intervenir des substances libres ou anticorps , ou encore immunoglobulines que l'on peut déceler dans le sang
ou le sérum et qui servent au diagnostic sérologique d'une infection . Dans la
seconde, ce sont des cellules , principalement des lymphocytes , qui assurent la protection. Pour s'exercer, une réaction
immunitaire doit reconnaître un signal ou antigène
sur l'agent extérieur. Les cellules et autres constituants de l'organisme
portent aussi des antigènes mais ils sont reconnus comme personnels ou propres
(en anglais self) à l'organisme et ne déclenchent pas de réactions
immunitaires, sauf dans des maladies appelées " autoimmunes ". Les cellules cancéreuses portent des antigènes qui
peuvent être différents et servir de cibles à une réaction immunitaire
artificielle ou immunothérapie . Contre de telles cellules l'immunité cellulaire
(les cellules cytotoxiques ) joue un rôle plus important que l'immunité
humorale.
Bernard Hœrni.
Cellule qui joue un rôle important dans l'immunité . Elle correspond à un lymphocyte activé, caractéristique par sa grande taille, son cytoplasme abondant, son noyau actif. L'immunoblaste est aussi la cellule qui prolifère dans certaines formes de lymphomes malins, les lymphomes immunoblastiques.
Aussi appelée anticorps , c'est une espèce particulière de protéine ou globuline présente dans le sang et portant une propriété immunitaire (de défense). Les immunoglobulines (ou Ig) jouent des rôles variés chez les malades cancéreux.
Une
immunoglobuline fait partie des gammaglobulines, identifiées par l'électrophorèse
du sérum sanguin. Elle est formée de quatre chaînes d'acides aminés, deux lourdes et deux légères. Les lourdes
sont de trois types principaux : a , g ou m , les légères de deux types : k ou l . A côté
d'une partie constante, commune à plusieurs sortes d'immunoglobulines, ces chaînes
ont une partie variable adaptée à chaque antigène
correspondant (Figure). Chaque immunoglobuline est fabriquée par une famille
particulière de lymphocytes ou plasmocytes , dite monoclonale .

Une production
excessive d'immunoglobuline s'observe quand le cancer se développe à partir
d'une cellule produisant normalement un anticorps. C'est le cas du plasmocytome , du myélome
multiple et de la maladie de Waldenström . Les
lymphocytes devenus cancéreux continuent à sécréter l'immunoglobuline qui leur
a été attribuée lors du développement de l'organisme et dont la quantité est
proportionnellement augmentée dans le sang : cette production en grande quantité
d'un seul type d'immunoglobuline a facilité l'étude de ces molécules et l'élucidation
de leur structure. Pour ces tumeurs, l'immunoglobuline se comporte comme un marqueur qui contribue au diagnostic et aide à surveiller l'évolution.
Plus souvent les immunoglobulines sont
diminuées chez des patients ayant un cancer à un stade
avancé qui altère toutes leurs fonctions, notamment celle de l'immunité et la sécrétion
d'anticorps. Les malades ont alors des défenses amoindries qui les fragilisent
vis-à- vis d'infections . À côté des antibiotiques , le traitement d'une infection peut utiliser des immunoglobulines,
surtout dirigées contre une infection virale difficile à traiter autrement,
comme la varicelle ou le zona
.
Bernard Hœrni.
Manipulation artificielle d'une réaction immunitaire, modifiée ou renforcée en vue d'un traitement. Dans les cancers, les immunomodulations sont regroupées dans le cadre de l'immunothérapie .
Science et étude
des réactions de l'immunité
(défenses de l'organisme). Ses
liens avec la cancérologie viennent des tumeurs intéressant les cellules jouant un rôle dans ces réactions (lymphocytes , plasmocytes ) et se sont renforcés avec le développement de l'immunothérapie .
Méthode d'image qui visualise une tumeur par la radioactivité qu'elle émet. Cette radioactivité est détectée par une caméra spéciale (gammacaméra) et apparaît sur un écran sous forme de multiples " scintillations ", d'où le terme " scintigraphie ". Elle résulte d'un phénomène de reconnaissance " immunologique ", d'où le terme " immunoscintigraphie ".
Son principe est le suivant. Les cellules qui composent un cancer humain ont, à leur surface, des molécules appelées antigènes tumoraux. Ces derniers injectés à une souris lui font produire des anticorps qui les reconnaissent sélectivement. On fixe sur ces anticorps un ou plusieurs atomes radioactifs avant de les injecter, par voie veineuse, à un malade porteur d'une tumeur correspondante : ils vont l'atteindre et se lier à son antigène. La tumeur devient ainsi radioactive et émet un rayonnement qui peut être détecté. On obtient une image, en noir et blanc ou en couleur, qui reproduit la répartition de la radioactivité dans le champ exploré par la gammacaméra : la tumeur apparaît comme une " tache " qui contraste avec les zones voisines nettement moins radioactives.
L'immunoscintigraphie n'a aucune utilité pour découvrir un cancer primitif, ce que font d'autres méthodes diagnostiques plus simples, plus précises et moins coûteuses. Elle peut être efficace pour visualiser les récidives de certains cancers non détectés par les autres méthodes d'imagerie (échographie , scanographie , IRM et tomographie par émission de positons*). Elle est surtout utile dans la perspective d'un traitement par le même anticorps couplé à un atome radioactif à visée thérapeutique (voir Radioimmunothérapie). Elle permet alors d'évaluer la dose d'irradiation et donc de prédire l'efficacité ou non de la radioimmunothérapie envisagée.
Pour être
visible en immunoscintigraphie, un foyer tumoral doit avoir une taille d'un
centimètre ou davantage s'il est profond. La principale limite tient à
l'origine murine des anticorps utilisés : injectés à des humains, ces anticorps
de souris sont reconnus comme des substances " étrangères " (ou antigènes)
par le système immunitaire humain qui produit, contre eux, des anticorps
limitant la possibilité d'une injection et d'un examen ultérieurs. À l'avenir,
les anticorps de souris vont être remplacés par des anticorps humains ou des
anticorps dits " humanisés " qui permettront de répéter les
injections chez le même malade sans réaction préjudiciable. Des méthodes sont à
l'étude pour réduire la radioactivité des organes normaux, mieux individualiser
des foyers de récidive et permettre un examen du corps entier en quelques
minutes. On pourra aussi détecter des tumeurs de moins de 1cm que le chirurgien
enlèvera après les avoir repérées avec une petite sonde manuelle de détection
maniée en cours d'opération.
Jean-François Chatal.
Emploi d'un moyen immunitaire, naturel ou artificiel, pour traiter un cancer. Des " vaccinations " contre les cellules cancéreuses ont été tentées dès la fin du XIX e siècle et se sont périodiquement répétées, sans aucun succès durable, avec parfois des accidents. Des manipulations immunitaires plus sérieuses ont commencé, à partir des années 1960, avec des greffes de moelle osseuse, qui transfèrent des cellules immunitaires (lymphocytes ) du donneur au receveur. Les moyens disponibles se sont surtout accrus, dans le dernier quart du xx e siècle, avec l'isolement de substances produites au cours d'une réaction immunitaire (cytokines ) et avec la possibilité de modifier des lymphocytes en dehors de l'organisme.
On distingue des immunothérapies passive, active et adoptive (Figure). L'immunothérapie passive, la plus ancienne, cherchait à apporter au malade des anticorps dirigés contre les cellules cancéreuses sur le modèle de la sérothérapie triomphante pour les maladies infectieuses. Les premiers essais ont été réalisés dans les années 1890 par les professeurs Richet et Héricourt, injectant des broyats de tumeurs à des animaux (ânes, chiens*) puis recueillant quinze jours plus tard leur sérum pour l'injecter aux malades, avec quelques résultats. Cette recherche a été abandonnée : on n'a jamais réussi à isoler de tels anticorps, beaucoup de substances supposées telles ont été préparées chez l'animal dans des conditions qui ont entraîné des accidents toxiques ; enfin de tels anticorps ont autant de risques de stimuler un cancer ou au moins de le protéger que de chances de le détruire. La technique des anticorps monoclonaux* qui en produit d'importantes quantités dirigées contre une cellule ou une substance donnée a relancé ces tentatives, avec des résultats encourageants. À défaut d'obtenir des anticorps relativement spécifiques contre des cellules cancéreuses, on utilise plutôt aujourd'hui des médiateurs immunitaires, moins spécifiques mais qui se montrent efficaces, comme les interférons .
L'immunothérapie
active revient à stimuler les propres défenses d'un individu pour l'aider à se
débarrasser d'un cancer. Cette stimulation est non spécifique avec un produit
comme le BCG qui a montré une certaine efficacité ou comme le lévamisole , anciennement utilisé contre des vers parasites
(helminthes),

auquel on a
reconnu plus récemment des propriétés immunostimulantes. Les cytokines , produites par des lymphocytes, peuvent stimuler
d'autres lymphocytes. Leur production en quantités importantes par génie génétique
permet de stimuler, de façon orientée, des lymphocytes du malade contre son
cancer.
L'immunothérapie adoptive consiste à
apporter au patient des cellules immunologiquement compétentes extérieures.
Celles-ci peuvent être transférées par une greffe de moelle à partir d'un
donneur choisi comme " compatible " pour que ses cellules soient
acceptées par le receveur. Cependant cette compatibilité n'est jamais parfaite
et les lymphocytes du donneur réagissent contre les cellules du receveur, ses
cellules normales (c'est la réaction dite " du greffon contre l'hôte
" qui peut être grave mais qui se contrôle) et ses cellules cancéreuses.
Des cellules immunitaires sont préparées en culture
in vitro, le plus souvent à partir des lymphocytes du patient : ceux-ci
sont prélevés, sélectionnés (par exemple parce qu'ils étaient au contact des
cellules cancéreuses et probablement plus actifs contre elles), dopés par
divers traitements (par cytokines ou génie génétique), multipliés en culture pour en obtenir d'importantes quantités, réinjectés
enfin au malade.
Bernard Hœrni.
Les cancers ont été au centre d'impostures de divers types. Au Moyen Âge et un peu plus tard le cancer du sein était, pour des mendiantes, un moyen d'exciter la pitié des passants. Dans Le Livre des gueux imprimé au xv e siècle, un chapitre se partage entre la folie simulée et le procédé consistant à se plaquer sur la poitrine un fragment de rate imitant une tumeur ulcérée. Cette mascarade pouvait aussi susciter une " guérison miraculeuse " comme Ambroise Paré le rapporte dans son récit intitulé " Imposture d'une belistresse feignant avoir un cancer à la mamelle. ". De tels simulacres ont été utilisés pour éviter des viols ou encore au xx e siècle pour trouver un réconfort dans son entourage.
D'autres
impostures, pas toujours volontaires ou conscientes, ont suivi les découvertes
pasteuriennes des microbes . De nombreux germes – trouvés dans les tissus
cancéreux et correspondant à une simple contamination – ont été considérés
comme responsables de la tumeur, conduisant à des " vaccins " censés
protéger contre le cancer ou le traiter
( voir Doyen.)
Enfin de tous temps des méthodes, présentées
comme thérapeutiques, ont été exploitées pour traiter des maladies incurables
ou difficiles à soigner par des individus sans scrupules abusant de la détresse
et de la crédulité de malades ou de leurs familles (
voir par exemple Radithor
).
Dominique Gros.
En épidémiologie , nombre de nouveaux cas d'une maladie observés
pendant une période et pour une population déterminées, c'est le principal critère
pour évaluer la fréquence des cancers. Elle se distingue de la prévalence qui compte tous les cas vivant à un moment donné.
L'incidence des cancers s'exprime en général pour une année, en valeur absolue
pour un pays ou une région, ou en valeur relative rapportée à 100 000
habitants. Sa valeur peut être ajustée selon la structure d'âge d'une population pour permettre des comparaisons
internationales. Sans cet ajustement la comparaison serait difficile entre pays
développés et pays en voie de développement dont les pyramides des âges diffèrent
profondément, en raison de l'influence prépondérante du vieillissement sur l'apparition des cancers.
Pour la plupart des pays, on constate une
augmentation de l'incidence des cancers, mais la plus grande part de cette
augmentation tient au vieillissement de la population et s'estompe si l'on
considère les personnes à âge égal, par exemple la tranche d'âge entre 60 et 70
ans. Une autre part de l'augmentation des cancers est due à un diagnostic plus
souvent fait, alors qu'auparavant des décès n'étaient rattachés à aucune cause
précise (si ce n'est à la " vieillesse ") ; le dépistage qui se développe conduit aussi à reconnaître des
cancers plus tôt qu'ils ne l'auraient été spontanément et quelques cancers qui
ne se seraient pas manifestés avant la mort de la personne. Enfin la légère
augmentation d'incidence observées dans les pays industrialisés est due
principalement à une forte augmentation des cancers dus au tabagisme , au premier rang desquels le cancer des bronches , qui masque une légère diminution de l'incidence
de l'ensemble des autres tumeurs.
Bernard Hœrni.
Ce néologisme
désigne une tumeur découverte incidemment, par hasard ou involontairement à la
suite d'un examen d'imagerie médicale fait pour chercher autre chose. On parle
aussi de " fortuitome ". Les glandes surrénales en sont le principal siège, dans 5 à 10 explorations de l'abdomen
sur 1 000. L'incidentalome peut correspondre à une tumeur primitive , le plus souvent bénigne
, ou secondaire (métastase
), principalement d'origine bronchique .
La mise à jour d'une anomalie ne conduit pas
systématiquement à la traiter. L'incidentalome n'a pas toujours la
signification d'un malignome et peut correspondre à une anomalie bénigne qui
n'évolue pas. La conduite à tenir dépend du contexte (âge
et état du malade), de son aspect, de son siège, de ses dimensions et de son évolution,
ainsi que du résultat de dosage dans le sang des hormones
surrénaliennes. Dans le doute, il est recommandé d'exercer une simple surveillance qui conclut le plus souvent à la stabilité de
l'anomalie et à une abstention définitive.
Bernard Hœrni.
Les cancers
ont longtemps été et sont encore parfois considérés comme impossibles à guérir . Leur incurabilité a été d'abord reconnue en même
temps que leur malignité
, du temps où n'existait aucun
traitement actif. Depuis Hippocrate et encore au
Moyen Âge, il était recommandé, à côté de prudentes propositions chirurgicales,
de ne pas y toucher (Noli*
me tangere) de peur d'accélérer
leur évolution. Les difficultés posées par les malades étaient surtout
sociales, conduisant aux initiatives du chanoine Godinot
au XVIIIe siècle pour les " cancérés " ou de l'œuvre du Calvaire au milieu du XIX e siècle pour atténuer leurs souffrances.
Le développement de traitements locaux
actifs – la chirurgie à la fin du XIX e siècle grâce à l'anesthésie et à
l'asepsie, puis la radiothérapie au début du xxe siècle – a
permis de guérir des malades et restreint la notion d'incurabilité pour la réserver
aux cancers évolués et généralisés : tandis qu'un cancer reconnu tôt, à un
stade localisé, pouvait être guéri par les traitements disponibles, un cancer
reconnu tard, présentant déjà des métastases , était considéré comme " dépassé " et incurable. La
possibilité de guérir s'est encore nuancée avec des traitements généraux actifs
(chimiothérapie ), capables de guérir des cancers généralisés,
des leucémies aiguës ou des cancers de l'enfant dans les années 1960. On sait désormais qu'une
tumeur maligne a plus ou moins de chances d'être guérie ou, en miroir, d'être
incurable. Quand le traitement vise à guérir le malade, il est dit curatif , quand il y renonce il est dit palliatif . Cependant certains traitements curatifs échouent
et quelques traitements palliatifs permettent d'obtenir des guérisons inespérées.
Enfin certains malades vont guérir d'un cancer mais mourir d'une autre maladie
ou d'un accident, tandis que d'autres vont vivre avec un cancer incurable,
longtemps et dans de bonnes conditions. Incurable ne doit donc plus qualifier
un cancer ou un patient comme "condamné" par un verdict (" dire
le vrai ") irrévocable sinon infâmant.
Bernard Hœrni.
Dans ce
sous-continent en voie de développement, le vieillissement de la population donne une importance croissante aux cancers, qui
restent toutefois au second plan derrière la malnutrition, les infections par virus
ou bactéries comme la tuberculose . La diversité du pays ne permet pas de connaître le nombre exact de
nouveaux cancers chaque année – entre un demi et cinq millions (!) pour l'Indian
Society of Oncology – mais certains cancers apparaissent spécialement fréquents
: ceux du col de l'utérus
dus à un manque d'hygiène et ceux de la bouche
, de la gorge ou des bronches
dus à l'usage du bétel et du tabac
. Après le Tata Memorial Center à Bombay
, premier centre anticancéreux établi en Inde, d'autres établissements de recherche et de soins ont été créés pour couvrir les
besoins de la population sur cet immense territoire. Des équipements de
consultations et de diagnostic sont installés dans des camions qui se déplacent
dans les zones rurales pour le dépistage
, l'examen des malades et l'éducation de tous les
professionnels de santé et de la population générale. Comme dans les pays développés,
la lutte contre le tabagisme représente un objectif prioritaire.
Bernard Hœrni.
Cet index
correspond au pourcentage de cellules cancéreuses en
train de se diviser, en phase de mitose
(
voir Cycle cellulaire). Grossièrement estimé sur les coupes
de tissu étalées sur lames et examinées au microscope, il permet d'évaluer la
vitesse de prolifération tumorale, en général corrélée à l'agressivité du
cancer. Un index mitotique élevé, c'est à dire une forte proportion de cellules
en mitose, signifie que la tumeur prolifère activement et peut poser de sérieuses
difficultés pour son traitement.
Cet index est
assez difficile à évaluer sur lames et on lui en préfère un autre, l'index de
marquage. Pour l'obtenir, on injecte de la thymidine tritiée, base azotée marquée au tritium radioactif et incorporée
par les cellules en phase de synthèse (S). Ces cellules sont ensuite repérées
grâce à leur radioactivité . Cet index de marquage, ou proportion de
cellules en phase de synthèse de l'ADN
, (souvent noté LI pour labeling index selon la dénomination anglo
saxonne) donne des renseignements plus précis que l'index mitotique.
Des techniques plus récentes mesurent le
temps de doublement potentiel (Tpot), c'est à dire la durée théoriquement nécessaire
pour qu'une tumeur double le nombre de ses cellules et son volume. Ce Tpot paraît
plus précis que les deux index précédents pour quantifier la vitesse ou cinétique
de prolifération tumorale et mieux lui adapter le traitement, en particulier la
radiothérapie .
Jean-Marc Cosset.
Présentation qui popularise les sept principaux symptômes et signes révélateurs d'un cancer, sous la forme d'un acrostiche pour en faciliter la mémorisation (Figure).
Induration ou grosseur dans le sein ou ailleurs
Nouvel aspect de verrues ou grain de beauté
Dérangement des fonctions intestinales ou urinaires
Indigestion ou difficulté pour avaler
Cicatrisation interminable d'un bobo
Enrouement ou toux persistante
Saignement ou écoulement anormal.
Les catégories socio-économiques présentent des différences notables en ce qui concerne la santé : être socialement défavorisé entraîne une morbidité accrue (plus de risques de tomber malade) et une mortalité plus élevée (espérance de vie moindre). Cette observation s'applique à la plupart des cancers.
C'est en
Grande-Bretagne que ces variations ont été d'abord mises en évidence, grâce aux
indications statistiques collectées sur la condition sociale des personnes,
mais des observations comparables ont été faites dans tous les pays occidentaux
où des études appropriées ont été conduites. En France, pour la période
1976-1980, l'espérance de vie (supplémentaire) à l'âge de 35 ans était de 41 à
43 ans pour les enseignants, les cadres supérieurs et les professions libérales,
alors qu'elle n'était que de 34,3 années pour les manœuvres. À Montréal au
Canada, l'espérance de vie à la naissance était, en 1976, de 68 ans pour les
habitants des quartiers pauvres et de 75 ans pour ceux des secteurs les plus
aisés.
Cela concerne la plupart des maladies, notamment les tumeurs malignes . Dans plusieurs pays, le taux standardisé de mortalité par tumeur des bronches est plus de deux fois plus élevé dans la classe la plus modeste que dans la plus aisée. Ces différences pour les cancers liés au tabac s'explique en plus par un tabagisme nettement plus répandu et intense dans les couches peu favorisées. Dans une enquête suisse portant sur la période 1979-1982, la mortalité par cancer bronchique chez les hommes de 30 à 49 ans passe de 40 chez les dirigeants et professions libérales à 145 chez les ouvriers. La même étude montre des différences comparables pour la mortalité liée à l'ensemble des cancers ; dans le même groupe des hommes de 30 à 49 ans, la mortalité par cancer est de 60 pour la catégorie supérieure et de 150 pour les ouvriers.
Parmi les autres facteurs de risque pouvant expliquer des gradients socio-professionnels d'incidence et de mortalité par cancer, on peut mentionner la consommation d'alcool* (qui tend à être plus élevée dans les couches sociales défavorisées), les habitudes alimentaires ainsi que les infections*, en particulier les hépatites* B et C, le virus* papillome* humain (HPV) et l'Hélicobacter* pylori.
L'exposition professionnelle à des cancérogènes* montre aussi une tendance systématique à être concentrés dans les couches sociales moins favorisées.
La mobilité sociales est aussi un facteur important. Une étude portant sur une cohorte française d'employés EDF-GDF a montré que la mobilité sociale était liée à une augmentation de risque pour les cancers du poumon* et les voies* respiratoires et digestives supérieures chez les sujets qui étaient restés dans les catégories professionnelles les moins élevées. D'un autre côté, la mobilité sociale peut être interprétée non seulement comme une cause, mais aussi comme une conséquence du style de vie et de l'état de santé individuels.
Le risque de tumeur génitale (notamment de cancer du col utérin) est plus grand chez les femmes de conditions plus modestes. En plus d'autres facteurs liés au statut socio-économique (sexualité , hygiène, grossesses ), un suivi médical moins régulier joue probablement un rôle : en 1987 57,5% des femmes suisses ayant bénéficié d'une éducation universitaire ont eu un contrôle gynécologique (frottis cervical) au cours de la dernière année, et seulement 38,7% des femmes sans formation.
À côté de ce risque plus grand de souffrir d'un cancer, les groupes défavorisés ont une survie plus médiocre après qu'une tumeur se soit déclarée. Dans une enquête américaine de 1986, la catégorie sociale détermine la survie des femmes atteintes de cancer du sein : celles de la classe ouvrière ont un risque une fois et demie plus grand de mourir dans les onze années qui suivent le diagnostic que celles de couches plus aisées. Quelques tumeurs sont un peu plus fréquentes dans les catégories favorisées (côlon , peau ), mais les différences sont peu significatives et la tendance générale reste tout à fait claire, dans l'autre sens.
Le délai entre
le premier signe et la première consultation médicale, qui conditionne la précocité
du diagnostic , est plus long chez les personnes défavorisées.
Ces dernières présentent également une moins bonne observance des traitements, ce qui peut détériorer les résultats. Dans les pays
où les assurances sociales sont insuffisantes, le traitement peut être
incomplet ou inexistant pour des raisons matérielles. La mortalité est aussi liée
à la situation sociale : l'espérance de vie est plus longue de quelques années
et la morbidité est moindre chez les personnes mariées par rapport à celles qui
vivent seules. Les femmes célibataires sont plus exposées à un cancer du sein que les femmes mariées.
Ces différences vis-à-vis de la santé, de la
maladie et de la mort sont constantes et généralisées. Il n'y a pas de
moyen aisé pour corriger ces inégalités qui doivent retenir l'attention des
responsables de santé, afin d'en atténuer l'intensité dans toute la mesure du
possible.
Jean Martin.
Les maladies infectieuses, provoquées par la pénétration dans un organisme d'un micro-organisme (bactérie , virus , parasite ou champignon ), ont longtemps été plus fréquentes que les cancers, entraînant beaucoup plus de décès. C'est encore le cas pour les pays en voie de développement, tandis que dans les pays industrialisés les infections ont vu leur importance se réduire grâce aux progrès de l'hygiène, aux vaccinations et à des traitements (antibiotiques ) plus actifs. Les relations entre infections et cancers sont doubles : dans certains cas, une infection favorise l'apparition d'un cancer ; dans d'autres, elle complique l'évolution d'un malade cancéreux.
À l'origine d'une tumeur une
infection a un rôle variable et souvent discuté. La détection d'un
micro-organisme au sein d'un tissu cancéreux ne signifie nullement sa
responsabilité cancérogène , contrairement à ce qu'avaient pensé des précurseurs
: ni le microbe ovoïde observé par Scheuerlein en 1887, ni le Micrococcus
neoformans du Français Doyen en 1905, ni le
parasite Siphonospora polymorpha isolé du sang par l'Allemand von Brehmer
au début des années 1930 n'ont vu leur rôle confirmé; il s'agissait d'erreurs
de manipulations ou de germes surinfectant les cellules cancéreuses.
Des infections chroniques peuvent à la
longue provoquer l'apparition d'un cancer comme on l'observe sur le col de l'utérus. Ce sont surtout les virus qui jouent un rôle déterminant, connu depuis
longtemps chez l'animal , en particulier la souris
, reconnu depuis les années 1960 chez l'homme. Le virus d'Epstein- Barr, celui de l'hépatite
, les papillomavirus sont aujourd'hui mis en cause à l'origine de
cancers variés, particulièrement nombreux dans le tiers-monde. Le rôle d'Helicobacter pilori pour le cancer de l'estomac
ou du bacille de la typhoïde pour divers cancers est encore mal élucidé.
Chez un patient atteint de cancer,
l'infection est fréquente, sous forme d'une maladie ou simplement d'une
anomalie provoquée par un agent infectieux étranger à l'organisme. Elle est le
produit d'un déséquilibre entre le micro-organisme et les défenses de
l'individu. D'ordinaire, un individu normal présente une infection après
rencontre avec un agent virulent. Les maladies infectieuses sont fréquentes
chez les enfants, encore immatures d'un point de vue immunologique, non immunisés.
Cette situation se rencontre encore dans le tiers-monde, aggravée par la
sous-alimentation. Dans les pays développés, les vaccinations accélèrent
l'immunisation des enfants contre les bactéries ou les virus les plus répandus.
Le premier contact avec un agent infectieux, ou primo-infection, peut être
inapparent et l'agent, en particulier un virus, peut rester présent dans
l'organisme sans provoquer de maladie, à l'état latent.
On rencontre aussi des infections opportunistes où un germe peu virulent, ou jusque là latent, profite d'une diminution des défenses de l'organisme pour se multiplier et entraîner une infection locale, comme un abcès , ou générale, comme une septicémie .
De nombreuses causes favorisent une infection au cours d'un cancer. La plus fréquente est un ulcère qui constitue une ouverture dans l'épithélium protecteur de la peau ou des muqueuses et permet l'accès direct des microbes dans les tissus environnants. Cela s'observe pour beaucoup de tumeurs (carcinomes ) situées dans des cavités qui ne sont pas stériles : la bouche , la gorge (voies aéro-digestives supérieures), les bronches , le tube digestif , les organes génitaux externes. L'ulcération d'un cancer du côlon , au contact des matières fécales en grande partie constituées de bactéries, s'accompagne d'une infection locale inévitable .
Des causes générales
peuvent aussi fragiliser un cancéreux et le rendre vulnérable. Certains cancers
des cellules du sang s'accompagnent d'une insuffisance de l'immunité cellulaire, comme la maladie de Hodgkin , ou bien des anticorps
, comme le myélome ou la leucémie
lymphoïde chronique. Chez d'autres sujets le déficit immunitaire est dû à un
affaiblissement général ou à la toxicité temporaire
d'un traitement. Les défenses sont aussi affaiblies par une diminution
importante des globules blancs due à un envahissement métastatique de la moelle
osseuse ou à une chimiothérapie . Dans tous ces cas l'infection peut être provoquée
par un microbe habituellement virulent ou par un germe normalement peu ou non
virulent, mais qui profite de la faiblesse du malade et de ses moyens de défense
pour déterminer une infection opportuniste.
L'évolution d'une infection dépend du
rapport des forces en présence : la virulence du microbe, la faiblesse des défenses
de l'organisme cancéreux. Ces infections sont en partie prévenues en dépistant
et en traitant de petits foyers infectieux, par exemple sur les dents : on évite ainsi leur aggravation lors
d'une détérioration du malade. Elles sont traitées par des antibiotiques ou d'autres médicaments anti-infectieux dirigés contre des virus, des champignons ou des parasites.
Les infections associées à un cancer sont
parfois une complication, mais elles ne font souvent que traduire une situation
grave.
Exceptionnellement une infection
s'accompagne d'une rémission du cancer. De telles observations ont encouragé
des recherches en immunothérapie (
voir Coley ) ou en hyperthermie , en raison de la fièvre concomittante, sans
aucun succès.
Bernard Hœrni.
Personne qui,
en fonction des diplômes qui l'habilitent, donne des soins infirmiers sur
prescription médicale ou en application du rôle propre qui lui est dévolu et
dont elle a l'initiative. Ce rôle est capital auprès de malades cancéreux. Il
s'est régulièrement accru depuis 1922, date de la création en France du premier
brevet de capacité professionnelle reconnaissant la fonction d'infirmière,
suivant les progrès scientifiques et techniques, d'une part, et, d'autre part,
de l'approche humaniste de la fonction à partir des années 1970. La profession
a récemment commencé à se masculiniser mais reste à très forte majorité féminine.
Il y a actuellement en France plus de 250 000 infirmières et infirmiers salariés dans le secteur hospitalier public et privé et 50 000 qui exercent en secteur libéral. Nul ne peut exercer la profession d'infirmière s'il n'est muni d'un diplôme d'État (IDE) français, après une scolarité de 36 mois dans une école agréée, d'un diplôme reconnu pour les ressortissants de la Communauté Européenne ou d'un autre titre validé. Le champ des responsabilités infirmières s'est substantiellement élargi ; il varie d'un secteur et d'un pays à l'autre, s'étendant notamment à la santé publique, dans les pays anglo-saxons, nordiques et ibériques plus qu'en France. L'exercice infirmier est soumis à des règles professionnelles réunies dans un " code de déontologie " (décret n° 93-221 du 16 février 1993).
Le rôle des infirmiers comprend les soins liés aux fonctions d'entretien et de continuité de la vie, pour répondre aux principaux besoins de l'être humain : respirer, manger et boire, éliminer, dormir, se reposer, se mouvoir, maintenir une bonne température du corps, se vêtir, assurer une hygiène suffisante, éviter les dangers, communiquer, agir selon ses valeurs et croyances, s'occuper, se divertir, apprendre et comprendre, prendre les décisions nécessaires. En outre, l'infirmière participe à différentes actions en matière de prévention , d'éducation de la santé et de formation ou d'encadrement (loi du 31 mai 1978 du Code de la santé publique). Elle participe également à l'accompagnement des personnes en fin de vie.
Toute infirmière est habilitée à effectuer les actes professionnels énumérés dans le décret n° 93-345 du 15 mars 1993. Ceux qui relèvent de son rôle propre consistent en soins courants, éducation des personnes malades, surveillance des principaux paramètres de la santé (température , pouls, poids , etc.), contrôle de l'hygiène, de l'alimentation , du confort, relation d'aide thérapeutique, élaboration et gestion du dossier de soins infirmiers, etc. D'autres actes sont accomplis sur prescription médicale : prélèvements de sang, pansements particuliers, injections , perfusions , surveillance de cathéters de drainage, d'une ventilation artificielle, d'une dialyse, participation aux techniques psychothérapiques, etc. D'autres encore peuvent être accomplis en présence d'un médecin, en cas d'urgence ou dans un secteur d'activité particulier.
En cancérologie,
la spécificité du rôle infirmier peut se résumer en trois points :
Tous les organes du corps pouvant être atteints,
il est nécessaire de posséder de solides connaissances en anatomie, physiologie
et pathologie.
Cette maladie envahissante, entraînant
une altération des fonctions de la vie et perçue comme conduisant souvent à la mort , confronte l'infirmière aux problèmes éthiques et moraux, générateurs de doute et d'angoisse,
tant pour elle que pour le patient. C'est elle qui est souvent la plus proche
du malade et de ses proches.
L'omniprésence de la recherche visant à mettre au point des traitements plus
efficaces demande à l'IDE une adaptation constante aux nouvelles techniques et
aux nouveaux traitements.
Dans une
institution, le champ d'activité de l'infirmière est multiple. Elle prend en
charge des patients en consultation, en soins externes pour quelques heures, au
bloc opératoire, en réanimation, en hospitalisation de semaine, en hospitalisation classique. Les soins qu'elle dispense
s'inscrivent au sein d'une collaboration entre les différents partenaires (médecin,
chirurgien, réanimateur, psychiatre, psychologue, kinésithérapeute, diététicienne, assistante sociale, aide-soignante et agent de
service). D'une part elle exécute les prescriptions du médecin responsable du
patient, d'autre part elle dispense des soins liés au rôle propre infirmier
sous la responsabilité de l'infirmière générale, devenue " directeur des
soins infirmiers " et de l'infirmière cadre (surveillante).
L'aide-soignante placée sous sa responsabilité collabore pour réaliser les
soins liés à l'alimentation, à l'hygiène et au confort. Le rôle de l'infirmière
est important aussi pour un malade à domicile
, qu'il ait besoin de soins simples et occasionnels ou qu'il soit pris en
charge dans le cadre d'une hospitalisation à
domicile.
Les infirmières se consacrant plus spécialement
aux soins à des malades cancéreux sont regroupées en associations
professionnelles nationales et internationale.
Anne Mortureux.
Ensemble
complexe de réactions cellulaires et humorales qui participent à la défense de
l'organisme contre une agression interne (comme un cancer) ou externe (comme
une infection ). Une réaction inflammatoire met en œuvre plusieurs
médiateurs chimiques comme la sérotonine ou les
prostaglandines et comporte une dilatation des vaisseaux à l'origine d'une
infiltration séreuse des tissus (œdème), puis une migration de cellules, globules blancs et macrophages , enfin un processus de résorption ou de cicatrisation.
Ses signes cliniques cardinaux ont été précisés
par Celse : rubor, tumor, calor, dolor, soit
rougeur, tuméfaction, chaleur et douleur. L'inflammation locale se traduit par
une tuméfaction sensible ou douloureuse, chaude par augmentation de la vascularisation et rouge si elle est superficielle. L'inflammation
générale entraîne une élévation modérée de la température ou une fièvre franche. Un syndrome
inflammatoire accompagne certains cancers : il se traduit dans le sang par une anémie
, une augmentation des granulocytes et des plaquettes , une élévation des protéines plasmatiques dites inflammatoires,
notamment du fibrinogène , et une augmentation de la vitesse de sédimentation globulaire.
Bernard Hœrni.
Partie de la
communication qui présente, en cancérologie, des aspects très différents.
D'un point de vue biologique,
l'information ne fonctionne plus normalement dans les cellules
cancéreuses. Une cellule normale est sensible à des informations extérieures
qui lui parviennent sous forme d'hormones
, de cytokines ou d'autres médiateurs qui apportent des messages
accueillis par des récepteurs cellulaires. Les cellules cancéreuses peuvent
devenir " sourdes " à des messages freinant normalement leur prolifération
et elles peuvent au contraire être influencées par des médicaments leur
apportant des informations différentes ou plus intenses, par exemple dans le
cadre de l'hormonothérapie . Le fonctionnement cellulaire dépend aussi
d'informations internes principalement transmises par l'ADN et ses gènes
. Dans la plupart des cas, le cancer apparaît comme la conséquence d'un vice
initial, une mutation , des gènes réglant la prolifération cellulaire : soit les oncogènes
qui la stimulent fonctionnent trop, soit les anti-oncogènes qui la ralentissent fonctionnent insuffisamment. À côté des moyens
de traitements actuels qui visent à détruire les cellules cancéreuses, les
nouvelles biothérapies ont pour but de rétablir une information
convenable des structures cellulaires déréglées.
L'information des malades cancéreux
est délicate, importante et permanente tout au long de l'évolution. Elle fait
poser le problème de la vérité qui a été
longtemps vicié et reste en partie ambigu dans les pays méridionaux.
L'information répond à des nécessités théoriques et pratiques. Si l'on souhaite
maintenir l'autonomie des malades et éviter de les infantiliser, on ne
peut les priver d'informations qui les concernent au premier chef, en
particulier d'informations mettant leur existence en jeu. Le mensonge sert trop
souvent à protéger l'entourage, y compris les soignants, et il n'est acceptable
que s'il répond à une demande instante de l'intéressé. Cette information répond
à un principe éthique fondamental, concrétisé par la pratique du consentement éclairé qui n'est pas réservé à des essais thérapeutiques
mais s'impose à toute la pratique médicale.
L'information du patient répond aussi à des
besoins pratiques. Il doit connaître les conditions d'une consultation, d'un
examen, d'une hospitalisation et recevoir toutes les indications nécessaires à
la bonne observance d'une prescription médicale : une ordonnance doit
être justifiée et expliquée pour favoriser la prise correcte de médicaments, le
respect de conseils d'hygiène générale ou diététiques , etc. Des examens expliqués suscitent moins d'anxiété , les effets secondaires d'un traitement sont mieux supportés s'ils sont annoncés. Ces
indications doivent être données en termes clairs, répétées, complétées à la
demande du malade. Elles doivent être adaptées, dans le fond comme dans la
forme, à chaque malade, de façon variée selon le moment, pour répondre à son
attente, satisfaire sa curiosité, le délivrer d'appréhensions inutiles, l'aider
à s'adapter à une situation nouvelle (ajustement ). Elles contribuent à une bonne communication et
à une confiance partagée dans un climat d'authenticité.
L'information des proches est légitime,
surtout si le malade est très diminué, inconscient. Elle doit respecter le secret médical pour protéger ce dernier d'incursions
dans sa vie intime. Elle doit éviter des décalages qui risquent de "
truquer " la communication entre un cancéreux sachant une chose et un
proche en sachant une autre, y compris par défaut de compréhension :
l'information simultanée du patient et de son conjoint
est souhaitable.
L'information du public sur les
cancers est toute différente. Il ne s'agit plus d'une information particulière,
sur une situation particulière, à un moment donné, mais de connaissances générales
délivrées par les médias à l'ensemble d'une population hétérogène. Une partie
peut être structurée comme éducation sur la santé
ou présentée dans le cadre d'institutions spécialisées comme Épidaure , ou par des revues comme celles que diffuse la Ligue contre le cancer (Vivre) ou l'ARC (Fondamental). Des informations sur les
cancers peuvent être aussi données à une personne particulière par un médecin généraliste ou une infirmière , principaux informateurs en matière de santé, pour répondre à une
préoccupation générale ou induite par un événement personnel : inquiétude sur
le caractère génétique des cancers après un diagnostic récent dans la famille , souci de prévention vis-à-vis du tabac , du soleil
, questions diététiques après une émission télévisée, etc.
Les sociétés occidentales sont noyées sous
les médias, baignées d'innombrables informations complexes ou simplifiées, en
particulier dans le domaine de la santé. Les cancers occupent une place
importante où des données apparemment contradictoires coexistent, où une notion
importante et banalisée finit par être oubliée, où une nouvelle spectaculaire
d'intérêt marginal marque pour quelques jours. Le tri est difficile et fait
appel à l'esprit critique et à la responsabilité de chacun pour affronter la réalité.
Bernard Hœrni.
Dans le
traitement des cancers, elle n'a rien à voir avec une tisane. On désigne ainsi
une perfusion ou injection de médicament
qui se prolonge sur plusieurs heures ou plusieurs jours pour imprégner de façon
continue l'organisme et les cellules cancéreuses.
L'injection se fait par un cathéter, petit tube
placé dans une veine ou une artère. La pratique des infusions est
simplifiée par des pompes programmables qui assurent un débit régulier.
Bernard Hœrni.
La plupart des
médicaments anticancéreux ont des propriétés qui ne permettent pas de les
absorber par la bouche mais obligent à les injecter par une autre voie.
L'injection se fait directement dans la tumeur, très rarement, parfois dans une
cavité (plèvre ou péritoine
), dans un muscle (fesse), le plus souvent dans un vaisseau : artère
et surtout veine . La voie veineuse s'impose pour des médicaments
caustiques qui entraîneraient une irritation locale ou une nécrose s'ils n'étaient pas dilués par le courant sanguin
au fur et à mesure de leur injection. La veine est abordée par une aiguille et
le produit injecté directement par une seringue ou par l'intermédiaire d'une
tubulure à partir d'un flacon de solution (sérum
). L'injection peut aussi se faire par un cathéter
, tube fin placé dans une veine superficielle ou poussé dans une veine profonde
où le courant sanguin plus important protège la paroi veineuse d'un contact
direct avec le médicament. Celui-ci peut être injecté en " flash " en
quelques minutes, perfusé
par une solution en quelques
heures ou infusé pendant plusieurs jours, selon sa pharmacocinétique et son mécanisme d'action.
Bernard Hœrni.
Ingelfinger (Franz J., 1910-1980)
Éminent rédacteur
en chef du New England Journal of Medicine, hebdomadaire médical de
Boston à la qualité duquel il a beaucoup contribué, le docteur Ingelfinger présente
à la fin de sa vie un cancer à la limite de l'œsophage
et de l'estomac dont il témoignera publiquement. Au cours d'une
conférence fameuse donnée en mai 1977 et intitulée Arrogance, il
regrette et excuse à la fois celle des médecins, rançon d'un savoir et d'un
pouvoir utiles à leurs patients. Venant lui même d'être opéré pour un cancer
auquel il survivra plus de quatre ans, étant aussi gastro-entérologue, il se
renseigne sur le meilleur traitement, reçoit des avis divergents et en ressent un
inconfort très désagréable. Il sera soulagé et retrouve une certaine sérénité
le jour où il suit le conseil d'un ami : " Vous avez besoin d'un bon
docteur " sur lequel se décharger de ses propres préoccupations.
Bernard Hœrni.
In Memoriam (Gallimard, 1991).
Ces notes, prises par Jean Schlumberger (1877-1968) durant les derniers temps de l'évolution du cancer de sa femme Suzanne, ont été publiées hors commerce après sa mort le 7 septembre 1924, puis complétées par de courts textes écrits aux dates anniversaires de cette disparition jusqu'en 1964, avant d'être livrées au public après la mort de l'écrivain. Fondateur et animateur, avec André Gide, de La Nouvelle Revue Française, il présente comme une descente aux enfers l'agonie douloureuse d'une femme aimée. Il lui reste fidèle, sans trouver de consolation ni dans son protestantisme d'origine, ni dans l'agnosticisme serein qui a suivi la perte de sa foi. Le principal souci de l'entourage est de cacher à la malade sa mort prochaine; chacun cache son chagrin afin de protéger " la petite flamme [...] jusqu'à la fin ". Mais devant le " cadavre vide ", le mari s'exclame : " Maintenant nous pouvons tout te dire ! Ô la plus vraie des femmes, nous t'avons étouffée dans la conjuration de nos mensonges. Et pourtant qui était plus digne que toi de manger le pur pain de vérité ? Nous n'avons pas osé te l'offrir. Pardonne-nous ! " Ce témoignage sobre et émouvant présente une attitude traditionnelle de négation , dont le principal effet est de fausser toute communication entre des êtres chers.
Voir Observance .
Voir Pesticide .
(Institut
National de la Santé et de la Recherche Médicale). Ayant succédé en 1964 à
l'Institut National d'Hygiène créé en 1941, cet établissement public,
scientifique et technologique a pour objectif " la connaissance et l'amélioration
de la santé de l'homme ". Étant donné la place prise par les cancers dans
la santé de la population française, d'importants moyens sont consacrés à la
cancérologie fondamentale et clinique. Plus de 60 unités sur près de 300 (les
deux tiers en Île-de-France) et un budget annuel d'environ 130 millions de
francs sont consacrés à ce domaine. Les principales recherches portent sur les mécanismes moléculaires de la cancérogenèse , les relations des cancers avec les virus , les propriétés des cellules
tumorales et leur différenciation , les phénomènes d'invasion
et de métastases , l'immunité antitumorale.
De nombreux échanges et collaborations ont lieu avec d'autres unités consacrées
à la biologie cellulaire ou biologie moléculaire,
à l'immunologie et à l'étude des virus
, à la génétique et aux maladies du sang
, à la pharmacologie et à la biochimie, à la santé publique,
au vieillissement et à l'environnement . L'ensemble de ces études est coordonné, au sein de l'INSERM, par
des conseils scientifiques, national et régionaux, et dans le cadre d'une des
dix commissions scientifiques spécialisées. Ces travaux sont menés en
collaboration avec d'autres organismes de recherche comme le Centre National de
la Recherche Scientifique (CNRS ), les universités,
les hôpitaux universitaires, les centres
de lutte contre le cancer, l'Institut Pasteur en France, ainsi qu'avec de
nombreuses institutions en Europe et dans le monde.
Bernard Hœrni.
Voir Carcinome .
Voir Sommeil .
Mode d'alimentation proposé pour traiter les cancers. Frappé par une tumeur (un lymphome du cou ) à l'âge de 26 ans – alors qu'il suivait un régime particulier, le régime Kousmine censé protéger contre le cancer – G.C. Burger, né en 1934, est guéri par chirurgie et radiothérapie . Cet ingénieur met alors au point un autre régime qui consiste à consommer les aliments crus en les choisissant selon son instinct. Appliquant sa théorie en Suisse, il la développe ensuite en France au Château de Montramé, au Centre d'Instinctothérapie où les repas sont pris en commun avec un cérémonial particulier. Burger conseille de manger tous les aliments par référence à la nature : " Tout aliment original attirant par l'odorat et le goût est utile à l'organisme " et réciproquement : par exemple le lait est naturel pour le veau mais pas pour l'homme. Selon le promoteur, la cuisson des aliments, le lait, les céréales (pâtes, pain) favorisent le cancer tandis que la nourriture instinctive permet de l'éviter et de le guérir. En fait, la nourriture crue prise selon son instinct n'a aucune valeur préventive ou thérapeutique démontrée en matière de cancer. Le régime de Burger expose même à un amaigrissement et à des carences graves.
Simon Schraub.
Voir le nom propre correspondant.
Le défaut des reins , qui n'assurent plus leurs fonctions normales d'épuration
du sang et d'excrétion de l'urine, est provoqué par l'évolution
de certains cancers et gêne leur traitement. Traduite par une augmentation de
la créatinine dans le sang, l'insuffisance rénale est rarement
due à un cancer du rein car le fonctionnement d'un seul rein suffit aux
fonctions habituelles, comme le prouve la transplantation rénale à partir d'un donneur vivant (qui donne un de ses reins).
Elle est le plus souvent en rapport avec un obstacle mécanique sur les voies
urinaires : sur les deux uretères entre les
reins et la vessie ou sur l'urètre
après la vessie (
Figure in Urinaire ). Les tumeurs à l'origine d'une telle compression sont les cancers génitaux
féminins, de l'utérus ou de l'ovaire
, celui de la prostate , parfois des ganglions
cancéreux situés à l'arrière de la cavité de l'abdomen
et du péritoine . Le tissu
ou parenchyme rénal peut être altéré par des produits d'origine tumorale comme
les anticorps sécrétés par les myélomes
ou par l'excès de calcium (hypercalcémie ) secondaire à des métastases osseuses.
Quand le traitement entraîne une destruction massive de cellules cancéreuses (cytolyse ), leurs produits de nécrose
peuvent " engorger " la fonction des reins. Enfin, le rein est vulnérable
à l'action de médicaments cytotoxiques à base de platine ou d'antibiotiques qui doivent être administrés avec précaution. L'insuffisance rénale
entrave ou interdit l'administration de médicaments qui s'éliminent normalement
par les reins : ils risquent de s'accumuler dans l'organisme et d'entraîner
d'importantes réactions toxiques. Les malades ayant une insuffisance
rénale liée à une autre cause et en traitement par dialyse semblent avoir,
surtout pour les plus jeunes, un risque accru de développer un cancer.
Bernard Hœrni.
Tumeur du pancréas , beaucoup plus rare que les adénocarcinomes habituels, l'insulinome est développé à partir des cellules qui sécrètent l'insuline (dites cellules b des îlots de Langerhans), hormone dont le manque provoque le diabète. C'est une tumeur plus souvent bénigne que maligne , qui se traite par extirpation chirurgicale ou par des médicaments corrigeant la sécrétion d'hormone anormale.
Une action déterminée
et cohérente de lutte contre le cancer, dans un pays ou au plan international,
implique des démarches concertées de diverses natures et de nombreux
intervenants dans plusieurs secteurs.
Il y a quelques décennies, on considérait le cancer comme une malédiction pour laquelle on ne pouvait que se confier à son médecin ou à la Providence, en espérant avoir de la chance. Les choses ont changé d'un point de vue de santé publique car la recherche épidémiologique a relié les cancers à des facteurs de comportement (modes de vie) ou d'environnement . Des structures universitaires d'épidémiologie et de santé publique et des observatoires de santé (registres des tumeurs) constatent, au cours du temps, des changements dans le nombre et la répartition des cancers. Simultanément on fait des progrès dans la compréhension de la maladie et dans l'application des traitements (chirurgie , radiothérapie ou chimiothérapie.)
Ces progrès permettent une politique de lutte et de prévention qui demande l'action coordonnée de plusieurs disciplines, dans les instances publiques (ministères) comme dans le secteur privé, à l'échelle d'une région, d'un pays ou d'un continent. Cela va de soi pour la recherche scientifique et médicale : ses aspects fondamentaux (compréhension de l'évolution de cellules cancéreuses, influence de divers facteurs sur leurs fonctions) sont surtout le fait des universités et de centres spécifiques ; pour les thérapeutiques, la recherche se fait dans les centres hospitaliers universitaires et, pour les médicaments, dans l'industrie pharmaceutique.
La connaissance des facteurs favorisant certaines tumeurs permet d'élaborer des stratégies de prévention qui suppriment le facteur de risque ou en protègent la population. Des programmes d'information et d'éducation pour la santé sont destinés à la population en général ou à des groupes cibles particuliers. Une démarche préventive peut impliquer des secteurs de l'économie tout autres que la santé : ainsi se pose la question de la politique agricole, commerciale et publicitaire à l'endroit du tabac , responsable de beaucoup d'affections invalidantes et de décès (15% environ des morts ont un rapport avec le tabac). La même problématique se pose pour l'alcool (qui entraîne par ailleurs d'autres maladies que des cancers, ainsi que de graves dommages psycho-sociaux et familiaux). En matière alimentaire, on évitera des procédés de conservation des aliments qui demandent trop de nitrites , à potentiel cancérogène. En Afrique , l'aflatoxine qui se développe sur les arachides dans de mauvaises conditions de conservation favorise les cancers du foie et justifie des mesures d'entreposage adéquat. Dans la construction, il faut éviter l'utilisation en surface (flocage) de matériaux riches en amiante , qui cause des tumeurs de la plèvre (mésothéliomes ) et des programmes de médecine du travail doivent assurer la protection des travailleurs. Il en va de même dans les activités exposées à des rayonnements ionisants (radioprotection ). De tels contrôles demandent la collaboration effective des responsables des secteurs économiques concernés et des employeurs.
Le dépistage précoce des tumeurs est favorisé par la prise en charge des examens appropriés par les assurances maladie. De tels dépistages sont plus efficaces si des programmes à large échelle sont mis en œuvre (ainsi, la recherche par mammographie du cancer du sein à un stade précoce, chez les femmes d'âge mûr).
Dans le
domaine des soins, on trouve un besoin marqué de collaboration entre médecins
de différentes disciplines et différentes professions : au côté des médecins,
sont nécessaires les infirmières , les manipulateurs de radiologie, les kinésithérapeutes , etc. (Figure).

Il n'y a pas seulement juxtaposition, il faut un fonctionnement régulier et fluide fait d'échanges, de confrontations, de convergences et parfois d'opposition, au sein de groupes, de comités, de consultations internes, de consiliums. Ce fonctionnement ne va pas de soi. Il découle d'une formation et d'une culture professionnelle qui peut demander une génération comme l'a montré l'expérience des centres de lutte contre le cancer. Pour une profession libérale comme la médecine, l'individu peut avoir du mal à s'effacer en partie à côté de la collectivité, mettant en jeu sa personnalité, même si à l'usage cela s'avère plus intéressant et gratifiant, chacun se trouvant augmenté de l'action commune et de ses résultats amplifiés. L'enjeu est moins matériel et technique que psychologique et éthique .
Dans la réadaptation du patient à la vie de tous les jours,
l'assistance de bénévoles peut être d'une grande utilité. Ainsi, le mouvement
Vivre comme avant, qui rassemble des femmes ayant vécu l'ablation d'un sein, aide
utilement celles qui passent par la même épreuve à la surmonter.
Des ecclésiastiques, des pyschologues et
d'autres accompagnants professionnels ou bénévoles jouent aussi un rôle
appréciable, notamment pour les situations où la médecine n'est plus en mesure
de guérir , pour améliorer la sérénité et le bien-être en
fin de vie.
Jean Martin.
Médiateurs chimiques (des protéines*) produits par de nombreuses cellules* de l'organisme, les interférons exercent de multiples activités dont certaines sont utiles dans le traitement des cancers. Ils font partie de la grande famille des facteurs biologiques regroupés sous le terme de cytokines*.
Le terme "interféron" est proposé en 1957 lorsque l'Anglais Isaacs et le Suisse Lindemnan découvrent un phénomène qu'ils appellent l'interférence virale : si on infecte des cellules en culture* par un virus*, le liquide surnageant de ces cultures protège d'autres cellules d'une infection virale. Cette activité est partagée par plusieurs substances qui sont donc appelées interférons. Les recherches des années 1970 montrent qu'à côté des virus, l'activation du système immunitaire entraîne aussi la production de certaines formes d'interféron. Enfin, il apparaît que les interférons exercent d'autres actions, en l'absence d'infection virale : ils inhibent la multiplication cellulaire et stimulent les défenses de l'organisme. Ces observations et l'isolement (clonage) des gènes* codant pour les interférons mènent à leur production industrielle.
Cela permet d'utiliser des interférons dans le traitement de certains cancers en vue de bloquer la prolifération des cellules et de stimuler les réactions immunitaires antitumorales. Trois grands types d'interférons, a, b et g ont été caractérisés. Les interférons a sont synthétisés par les globules* blancs (leucocytes) infectés par un virus ; il en existe une vingtaine, de structure proche. Les interférons b sont produits par de nombreuses cellules de l'organisme, lorsqu'elles sont infectées par un virus ; il en existe deux sous-types. Un seul gène code pour un seul type d'interféron g, produit par certains leucocytes au cours d'une réaction immunitaire.
Á côté d'autres activités, les trois types d'interférons inhibent la prolifération de cellules cancéreuses, améliorent la reconnaissance des antigènes* par le système immunitaire et augmentent les cellules tueuses (cytotoxiques*) antitumorales. C'est l'interféron a, le premier connu, qui a été le plus utilisé pour traiter les cancers. Il induit des réponses majeures chez la majorité des malades atteints de leucémie à tricholeucocytes* ou de leucémie myéloïde* chronique. Il induit également des réponses dans 15 à 30 % des cas de myélomes* multiples, de maladie de Kaposi*, liée au sida*, de certains lymphomes*, de cancer du rein* et de mélanome*. Il n'a aucun effet thérapeutique dans les cancers du sein*, des bronches*, du côlon*, de la prostate*, dans l'ostéosarcome* et dans la majorité des leucémies* aiguës.
L'interféron b,plus récemment identifié, fait l'objet de nombreux essais thérapeutiques. Il est efficace dans le traitement de certaines maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaques. Son utilisation, comme celle de l'interféron g, dans le traitement des cancers n'est pas établie.
Les interférons ont donc une action dans un nombre limité de cancers. Leur utilisation se situe dans le cadre des biothérapies* et se conçoit en association avec d'autres cytokines* comme l'interleukine* 2 et avec les médicaments plus classiques de la chimiothérapie* anticancéreuse.
Wolf-Hervé
Fridman.
Protéines naturelles, produites par des cellules du système immunitaire et qui agissent sur le système immunitaire lui-même. Leur utilisation comme traitement anticancéreux (en tant que biothérapie ) a commencé à la fin des années 1980 et connaît un grand développement, largement popularisé par les médias. Initialement isolées à partir des lymphocytes , les interleukines furent appelées lymphokines, mais leur production n'est pas limitée aux seuls lymphocytes et le terme de cytokines est plus approprié. Elles servent de messagers entre cellules participant aux défenses de l'organisme et sont comparables à des hormones du système immunitaire, produites surtout par les lymphocytes dépendants du thymus (lymphocytes T) et les macrophages . Elles interviennent en des lieux proches de leur production (cette relation intime entre donneur et receveur d'interleukine est dite " paracrinie "). Il arrive que cellules productrices et consommatrices soient les mêmes, on parle alors d'" autocrinie ". Les cellules sensibles aux interleukines possèdent des structures de membrane originales, des récepteurs spécifiques pour telle ou telle interleukine.
Les interleukines sont désignées par IL suivi d'un numéro. L'interleukine 1 (IL-1) existe sous deux formes (a et b ) ; produite par le système des monocytes et macrophages , elle fut pour cette raison appelée monokine ; elle active lymphocytes T et macrophages et participe aux réactions de l'inflammation . L'interleukine 2 est un facteur de croissance des lymphocytes T, produite par ces derniers eux-mêmes ; elle active des cellules cytotoxiques et les cellules productrices d'anticorps (lymphocytes B). L'interleukine 3 est un facteur de croissance des diverses cellules du sang (hématopoiétiques) qui appartient à l'ensemble des CSF (de Colony Stimulating Factors), stimulant les colonies de cellules en culture. L'interleukine 4 active les lymphocytes B en participant à leur transformation en plasmocytes et à la synthèse d'immunoglobulines (ou anticorps ). L'interleukine 5 et l'interleukine 6 activent également les lymphocytes B ; comme l'IL-1, l'IL-6 est une interleukine de l'inflammation. L'interleukine 7 stimule les lymphocytes B, l'interleukine 8 les granulocytes . Les lymphocytes T produisent aussi de l'interféron g (IFN g ), assimilable à une lymphokine, qui active les monocytes et les macrophages en augmentant de façon très importante leurs propriétés cytotoxiques et bactéricides (voir Cellules cytotoxiques ). Les autres interférons (a et b ) sont produits par des cellules non lymphoïdes et participent aux défenses contre les virus .
Le facteur nécrosant les tumeurs, appelé TNF (de Tumor Necrosis Factor), se présente sous deux formes a et b . Le TNF produit par les macrophages est la cachectine : il détruit les cellules tumorales, participe à l'inflammation , provoque une perte des graisses de réserve et favorise ainsi la cachexie . Le TNF b d'origine lymphocytaire est la lymphotoxine. Les lymphokines proprement dites sont des messagers produits par les lymphocytes T et destinés aux macrophages . Parmi elles on trouve le MIF (de Migration Inhibitory Factor) et les MAF (de Macrophage Activating Factor) qui activent les macrophages. Les divers CSF ou facteurs de croissance des cellules sanguines favorisent leur différenciation à partir d'une cellule souche commune.
Parce qu'elles
stimulent l'immunité, les interleukines sont des agents anticancéreux
potentiels. Elles commencent à être utilisées en thérapeutique, dans le cadre
d'essais . Cette utilisation a été rendue possible par des
biotechnologies médicales qui les produisent de façon industrielle par
recombinaison génétique.
L'interféron traite certaines leucémies et la maladie
de Kaposi . Le GM-CSF corrige la diminution des
granulocytes consécutive aux chimiothérapies .
L'IL-2 est indiquée pour des cancers du rein
et des mélanomes malins.
Norbert Gualde.
Intestin grêle (Cancer de l').
Bien que l'intestin grêle soit beaucoup plus long que le gros intestin (côlon ), les cancers qui l'affectent sont 15 à 40 fois plus rares que ceux du côlon et ne représentent que 2% des cancers digestifs. Entre l'estomac et le cæcum (première partie du côlon sur lequel est situé l'appendice ), l'intestin grêle est composé successivement du duodénum, du jéjunum et de l'iléon, sur lesquels une tumeur maligne est aussi rare. Cette rareté n'a pas reçu d'explication satisfaisante, bien que certaines affections bénignes de l'intestin (maladie cœliaque, maladie de Crohn) puissent dégénérer en tumeur maligne. Deux tiers des cas surviennent après 50 ans. Plusieurs types de cancers peuvent s'observer : les adénocarcinomes sont développés à partir des glandes de la muqueuse ; les tumeurs carcinoïdes sécrètent de la sérotonine ; les léiomyosarcomes nés des muscles lisses de la paroi intestinale et les lymphomes sont plus rares. Certains lymphomes s'observent sur le pourtour de la Mer Méditerranée, favorisés par une malnutrition et une infection intestinale chronique.
Les troubles
qui signalent ces tumeurs sont vagues : douleurs
abdominales, difficultés à digérer, diarrhées
ou constipations , saignements. L'origine de ces symptômes reste longtemps cachée et le malade maigrit. Une
radiographie de l'intestin grêle peut montrer le cancer mais c'est plus souvent
une complication, occlusion ou perforation, qui oblige à opérer en urgence et fait découvrir la tumeur qui est alors enlevée.
Le pronostic
dépend principalement de l'étendue de la tumeur. Des guérisons
s'observent si le chirurgien peut l'enlever dans sa totalité. Dans le cas
contraire, on propose une radiothérapie ou une chimiothérapie complémentaire, surtout en cas de lymphome.
Bernard Hœrni.
Instestin (Gros).
Voir Côlon .
En cas d'évolution
prolongée défavorable ou à cause des séquelles des traitements chez un sujet guéri,
les cancers sont parfois à l'origine d'invalidité. Celle-ci est soumise à une réglementation
complexe et précise qui dépend de la profession et du système
d'assurance-maladie
Pour les assurés du régime général de la Sécurité sociale, uniquement après 36 mois de congé de longue maladie et si l'assuré a moins de 60 ans, une invalidité avec pension variable et réversible peut être accordée si la capacité de travail est réduite d'au moins deux tiers. Si l'assuré a plus de 60 ans, il sera mis à la retraite anticipée au titre de l'inaptitude au travail.
Le choix entre mise en invalidité ou admission à la retraite dépend également de l'âge , l'âge normal de la retraite pour la plupart des fonctionnaires de l'État restant fixé à 55 ans.
La situation des travailleurs non salariés et des exploitants agricoles est différente. Pour les travailleurs indépendants non exploitants agricoles, la procédure peut être initiée après 90 jours d'inactivité totale, l'incapacité étant évaluée en fonction de la profession exercée; elle doit être totale, temporaire ou définitive, le montant de la pension d'invalidité variant selon qu'il s'agit d'un commerçant (pension d'un montant forfaitaire, en général faible) ou d'un artisan (le montant de la pension est alors égal à 50% du revenu moyen annuel de base, avec un plafond). Pour les exploitants agricoles, l'invalidité est appréciée après 12 mois d'arrêt de travail médicalement prescrit, l'état clinique devant être stabilisé ; si l'inaptitude est jugée totale, la pension versée prend la forme d'un forfait mensuel ; si l'inaptitude est partielle le forfait précédent est versé aux 3/5 à condition que l'exploitant ait exercé sa profession au cours des cinq années précédentes avec le seul concours de son conjoint et d'un salarié ou d'un aide familial.
La mise en
invalidité s'accompagne de prestations diverses :
L'allocation d'adulte handicapé
est versée par la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) après décision de la
Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel (COTOREP).
Elle est réservée aux personnes atteintes d'une incapacité permanente au moins égale
à 80%, âgées de plus de 20 ans, à condition que leurs ressources ne dépassent
pas un plafond.
La pension d'invalidité dépend du
taux d'invalidité établi en fonction du barème des pensions militaires. Le
bilan descriptif détaillé de l'état clinique du patient est déterminant. Le
montant mensuel de l'allocation est égal au " minimum vieillesse ".
L'attribution de cette allocation est assortie du bénéfice de l'assurance
maladie et ouvre droit à l'allocation logement.
La carte d'invalidité est attribuée
à toute personne handicapée, sans condition particulière de ressources. La
demande doit être faite par la personne concernée elle-même auprès du Centre
Communal d'Action Sociale ou de la Mairie du lieu de résidence. Elle doit
comporter un certificat médical justificatif. La COTOREP, à laquelle la demande
est transmise, est l'autorité compétente qui fixe le taux d'invalidité et décide
de l'octroi ou du non-octroi de la carte demandée. Plusieurs avantages sont
attachés à la carte d'invalidité : droit aux places réservées dans les chemins
de fer et les transports en commun lorsque la carte mentionne " station
debout pénible " avec 50% de réduction pour l'accompagnateur lors de
certaines périodes de l'année, obtention d'un insigne GIC (Grand Invalide
Civil) pour certains types d'invalidités. Par ailleurs l'invalidité confère le
droit d'augmenter d'une demi-part le quotient familial pour le calcul de l'impôt
sur le revenu des personnes physiques pour les grands infirmes célibataires,
divorcés ou veufs sans enfant à charge et pour les parents d'enfant infirme à
charge quel que soit son âge. En outre la situation d'invalide permetait l'exonération
de la vignette automobile pour les porteurs de la carte portant la mention
" station debout pénible ", " canne blanche " ou " cécité
" et pour les parents d'un enfant
titulaire de la carte portant l'une de ces mentions ; elle exonère de la
redevance radio-télévision ceux qui sont atteints d'une incapacité à 100% et
non imposables sur le revenu.
L'enfant ou l'adolescent peut également bénéficier d'une procédure de mise en invalidité. La
carte d'invalidité peut être attribuée à la condition que l'incapacité
permanente soit jugée supérieure ou égale à 80%. La carte d'invalidité et ses
avantages sont cumulables avec l'Allocation Adulte handicapé ou l'Allocation d'Éducation
Spéciale.
Nicolas Daly-Schveitzer.
L'invasion est le principal signe de la malignité d'une tumeur : celle-ci déborde son siège d'origine pour s'étendre dans les tissus voisins et à distance (Figure).

Ce caractère invasif traduit la perte des propriétés habituelles d'une cellule : normalement celles de la plupart des tissus adhèrent les unes aux autres [par des structures appelées desmosomes, par des immunoglobulines , par des molécules adhésives (cadhésines) faisant jouer le calcium ] ; dans un tissu de revêtement ou épithélium , elles adhèrent aussi à la membrane basale qui le limite en profondeur; enfin leur seul déplacement est passif, de leur origine près de la membrane basale vers la surface, avant leur élimination (desquamation) dans le milieu extérieur.
Les cellules
cancéreuses perdent ces propriétés normales pour en acquérir de nouvelles. Les
liens entre elles se relâchent et les cellules se libèrent les unes des autres.
Elles acquièrent une mobilité qui leur permet de se détacher du foyer primitif , de s'insinuer dans (d'infiltrer) les tissus
voisins, en suivant parfois les fibres du tissu conjonctif . Au-delà elles pénètrent dans les vaisseaux
lymphatiques et sanguins pour suivre la circulation, migrer dans tout le corps
et fonder à distance des colonies secondaires ou métastases . Pour les épithéliums normalement bordés par une membrane basale et pour les carcinomes qui en dérivent, cette membrane est le premier obstacle à franchir.
Elle est altérée et dissoute par des enzymes
(protéases, cathepsine) sécrétées par les cellules tumorales. Cette destruction
de la membrane basale est parfois accentuée par des enzymes normalement sécrétées
par des globules blancs (macrophages , granulocytes ou lymphocytes ) et détournées de leurs activités habituelles.
Toutes ces modifications biologiques et moléculaires
du comportement cellulaire accompagnent la cancérisation et sont la condition
de l'invasion. Selon les cas, celle-ci s'étend plus ou moins loin de la tumeur
primitive : on parle de stades d'extension, schématisés
par la classification TNM .
Bernard Hœrni.
Ces deux
expressions latines précisent les conditions d'un processus biologique ou d'une
observation dans un organisme vivant (in vivo) ou dans des conditions
artificielles, dans un tube, en laboratoire, en dehors de l'organisme d'origine
(in vitro).
Substance radioactive artificielle, isotope de l'iode 127 naturel, qui sert en radiologie pour opacifier des organes creux ou des vaisseaux (artériographie ). Très utilisé dans le domaine de la médecine nucléaire, l'iode 131 émet deux types de rayonnements : des rayons b ont une forte action biologique sur les tissus et sont utilisés, en radiothérapie , pour détruire des tumeurs ou du tissu de la glande thyroïde ; des rayons g servent de traceurs, visualisés par divers types de caméras, pour générer des images utiles au diagnostic des lésions de la thyroïde (scintigraphies ).
L'iode 131 est utilisé dans les maladies de la thyroïde car cet organe riche en iode le capte de façon préférentielle. Il se présente sous forme d'une solution liquide qui s'injecte par voie veineuse. L'activité est de 5 à 10 millicuries (mCi) pour le diagnostic et de 50 à 150 mCi pour la thérapeutique.
La période de l'iode 131 est de huit jours (pendant lesquels la radioactivité diminue de moitié). Sa couche de demi-absorption (CDA, qui absorbe la moitié de la radioactivité) est de 0,3 cm de plomb ce qui facilite la radioprotection . Une attention particulière est portée au risque de fuite de produit, source de contamination éventuelle. Après une dose thérapeutique de 100 mCi, les patients sont gardés quelques jours dans une chambre protégée. Leurs selles et leurs urines sont recueillies, jusqu'à ce que leur radioactivité devienne négligeable, et évacuées dans des cuves à décantation spéciales qui permettent d'attendre une décroissance suffisante de la radioactivité avant leur élimination.
Á titre diagnostique, l'iode 131 sert à faire des cartographies (scintigraphies ) de la thyroïde qui peuvent révéler des zones d'hypo ou d'hyperfixation correspondant à des lésions bénignes ou malignes . Il sert aussi à détecter d'éventuelles métastases, pulmonaires ou osseuses, de cancer de la thyroïde.
Á titre thérapeutique
l'iode 131 détruit un tissu thyroïdien qui produit trop d'hormone thyroïdienne
(en cas d'hyperthyroïdie ou maladie de Basedow). En cas de cancer, il détruit
le tissu résiduel après ablation incomplète de la thyroïde. On réalise ainsi
une " carte blanche ", c'est-à-dire une disparition totale du tissu
thyroïdien sur la scintigraphie. Il détruit également du tissu cancéreux thyroïdien
sous forme de métastases dans des ganglions
, les poumons ou les os ,
lorsque ces foyers secondaires captent l'iode : une dose de 100 mCi d'iode 131
(éventuellement répétée) est capable de stériliser totalement ces métastases.
L'iode 131 est un traitement remarquable de ces lésions diffuses car il atteint
spécifiquement les cellules cancéreuses, avides d'iode, en respectant les
autres cellules de l'organisme (irradiation minime de la moelle osseuse qui fabrique les globules
du sang ).
Des recherches sont en cours pour coupler
l'iode 131 à des anticorps monoclonaux capables de repérer spécifiquement
tel ou tel type de cellule cancéreuse et de s'y fixer : l'iode 131 ainsi porté
au cœur des cellules permettrait de les irradier et de les détruire électivement
(
voir Immunoscintigraphie ).
Jean-Pierre Gérard.
Voir Oberling , œsophage , Reza .
Isotope de l'iridium 193 naturel, c'est une source radioactive artificielle utilisée en curiethérapie . Il émet essentiellement des photons dont l'énergie moyenne est de 0,34 MeV. Sa période (temps pendant lequel la radioactivité diminue de moitié) est de 74 jours, ce qui oblige à renouveler les fils ou grains d'iridium utilisés dans un centre de radiothérapie tous les deux à trois mois.
L'iridium 192 utilisé pour la curiethérapie classique (à faible débit de dose) se présente sous forme d'un fil métallique de 0,3 à 0,5 mm de diamètre et de 14 à 50 cm de long. On le coupe pour obtenir la longueur adaptée à la curiethérapie prévue. L'âme du fil est entourée d'une mince pellicule de platine qui élimine les rayons a. La protection vis-à-vis de l'iridium est facile car la CDA (voir Source radioactive) est de 2 mm de plomb : ainsi 1 cm de plomb arrête 95% de son rayonnement. L'activité des sources d'iridium 192 utilisé en curiethérapie classique varie de 1 à 10 mCi par centimètre de fil. On dispose aussi de grains de 4 à 5 mm d'iridium 192 de très haute activité (10 Ci=370 GBq) qui permettent, grâce à des conteneurs et à des projecteurs de source spéciaux, une curiethérapie à haut débit de dose (HDD), ou une curiethérapie pulsée (P.D.R. : Pulse Dose Rate).
L'iridium 192 est le radioélément le plus utilisé pour la curiethérapie . Il est implanté dans les tissus tumoraux (endocuriethérapie ) ou placé dans des cavités naturelles à leur voisinage (plésiocuriethérapie ). Son petit diamètre, sa solidité et sa souplesse le rendent parfaitement adapté à la plupart des applicateurs, notamment avec les techniques de chargement différé, mises au point en France dans les années 1960 par B. Pierquin et D. Chassagne.
La curiethérapie
à l'iridium a considérablement amélioré les résultats précédemment obtenus avec
le radium , en permettant des applicateurs plus adaptés à
chaque malade et de meilleure qualité géométrique. De nombreux organes
difficilement accessibles au radium sont bien irradiés avec l'iridium (base de
la langue , sein
, rectum , etc.). Les règles du système de Paris ont
codifié les techniques d'implantation (règle de mise en place et calcul de la dose ). Pour la radioprotection , l'iridium 192 diminue très nettement les doses reçues par les médecins
" curiethérapeutes " et par le personnel paramédical. Les coûts de la radioprotection sont également diminués.
L'iridium 192 est ainsi l'une des substances
les plus utiles au traitement des cancers. La curiethérapie à faible débit de
dose avec l'iridium 192 reste la base de la curiethérapie moderne. Avec les
sources très actives, la technique HDD élargit encore le champ de la curiethérapie
et la simplifie en supprimant certaines hospitalisations .
Jean-Pierre Gérard.
Voir Camptothécine.
(Imagerie par Résonance Magnétique). Méthode d'imagerie non isotopique la plus récente, elle est fondée sur la mesure du magnétisme des différentes parties du corps (tissus biologiques). Un champ magnétique constant et uniforme aimante les noyaux atomiques des tissus, une onde radio provoque le déséquilibre de l'aimantation dont on suit l'évolution dans le temps : des champs magnétiques variables non uniformes et de faible intensité permettent de localiser le signal issu de chaque microvolume aimanté. Trois grandeurs physico-chimiques interviennent dans la formation de l'image : la densité en noyaux d'hydrogène et les temps T1 et T2 qui décrivent l'évolution de l'aimantation dans le temps. La résonance magnétique a deux applications en médecine : la spectroscopie et surtout l'IRM.
La spectroscopie utilise le phénomène de résonance magnétique nucléaire ou RMN. C'est un outil d'analyse chimique qui permet l'analyse directe des métabolismes cellulaires dans l'organisme. Les molécules étudiées sont par importance décroissante le phosphore 31, le fluor 19 et l'hydrogène 1. Il s'agit d'une technique nécessitant un champ magnétique élevé. Les applications cliniques sont rares jusqu'à aujourd'hui mais devraient connaître un développement clinique notable au cours de la décennie.
L'application
principale de la résonance magnétique est l'imagerie, ou IRM, réalisée sur des
appareils de haut champ, supraconducteurs de 1,5 tesla (T, unité d'induction
magnétique). Plus récemment, sont apparus des appareils de bas champ (0,2 T),
plus lents (nécessité pour le patient de rester immobile plus longtemps) mais
moins onéreux (investissement et fonctionnement) et n'exposant pas à la
claustrophobie (peur d'être enfermé) comme cela peut être le cas dans les
appareils supraconducteurs.
Cet examen est contre-indiqué chez les patients porteurs de métaux ferromagnétiques comme un stimulateur cardiaque ou une prothèse : il est important, avant l'examen, de connaître la présence, l'importance et le siège d'éventuels objets métalliques, influencés et éventuellement déplacés par une puissante aimantation.
Par rapport à la scanographie , l'IRM a l'avantage de ne pas irradier par des rayons X ; elle a une résolution en densité supérieure et une résolution spatiale proche de celle de la scanographie. En IRM, on obtient un ensemble de coupes en utilisant les séquences les plus classiques, ce qui oblige le patient à maintenir un arrêt respiratoire (apnée), en particulier pour l'étude du thorax et de l'abdomen . L'IRM utilise des produits de contraste : le gadolinium constitue le produit de contraste le plus utilisé; il est injecté par voie veineuse et a le même métabolisme que l'iode mais pas ses contre-indications (les allergies* au gadolinium sont très rares).
En cancérologie, les indications de l'IRM sont en pleine évolution, en raison des améliorations techniques et du nombre d'appareils disponibles. Elle a remplacé la scanographie pour le diagnostic* d'une tumeur du cerveau* ou la recherche de métastases cérébrales. Sa qualité est inégalée pour explorer la colonne vertébrale, la moelle épinière et les vertèbres. Pour l'os, l'IRM, qui est très sensible, ne permet pas l'analyse globale du squelette mais seulement une approche régionale. Ainsi, elle est utilisée pour un cancer primitif des os, dans le bilan ou la surveillance après traitement, mais la recherche de métastases osseuses requiert une scintigraphie en première intention. L'IRM permet une analyse tridimensionnelle qui en fait la méthode d'imagerie d'avenir pour le bilan des cancers ORL et du petit bassin. De nouveaux produits de contraste (magnétite, manganèse) qui se concentrent dans le foie peuvent augmenter les indications de l'IRM du foie.
Dans la surveillance des patients après traitement, l'IRM est la méthode non isotopique la plus efficace pour distinguer, dans la zone traitée, une rechute d'une simple séquelle.
Jean-Noël Bruneton.
Exposition à
un rayonnement . Ce rayonnement est naturel ou accidentel,
parfois à l'origine de cancer (
voir Cancérogenèse ), ou bien délibéré, lors d'une radiothérapie , pour traiter une tumeur maligne . La protection des médecins et autres personnels
soignants vis-à-vis des rayonnements ionisants dont ils se servent est l'objet
de la radioprotection . Irradiation est souvent utilisé comme synonyme
de radiothérapie.
Jean-Paul Le Bourgeois.
Irradiation corporelle totale (ICT).
Technique
d'irradiation de l'ensemble du corps, l'ICT a des indications limitées en
raison de sa toxicité sur les tissus normaux. Elle est utilisée à doses limitées en quelques séances, pour préparer un
malade à une greffe de moelle
osseuse.
Jean-Paul Le Bourgeois.
Cet extrait de
gui a été proposé pour la première fois en 1921 par l'Association médicale
anthroposophique comme thérapeutique anticancéreuse. Son emploi repose sur une
philosophie particulière, l'anthroposophie, fondée en 1903 par le philosophe
autrichien Rudolf Steiner (1861-1925), à partir des idées de Gœthe. Cette
doctrine a essentiellement diffusé en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et
dans les pays scandinaves. Compatible avec les religions chrétiennes et la foi
en la réincarnation, l'anthroposophie prône une " investigation
scientifique du monde spirituel ", un rapprochement avec le cosmos et une
appréhension " du monde suprasensible ". Ses concepts s'appliquent à
la médecine, à l'agriculture, à l'éducation des enfants (école
anthroposophique) et à l'expression artistique (" eurythmie "). Pour
les anthroposophes, il y a dans le monde quatre forces qui à l'état normal sont
en équilibre : les forces " physiques " qui relèvent du monde minéral,
les " forces éthériques " communes à tout ce qui est vivant, les
" forces psychiques " propres à l'animal et le Moi (ou esprit humain)
propre à l'homme (qui est aussi composé des trois autres " forces ").
Les " forces psychiques " constituent le corps astral qui s'exprime
par les désirs et les passions.
Pour les anthroposophes, le cancer résulte d'un déséquilibre entre les deux forces physico-éthériques et les deux forces supérieures, déséquilibre favorisé par le stress , l'alimentation , la pollution . Le diagnostic de cancer peut être fait grâce aux " cristallisations sensibles ". Pour renforcer les défenses de l'organisme et rétablir l'équilibre, R. Steiner a proposé des extraits de gui qui se situe " entre les forces de pesanteur et de lévité " et qui s'oppose à l'action des " forces éthériques donc de prolifération ". Par la suite, les anthroposophes essayeront de démontrer que ces extraits ont une action de destruction des cellules et une action immunostimulante.
Les extraits
de gui (Viscum album) fermenté et mélangé à des combinaisons métalliques
sont commercialisés sous le nom d'Iscador dont il existe plusieurs types selon
l'espèce d'arbre (chêne, orme, pommier, etc.) sur laquelle a poussé le gui. Ce
produit s'injecte par voie sous-cutanée à proximité de la tumeur ou de la
cicatrice opératoire, le matin, par cure de 14 jours. Le plus souvent, il est
injecté à domicile en complément des thérapeutiques habituelles des cancers (chirurgie , radiothérapie , chimiothérapie ). Il est aussi administré dans la clinique
anthroposophique de Suisse (Lukas Klinik), associé à un régime alimentaire et à
une ambiance anthroposophique (" eurythmie " ou expression corporelle
spécifique).
Les recherches expérimentales ont montré que
les extraits de gui contiennent de nombreuses substances dont certaines ont des
propriétés biologiques mais dont aucune ne détruit les cellules cancéreuses.
Chez l'homme, des études sérieuses n'ont pas montré d'efficacité : beaucoup de
travaux, suggérant une prolongation de vie, sont entachés d'erreurs grossières.
Le produit est diffusé en Suisse, il ne l'est pas en France ni aux États-Unis
faute d'avoir fait la preuve de son efficacité.
Simon Schraub.
Ce département français est depuis 1979 le siège d'un registre des cancers qui contribue à mieux connaître leur incidence dans l'ensemble du pays. Les résultats peuvent être confrontés avec ceux des autres départements pour mettre en évidence des variations régionales. Ils ont permis des travaux sur les filières de soins et les dépenses de santé.
Ishikawa (K).
Voir Yamagiwa .
Courbe ou surface constituée de points qui reçoivent la même dose de rayonnement dans un milieu irradié. Les rayonnements s'atténuent progressivement en fonction de l'épaisseur des tissus traversés et de leur qualité. Il en résulte une répartition variable de la dose dont rend compte le tracé d'isodoses. Celui-ci prend en compte les différents faisceaux d'irradiation utilisés en radiothérapie externe et les diverses sources radioactives utilisées en curiethérapie . Ces tracés sont obtenus en quelques minutes grâce aux ordinateurs dans lesquels on a préalablement introduit les caractéristiques des appareils de traitement pour la radiothérapie externe, des sources radioactives pour la curiethérapie et les caractéristiques anatomiques de la région irradiée pour le malade considéré (Figures).

Les isodoses sont tracées avant de commencer le traitement, pour s'assurer que la dose voulue sera bien délivrée à la tumeur et que les tissus normaux situés au voisinage ne recevront qu'une dose tolérable, ou pour faire un nouveau plan, si les données du premier ne sont pas satisfaisantes. Les progrès de l'informatique permettent de visualiser les isodoses sur une image par scanner du malade, ce qui montre directement les doses reçues par les différents organes.
Pierre Bey.
Les isotopes radioactifs sont utiles à la radiothérapie ou au diagnostic des cancers. La nature est constituée de substances élémentaires, regroupées dans le tableau périodique des éléments de Mendeleiev. Chaque élément (hydrogène, hélium, lithium, etc.) occupe une place bien définie dans ce tableau, en rapport avec son nombre d'électrons qui lui confèrent une part de ses propriétés. Certains éléments diffèrent par la composition de leur noyau (nombre différent de protons ou de neutrons ), ils portent le même nom (hydrogène, iode , cobalt , etc.), sont classés à la même place dans le tableau périodique (isotope signifie " même topographie "), mais ont des propriétés physiques très différentes.
Un élément ou un isotope se caractérise par deux constituants : le nombre de protons est égal au nombre d'électrons pour respecter l'équilibre électrique de l'élément; le nombre de particules du noyau ou nucléon est la somme des protons et des neutrons et détermine la radioactivité éventuelle de l'élément. On symbolise un élément par A/Z x où A est le nombre de nucléons (ou nombre de masse), Z le nombre de protons dans le noyau (c'est également le numéro atomique), x le symbole de l'élément : par exemple 226/88 Ra (radium ) 60/27 Co (cobalt ).
Un certain
nombre d'isotopes sont radioactifs car leur structure nucléaire est instable en
raison des neutrons et ils se désintègrent en émettant des rayonnements
ionisants : ce sont des sources radioactives.
Les isotopes les plus utilisés en cancérologie
sont le césium 137, le cobalt
60, l'iode 131, l'iridium
192, le phosphore 32 et, pour le diagnostic, le technétium 99.
Jean-Pierre Gérard.
Istituto nazionale per lo studio e la cura dei
tumori
Situé à Milan, c'est le principal centre anticancéreux d'Italie. Il se consacre au traitement des malades avec 500 lits d'hospitalisation . Plus de 200 médecins représentent toutes les spécialités médicales concernées par les cancers et disposent de tous les moyens nécessaires (blocs opératoires, installations d'imagerie et de radiothérapie , laboratoires). Cet institut contribue à la recherche clinique par des programmes autonomes ou dans le cadre d'études coopératives européennes et internationales, notamment en chirurgie , pour les tumeurs du sein et les mélanomes . Il a d'importantes activités de recherche biologique et fondamentale avec une centaine de chercheurs. Il joue un rôle pédagogique important, en liaison avec l'Université de Milan et en animant l'European School of Oncology.
Bernard Hœrni.