Ebers
EBV
Échange (L')
Échographie
École
Écologie
Économie
Écoute-cancer
Écrevisse
Écrivains
-ectomie
Éducation des malades
Éducation pour la santé
Edwin-Smith
Égypte
Ehrlich
Électricité
Électron
Électronthérapie
Électron-volt
Elliptinium
Embolie
Embryome
Embryonnaire
Émonctoires
Encéphaloïde
Encyclopédie
Endocuriethérapie
Endomètre
Endoscopie
Enfance
Enfant éternel
Enfant qui ne voulait pas mourir
Enquête Permanente Cancer
Enseignement de la cancérologie
Environnement
Enzymes
EORTC
Éosinophilie
Épendymoblastome
Épendymome
Épidaure
Épidémiologie
Épirubicine
Épistaxis
Épithélioma
Épithélium
Époux
Epstein
Epstein-Barr
Épuisement
Éruption
Érythrocytes
Erzgebirge
Escarre
Essai thérapeutique
Esthésioneurone
Estomac
États généraux
États précancéreux
Éthique
Ethmoïde
Étiologie
Étoposide
Études
Eugène-Marquis
Eurocancer
Europa Donna
European Cancer Centre
European Journal of Cancer
European School of Oncology
Europe contre le Cancer
Euthanasie
Everest
Évidement ganglionnaire
Ewing (James)
Ewing (Tumeur d')
Exérèse
Exsanguinotranfusion
Extravasation
Ebers
Nom d'un papyrus de l'Égypte ancienne, remontant au XVIe siècle av. J.-C., œuvre du médecin Imhotep, retrouvé en 1872 et déchiffré par l'égyptologue allemand Georg Ebers (1837-1898). Il y est surtout question de chirurgie* qui semble être pratiquée à l'époque par tout médecin. On y trouve la distinction entre les tumeurs infectieuses (abcès) qu'il faut inciser pour les évacuer et les tumeurs charnues (cancers) qu'il faut extirper au scalpel ou au cautère.
Bernard Hœrni.
Echange (L')
Il était jeune, riche, mais il souffrait d'un cancer. Il échangea donc son sort contre celui d'un miséreux, qui guérit de ce cancer, et vécut dans la richesse jusqu'à un âge avancé. Lui mourut de faim vers quarante ans. Ce " conte froid " de J.Sternberg, publié dans Le Monde du 9 janvier 1983, balise un renversement des représentations du cancer.
Échographie
Méthode d'exploration mettant à profit les échos produits par les organes à partir d'ultrasons (elle s'est d'abord appelée ultrasonographie). Cette technique est utilisée depuis 20 ans en cancérologie. Un cristal sert d'émetteur et de récepteur pour les ondes ultrasonores que réfléchissent les surfaces placées perpendiculairement au trajet de leur faisceau. L'échographie permet un examen en temps réel qui donne une image dynamique. C'est un examen indolore, peu onéreux, possible en cas de grossesse*, qui peut être répété sans risque.

[Échographie] Échographie hépatique.
Les ultrasons sortant de l'émetteur se réfléchissent différemment dans le foie normal et sur la métastase, ce qui donne, en écho, des images distinctes recueillies par l'appareil.
L'échographie est très performante pour les structures solides et pour les liquides, tandis que l'air et l'os constituent une barrière pour les ultrasons. Comme les autres techniques d'imagerie, l'examen échographique donne un faisceau d'arguments diagnostiques, mais il n'a pas la valeur absolue d'une preuve anatomopathologique*. Pour beaucoup d'organes, l'échographie constitue le vecteur d'une biopsie ou d'un geste thérapeutique (drainage d'abcès, alcoolisation, traitement par radiofréquence d'une tumeur).
Au niveau du cou, l'échographie est l'exploration de première ligne, après l'examen clinique, pour les tissus mous : elle analyse la thyroïde*, les glandes salivaires* et les ganglions* lymphatiques. Avec des sondes de très haute fréquence (13 MHz), elle visualise des ganglions* cervicaux normaux. Elle permet une analyse morphologique intéressante du sein*, mais ne remplace pas la mammographie* car elle ne reconnaît pas les microcalcifications qui ont une grande valeur pour le diagnostic du cancer du mammaire.
Dans l'abdomen*, l'échographie visualise le foie*, la rate*, le pancréas*, les surrénales*, les reins*, les organes situés en arrière du péritoine* (rétropéritoine) et le bassin* (cavité pelvienne). L'échographie, premier examen d'imagerie du foie, pour la recherche de lésions bénignes (kyste biliaire, angiome) ou surtout de métastases, règle les problèmes diagnostiques, associée aux données de la biologie, dans plus de neuf cas sur dix. En cas de doute, la scanographie* ou l'IRM* complètent l'exploration échographique. L'échographie examine parfois mal le pancréas, à cause de gaz dans le côlon; dans ce cas, une scanographie est nécessaire. Pour les reins*, l'examen est toujours satisfaisant et peut mettre en évidence, outre des images de kystes et de calculs, une tumeur nécessitant une exploration complémentaire par scanographie*. Le tube digestif* est visible si le sujet a bu du liquide, mais l'échographie transpariétale classique n'est pas performante, sauf en cas de tumeurs de grand volume*. De même, la cavité péritonéale est mal analysée sauf si elle contient du liquide (ascite*) : la bonne propagation des ultrasons au sein des liquides fait de l'échographie l'examen de référence pour surveiller une ascite. L'analyse de la région située en arrière du péritoine dépend des gaz (météorisme) intestinaux. L'échographie visualise bien la prostate mais ne remplace pas le toucher rectal.
Á côté de ces explorations simples avec une sonde déplacée à la surface du corps, l'échographie apporte d'autres éléments si l'on introduit la sonde dans le corps. La portion haute du tube digestif s'explore par une sonde ajoutée à un endoscope* : l'écho-endoscope analyse ainsi la paroi de l'œsophage*, de l'estomac* et du duodénum, ce qui est utile dans le bilan des cancers correspondants. Le pancréas* et les voies biliaires peuvent être ainsi étudiés beaucoup mieux que par l'échographie conventionnelle. Par voie basse, il est possible d'examiner la paroi du rectum* et du sigmoïde, ainsi que la prostate. Chez la femmes, une sonde située dans le vagin* permet une analyse très fine des ovaires et de l'endomètre*.
Le doppler et le doppler couleur couplés à l'échographie analysent les vaisseaux, mais la vascularisation tumorale est souvent encore mal appréciée, sauf au niveau de l'ovaire où elle peut permettre de distinguer une lésion bénigne d'une lésion maligne.
Enfin, depuis peu, des produits de contraste sont utilisés avec l'échographie : il est encore trop tôt pour juger de leur efficacité en cancérologie mais les premiers résultats sont prometteurs au niveau du foie, pour améliorer la détection de métastases* infracentrimétriques.
École
Chez un enfant ou un adolescent, un cancer entraîne des troubles et des obligations qui perturbent généralement les études. L'importance de ces perturbations dépend de l'année d'étude et de l'âge* du patient, de la qualité habituelle de son travail, des altérations dues à la maladie. Elle varie aussi avec le traitement, sa durée et son résultat, selon que la guérison est définitive, avec ou sans séquelles, ou qu'il y a rechute.
Le jeune malade est exposé aux réactions de ses camarades et professeurs : leur attention est éveillée par ses absences, son aspect extérieur (la perte de ses cheveux, alopécie), la rumeur*, ils se montrent curieux, méfiants ou solidaires. Dans la mesure du possible, le traitement doit être aménagé pour permettre la poursuite d'une scolarité satisfaisante, selon les périodes de compositions, d'examens, de vacances. Comme ces tumeurs du jeune guérissent dans la majorité des cas, l'objectif est de guérir le malade sans retarder ses études. L'" école à l'hôpital " a été développée dans ce sens, surtout lorsque les hospitalisations sont prolongées ; elle donne à l'enfant des activités sociales qui le distraient de l'entourage familial et des soucis thérapeutiques. Des éducateurs, présents à l'hôpital, le guident ou l'aident et favorisent la liaison avec sa classe et ses enseignants habituels. Des systèmes audiovisuels sont aussi utilisés, en particulier si le malade est isolé dans une chambre stérile.
Après un cancer, les sujets guéris ont en général de meilleures performances scolaires que leurs condisciples et orientent volontiers la suite de leurs études vers une profession médicale ou paramédicale.
Jean Martin.
Écologie
Développé à partir de 1970, ce mouvement socio-culturel, est très attentif aux cancers souvent présentés comme maladie de la civilisation avec tous ses méfaits. Cet intérêt a été renforcé par l'accent mis sur l'importance de l' environnement à l'origine des cancers. Cela a été souvent à l'origine de confusion : la défense de l'environnement a présenté les cancers comme une démonstration que la pollution ou la radioactivité augmentaient dangereusement et menaçaient la survie de notre espèce. Des accidents comme ceux de Tchernobyl ont à juste titre renforcé ce combat. Cependant, l'augmentation de fréquence absolue des cancers dépend d'abord du vieillissement de la population ; à âge égal leur incidence est stable ou a même tendance à diminuer si l'on met à part les tumeurs liées au tabagisme. La confusion vient aussi du sens un peu différent en anglais et en français du mot environnement : certes les cancers sont liés de façon prépondérante à des facteurs extérieurs, mais l'influence de ces derniers tient plus au microenvironnement dont chacun est responsable (tabac, alimentation, exposition au soleil, sexualité...) qu'à des influences générales découlant d'une " civilisation " mal contrôlée. Dès 1950 Richard Doll montrait que les cancers des bronches, alors attribués communément aux gaz d'échappement des voitures, étaient d'abord provoqués par le tabagisme.
Dans un autre registre, les écologistes présentent l'humanité comme une force se développant excessivement, détruisant ce qui l'entoure et menaçant la survie de la planète qui la porte. L'homme est-il le cancer de la création ? demande-t-on. À quoi Cioran répond : " Des arbres massacrés. Des maisons surgissent. Des gueules, des gueules, des gueules partout. L'homme s'étend. L'homme est le cancer de la terre. "
Jean Martin.
Économie
La situation économique d'une population est à l'origine d' inégalités sociales, de conditions d'hygiène et de politiques de santé publique qui conditionnent l'apparition de cancers. Les cancers créent par ailleurs des difficultés économiques pour une nation par les coûts qu'ils engendrent.
Écoute-cancer
Système d'appels téléphoniques anonyme créé en 1982 par le comité de Paris de la Ligue contre le cancer mais fonctionnant sur tout le territoire national. Les appels viennent de personnes en bonne santé préoccupées par le cancer, de familles de malades ou de malades eux-mêmes, inquiets et recherchant des informations complémentaires ou des réponses à des questions que leurs soignants n'ont pas épuisées. Les personnes répondant aux appels sont des volontaires bénévoles, parfois d'anciens patients, soigneusement sélectionnés pour répondre convenablement à une grande variété de préoccupations. Elles sont formées pour fournir des explications utiles sans faire une consultation médicale, pour apporter un réconfort souhaité, pour donner des conseils en matière d'assistance psycho-sociale et pour respecter des règles de discrétion et de déontologie tenant compte des cas particuliers et de l'intervention normale des soignants habituels. Ces personnes ont une réunion périodique de synthèse, avec le concours de professionnels, pour analyser les cas les plus difficiles. Le financement de l'ensemble est assuré par la Ligue.
Bernard Hœrni.
Écrivains
Voir Burgess, Burney, Huysmans, Malaparte, Mauriac, Nin, Perros, Rilke, Rimbaud, Roy, Soljenitsyne, Susann, Vailland, Zweig.
-ectomie
Suffixe (du gr. ektomê : ablation) entrant dans la composition de nombreux mots qui désignent, en cancérologie, l'ablation, l'amputation ou l'excision, d'une tumeur (tumorectomie) ou d'un organe où elle est située : colectomie pour le côlon, hépatectomie pour le foie, hystérectomie, laryngectomie, mastectomie, ovariectomie ou castration, etc.
Éducation des malades
Un cancer perturbe suffisamment et assez longtemps la personne malade pour justifier son " éducation " dans des matières dont elle n'est pas familière et qui vont influencer sa vie de façon temporaire ou durable. Les informations à apporter améliorent sa coopération et son observance, limitent le retentissement psychosocial de l'affection, réduisent les toxicités des traitements, favorisent leurs suites et la réadaptation.
Cette éducation prend une place croissante pour les médecins, infirmières, pharmaciens à qui elle demande du temps supplémentaire, souvent économisé secondairement grâce au rôle plus actif du malade. Elle aide à faire face à des soins plus complexes et à mieux prendre en charge les perturbations biologiques, psychologiques et sociales occasionnées par l'affection. Les patients sont plus isolés qu'autrefois, entourés d'une famille plus restreinte, ils sont plus éduqués et revendiquent plus qu'avant une autonomie pour participer à leur traitement et contribuer à leur guérison.
Les traitements anticancéreux impliquent des démarches que doit faire la personne pour s'arrêter de fumer, avoir une consultation et des soins dentaires, se soumettre à une conservation de sperme ou à une contraception, subir des explorations, acquérir une perruque, régler sa situation vis-à-vis de son employeur ou se rendre à des consultations médicales. Toutes ces mesures doivent être expliquées et justifiées pour qu'elles s'effectuent au mieux, au bon moment.
Par la suite les traitements impliquent des précautions pour réduire nausées et vomissements, faire des exercices après une opération, afin de maintenir ou retrouver des mouvements temporairement limités, pratiquer des soins d'hygiène élémentaire, pour nettoyer une stomie, réapprendre à parler (rééducation vocale), reprendre une activité sportive ou sexuelle momentanément délaissée.
Les indications données évitent des inquiétudes inutiles, contribuent au soulagement d'une douleur, après une intervention chirurgicale ou à certains moments de l'évolution, facilitent le déroulement d'un traitement. Outre les explications orales, le malade reçoit selon les cas des documents écrits, un opuscule sur le traitement et les précautions à prendre, un régime alimentaire, des schémas commentés ou des documents audio-visuels. Ces indications doivent être souvent répétées, systématiquement ou à la demande de l'intéressé – suivant le principe que toute éducation repose sur la répétition – sous des formes différentes, par des interlocuteurs différents, à des moments propices à l'attention. À côté des soignants institutionnels, des associations de malades peuvent intervenir dans le même sens.
Les obstacles à cette éducation viennent des patients, souvent âgés et dont les facultés d'apprentissage diminuent avec l' âge, des soignants peu formés à cette activité et parfois réticents pour donner des informations qui peuvent être désagréables voire nocives, d'un contexte socio-économique qui reconnaît peu cette activité et limite les moyens pour la mener à bien. Pourtant elle a souvent une influence déterminante pour traverser avec le minimum de désagréments une épreuve difficile et en sortir de la manière la plus positive.
Jean Martin.
Éducation pour la santé
La population des pays occidentaux attache une importance croissante à la santé et à la qualité de vie. Parmi ses préoccupations, le cancer a une place dominante, à la manière d'un fléau, et la demande d'une information et d'une éducation appropriées est grande. Les progrès des connaissances sur les facteurs favorisant les cancers permettent d'apporter des réponses concrètes. La diffusion de ces connaissances s'impose d'autant plus qu'elles ont des conséquences pour la santé de chacun. Ce besoin est en partie pris en charge par les pouvoirs publics : en France le Comité français d'éducation pour la santé (CFES) a été créé en 1978.
L'école est le lieu privilégié où devrait se faire cette éducation. Actuellement il n'y a pas de programme individualisé et les messages sanitaires sont dispersés dans les enseignements habituels, de français et de mathématiques, de sciences naturelles et de géographie, d'éducation physique, etc. Les programmes devraient être assez souples pour autoriser une discussion sur la santé ou la maladie quand une occasion se présente : nouvelle frappante dans les médias, problème rapporté en classe, questions posées par les élèves. Cette approche intégrée paraît plus prometteuse que des heures réservées pour la santé suivant un programme rigide.
Les objectifs à poursuivre sont de trois ordres : apporter des connaissances pertinentes, faire évoluer les attitudes et les mentalités, enfin et surtout améliorer les comportements et le mode de vie. On peut transmettre des connaissances par des exposés classiques, mais pour les autres buts les élèves doivent pouvoir poser des questions, exprimer leurs incertitudes, leurs désaccords ou leurs craintes et consacrer du temps à des discussions substantielles. Pour les comportements, il ne faut pas que le contexte de vie (notamment à l'école) comporte des contradictions flagrantes avec les messages qu'on cherche à faire passer (exemplarité des enseignants et des autres adultes que fréquentent élèves et étudiants). On ne peut motiver des jeunes pour ne pas commencer à fumer (ou pour cesser de fumer) qu'à partir du moment où le tabagisme n'est plus autorisé dans les locaux et espaces publics de l'établissement scolaire. Le cas échéant, un enseignant fumeur peut discuter de son mal-être et de sa dépendance, mais c'est un art difficile.
Les informations sur les cancers concernent principalement le tabagisme, l' alcoolisme (et l'association alcool-tabac), le soleil et la sexualité (l'information sur ce dernier sujet peut être couplée à celle concernant la contraception et le sida). L'information sur l' alimentation est plus complexe.
Pour le grand public, une éducation à proprement parler (avec possibilité d'échanges et de discussions) est difficile. Les efforts se portent sur des campagnes d'information à large échelle. Pour le tabac et l'alcool, des actions dynamiques ont été engagées dans beaucoup de pays : législation et réglementation du tabagisme, limitation de la publicité, mention sur les paquets de tabac de la teneur en goudron et des dangers encourus, campagnes d'information... Ces campagnes ne suffisent pas à changer les habitudes de toutes les personnes concernées, mais elle font évoluer les mentalités et créent un contexte où le changement de comportement devient plus facile. Il convient donc de les poursuivre, tout en encourageant activement les actions personnalisées, en milieu scolaire comme parmi les professionnels de santé.
L'éducation concerne aussi les contrôles médicaux pour le dépistage, notamment les examens gynécologiques périodiques, l'examen des seins (par le médecin ou par auto-examen) ou d'autres mesures chez des personnes ou des familles à risque particulier.
Beaucoup de documents imprimés et audiovisuels sont réalisés et disponibles, notamment par les ligues et associations contre le cancer et le Comité français d'éducation pour la santé relayé par des comités régionaux. Les services de santé scolaire et universitaire sont aussi d'importants relais d'information.
Jean Martin.
Edwin-Smith
Nom d'un papyrus de l'Égypte ancienne, remontant au XVIIe siècle av. J.-C. retrouvé et déchiffré par l'égyptologue anglais Edwin Smith (1822-1906). Compilation de textes plus anciens, il est principalement consacré à l'anatomie et à la chirurgie, envisagées de la tête au pied, mais s'interrompt à la poitrine. Les principales tumeurs* y sont évoquées et leur ablation est conseillée. On y trouve une note sur le traitement du cancer du sein par des tiges chauffées, préfigurant l' hyperthermie.
Bernard Hœrni.
Égypte
La population de ce pays, majoritairement jeune, est moins touchée par les cancers que les pays développés. On y observe cependant un cancer qui a fait l'objet de nombreuses études en raison de sa fréquence et d'une liaison originale avec une parasitose. La bilharziose est due au parasite Schistosoma haematobium dont la trace est retrouvée dans d'anciennes momies. Ce petit ver est transmis à l'homme par un hôte intermédiaire, un coquillage. La transmission se fait par l'eau et touche les agriculteurs et les baigneurs. La bilharziose ou schistosomiase qui en découle atteint l'appareil urinaire. Le parasite sécrète une substance cancérogène dont l'action est renforcée par des nitrates contenus dans des eaux enrichies par l'apport d'engrais. Cela provoque un cancer de la vessie qui représente près de la moitié des cancers de l'homme égyptien mais est beaucoup moins fréquent chez la femme.Ces cancers sont pris en charge notamment à l'Institut national du cancer au Caire, créé en 1969 et qui est le seul centre anticancéreux pluridisciplinaire du pays.
L'Égypte a laissé des papyrus qui figurent parmi les documents médicaux les plus anciens, où sont déjà mentionnées les tumeurs malignes : papyrus de Kahun, d' Edwin-Smith, d' Ebers. C'est le pays où est mort le Shah Muhammad Reza en 1980 après un exil itinérant et douloureux.
Bernard Hœrni.
Ehrlich (Paul, 1854-1915)
Biologiste allemand s'intéressant aux maladies infectieuses et parasitaires ainsi qu'à l'immunité alors à ses débuts. Prix Nobel en 1908, Paul Ehrlich a également étudié les tumeurs de la souris – la possibilité de les transmettre d'un animal à l'autre interprétée à tort en faveur de leur origine infectieuse – et la mise au point de vaccins suivant les réactions immunitaires observées. Il a laissé son nom à un cancer de la souris qui se caractérise par une tumeur liquide dans le péritoine et la formation d'une ascite.
Bernard Hœrni.
Électricité
Comme les autres sources d'énergie, dont la consommation s'accroît régulièrement, l'électricité est l'objet d'une surveillance régulière, tant pour son usage domestique que pour les lignes à haute tension qui créent, dans leur voisinage, des champs électromagnétiques de très basse fréquence. À l'inverse des rayonnements ionisants, les champs électromagnétiques ne produisent pas d'ions capables d'endommager l' ADN et il n'y a donc pas de raisons connues faisant craindre un effet cancérogène. Cependant quelques cas de cancers ont été observés chez des personnes vivant à proximité de pylones électriques. Ces observations ont motivé des enquêtes systématiques recherchant une éventuelle relation entre cette exposition et l'apparition de tumeurs malignes. Ces enquêtes ont concerné les personnes habitant près d'installations électriques, les ouvriers travaillant dans l'électricité, ainsi que d'autres professions exposées à des appareils usant d'électricité : écrans de télévision ou informatiques. Rien n'a permis d'établir une relation entre de telles expositions et un cancer, mais l'exposition aux champs électriques et magnétiques est difficile à mesurer( Voir aussi Téléphone*). Seuls les ouvriers travaillant dans la soudure électrique semblent présenter un peu plus de tumeurs cérébrales, mais ils sont exposés à d'autres facteurs probablement plus influents que l'électricité.
Bernard Hœrni.
Électron
Un électron est une particule élémentaire de matière qui porte une charge négative e d'électricité (la valeur de e est de 1,6 x 10-19 coulomb). La masse de l'électron est près de deux mille fois plus petite que celle des particules qui constituent le noyau de l'atome (proton et neutron). En étant accélérés, les électrons acquièrent une énergie cinétique exprimée en électron-volt (eV).
Les électrons sont accélérés par des appareils de radiothérapie, appelés accélérateurs de particules, pour traiter les cancers. Ils sont utilisés pour le traitement (électronthérapie) de lésions superficielles situées dans la peau ou à proximité. Leur énergie est transmise aux tissus qu'ils traversent, ce qui est à la base de leur effet biologique.
Électronthérapie
Une des modalités de la radiothérapie faisant appel aux électrons, produits et accélérés par des accélérateurs de particules.

Électronthérapie
Exemples de " rendements en profondeur " d'électrons de différentes énergies, exprimées en millions d'électron-volts (MeV), produits par un accélérateur linéaire.
Ils permettent de traiter des lésions superficielles situées dans la peau ou dans les tissus superficiels : à l'opposé des photons, le parcours des électrons dans les tissus est fini (ils sont totalement arrêtés après un certain trajet). Leur pénétration dans les tissus dépend de leur énergie, exprimée en électron-volt (eV). Plus elle augmente, plus les électrons sont pénétrants. Dans les tissus traversés, les électrons entraînent des ionisations responsables de leurs effets biologiques.
Électron-volt
Unité qui correspond à l'énergie acquise par un électron de charge élémentaire e (1,6 x 10-19 coulomb) soumis à une différence de potentiel de 1 volt. L'électron-volt (eV) s'applique directement à des particules chargées électriquement, comme les électrons ou les protons. Elle peut être rapportée à des particules non chargées (neutrons) ou à des photons en tenant compte de leur longueur d'onde. Plus l'énergie est élevée, plus la longueur d'onde est petite. L'électron-volt caractérise ainsi l'énergie de tous les rayonnements, qu'il s'agisse de particules chargées, neutres ou de rayonnements électromagnétiques.
Elliptinium
C'est le premier cytotoxique* français synthétisé en 1975. Il appartient à une famille d'alcaloïdes*, les ellipticines, substances azotées complexes extraites d'Ochrosia elliptica. L'elliptinium agit sur l'ADN* et l'ARN* en s'intercalant entre deux paires de bases* et en formant un complexe stable acide nucléique-topo-isomérase* II. Il agit également sur certains constituants de la membrane* cellulaire. Il s'administre par voie veineuse stricte en perfusion* d'une heure, à la dose de 80 mg/m²/j, par cycles de 3 jours répétés toutes les 3 semaines. Il présente une grande causticité locale sur les veines*, une toxicité* sur le tube digestif *(sécheresse de la bouche*) et le rein*, dépendant de la dose unitaire, et peut provoquer des réactions d'intolérance aiguë d'ordre immunitaire* (choc, hémolyse). Il est surtout utilisé dans le traitement des cancers* du sein* métastatiques* (souvent associé à l'étoposide*).
Jacques Chauvergne.
Phénomène caractérisé par la migration d'un composant anormal (embole) lancé dans le courant sanguin. Il s'agit d'un caillot qui oblitère une artère plus ou moins importante et l'interruption de la circulation sanguine en aval, entraînant des lésions des tissus qui ne reçoivent plus le sang normalement. Il peut s'agir aussi d'un embole de cellules cancéreuses qui s'arrêtent dans des vaisseaux de petits calibres (capillaires) et peuvent donner alors naissance sur place à une métastase. On parle de "bolus" pour désigner une dose de médicament injectée rapidement en une seule fois dans un vaisseau. Du matériel solide peut être délibérément injecté pour boucher l'artère nourricière principale d'une tumeur (embolisation) afin de la priver de son apport sanguin et provoquer sa nécrose.
Bernard Hœrni
Embryome
Tumeur développée à partir de cellules embryonnaires résiduelles dans un organisme d'enfant ou d'adulte. Ce terme est peu utilisé et on parle plutôt de dysembryome.
Embryonnaire (Tumeur)
Voir Dysembryome, Embryome, Tératome.
Émonctoires
On désigne ainsi les organes chargés d'éliminer les déchets et substances toxiques introduits dans l'organisme ou produits par lui. Il s'agit des reins produisant et éliminant l'urine, du foie évacuant la bile et du côlon. Cette fonction dépend de cellules dont la membrane contient une protéine, la glycoprotéine P qui favorise le transfert actif de composés élaborés ou présents dans les cellules vers l'extérieur. Les médicaments anticancéreux sont l'objet de ce tranfert : toxiques pour les cellules, ils sont éliminés après diverses transformations (métabolisme). Cette élimination se fait plus facilement dans des cellules spontanément dotées de cette propriété, ce qui explique la faible activité de la chimiothérapie dans les cancers du rein ou du côlon et la chimiorésistance de telles tumeurs. Cette élimination des médicaments limite leur efficacité mais aussi leur toxicité. Inversement s'il y a insuffisance rénale ou rétention de bile (ictère), les médicaments injectés sont retenus de façon prolongée dans l'organisme et leur action est accrue : la toxicité peut être excessive et il faut dans ces cas réduire les doses de chimiothérapie, parfois même y renoncer.
Bernard Hœrni.
Encéphaloïde
Qualifie un organe ou une tumeur dont l'aspect et la consistance rappellent ceux du cerveau (encéphale) : blanchâtre, mou et friable.
Encyclopédie
Coordonné par Diderot et d'Alembert dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, cet ouvrage monumental consacre tout son article cancer à celui du sein, pris comme modèle des autres tumeurs malignes. Leur cause est rattachée aux chocs, contusions et autres traumatismes auxquels les seins sont exposés mais dont la responsabilité ne sera jamais confirmée. Les conditions du diagnostic par les femmes sont les mêmes qu'aujourd'hui. Les cancers sont distingués de pseudotumeurs, observées chez la femme jeune, susceptibles de guérir avec diverses applications locales – incapables de traiter une tumeur maligne – et qui ne doivent donc pas alarmer les patientes. Après une préparation médicale et psychologique, le traitement chirurgical est effectué : " extirpation limitée de la tumeur quand celle-ci est encore petite ", tandis que si elle " a gagné toute la mamelle on n'y peut remédier que par l'amputation du sein ". Les techniques chirurgicales sont décrites et illustrées. Si le cancer est généralisé, " on se dispense absolument de faire une opération " qui ne changerait rien à l'évolution.
Endocuriethérapie
Forme de curiethérapie où les sources radioactives, sous forme de fils ou d'aiguilles, sont implantées dans les tissus. Endocuriethérapie est synonyme de curiepuncture. Les sources radioactives sont placées dans les tissus pendant un à six jours avant d'être retirées. Dans des cas de cancers de la prostate, du cerveau ou du pancréas, les sources, généralement de l'iode 125, sont laissées dans les zones implantées : on parle d'implant permanent*. Cette méthode venant des États-Unis, on parle parfois de brachythérapie qui est synonyme de curiethérapie.
Endomètre
Muqueuse tapissant la cavité interne de l'utérus, soumise aux influences hormonales (œstrogènes, progestatifs) du cycle menstruel et à l'origine des règles. L'endomètre est également sensible à l'action des hormones utilisées en hormonothérapie des cancers. C'est sur lui que se fixe l'embryon au début d'une grossesse et à partir de lui que se développe le cancer du corps de l'utérus.
Endoscopie
Méthode très utile pour explorer, par la vue et à l'aide d'un appareil appelé endoscope, les tumeurs profondes d'un organe creux ou situées autour d'une cavité interne. C'est en 1852 que l'otorhinolaryngologiste allemand A.F. von Tröltsch utilise, pour la première fois, un miroir courbe pour examiner la gorge. En 1857, un instrument un peu plus complexe permet de voir le larynx : on l'appelle laryngoscope et on lui adjoint une source de lumière, l'ensemble étant miniaturisé en 1878 par Edison. On utilise d'abord des tubes rigides; pour voir directement une lumière refroidie évite d'échauffer la région examinée et une longue pince permet d'effectuer un prélèvement (biopsie) à son extrémité. À partir des années 1970, des tubes souples, ou fibroscopes, faits de fibres optiques au début et maintenant de systèmes électroniques, éclairent, montrent (éventuellement photographient et filment ce qui est vu) et permettent une biopsie avec une pince à guide également souple.
L'endoscopie a d'abord examiné des cavités naturelles d'accès direct : outre le larynx, la trachée et les bronches (bronchoscopie), l'estomac (gastroscopie), la vessie (cystoscopie) et le rectum (rectoscopie). On a aussi développé l'examen de cavités virtuelles après injection d'air et ouverture d'une " boutonnière " dans la peau et la paroi : la plèvre (pleuroscopie), la cavité du péritoine (laparoscopie et cœlioscopie). La finesse et la souplesse des appareils aidant, certains examens sont devenus moins désagréables pour les malades et le champ d'exploration de l'endoscopie s'est étendu, pour aborder des organes plus éloignés comme, après l'estomac, le duodénum et les canaux biliaires, le côlon (coloscopie) ou la cavité du corps utérin (hystéroscopie). L'examen peut être couplé avec l'insertion d'une sonde d'échographie qui permet une écho-endoscopie. Depuis les années 1980, l'endoscopie ne se contente plus d'explorer ; il est devenu possible de faire à bout de tube une intervention mineure ou plus importante (cœliochirurgie).
L'endoscopie a beaucoup amélioré l'exploration des cancers profonds en permettant des examens qui n'étaient pas possibles ou en évitant une opération autrement nécessaire. Elle remplace certaines explorations radiographiques, comme celles du tube digestif. Sa place dans le traitement des cancers est encore limitée mais elle contribue à des gestes palliatifs qui améliorent le confort des malades, par exemple pour poser une prothèse interne.
Bernard Hœrni.
Enfance
Représentant 1% de l'ensemble des tumeurs malignes, les cancers de l'enfant sont la deuxième cause de mortalité avant 15 ans, loin derrière les accidents. Pour la plupart, ce sont des cancers différents de ceux que l'on observe chez l'adulte ou le vieillard et il en va de même chez les jeunes animaux. Il s'agit principalement de cancers du tissu conjonctif (sarcomes) tandis que les carcinomes (d'un épithélium), de loin les plus fréquents à des âges avancés, sont rares. Il s'agit aussi de tumeurs embryonnaires. Les sièges les plus fréquents de ces cancers infantiles diffèrent de ceux chez l'adulte :
leucémies et lymphomes, sarcomes des os et des tissus mous, néphroblastomes, tumeurs du cerveau et neuroblastomes.

[Enfance] Cancer de l'enfant.
Les principaux cancers de l'enfant diffèrent de ceux de l'adulte. Ils touchent la moelle osseuse (leucémies), les os ou les muscles (sarcomes), le rein ou le tissus nerveux (tumeur cérébrales et neuroblastome).
Ces cancers sont en majorité très malins et leur évolution rapide entraînait une mort précoce. Ils sont heureusement sensibles aux traitements, en particulier à la chimiothérapie qui a beaucoup amélioré les résultats en permettant, en association avec la radiothérapie et la chirurgie, de guérir près de trois enfants sur quatre. Ces traitements sont mieux supportés dans l'immédiat que chez l'adulte. Cependant, ils entraînent, du fait de la croissance, des troubles secondaires ou des séquelles : la croissance des os est retardée ou déséquilibrée ; les glandes endocrines sont perturbées, aussi bien les productions d'hormones que la fertilité pour les gonades. Presque toutes les rechutes surviennent dans les deux ou trois années suivant le diagnostic ce qui permet, après ce délai, d'affirmer la guérison. La descendance des enfants guéris de cancer ne présente, sauf exception, pas d'anomalie particulière (Figure).
Cette maladie grave, un traitement intense et prolongé plusieurs mois, entraînent des perturbations personnelles à cet âge de formation. L'influence des parents et de l'ensemble de la famille, l'attention des soignants pour limiter les traitements au strict nécessaire, pour réduire les hospitalisations, pour préserver la scolarité – avec " l'école à l'hôpital " si possible – permettent de guérir les enfants avec le minimum de retentissement psychosocial. Dans les suites du traitement, le syndrome de Damoclès traduit que la menace vitale a été ressentie et reste présente. L'expérience personnelle et la fréquentation des soignants et des lieux de soin expliquent que ces enfants s'orientent plus que d'autres vers des professions de santé.
Voir aussi La vie est immense et pleine de dangers.
Nguyen Binh Bui.
Enfant éternel (L', Gallimard, 1997)
Écrivain confirmé, Philippe Forest témoigne de l'expérience personnelle de sa fille de 3 ans qui, à un âge exceptionnellement jeune, a présenté un ostéosarcome de l'épaule et va en mourir en quelques mois. Il se révolte contre la fatalité et son acceptation et veut se battre avec l'aide des soignants de l'hôpital - "navire calme dans la tempête" - dont les aspects techniques ne sont pas cachés, tout en protégeant le plus possible l'enfant notamment contre un voyeurisme omniprésent et déjà résigné. À partir d'un paysage de neige, les parents tentent de figer leur fille "qui ne grandira pas" dans une permanence qui annule la mort pourtant omniprésente, notamment avec plusieurs évocations de loups. Comprendre "que c'est par la naissance que la mort est entrée déjà dans notre vie" est une évidence qui est pourtant niée. L'ouvrage est une manière de faire survivre pour toujours l'enfant disparue.
Bernard Hœrni
Enfant qui ne voulait pas mourir (L', Fixot, 1995)
Ce témoignage, signé de sa mère Marion Shergold, relate l'histoire exceptionnelle de Cronig, garçon d'une dizaine d'années atteint d'une tumeur au cerveau. Le diagnostic est difficile et finalement porté dans des conditions dramatiques alors que les jours de l'enfant sont en danger. Dans un milieu modeste, la vie de sa famille est bouleversée, mais une grande solidarité se manifeste et de nombreuses cartes de sympathie sont adressées. Le projet est alors formé d'inscrire l'enfant dans le Livre Guiness des records en collectant au moins un million de cartes postales. Ce seront finalement cent millions de cartes qui seront reçues – jusqu'à 70 000 par jour ! – entraînant de nombreux problèmes matériels pour la poste, pour les compter, pour trier des messages particuliers, des envois de remèdes populaires, de jouets, d'objets sacrés, des dons adressés simultanément à l'hôpital Royal Marsden où il est traité à Londres. Cette mobilisation inouïe, favorisée par les médias du monde entier, soutient ses parents, bénéficiant aussi du secours de la religion, malgré une évolution défavorable. Une dernière opération est proposée dans des conditions désespérées à l'Université de Virginie grâce à un généreux donateur. Elle réussit à sauver et à guérir l'enfant qui est reçu comme un héros à son retour en Grande-Bretagne. Ce récit émouvant montre l'importance des forces morales et sociales dans la lutte contre les cancers.
Bernard Hœrni.
Enquête
Permanente Cancer (Abrév. EPC)
Registre hospitalier établi depuis 1975 par
les vingt centres français de lutte contre
le cancer. Pour l'ensemble des nouveaux cas de cancers recensés dans
ces centres, leur Fédération centralise
les informations recueillies pour tous les malades : les diagnostics anatomopathologiques
et anatomiques, l'étendue initiale de la tumeur (classification TNM),
les principaux traitements et l'évolution.
Cette enquête nationale donne le premier registre hospitalier européen en cancérologie. Chaque année, le fichier de base est enrichi en moyenne de 95 000 enregistrements nouveaux. Après 15 ans de fonctionnement, il comportait près de 1,4 million et demi de fiches correspondant à la surveillance de 300 000 malades. Plus de la moitié (57%) de l'effectif total représentait les patients pris en charge pour le traitement de cancers n'ayant pas encore été traités (25%), ou déjà traités (17,5%), ou celui de tumeurs bénignes (14,5%). Les autres cas correspondent à des personnes vues occasionnellement pour des explorations diagnostiques spécialisées, pour des lésions malignes traitées dans d'autres hôpitaux (26%), pour dépistage ou expertise (15%), ou pour des affections non tumorales (2%).
Dans la répartition des nouveaux cas enregistrés jusqu'en 1992, le cancer du sein arrive en tête, avec près de 80 000 cas, soit le quart de l'ensemble. Viennent ensuite les cancers des voies aéro-digestives supérieures avec plus de 60 000 cas, ceux du col de l'utérus et des bronches, avec plus de 24 000 cas chacun (soit 7%), ceux de l'œsophage avec 13 000 cas et du rectum avec 8 500 cas. Les lymphomes malins totalisent 14 000 cas, dont près de 5 000 maladies de Hodgkin, et il a été recensé plus de 3 000 mélanomes malins. Pour certains cancers, prédominent des malades traités antérieurement à leur prise en charge dans un centre : ovaire et prostate notamment (plus de 8 000 cas enregistrés chacun).
La survie actuarielle corrigée à cinq ans, calculée en 1986, était pour l'ensemble des cancers traités de 49% (33% pour les hommes et 64% pour les femmes) et de 55% en l'absence de métastase initiale (35% et 72% selon le sexe). Cette survie varie en fonction des tumeurs : elle est de 88% pour le cancer des lèvres, 70% pour le sein et pour le côlon, 66% pour le col utérin, 62% pour la thyroïde, 52% pour le rectum, 47% pour le larynx, 28% pour la langue, 16% pour l'ovaire, 6% pour les bronches, 4% pour l'œsophage. Des différences importantes apparaissent suivant l'étendue et le type histologique (la survie à cinq-ans passe de 95% pour les carcinomes de la peau à 59% pour les mélanomes, et, chez ces derniers, de 62% en l'absence de métastase initiale à 15% en leur présence).
En tant que registre hospitalier, l'EPC se situe entre les registres de population (indicateurs de l'incidence des tumeurs) et les études de recherche clinique, en améliorant la connaissance de la morbidité par cancer en France. Le fichier EPC développe également les connaissances nécessaires à l'établissement de systèmes experts. L'importance des données de surveillance renseigne sur la survie de groupes particuliers de patients et fait apparaître l'horizontalisation de la courbe de survie, qui traduit la notion statistique de guérison (informations utiles aux assurances pour la couverture du risque décès).
Bien que la population étudiée ne concerne que 20% des cancéreux (examinés et traités par les centres), l'importance des effectifs, le nombre et la diversité des informations recueillies, les délais d'observation disponibles font de l'EPC un outil bien adapté à l'évaluation des cancers en France (informations transmises au Ministère de la Santé) et un point de départ utile au développement des recherches thérapeutiques.
Jacques Chauvergne.
Enseignement de la cancérologie
La formation des médecins est une arme majeure dans la lutte contre les cancers, au même titre que la prévention ou la recherche. Cela a conduit la France à structurer l'enseignement de la cancérologie qui après avoir été longtemps rudimentaire et éclaté parmi les différentes disciplines d'organes, s'est individualisé sur des concepts nouveaux : la multidisciplinarité ou interdisciplinarité s'est affirmée, la cancérologie s'est enrichie de l'histoire naturelle des cancers, l'épidémiologie, la cinétique cellulaire, la biologie moléculaire, l'immunologie, la réinsertion des cancéreux guéris ou les soins palliatifs. L'enseignement concerne les médecins : étudiants en médecine, généralistes ou spécialistes, cancérologues ou non cancérologues, ainsi que les personnels paramédicaux : infirmiers, assis-tantes sociales, etc.
Ayant acquis son autonomie depuis les années 1970, l'enseignement de la cancérologie aux étudiants en médecine insiste sur les démarches de prévention ou de dépistage, sur les facteurs de risques et les stratégies thérapeutiques associant chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie. Les relations médecin-malade aux diverses étapes de la maladie, la réadaptation physique et la réinsertion socio-professionnelle des patients guéris sont développées. Dans les stages hospitaliers, la formation pratique des étudiants en médecine vise à maîtriser des techniques simples tels que l'examen des seins, les touchers pelviens (examen digital du rectum et du vagin), la réalisation d'un frottis vaginal, la recherche de ganglions pathologiques. Des moyens pédagogiques audiovisuels modernes, la participation aux réunions pluridisciplinaires et aux consultations de surveillance complètent cette formation.
Le médecin généraliste a un rôle prioritaire comme informateur de santé dans la prévention, le dépistage et le diagnostic précoce. Averti des principes des traitements spécifiques des cancers, il intervient dans les traitements de la douleur, des infections et des troubles nutritionnels. Il doit être formé à la prise en charge socio-professionnelle des personnes guéries : réadaptation physique des malades opérés du sein (mastectomisées), du larynx (laryngectomisés) ou du côlon (colostomisés), informations sur les vaccinations autorisées, sur la législation sociale, sur les possibilités de grossesse. Une sensibilisation aux techniques relationnelles l'aide à écouter ses patients et à diminuer leur anxiété. Il doit être préparé à l'accompagnement de la phase terminale. Cette formation se situe dans le troisième cycle, à la fin des études médicales, et elle est complétée par la formation continue post-universitaire. Celle-ci fait appel à la presse médicale, aux réunions organisées par les centres de cancérologie et les associations de formation médicale continue (UNAFORMEC). Elle bénéficie d'une banque de données cancérologiques (CIRCAN) et de stages hospitaliers avec le soutien financier du Fonds d'Action et de Formation (FAF) créé en 1990 et de la Ligue contre le cancer.
La formation universitaire des cancérologues est institutionnalisée depuis 1988. Le Diplôme d'Études Supérieures (DES) dure quatre ans après le concours d'internat et comporte un tronc commun avec deux options : oncologie médicale et oncologie radiothérapique. Cet enseignement est organisé dans le cadre d'interrégions réunissant plusieurs universités et harmonisé par le Collège des Enseignants de Cancérologie. Les titulaires du DES d'oncologie peuvent bénéficier d'un supplément de formation pluridisciplinaire, de deux ans, par le Diplôme d'Études Supérieures Complémentaires de Cancérologie (DESC). Ce DESC a aussi pour objectif de donner aux spécialistes (gastroentérologues, gynécologues, pneumologues, ORL...) – prenant en charge le diagnostic et le traitement des tumeurs qui relèvent de leur spécialité – une formation en cancérologie qui les qualifie pour des actions multidisciplinaires de prévention, diagnostic et traitement.
Un enseignement plus structuré apparaît également nécessaire pour les professions paramédicales, notamment les infirmiers. Le décret du 6 octobre 1989 relatif aux actes professionnels et à l'exercice de la profession infirmière fixe une formation spécifique de trois jours qui conditionne la prise en charge des actes de chimiothérapie anticancéreuse au domicile des malades. Cette formation s'intègre dans l'enseignement initial des infirmiers.
Ainsi, la formation en cancérologie s'améliore dans les communautés médicales et paramédicales. Ces progrès doivent s'associer à des efforts d'information du grand public sur la maladie cancéreuse (
voir Éducation pour la santé).
Environnement
L'épidémiologie en cancérologie a montré l'importance de notre environnement avant qu'il soit défendu par les mouvements écologiques. Sa reconnaissance a été toutefois retardée par une mauvaise traduction du terme anglais similaire qui a un sens plus large que le mot français. L'environnement n'est pas seulement l'air que l'on respire et que des usines ou des automobiles polluent, c'est aussi la fumée de cigarette. Ce ne sont pas seulement les radiations cosmiques ou terrestres que l'on reçoit, ce sont aussi les aliments que l'on ingère. Ce ne sont pas seulement des microbes favorisés par des conditions d'hygiène insuffisantes, ce sont aussi des papillomavirus transmis par un rapport sexuel.
L'influence de ces facteurs extérieurs apparaît prépondérante pour les cancers les plus fréquents qui frappent des tissus qui séparent le corps du milieu dans lequel on vit : les cancers de la peau surviennent principalement sur les zones cutanées (du visage, du dos des mains) exposées au soleil ; les cancers respiratoires touchent les muqueuses des voies aéro-digestives supérieures et des bronches en contact avec l'air respiré, particulièrement la fumée du tabac ; les cancers digestifs s'observent sur les parois du tube digestif au contact des aliments ; les cancers du col utérin, inexistants chez les femmes vierges, intéressent un organe modifié par les infections génitales. Parmi les tumeurs fréquentes, seuls le cancer du sein de la femme et celui de la prostate ne sont pas en contact avec le milieu extérieur.
De nombreux travaux comme ceux conduits à Lyon par le CIRC ont permis d'avancer que 80% des cancers étaient ainsi liés à un facteur environnemental et pouvaient donc être évités. Cette information doit être complétée par l'idée que l'individu contrôle lui-même la plupart de ces facteurs suivant son mode de vie. Tel qu'il se conçoit en cancérologie, l'environnement relève par conséquent à la fois d'une responsabilité collective telle que le défendent les mouvements écologiques et d'une responsabilité individuelle qui laisse à chacun la possibilité de s'exposer à des influences néfastes ou de s'en préserver.
Jean Martin.
Enzymes
Les enzymes sont des protéines volumineuses (de 10 000 à un million de fois la taille d'un atome d'hydrogène) qui jouent divers rôles à l'origine des cancers, dans le fonctionnement d'une cellule cancéreuse ou pour leur traitement. Ils catalysent les réactions chimiques nécessaires à la vie d'une cellule, leur permettent de s'effectuer à vitesse élevée et avec une grande spécificité et jouent ainsi un rôle dans la reproduction cellulaire. Certains enzymes transforment des nutriments complexes en énergie, d'autres fabriquent les matériaux nécessaires à la cellule, etc. Comme toutes les protéines, ils sont constitués de l'enchaînement linéaire de " briques " élémentaires, les acides aminés ou amino-acides. Les repliements multiples de cette chaîne, sous l'effet des propriétés de chacun des amino-acides qui la composent, créent des poches et des sites de forme parfaitement définie, dans lesquels se place la molécule sur laquelle l'enzyme va travailler et elle seule.
Vingt acides aminés seulement composent les différents enzymes. Leur enchaînement, à l'origine de la structure dans l'espace de l'enzyme, est commandé par l'ADN. Une machinerie complexe intervient pour traduire l'information codée contenue dans l'ADN en une protéine fonctionnelle. C'est cette information qui peut être altérée dans les cancers : un enzyme stimulant la reproduction cellulaire est fabriqué en excès ou un autre la freinant est insuffisant. C'est aussi par l'intermédiaire des enzymes qu'agissent les médicaments anticancéreux, en particulier les antimétabolites.
Certains enzymes passent des cellules dans le sang où on peut les doser ; leur augmentation traduit parfois une destruction cellulaire, spontanée ou à la suite de chimiothérapie cytotoxique ( voir LDH, transaminases, phosphatases), ou leur production par les cellules tumorales comme pour la phosphatase acide prostatique.
Jacques Robert.
Éosinophilie
Cette augmentation d'une espèce de globules blancs, les granulocytes éosinophiles, dans le sang s'observe au cours de certains cancers. Ces granulocytes sont ainsi nommés à cause de leur affinité vis-à-vis de colorants acides à base d'éosine que l'on utilise pour mettre en évidence les cellules étalées sur un frottis. Les granules ainsi colorés contiennent des enzymes qui digèrent des substances d'origine externe ou interne. En cas de cancer, les substances responsables de l'augmentation de ces granulocytes ne sont pas identifiées. L'éosinophilie s'observe surtout dans les suites d'une radiothérapie qui a détruit les cellules tumorales et libéré leurs produits de nécrose. Ceux-ci sont responsables d'une augmentation transitoire des éosinophiles. Elle peut également survenir spontanément et a une signification défavorable, surtout si elle est très élevée.
Bernard Hœrni.
Épendymoblastome
Tumeur rare développée à partir de l'épendyme qui est la membrane tapissant les cavités ou ventricules situés au centre du système nerveux central. L'épendymoblastome est la variété la plus maligne de l'épendymome.
Épendymome
Tumeur rare du système nerveux central correspondant à un gliome développé à l'intérieur des cavités ventriculaires du cerveau. Sa malignité est variable. Sa situation profonde, surtout dans les cavités médianes au contact de structures cérébrales assurant des fonctions vitales, rend son ablation chirurgicale souvent difficile.( voir aussi Vivre* à corps perdu.)
Épidaure (Espace de Prévention et d'Information du Val d'Aurelle)
Centre d'information* pour la prévention* des cancers dont le sigle rappelle la ville grecque où enseignait et exerçait Esculape, le dieu de la médecine. Conçu par le Professeur Henri Pujol, directeur du centre de lutte contre le cancer de Montpellier, soutenu par le Conseil général de l'Hérault, ce centre a ouvert en 1988. Son architecture comme son équipement mettent l'accent sur les moyens les plus modernes pour informer sur les cancers un public non médical surtout fait d'élèves de collèges et lycées. Les matériels informatiques permettent une consultation interactive et une documentation personnalisée insistant sur les facteurs d'environnement et de mode de vie que chacun a la possibilité et la responsabilité de contrôler pour lui-même et les autres. Epidaure offre également des salles pour tenir des réunions publiques organisées par des associations, publiques ou privées, et sert de centre de coordination pour les actions d'information dans l'ensemble de la région, en liaison avec des initiatives nationales ou régionales.
Jean-Bernard Dubois.
Épidémiologie
Réservée autrefois à l'étude des maladies infectieuses, l'épidémiologie s'est étendue aux maladies chroniques, notamment au cancer, après la dernière guerre mondiale, sous l'influence des Anglo-Saxons comme Richard Doll. L'épidémiologie des cancers est l'étude des variations de leur fréquence et de leur répartition en fonction de caractéristiques liées au comportement individuel (tabagisme, alcoolisation...) ou collectif (risque professionnel...). Les résultats acquis depuis 40 ans ont souvent servi de guide pour la recherche et contribué à élaborer la prévention qui constitue une des armes majeures de la lutte contre les cancers.
Dans un premier temps, l'épidémiologie formule des hypothèses à partir de l'évolution de la fréquence et de la répartition des tumeurs dans le temps et dans l'espace. Elle utilise pour cela des données de mortalité et de morbidité.
Les données de mortalité sont établies à partir des certificats de décès qui existent depuis longtemps. Elles montrent que la mortalité de certains cancers augmente (le cancer des bronches chez l'homme et le cancer du sein chez la femme, en France) tandis que celle d'autres cancers diminue (le cancer de l'estomac chez l'homme et du col de l'utérus chez la femme dans la plupart des pays). Elles permettent d'établir, dans un pays, ou dans un ensemble de pays, notamment en Europe, des atlas du cancer qui relèvent des " foyers " de décès dans certaines régions : par exemple un excès de décès par tumeur de l'œsophage chez l'homme en Normandie et en Bretagne a été rapproché d'une forte consommation d'alcool dans ces régions.

[Epidémiologie]
Mortalité due au cancer par rapport à la mortalité générale (en %). OMS. (La surface de chaque pays est proportionnelle à sa population).
La morbidité est étudiée le plus souvent par la fréquence d'apparition de nouveaux cas (incidence) dans une population donnée. Des registres de cancers existent maintenant dans la plupart des pays. En France, il existe des registres départementaux généraux du Bas-Rhin, du Doubs, du Calvados, de l'Isère et du Tarn, parmi les plus anciens, ou spécialisés dans les tumeurs digestives de Bourgogne, du Calvados et de la Haute-Garonne.
L'épidémiologie analytique mesure chez un individu son risque d'avoir un cancer par rapport à son exposition à un facteur susceptible d'en être la cause (appelé facteur de risque). On définit des risques relatifs d'avoir un cancer pour une population exposée : des enquêtes comparent des sujets atteints de cancer à des sujets témoins vis-à-vis de l'exposition à un facteur de risque (enquête cas-témoins) ou surveillent l'apparition de tumeurs chez des sujets exposés ou non à un facteur de risque (enquête de cohorte). Les résultats montrent une grande variété des facteurs et leur multiplicité pour un même cancer. Les conclusions que l'on peut en tirer sont doubles : le rapprochement des constatations épidémiologiques et des découvertes expérimentales améliore la connaissance de la cancérogenèse ; sur le plan pratique, il suggère une prévention pour certains facteurs de l'environnement.
Enfin, l'épidémiologie expérimentale est un outil, indispensable dans l'évaluation de tout processus de santé, qui répond au même principe que les essais thérapeutiques. On compare plusieurs groupes d'individus, deux en général, l'un étant soumis à un acte de prévention, l'autre servant de témoin. L'affectation à l'une ou l'autre des attitudes est faite selon les lois du hasard, par tirage au sort, condition indispensable pour que les deux groupes soient comparables. Ces essais de prévention peuvent concerner la prise d'un médicament ou un examen de détection diagnostique. Un important essai comparatif a été entrepris chez des médecins américains volontaires pour lesquels le tirage au sort a déterminé qu'ils prendraient un dérivé de la vitamine A (b carotène) ou un placebo (substance imitant le médicament mais dépourvu de substance active) : le taux d'apparition de cancer dans chaque groupe a montré plus de tumeurs malignes chez les personnes prenant un supplément vitaminique. Un autre exemple est une étude suédoise ayant comparé deux groupes de femmes de plus de 50 ans, l'un faisant l'objet d'une mammographie (radiographie des seins) systématique tous les cinq ans, l'autre n'ayant pas cet examen : les résultats ont montré que la mortalité par cancer du sein était significativement moindre dans le groupe dépisté par mammographie que dans l'autre.
Les effets d'un dépistage de masse dans une population donnée sont évalués par l'évolution sur plusieurs années de la morbidité et de la mortalité du cancer que l'on cherche à prévenir. Cette évaluation est plus facile dans les régions disposant d'un registre des cancers.
Épirubicine
Médicament* anticancéreux de la famille des anthracyclines, l'épirubicine est utilisée depuis 1986 dans de multiples tumeurs* (carcinomes, sarcomes, lymphomes), en remplacement de la doxorubicine dont elle est voisine. Elle possède le même mécanisme d'action et la même efficacité. L'épirubicine s'utilise en injections intraveineuses strictes " en flash ", pour éviter une extravasation. Elle disparaît du sang et se fixe dans les tissus avec la même rapidité que la doxorubicine. Son métabolisme légèrement différent explique peut-être sa meilleure tolérance : l'alopécie est moins fréquente et la tolérance hématologique meilleure. On peut l'administrer plus longtemps et à des doses plus élevées avant que ne se manifeste la toxicité habituelle des anthracyclines pour le cœur.
Jacques Robert.
Saignement du nez. Une épis-taxis peut être provoquée par une lésion ou une irritation des fosses nasales, ou bien favorisée par une tendance générale à saigner quelle qu'en soit la cause (voir Hémorragie).
Épithélioma
Terme désuet, désignant un cancer développé à partir d'un épithélium, désormais remplacé par " carcinome ".
Épithélium
Tissu de revêtement, à l'origine des cancers les plus nombreux, les carcinomes. Il est externe sur la peau, intermédiaire sur une muqueuse ou interne pour une glande. Un épithélium n'est généralement pas vascularisé, aucun vaisseau ne l'irriguant directement. Il est constitué de plusieurs couches de cellules juxtaposées qui sont aplaties dans un épithélium pavimenteux ou cubiques dans un épithélium cylindrique. Les cellules épithéliales reposent sur une membrane basale qui les sépare des tissus sous-jacents et dont l'effraction représente une des premières manifestations de l'invasion d'un cancer.
Bernard Hœrni.
Epstein (Anthony, 1921- )
Médecin et virologue anglais ayant découvert en 1964, avec sa collaboratrice Yvonne Barr, le premier virus reconnu à l'origine d'un cancer humain et qui a pris leurs noms (
Voir ci-dessous). C'est en 1961, en assistant à une conférence de Denis Burkitt sur le lymphome africain, réparti selon des facteurs géographiques et climatiques faisant suspecter une influence virale, qu'il décide de rechercher ce possible virus. Il analyse pendant deux ans des échantillons de tumeur de Burkitt venant d'Ouganda, jusqu'au jour où il observe des particules suspectes qu'il ne restera plus qu'à isoler. Anobli, Epstein poursuivra ses études sur ce virus en vue d'élaborer un vaccin pour en protéger les personnes exposées.
Bernard Hœrni.
Epstein-Barr (Virus d'ou EBV)
Découvert en 1964, le virus d'Epstein-Barr touche l'ensemble du monde (jusqu'à 98% des adultes ont des anticorps contre lui). C'est un membre de la famille des herpèsvirus qui entraînent l'herpès labial ou génital. Dans des conditions particulières, ce virus banal induit des tumeurs bénignes ou malignes, chez l'enfant ou chez l'adulte. Leur étude a montré l'influence décisive de l'hérédité mais surtout de l'environnement. Ce jeu interactif entre hérédité, modes de vie et un virus banal est une des clefs de l'origine des cancers.
Ce virus cause trois maladies très différentes qui se manifestent respectivement dans les pays industrialisés, en Afrique et en Chine.
La mononucléose infectieuse, ou maladie du baiser, est bien connue dans nos pays. Elle se manifeste chez l'adolescent par une angine, des ganglions, de la fièvre et une fatigue parfois extrême qui traîne de longs mois. Des tests sanguins détectent dans le sang des cellules anormales et des anticorps contre le virus. Cette maladie est due à la guerre fratricide que se livrent dans le sang deux populations de lymphocytes : des lymphocytes B, infectés par le virus EB, qui ont tendance à se multiplier, et des lymphocytes T, gendarmes qui surveillent et détruisent toute cellule touchée par un virus. Dans le sang, ces lymphocytes T réactifs nombreux donnent parfois l'impression d'une leucémie. La mononucléose est une maladie bénigne dans 99% des cas. Très rarement, elle favorise le développement d'une maladie de Hodgkin.
Le lymphome de Burkitt de l'enfant africain a des caractéristiques étranges. Fréquent dans les vallées profondes, absent des hauts plateaux de l'Afrique de l'Est, il est causé par l'enchaînement de trois phénomènes banals, qui entraîne la multiplication incontrôlée de lymphocytes B infectés par le virus EB. Tout commence peu après la naissance. Quand le berceau n'est pas recouvert d'un voile, les moustiques transmettent au nouveau-né le parasite du paludisme. Dans le même temps, après les premiers mois d'allaitement exclusif au sein, la mère offre au bébé par un baiser nourricier des aliments pré-mâchés, mêlés à de la salive qui contient très souvent du virus EB. La conjonction de ces deux événements entraîne, chez le nourrisson au système immunitaire immature, une prolifération de lymphocytes B infectés par le virus. Les défenses immunitaires se développent néanmoins progressivement et l'enfant survit avec une population de lymphocytes B infectés par le virus EB et stimulés par le paludisme. Intervient alors un troisième facteur, aléatoire et indépendant des deux premiers, un échange de matériel héréditaire (ADN) entre deux chromosomes : le chromosome 8, porteur d'un proto-oncogène appelé c-myc, lié à la prolifération des lymphocytes B, transfère une partie du matériel génétique de ce gène sur des chromosomes 2, 14 ou 22, qui contrôlent la fabrication des anticorps. Ce rapprochement de deux gènes " critiques " déclenche la prolifération cancéreuse des lymphocytes touchés.
Ce cancer est très rare chez l'enfant européen ou américain et absent en Extrême Orient (Chine et Japon). Dans les cas occidentaux, on retrouve le transfert chromosomique de l'oncogène c-myc, sans paludisme ni virus EB. Les fréquences de ces tumeurs dans différentes régions géographiques indiquent l'impact de trois facteurs conjuguant leurs actions : à côté de l'activation de l'oncogène c-myc, les causes secondaires sont d'une part une infection précoce par le virus EB qui, dans les pays en voie de développement, multiplie le risque de lymphome de Burkitt par 20, d'autre part le paludisme sévère dans les régions équatoriales de basse altitude qui augmente ce risque d'un facteur 10. Ainsi ce cancer de l'enfant est très fréquent en Afrique équatoriale, fréquent en Afrique du Nord et rare en Europe. Sa prévention passe par une meilleure hygiène réduisant la transmission précoce du virus et du paludisme.
Le virus EB joue aussi un rôle à l'origine des lymphomes malins survenant chez des malades atteints de sida. Dans la moitié des cas environ on en retrouve la trace. Il favoriserait l'infection des lymphocytes par d'autres virus plus directement responsables de la dégénérescence maligne.
Le cancer du nasopharynx (NPC) se développe en arrière des fosses nasales. Cette région joue un rôle de filtre et arrête les poussières et microbes inhalés par le nez. Ce filtre est formé par une muqueuse respiratoire, hérissée de cils, reposant sur une sous-muqueuse riche en lymphocytes. C'est à la jonction entre ces deux populations cellulaires – épithéliale et lymphocytaire – que se joue le drame, impliquant le virus EB, des facteurs d'environnement et génétiques, qui aboutit éventuellement à un cancer, en Chine du Sud, au Maghreb ou dans l'Arctique.
Le virus EB est présent dans les cellules cancéreuses de l'épithélium. Ce gros virus code plus de 100 protéines spécifiques, l'une d'entre elles étant déterminante pour les cellules du nasopharynx. Avec des collègues chinois nous avons pu " utiliser " ce virus pour diagnostiquer très précocement le cancer, permettant ainsi une guérison par radiothérapie dans plus de 80% des cas découverts au début. Un anticorps dirigé contre le virus détecte non seulement les tumeurs, mais aussi les individus qui ont un risque élevé de développer un tel cancer dans les 12 à 24 mois.
Le deuxième facteur est lié à des habitudes alimentaires qui caractérisent chaque groupe ethnique et varient d'une région à l'autre. L'étude de la distribution géographique de ce cancer et de sa fréquence lors de migrations et de changements d'habitudes culinaires a permis de détecter le rôle de conserves. Chez les Chinois cantonais, les préparations de poissons séchés, salés ou non, le plus souvent non vidés, contiennent des cancérogènes (nitrosamines) et des substances qui activent le virus EB. Dans le Maghreb, les préparations traditionnelles de harissa contiennent aussi des substances activant le virus EB.
Le troisième facteur est génétique. Les frères ou sœurs d'un malade ayant le même profil HLA (antigènes spécifiques du " soi ") ont un " risque NPC " plus de 20 fois supérieur à celui d'un frère ayant un profil HLA différent. Le gène de prédisposition et son rôle ne sont pas encore connus.
En résumé, le virus EB, ubiquitaire (c'est-à-dire présent dans tous les groupes humains), est associé à trois maladies présentes dans des groupes différents par les facteurs environnementaux et génétiques. La prévention de ces cancers passe par la modification des facteurs nocifs de l'environnement, ou par des tests de détection précoce, très performants pour le NPC. Un vaccin est en développement dans les laboratoires. Son application dans les populations concernées pose des problèmes éthiques et financiers.
Épuisement
Le syndrome d'épuisement (ou d'usure, burn-out en anglais) est décrit depuis 1975 pour traduire les réactions de lassitude, de découragement, voire de dépression qui s'observent chez des soignants ou dans des équipes de soins en contact avec des malades difficiles, en psychiatrie, en réanimation ou en cancérologie. Un tel épuisement est connu depuis plus longtemps pour les malades et leurs proches. Comme les patients, les soignants ont à affronter des difficultés les mettant moins directement en cause, mais nombreuses et renouvelées. Comme eux, ils ont à y faire face (coping) pour développer des réactions d'ajustement ou d'adaptation. Les conditions de soins aux cancéreux se sont récemment modifiées : les équipes de cancérologie, les médecins et infirmiers entièrement consacrés à leur traitement se sont multipliés, rendant plus apparentes des réactions jusque-là anecdotiques. L'attention portée à cet épuisement vise à en réduire la portée, notamment pour en éviter les conséquences néfastes aux malades.
Ses origines sont nombreuses (Tableau). Les expériences éprouvantes vécues en cancérologie soumettent les soignants à des stress qui peuvent rompre l'équilibre d'un professionnel même très motivé, à plus forte raison s'il a une vulnérabilité particulière. L'épuisement est moins fréquent au sein d'une équipe de soins et en pédiatrie, plus fréquent auprès de malades en fin d'évolution, dans la phase terminale de leur cancer ou aussi d'un sida. Il est favorisé par l'accumulation des problèmes médicaux, psychologiques et sociaux rencontrés.
Le syndrome d'épuisement se traduit par des manifestations évocatrices. Le soignant éprouve de la fatigue, il souffre de maux de tête (céphalées) ou présente des troubles de l'appétit ou du sommeil, il a tendance à consommer plus d'alcool ou de tabac, parfois à prendre des tranquillisants. Il présente également des modifications de l'humeur, devient irritable ou triste, il tend à pleurer facilement, manque d'attention ou témoigne ouvertement de son désintérêt pour son travail. En s'accentuant ces troubles peuvent devenir une dépression et entraîner de l'absentéisme.
Spontanément le professionnel peut transformer son travail en routine, se désinvestir, appliquer des consignes ou faire des gestes automatiques, en pensant à autre chose, ou pire dénigrer ses activités, devenir indifférent ou cynique. Le " romantisme " développé par certains crée une illusion agréable mais rarement prolongée. L'humour est aussi une réaction traditionnelle qui colore la réputation des carabins.
|
FACTEURS FAVORISANT |
Ces réactions, traditionnelles et en partie normales, peuvent être améliorées. Il faut affronter lucidement la réalité et pour cela y être préparé. Une formation apprendra à reconnaître et à gérer des difficultés émotionnelles, à trouver " la bonne distance " et, si elle échoue, orientera le soignant vers d'autres types de malades moins lourds. La communication entre soignants est essentielle pour échanger des expériences, des impressions, les partager et ainsi les supporter plus facilement, parfois avec l'aide occasionnelle ou régulière d'un psychologue ou d'un psychiatre institutionnel. Les conditions de travail peuvent être modifiées pour améliorer le fonctionnement d'un service, impliquer les soignants d'une façon plus gratifiante, en visant des objectifs réalistes. Il est aussi souhaitable de réduire dans la mesure du possible la place des soins dans l'activité quotidienne : sa variété peut être accrue et il est bon de l'ouvrir à la recherche, de l'interrompre périodiquement par de brefs déplacements, des stages professionnels ou une année sabbatique.
Bernard Hœrni.
Éruption
L'apparition de rougeurs ou de boutons sur la peau n'est pas fréquente chez un malade soigné pour un cancer. Il s'agit le plus souvent d'une réaction allergique à un médicament comme un antibiotique traitant une infection. Les maladies infectieuses éruptives les moins rares sont le zona et la varicelle. Enfin de rares cancers se manifestent sur la peau par des lésions (métastases cutanées) qu'il peut être nécessaire de prélever (biopsie) pour les examiner au microscope et les rattacher à leur cause.
Bernard Hœrni.
Érythrocytes
Voir Globules rouges.
Erzgebirge
Massif montagneux (Monts Métalliques) entre la Bohême et la Saxe où des mines, exploitées depuis le XVIe siècle, ont permis d'observer les premiers cancers professionnels signalés par Paracelse chez les mineurs comme " mal des métaux " puis par Agricola dans De re metallica (1546) comme " mal des montagnes ". Du côté allemand au nord-ouest, les mines du Schneeberg donnaient du cuivre, de l'arsenic, de l'uranium radioactif, du fer, du bismuth, du plomb, du manganèse, etc. Au sud les mines du Joachimsthal donnaient les mêmes minerais et surtout, à partir du XIXe siècle, de la pechblende d'où était extrait de l'uranium et d'où Marie Curie devait isoler le radium. Les mineurs de ces régions présentaient des maladies respiratoires avec une toux chronique toute leur vie et plus tard des cancers des bronches dont ils mouraient. Ces cancers devaient être rattachés, à la fin du XIXe, siècle et au début du xxe aux poussières respirées contenant de l'arsenic (surtout au nord) ou des substances radioactives (surtout au sud). Ils apparaissaient après 10 à 45 ans de mine (en moyenne 25 ans) chez environ un travailleur de fond sur dix. Les mineurs d'uranium présentaient encore, jusqu'à une période récente, des cancers bronchiques plus nombreux, rattachés à l'inhalation de radon, gaz radioactif abondant dans ces mines.
Bernard Hœrni.
Escarre
Cette plaie de la peau qui se nécrose, habituellement aux points d'appui, est devenue rare chez les malades atteints de cancers. Le sphacèle cutané puis l'ulcère auquel il laisse place est provoqué par une immobilisation qui fait appuyer trop longtemps le corps sur la région du sacrum et des talons, où la peau est écrasée entre un os superficiel et un matelas ou un drap trop dur. Les soins infirmiers sont nécessaires pour déplacer le malade, le retourner, le faire changer de position afin d'éviter tout appui trop prolongé, y compris la nuit. Les risques d'escarres sont surtout diminués par la réduction de l'immobilisation sous l'influence de kinésithérapie, de traitement des douleurs, de consolidation d'os fragiles par chirurgie ou radiothérapie qui permettent de mobiliser les malades le plus possible, même dans la période précédant leur décès. L'intensité de l'appui est également diminuée grâce à des matelas plus souples, en mousse ou liquides. Ces moyens judicieusement mis en œuvre, au prix d'une vigilance constante pour les patients les plus fragiles, ont pratiquement fait disparaître les escarres, leur risque d'infection, leur inconfort.
Bernard Hœrni.
Essai thérapeutique
Avant d'être adoptée et diffusée, une innovation doit être testée, évaluée, en cancérologie comme dans d'autres disciplines. Il peut s'agir d'une nouvelle technique chirurgicale, d'une nouvelle manière d'irradier, d'un nouveau médicament ou d'une nouvelle association de moyens précédemment connus. L'épreuve à laquelle ils sont soumis doit déterminer leurs inconvénients et leurs avantages, parfois aussi le meilleur moyen de les appliquer ou les meilleures indications : un traitement peut être efficace pour un cancer et pas pour un autre, toléré par un malade jeune et pas par un malade âgé, etc. C'est l'objet de la recherche thérapeutique de découvrir de nouveaux traitements, de les mettre au point, de prouver leur intérêt et de préciser leurs indications.
C'est une démarche difficile et longue qui doit respecter, selon les principes éthiques, l'intérêt des personnes soumises à ces essais et la rigueur scientifique qui permet de cerner au plus juste la réalité. L'introduction d'une innovation suit ainsi plusieurs étapes et peut, à tout moment, s'arrêter si un obstacle majeur conduit à y renoncer. On distingue schématiquement plusieurs phases après les études biochimiques et biologiques in* vitro et les expérimentations chez l'animal. Un essai de phase I correspond à la première application d'une nouveauté chez l'homme en vue de déterminer un mode d'administration toléré à la dose la plus haute possible et vraisemblablement la plus efficace. L'essai de phase II consiste à traiter un certain nombre de malades selon la technique mise au point pour en observer les effets à plus grande échelle. Selon l'efficacité observée, un essai de phase III, comparatif, cherche à établir la supériorité du nouveau traitement par rapport à celui appliqué jusque-là. Enfin l'essai de phase IV comporte une observation, à plus grande échelle et à plus long terme, des effets favorables et défavorables du traitement.
Cette recherche biomédicale respecte des règles mises au point au cours des dernières décennies. Des protocoles d'essai sont rédigés par des médecins et chercheurs qui s'unissent en groupes coopérateurs, en tenant compte de l'expérience antérieure d'autres équipes et de leur expérience propre. Ces projets sont soumis à des conseils scientifiques. Ils sont aussi soumis, depuis la loi de 20 décembre 1988, dite loi Huriet, à un Comité consultatif de protection des personnes dans la recherche biomédicale (CCPPRB) dont l'avis favorable est nécessaire. Ce comité réunit des médecins, des chercheurs et des représentants de la société pour donner un double avis, scientifique et éthique. L'information des malades entrant éventuellement dans un essai est indispensable pour obtenir leur consentement éclairé, sans exercer de pression et en tenant compte de leur vulnérabilité, en leur laissant toute liberté de refuser de participer à l'essai ou d'en sortir à tout moment, sans que la qualité de leur traitement et de leur prise en charge ni celle de la relation médecin-malade soient altérées.
Le protocole d'un essai peut être également soumis à un organisme susceptible de financer l'étude par un contrat de recherche. Ces essais ne sont pas limités aux traitements mais sont également justifiés pour tester une nouvelle exploration ou plus généralement une nouvelle attitude, comme le fait par exemple l'épidémiologie expérimentale dans une démarche de prévention ou de dépistage. À l'issue de telles études, on peut porter une opinion sur une méthode qui a été évaluée, éprouvée, contrairement aux méthodes inéprouvées, dites aussi parallèles.
Bernard Hœrni.
Esthésioneurome
Tumeur maligne rare développée à partir d'un nerf (neurome) jouant un rôle sensoriel, en particulier du nerf olfactif responsable de l'odorat. Dans ce cas la perte de l'odorat est souvent le premier symptôme.
Estomac
(Cancer de l')
Déjà signalé dans le papyrus Ebers
comme entraînant un manque d'appétit, une gêne après
les repas et un visage altéré, puis connu comme " maladie
cardiaque " (le cardia étant l'orifice supérieur de l'estomac)
par Celse, décrit quelques décennies
plus tard par Arétée de Cappadoce (81-138), puis par le médecin
arabe Avenzoar (1073-1162), le cancer de l'estomac se développe à
partir du revêtement de la paroi (épithélium)
ou muqueuse gastrique. C'est un adénocarcinome
qui ne survient jamais sur une muqueuse saine mais succède à
un état précancéreux, appelé
dysplasie, qui fait lui-même suite à
une inflammation ou gastrite chronique. Il est favorisé
(cancérogenèse) par certains facteurs
alimentaires liés à la conservation des aliments, comme le sel.
Les nitrates contenus dans des légumes verts,
des féculents ou l'eau de boisson jouent un rôle lorsqu'ils sont
abondants et transformés en nitrites dans l'estomac. On discute du
rôle d'une bactérie récemment identifiée,
Helicobacter pylori, surtout pour
les cancers de l'antre, partie basse et horizontale qui se continue par le
duodénum. Le nombre de nouveaux cancers de l'estomac par an en France
est de 15 pour 100 000 hommes et de 6 pour 100 000 femmes, soit environ 8
000 cas. Cette incidence décroît
de 2% par an en moyenne, probablement parce que les facteurs alimentaires
cancérogènes diminuent grâce à une meilleure conservation
des aliments, par réfrigération, et à
une consommation moindre de salaisons.
Le symptôme révélateur le plus fréquent est une douleur située à la partie haute et médiane du ventre (épigastre). Plus rarement c'est un amaigrissement, une baisse des globules rouges (anémie), voire une perte de sang visible dans les selles qui attirent l'attention. " Les malades ressentent dans la région de l'estomac une douleur lourde, parfois lancinante ; ils deviennent maigres, émaciés, pâles, sans force, incapables de vaquer à leurs affaires ordinaires. " (Arétée de Cappadoce). Des vomissements en rapport avec un rétrécissement de l'estomac sont également possibles (hématémèse). C'est l'endoscopie (fibroscopie) gastro-duodénale qui permet le diagnostic. Cet examen utilise des fibres optiques ou une caméra miniaturisée qui montre l'intérieur du tube digestif haut. La tumeur se présente comme un bourgeon fragile qui saignote et présente des zones ulcérées (en creux). Elle se situe à la partie toute supérieure de l'estomac (le cardia) ou siège, le plus souvent, à sa partie moyenne (l'antre). La fibroscopie permet des prélèvements (biopsie) qui, analysés au microscope, confirment la nature tumorale de la lésion ; elle permet également le diagnostic des cancers au début de leur développement, au stade de " cancer superficiel de l'estomac ".
Une décision de traitement est prise après examen clinique complet, radiographie des poumons, échographie du foie à la recherche de métastases hépatiques et des prélèvements sanguins dont un dosage du CA 19.9 : si ce marqueur est élevé, il permettra de mieux suivre le traitement. L'espérance de vie des patients ayant un cancer de l'estomac est comprise entre 5 et 70% à cinq ans selon l'étendue de la maladie. Elle est moindre s'il y a des métastases (qui existent dès la première consultation chez 30% des patients, dans le foie, les ganglions, le péritoine ou les poumons), des ganglions envahis autour de la tumeur, décelés lors de l'analyse des lésions enlevées par le chirurgien, ou si le cancer s'étend à travers la paroi de l'estomac.
Le traitement, essentiellement chirurgical, consiste à retirer tout ou partie de l'estomac. Les deux premières gastrectomies pour cancer ont été tentée par Péan (1830-1898) en 1879, en France, et réalisée en 1881 par Billroth à Vienne. En cas de cancer de l'antre, l'intervention est une gastrectomie qui enlève les quatre cinquièmes inférieurs de l'estomac, la partie initiale du duodénum et les ganglions voisins. La poche d'estomac restante est raccordée à l'intestin grêle pour rétablir la continuité du tube digestif. En cas de cancer haut situé il faut enlever la totalité de l'estomac (gastrectomie totale) et raccorder directement l'œsophage à l'intestin grêle. Lorsque la tumeur ne peut être enlevée et qu'elle bloque le passage des aliments, des interventions de dérivation la court-circuitent. Après chirurgie gastrique, des séquelles peuvent s'observer pendant ou après les repas. Dans un tiers des cas des symptômes modérés s'observent, qui ne gênent l'activité socio-professionnelle que dans 2 à 3% des cas. La chimiothérapie est modérément active. Les associations les plus récentes entraînent une diminution significative de la taille de la tumeur dans un cas sur deux environ et une fois sur dix sa disparition complète pendant quelques mois ou quelques années. Les traitements les plus actifs consistent en fluorouracil en perfusion continue, en association de fluorouracil, doxorubicine et méthotrexate, ou de cisplatine, fluorouracil, acide folinique et étoposide. La radiothérapie peut traiter des lésions résiduelles localisées ou des récidives locales ou métastatiques.
Un cancer de l'estomac sans métastase doit être opéré. Il n'est pas démontré que l'adjonction d'une chimiothérapie améliore la survie. Lorsqu'il n'est pas associé à des métastases mais qu'il est inextirpable, une chimiothérapie est réalisée et la tumeur est éventuellement enlevée dans un deuxième temps. Dans les formes métastatiques, seule une chimiothérapie, éventuellement associée à une radiothérapie, peut être tentée.
Voir aussi : L'Avocat
du Diable, Journal d'un curé
de campagne.
Dans le cadre des États généraux de la santé organisés en 1998-99, les États généraux du cancer sont préparés par une centaine de réunions régionales et organisés en une importante réunion nationale le 28 novembre 1998 à l'initiative de la Ligue* contre le cancer. Principalement destinés à permettre aux patients et à leurs proches de s'exprimer, ils mettent en évidence la volonté de faire tomber les tabous, d'améliorer la prise en charge globale et l'information des malades et de leurs familles et de renforcer leur soutien psychologique et la réadaptation sociale et professionnelle des personnes guéries.
Éthique
Une tumeur maligne, expose une personne à la mort. À un moindre degré, des sacrifices ou des mutilations sont nécessaires à la recherche de la guérison. Dans tous les cas l'intégrité de l'être est compromise et les médecins et autres soignants ont à intervenir pour la rétablir ou en limiter la dégradation dans toute la mesure du possible. Mais les thérapeutiques ne sont jamais anodines et l'équilibre n'est pas toujours facile à trouver entre les moyens à mettre en jeu et l'objectif visé, d'autant que leurs relations échappent à la certitude pour répondre seulement à des probabilités. De là surgissent des questions éthiques dont la solution impose d'abord de considérer la personne malade.
Contrairement à d'autres atteintes pathologiques, les cancers touchent rarement la conscience. C'est dire que l'individu malade, premier concerné, doit se voir reconnaître la place centrale et le rôle principal, contrairement à certaines positions traditionnelles qui en faisaient un élément passif sinon mineur. Sa lucidité fait préférer la relation directe, en abandonnant les simulacres et des faux semblants qui ont longtemps " truqué " une relation et souvent détérioré l'état d'une personne considérée comme quantité négligeable et comme mise de côté par rapport à l'affaire la concernant pourtant au premier chef. Ce respect qu'elle mérite, encore plus qu'une personne bien portante, justifie reconnaissance et considération, premiers facteurs d'une dignité qui est d'abord morale. À l'opposé d'une infantilisation naturelle et trop courante, il s'agit plutôt de reconnaître et préserver l'autonomie du malade, de lui laisser la liberté qu'a épargnée la maladie et qu'il souhaite continuer à exercer, de le considérer comme un adulte lucide avec qui on peut avoir une relation honnête et authentique. C'est la seule manière de le faire participer à des décisions qui mettent en jeu ses intérêts. Ceux-ci sont trop souvent jugés par les soignants, alors que rien ne les autorise à se substituer au patient pour décider à sa place, que tout les incite à résister à une tentation d'identification : un jeune médecin ne saurait apprécier la sexualité d'une dame âgée, ni une jeune infirmière célibataire les préoccupations familiales d'un vieux monsieur... Ces intérêts ne sont pas faciles à identifier, même pour le malade lui-même, et peuvent s'intriquer ou s'opposer : c'est le malade, aussi bien documenté qu'il le souhaite, qui peut seul déterminer ce qu'il est prêt à sacrifier, immédiatement ou plus tard, pour obtenir des avantages jamais assurés. Comme les bien portants, les malades ont en général tendance à privilégier le bref terme par rapport au long terme et il faut leur rappeler que leur avenir reste ouvert et qu'ils doivent aussi y penser. Une confiance mutuelle entre malade et médecin est nécessaire pour des échanges aussi approfondis que nécessaires, selon les circonstances, autant que le praticien en a besoin et que le malade le suit : cela permet d'intégrer les souhaits du malade dans la décision thérapeutique, autant que la tumeur et sa menace en laissent la possibilité. L'évolution des mentalités conduit heureusement à rencontrer de moins en moins de personnes prêtes à suivre aveuglément un médecin, sans savoir où il les mène.
À la base du consentement éclairé qui est une règle, ces échanges sont déterminants pour les décisions thérapeutiques. La maladie a ses impératifs, les traitements nécessaires pour combattre une affection grave sont à la fois efficaces et toxiques, ils peuvent même exposer à un risque de mort qu'on ne saurait oublier. Les termes de cet enjeu ne sont pas spécialement agréables, mais ils ne sont pas honteux et le réalisme améliore la plupart du temps la situation des malades pilotés plutôt que ballotés, positionnés plutôt que perdus. L'évaluation nécessaire est difficile, les vœux émis par le malade peuvent aider le médecin, même si ce dernier devra parfois expliquer et persuader que ces vœux sont irréalistes. La vérité n'est pas un bloc à asséner sans précaution ni à maquiller, le temps aide à développer des explications toujours utiles et parfois indispensables : c'est notamment le cas des essais thérapeutiques – qui rappellent la permanence des considérations scientifiques – pour lesquels le consentement doit être encore plus explicite que d'ordinaire et désormais, en France, écrit.
Les difficultés éthiques peuvent culminer à la phase ultime d'une évolution qui a mal tourné. L'acharnement thérapeutique est aussi souvent demandé par les malades ou leurs familles qu'il est évoqué par les médecins. L'abstention est aussi une tentation pour les uns comme pour les autres. Entre une obstination abusive et une euthanasie illégitime, des échanges permanents s'imposent dans le cadre d'un accompagnement : il aide au processus de deuil du mourant comme de ses proches et permet une mort paisible et digne (orthothanasie) à laquelle chacun a droit.
Les cancers posent aussi des questions éthiques à la société : en matière de santé publique les pouvoirs publics ont des responsabilités pour protéger les individus d'une nation, les individus ont eux-mêmes des modes de vie qui comportent des dangers et des risques de cancers. Le tabac en offre un exemple éclairant : de nombreux intérêts ont laissé, jusqu'à ces dernières années, toute liberté de dissémination à un produit particulièrement dangereux qui tue des millions d'individus dans le monde et met en jeu des intérêts matériels colossaux. Le dépistage de certains cancers en donne d'autres exemples. Concilier les intérêts collectifs et individuels n'est pas toujours facile, même s'ils finissent par se rejoindre à terme.
Les considérations économiques exposent aussi à de douloureux dilemmes quand les dépenses de santé se trouvent limitées, même si cela n'est pas nouveau : le radium a été un des produits de l'activité humaine les plus chers en son temps et les centres de lutte contre les cancers ont répondu à un effort particulier pour mettre au point des moyens de traitement excessivement chers.
Toutes ces questions sont importantes, complexes, subtiles. Elles doivent être largement débattues et ne sauraient comporter des domaines cachés ou inavouables, même si certaines explications, certains échanges de points de vue demandent du temps. Tous les malades, toutes leurs familles, tous les soignants mais aussi toute la société sont concernés par une catégorie de maladies qui reste un fléau dans des populations vieillissantes dont l'âge a pour inévitable rançon une augmentation des maladies dégénératives. De tels débats devraient à la fois refléter la maturité d'une société pour aborder et résoudre des questions difficiles et contribuer à sa maturation.
Bernard Hœrni.
Étude des causes d'une maladie. Parfois utilisé improprement pour désigner ces causes.
Étoposide
Aussi appelé VP16, ce médicament, isolé en 1965, a été longtemps négligé parce qu'il n'était pas administré de la meilleure manière : son usage s'est développé à partir du moment où on a commencé à le donner plusieurs jours de suite, ce qui améliore beaucoup les résultats par rapport à une injection unique. C'est un dérivé d'hémisynthèse des podophyllines extraites de racines de plantes herbacées voisines de la mandragore. Il inhibe une enzyme indispensable à la replication de l'acide désoxyribonucléique ( ADN), la topo-isomérase II et bloque ainsi les reproductions cellulaires. Lorsqu'une cellule cancéreuse est résistante à la doxorubicine et aux autres poisons du fuseau ( alcaloïdes de la pervenche), elle est en général résistante à l'étoposide. Liée à l'expulsion active du médicament par la cellule, cette chimiorésistance existe d'emblée ou apparaît secondairement.
Ce médicament s'administre par voie veineuse ou par la bouche, dans ce dernier cas pendant plusieurs jours à plusieurs semaines. Son absorption digestive est limitée à des doses de 100 mg/jour.
Comme la plupart des chimiothérapies, l'étoposide est responsable d'une diminution des globules blancs et des plaquettes. Cette toxicité dépend de la dose, tout comme son efficacité. Cette liaison de l'effet à la dose explique que ce médicament soit administré à très hautes doses, avant une greffe de moelle ou une transfusion de cellules souches permettant la récupération plus rapide des cellules sanguines. L'étoposide et le cisplatine donnés ensemble ont une activité plus importante que s'ils sont administrés indépendamment. Ce médicament est essentiel dans le traitement des tumeurs du testicule, des cancers du placenta ( choriocarcinomes), des cancers des bronches à petites cellules, des lymphomes malins et de la maladie de Kaposi. Son activité est plus modeste dans les cancers du sein, de l' ovaire ou dans les tumeurs cérébrales.
Études
Voir École, Enseignement.
Eugène-Marquis (Centre)
Le centre de lutte contre le cancer de Rennes a été fondé en 1923 par le Professeur E. Marquis. D'abord installé dans les "Hospices" de Pontchaillou, le Centre occupe des bâtiments qui lui sont propres depuis 1936. Au Professeur Marquis succèdent en 1949 aux fonctions de directeur le Professeur Daniel Ferey (1949-1956), puis les Professeurs Julien Guelfi (1956-1978) Jean-Laurent Richier (1978-1990) Jean-Yves Herry.(1990-2000) et Patrick Bourguet.
Le centre anticancéreux de Rennes dispose d'un ensemble d'hospitalisation de 122 lits (dont 30 lits d'hématologie* mis à la disposition du CHU). Il est équipé d'un plateau technique moderne et complet autorisant une prise en charge globale des patients à tous les stades de la maladie cancéreuse.
En terme d'équipements lourds, le Centre Eugène Marquis dispose de deux accélérateurs* de particules et d'une bombe* au cobalt*, de 6 caméras à scintillations (dont une caméra dédiée à la tomographie par émission de positons*), d'un scanner*.
Les liens avec le Centre Hospitalier Universitaire sont étroits. Une convention tripartite CHU-Faculté-Centre Eugène Marquis, fixe les conditions dans lesquelles le centre participe aux missions hospitalo-universitaires de soins, d'enseignement* et de recherche*. Par ailleurs, l'Institut de Cancérologie de Rennes associant le centre de lutte contre le cancer, le CHU et la Clinique Mutualiste de la Sagesse a été créé en vue de constituer au sein du réseau de soins un pôle de référence régional en cancérologie.
L'implication du centre anticancéreux dans la recherche biologique et médicale est croissante. Trois axes de recherche sont privilégiés : les essais* thérapeutiques, l'imagerie* médicale, la thérapie cellulaire.
Jean-Yves Herry.
Eurocancer
Manifestation de formation continue destinée aux médecins, infirmières et autres soignants impliqués dans le traitement des cancers. Elle est organisée à Paris, chaque année au printemps, depuis 1988, avec l'aide de la Ligue contre le cancer et de l'industrie pharmaceutique. Elle favorise les échanges multidisciplinaires pour des mises au point sur la recherche, le diagnostic et le traitement des principales tumeurs.
Mouvement d'origine italienne comme son nom l'indique - conçu en 1992 par le Pr U. Veronesi à Milan - destiné à mobiliser les femmes contre le cancer du sein qui tue près de 50 000 femmes chaque année en Europe. Il rassemble et coordonne les actions d'associations de volontaires bénévoles dans plus de vingt pays. Ses objectifs sont de sensibiliser les femmes à ce cancer, de favoriser l'information de tous, le dépistage*, les bonnes pratiques des soignants pour le meilleur traitement de chaque patiente et de stimuler la recherche.
Bernard Hœrni
European Cancer Centre
Ce " centre européen du cancer " a été fondé à Amsterdam en octobre 1991 en réunissant trois institutions préexistantes : l'Institut du cancer des Pays-Bas lié à l'Hôpital Antoni van Leeuwenhoek, l'Hôpital de l'Université libre et le Centre médical de l'Université. La mise en commun de leurs moyens, déjà importants, doit stimuler la recherche préclinique et clinique en facilitant les échanges et les rapports entre chercheurs fondamentaux et cliniciens. Ce centre a également développé un programme de formation pour recevoir des chercheurs ou médecins désirant acquérir une expérience complémentaire. Les premiers projets portent sur les papillomavirus, le taxol et de nouvelles méthodes de radiothérapie. En liaison avec d'autres institutions européennes comme l' OERTC et avec le National Cancer Institute américain, ce centre a pour ambition de valoriser les moyens existants pour accélérer les progrès de la lutte contre les cancers.
Bernard Hœrni.
European Journal of Cancer
Journal européen de cancérologie créé en 1965. D'abord trilingue (anglais, français, allemand) puis exclusivement anglophone, c'est l'organe officiel de l'Organisation Européenne pour la Recherche et le Traitement du Cancer ( OERTC). Son rédacteur en chef est le Belge Henri Tagnon de sa création jusqu'en 1989, puis l'Anglais Michael Peckham. Il est devenu également l'organe d'expression de la Fédération des Sociétés Européennes du Cancer (FECS), de l' Ecole Européenne d'Oncologie (ESO) et de l' Association Européenne pour la Recherche sur le Cancer (EACR).
Bernard Hœrni.
European School of Oncology (ESO)
Créée en 1982 à l'initiative du Professeur Umberto Veronesi de Milan avec la participation de nombreux cancérologues européens, l'ESO est une institution privée à but non lucratif dont l'objet est de développer l' enseignement et la formation dans une discipline médicale qui n'est pas encore reconnue officiellement dans tous les pays. Elle organise des stages, des séminaires, des conférences, ouverts à de jeunes cancérologues, mais aussi à d'autres médecins, à des infirmières ou à des secrétaires. Ces réunions se tiennent dans les principaux pays d'Europe occidentale mais aussi en Europe de l'Est, au Moyen Orient, en Afrique du Nord, en Amérique du Sud, en anglais ou dans la langue du pays hôte. Elles utilisent les moyens les plus modernes de communication (enregistrements de cassettes, enseignement à distance, etc.). Le financement vient de l'industrie pharmaceutique, de différentes ligues nationales contre le cancer, de la Commission des Communautés européennes, des sociétés de cancérologie, de contributions privées et de la participation des étudiants.
Bernard Hœrni.
Europe contre le cancer
Programme communautaire décidé par les chefs d'État et de gouvernement de la Communauté européenne (devenue depuis Maastricht en 1993 Union européenne) réunis au sommet de Milan en 1985. Sous la direction du Professeur Maurice Tubiana (jusqu'en 1994), avec l'aide d'un comité d'experts, son action s'est principalement orientée vers la prévention et le dépistage* du cancer, avec l'objectif de réduire de 15% la mortalité par cancer en Europe d'ici l'an 2000. Dans cette optique sont promus et financés quatre domaines d'intervention : la prévention, l' information et l' éducation pour la santé, la formation du personnel soignant, la recherche. La lutte contre le tabagisme vise à harmoniser les réglementations (étiquetage, prix, publicité, etc.) entre les différents pays. Un Code européen contre le cancer a été rédigé et largement diffusé. Des campagnes de dépistage sont favorisées et leurs conditions de réalisation suivies pour améliorer leur pratique et les multiplier. La communauté encourage la formation des médecins, infirmiers, dentistes, etc. par des bourses et des stages favorisant les échanges d'individus ou de matériel pédagogique. Enfin l'Europe contre le cancer finance des recherches réunissant des projets et des équipes de plusieurs pays. Ce programme est le premier monté par la Communauté en matière de santé, avec un budget annuel d'environ 10 millions d'euros. Une semaine européenne contre le cancer est organisée chaque année pour coordonner des manifestations régionales ou nationales sur un thème donné (par exemple en 1992 : cancer et travail).
Bernard Hœrni.
Euthanasie
Peu de mots ont connu une telle déviation de leur signification initiale : désignant étymologiquement une " bonne mort ", euthanasie est actuellement employé pour la mort provoquée délibérément, d'une personne gravement malade qui demande ou non à être " délivrée ". Cette dérive est telle qu'il a fallu créer le mot " orthothanasie " pour parler d'une mort paisible et digne à laquelle chacun aspire. L'euthanasie est dite " passive " ou " active " selon qu'on laisse mourir une personne en arrêtant des mesures de réanimation ou d'alimentation indispensables à sa survie ou qu'on provoque son décès par un geste fatal. Cette mort induite ou provoquée est le fait d'un soignant, médecin ou infirmière, ou d'un proche.
L'euthanasie a deux sens principaux selon qu'elle est vue par un bien portant ou par un malade. Pour les bien portants, elle répond à un principe, celui de pouvoir choisir sa mort, à la manière d'un suicide de stoïcien, pour échapper en particulier à un acharnement thérapeutique et éviter des indignités, des douleurs intenses et des souffrances prolongées. Pour les malades, son évocation traduit le plus souvent un appel au secours face à des souffrances et un désespoir insupportables : le développement des soins palliatifs et de l' accompagnement fait disparaître presque totalement de telles demandes si le soulagement possible, physique et moral, est effectivement apporté.
L'euthanasie active est partout illégale. Elle tend à être " dépénalisée " dans des pays comme la Hollande et sa légalisation a été tentée sans succès dans plusieurs États des États-Unis par des votes populaires jusqu'à un premier vote positif en Oregon en 1994, et en Australie.
Bernard Hœrni.
Sommet culminant de l'Himalaya donnant son nom à une association de jeunes leucémiques ou atteints d'un autre cancer : "À chacun son Everest". Créée au début des années 1990 par Christine Janin, médecin et alpiniste, elle propose à des enfants anciens malades ou en cours de traitement une randonnée en montagne ou une excursion pour leur redonner espoir et confiance en eux, avec un encadrement médical léger.
Évidement ganglionnaire
Acte chirurgical dirigé vers les ganglions* lymphatiques* qui représentent le premier relais de la propagation (extension anatomique) d'un cancer (N de la classification TNM*). À la différence des biopsies* ganglionnaires, ou adénectomies*, limitées et destinées à préciser un diagnostic*, les évidements ganglionnaires (ou curages ganglionnaires ou encore cellulolymphadénectomies) désignent des interventions chirurgicales plus importantes, enlevant en bloc des territoires ou compartiments anatomiques contenant des réseaux lymphatiques et des groupes de ganglions atteints ou susceptibles d'être atteints par des cellules* d'origine tumorale.
On distingue les évidements " de principe " ou systématiques et les évidements " de nécessité ". Les premiers s'adressent à des ganglions présumés sains à l'examen clinique (à la palpation) mais qui peuvent contenir des foyers microscopiques de cellules cancéreuses. Les évidements " de nécessité " s'adressent à des ganglions augmentés de volume et indurés dont l'examen clinique suggère qu'ils sont envahis. La chirurgie* des cancers profonds (appareil génital*, digestif*, respiratoire*) implique l'ablation systématique des ganglions voisins des organes concernés, car on ne peut les surveiller* aisément. Quand les territoires ganglionnaires sont superficiels, faciles à palper et à surveiller, il est préférable d'éviter aux malades des évidements systématiques et de ne faire qu'une chirurgie ganglionnaire de nécessité ou réservée à des patients présentant un risque élevé d'atteinte ganglionnaire. C'est le cas des ganglions du cou, de l'aisselle, de l'aine, satellites des cancers ORL*, de la peau*, des organes génitaux* externes et de l'anus*. Le traitement des cancers du sein* fait exception : même en l'absence d'adénopathie* développée dans l'aisselle, l'évidement axillaire permet une analyse anatomopathologique* indispensable pour adapter l'ensemble des traitements car elle contribue à évaluer la gravité du cancer. Un envahissement ganglionnaire témoigne d'une agressivité du cancer initial et d'un risque de généralisation : cette donnée est importante pour décider de traitements complémentaires (adjuvants*). La prise en charge de cancers du sein à un stade de plus en plus précoce et une meilleure prise en compte des séquelles d'un curage conduisent actuellement la plupart des équipes à un geste chirurgical plus sélectif au niveau des territoires de drainage lymphatique, guidé par l'utilisation de colorants ou d'isotopes* radioactifs (étude des ganglions "sentinelles").
D'une façon générale, les évidements cellulo-ganglionnaire n'ont pas leur place dans le traitement* des cancers d'emblée généralisé (leucémie*) ou de ceux qui ne s'accompagnent jamais d'envahissement ganglionnaire (carcinome* in situ, carcinomes basocellulaires) ou rarement (sarcome*).
En complément du traitement de la tumeur initiale, le traitement des aires ganglionnaires vise le contrôle locorégional de la maladie néoplasique parfois par un geste chirurgical isolé, plus souvent en association avec la radiothérapie ou la chimiothérapie.
Ewing (James, 1866-1943)
Médecin et anatomo-pathologiste américain. Né le jour de Noël, quelques mois après la mort de Th. Hodgkin, il présente à 14 ans une ostéomyélite (infection) du fémur qui l'oblige à garder le lit pendant deux ans et dont il gardera un handicap qu'il fera tout pour surmonter, jouant régulièrement au tennis. Après ses études médicales dans plusieurs universités, il devient homme de laboratoire attaché à un microscope et très vite orienté vers les cancers. Après la guerre américano-espagnole de 1898 pendant laquelle il s'engage comme chirurgien et s'intéresse au paludisme, il devient professeur d'anatomie pathologique à l'Université Cornell en 1899. Il s'intéresse à la typhoïde, à l'éclampsie dont est morte sa femme en 1903 au cours d'une seconde grossesse, au sarcome vénérien du chien, avant de se consacrer pleinement aux cancers humains. Il entre au Memorial Hospital en 1913, devient président du Conseil des médecins et directeur de recherche, l'associe à l'Université Cornell et en sera le directeur de 1932 à sa retraite en 1939. Il fonde en 1907 l'American Association for Cancer Research dont il sera le premier président , puis en 1913 l'American Society for the Control of Cancer, qui deviendra l'American Cancer Society. C'est en 1920 qu'il décrit la tumeur des os, distincte de l'ostéosarcome, qui gardera son nom. Son importante activité de recherche et d'enseignement se traduit par de nombreuses publications, notamment Clinical Pathology of the Blood en 1901 et, en 1919, Neoplastic Diseases où il défend la grande variété des cancers et soutient une approche multidisciplinaire de leur traitement. Il meurt des suites d'un cancer de la vessie.
Bernard Hœrni.
Ewing
(Tumeur d')
Décrite en 1921 par James Ewing et représentant
chez l'homme 5 à 7% des tumeurs malignes des
os, la tumeur d'Ewing occupe chez l' enfant
la deuxième place après l' ostéosarcome,
avec deux à trois nouveaux cas par an et par million d'enfants de moins
de 15 ans. Elle est rare chez les Chinois et plus encore dans les populations
noires. Elle survient entre 5 et 30 ans avec un pic de fréquence
entre 10 et 15 ans. Les garçons sont un peu plus touchés
que les filles (1,5/1). Elle se caractérise par une prolifération
de petites cellules* rondes qui prennent naissance dans la région centrale
de l' os. Cette tumeur a longtemps été
appelée sarcome mais en réalité
son origine est neuroectodermique (comme le système nerveux et la peau),
comme l'attestent des caractères immunohistochimiques et chromosomiques,
partagés avec le neuroépithéliome
et qui permettent de la distinguer d'un neuroblastome,
d'un rhabdomyosarcome ou d'un lymphome
osseux.
Elle est révélée par des douleurs qui persistent, une tuméfaction qui peut être inflammatoire, plus rarement une fracture pathologique. Ces symptômes dépendent du siège de la tumeur qui touche avec une égale fréquence les os plats ou courts (bassin, côtes, vertèbres) et les os longs (fémur, péroné, tibia, humérus), plus souvent sur le fût de ces os (diaphyse) qu'à leur extrémité (métaphyse).
L'aspect radiologique est celui d'une destruction osseuse (ostéolyse) irrégulière et mal limitée qui s'étend rapidement à la périphérie (corticale) de l'os. Une réaction anarchique du périoste n'empêche pas la tumeur d'envahir les parties molles voisines. C'est la résonance magnétique nucléaire ( IRM) qui définit actuellement le mieux en trois dimensions l'extension dans l'os et dans son voisinage.
Le diagnostic impose une biopsie de la tumeur, le plus souvent chirurgicale, parfois à l'aiguille et éventuellement guidée par la radiologie. Quand il existe une masse des parties molles, les renseignements qu'elle apporte sont suffisants et il n'est pas utile de prélever l'os. La biopsie d'une tumeur osseuse donne à l' anatomopathologiste du tissu frais pour les études immunohistochimiques et moléculaires, et des recherches bactériologiques, car deux lésions non malignes prêtent parfois à confusion : l'ostéomyélite aiguë et le granulome éosinophile. Il faut rechercher des métastases, présentes dès le moment du diagnostic dans 15 à 20% des cas, par une scanographie pulmonaire, une scintigraphie osseuse et des prélèvements de moelle osseuse, surtout en cas de signes de gravité ( fièvre, augmentation de la vitesse de sédimentation, du fibrinogène ou de la LDH).
Jusqu'aux années 1970 l'évolution est presque constamment mortelle. Le traitement est basé sur la radiothérapie, à cause de la grande radiosensibilité de la tumeur, mais des métastases surviennent, dans la majorité des cas au cours des deux premières années, et la survie ne dépasse pas 5 à 15%. Á partir des années 1972-73 une chimiothérapie basée sur la vincristine, la dactinomycine, le cyclophosphamide et la doxorubicine améliore autour de 50% la survie globale et la survie sans rechute, et corrige le pronostic plus défavorable des tumeurs des os centraux par rapport à celui des tumeurs des extrémités. Á partir des années 1980, la chimiothérapie est devenue plus précoce et plus agressive, avant le traitement local, pour réduire le volume de la tumeur primitive et prévenir l'apparition des métastases. Le traitement de la tumeur localisée combine, dans la majorité des cas, chimiothérapie et chirurgie : l'efficacité d'une chimiothérapie initiale d'environ trois mois est jugée sur la réponse clinique et les mesures radiologiques; une chirurgie large conserve aussi souvent que possible le membre (exérèse, reconstruction) et permet un examen anatomopathologique rigoureux définissant le pourcentage de cellules tumorales encore reconnaissables; enfin une chimiothérapie postopératoire de plusieurs mois complète le traitement. La radiothérapie ( doses pleines de 60 grays ou réduites à 40 grays) est réservée aux tumeurs inopérables, incomplètement retirées, ou contenant encore une quantité significative de cellules malignes après la chimiothérapie initiale.
En France, entre 1978 et 1988, la survie globale et sans récidive
à quatre ans n'a pas significativement progressé, respectivement
à 65% et 55%. Les facteurs pronostiques tumoraux sont bien dégagés : taille
ou volume de la tumeur, réponse clinique à la chimiothérapie
initiale, réponse histologique au moment de la chirurgie. Ces facteurs
permettent de mieux adapter à chaque cas le traitement. Son objectif
est double : assurer les meilleures chances de guérison,
éviter des mesures superflues. Dans les formes les plus défavorables,
le traitement doit être intensifié. Dans les autres on s'efforce
de préserver la croissance osseuse et d'éviter un deuxième
cancer induit par le traitement du premier.
Geste simple ou relevant d'un acte chirurgical par lequel on enlève une lésion ou une partie d'organe ou un organe. Une biopsie exérèse consiste à faire une biopsie qui enlève en même temps la totalité d'une petite lésion.
Exsanguinotransfusion
Technique ancienne consistant à retirer le sang d'un malade et à le remplacer par celui de donneurs compatibles. L'exsanguinotransfusion a permis aux médecins français Jean Bernard et Marcel Bessis d'obtenir en 1947 une des premières rémissions de leucémie aiguë en retirant ainsi à l'enfant malade une grande quantité de cellules leucémiques circulant dans son sang. Son efficacité transitoire et l'apparition des premiers médicaments anticancéreux ( méthotrexate, chlorméthine) ont conduit à l'abandonner dans cette indication.
Bernard Hœrni.
Extravasation
On désigne ainsi la fuite d'une substance, en particulier d'un médicament, en dehors d'un vaisseau dans lequel elle est injectée et doit rester. L'extravasation est une complication de l' injection intraveineuse d'un médicament anticancéreux. Beaucoup de ces produits sont caustiques et entraînent une inflammation sévère, voire une nécrose des tissus avec lesquels ils entrent en contact accidentellement. C'est la raison de leur injection directe dans le courant sanguin qui assure leur dilution immédiate. Une extravasation risque de se produire lorsque les veines sont fines ou fragiles, irritées par des injections antérieures, ou lorsque le patient bouge pendant une injection prolongée et déplace l'aiguille intraveineuse. Pour l'éviter, on a recours à un cathéter qui est placé directement dans une veine profonde.
Bernard Hœrni.