De l'anglais cancer antigen, cette abréviation désigne diverses substances (antigènes) produites dans des cellules cancéreuses. Ces antigènes peuvent être libérés dans le sang où on les dose comme marqueurs dont le taux reflète le volume de la tumeur. Les plus importants sont le CA 15.3, le CA 19.9 et le CA 125.
Cet antigène est associé au cancer du sein dont il constitue un marqueur que l'on dose dans le sang. Il n'est pas très sensible : il n'accompagne pas tous les cancers du sein et n'est décelé à des taux anormaux que pour une tumeur déjà importante (dans un à trois cas sur dix seulement pour un cancer sans métastase). Il est augmenté modérément dans des maladies non cancéreuses du foie (cirrhose ou hépatite), plus nettement dans d'autres cancers, génitaux ou digestifs. Il n'a donc pas d'intérêt pour le diagnostic du cancer du sein. Plus tard il contribue à la surveillance de la maladie, pour détecter une éventuelle rechute ou pour suivre les effets d'un traitement quand l'examen clinique ou un autre examen complémentaire plus simple ne suffit pas : sa diminution indique en principe une bonne réponse thérapeutique, sa réascension une nouvelle aggravation de la maladie.
L'antigène de cancer 19.9 a été isolé en 1979 par Koprowski à Philadelphie, à partir d'une tumeur maligne du côlon. Il est produit par des cancers digestifs (du pancréas, de l'estomac ou du côlon) ou génitaux (de l'ovaire ou du sein) pour lesquels il constitue un marqueur. Son dosage dans le sang reflète, dans une certaine mesure, le volume de la tumeur qui est à son origine. Il est aussi élevé dans des maladies non cancéreuses du pancréas ou du foie. Pas très spécifique, il n'est pas non plus très sensible car son élévation n'est décelable que pour des cancers déjà volumineux ou étendus. Il n'a donc pas d'intérêt pour le diagnostic de ces cancers mais peut être utile pour surveiller certains malades quand la détection de leur tumeur est difficile autrement.
Découvert en 1983 à partir d'un cancer de l'ovaire, l'antigène de cancer 125 est porté et produit par des cellules cancéreuses digestives ou génitales. C'est un marqueur que l'on peut doser dans le sang et dont le taux traduit le volume de la tumeur. Il est aussi augmenté dans des maladies digestives ou génitales non cancéreuses. Son dosage est surtout intéressant dans les cancers de l'ovaire. Il n'est pas assez sensible pour détecter de petites tumeurs et faire leur diagnostic. Mais les cancers de l'ovaire sont souvent volumineux ou se traduisent par des tumeurs petites mais nombreuses, dans l'abdomen et sur le péritoine (carcinose), qu'il est difficile d'observer autrement. Le dosage du CA 125 aide beaucoup leur surveillance pendant le traitement et après lui. Sa diminution dans le sang traduit un bon effet thérapeutique, sa réaugmentation peut correspondre à la rechute du cancer, surtout si elle s'affirme à plusieurs dosages successifs.
Substance (médiateur ou cytokine) produite par les macrophages et par certaines cellules cancéreuses. Elle est identique au TNF ou tumor necrosis factor, facteur nécrosant des tumeurs. Produite au cours de l'inflammation, agissant sur les cellules de l'immunité et de la graisse (adipocytes), elle est responsable d'un amaigrissement qui peut évoluer vers la cachexie. On cherche à l'utiliser dans le traitement des cancers, avec des résultats jusqu'à présent très modestes pour une forte toxicité.
État d'amaigrissement extrême (du gr. kakos mauvaise, hexis constitution), favorisé par des troubles de l'alimentation ou par la cachectine. Elle marque la fin de l'évolution chez environ un tiers des cancéreux qui n'ont pu être guéris. Elle découle d'une réduction des apports alimentaires par un manque d'appétit (anorexie induite par des modifications du goût), gêne pour avaler (dysphagie), facteurs psychologiques ou autres causes. Elle est aussi favorisée par les cellules cancéreuses qui produisent de la cachectine en quantités d'autant plus abondantes que le cancer est évolué, volumineux et étendu ; mais toutes les cellules cancéreuses ne sécrètent pas cette substance. Visible et de mauvais aloi pour le malade et son entourage, la cachexie peut être enrayée par le traitement qui réduit ou fait disparaître les cellules cancéreuses et leur sécrétion, par une meilleure prise en charge nutritionnelle des malades et parfois à l'aide de médicaments hormonaux.
Cachin (Rapport)
Intitulé La Lutte contre le cancer en France – Perspectives –Propositions, le rapport nommé d'après le Professeur Yves Cachin, sous la direction duquel il a été élaboré par la Commission nationale des cancers, a fait le point en 1985 sur les moyens mis en jeu pour combattre les cancers et leur développement souhaitable. Ce livre blanc est le produit de la Concertation nationale sur le cancer lancée par le gouvernement en 1982. Elle a fait l'objet de nombreuses réunions régionales puis nationales, ouvertes à tous les intervenants motivés, pour établir l'état présent, recueillir toutes suggestions susceptibles de l'améliorer et faire des propositions aux pouvoirs publics. Ce document s'attachait à l'organisation des soins en proposant de développer l'hospitalisation à domicile, de modifier l'organisation des centres de lutte contre le cancer, de créer des départements de cancérologie dans les CHU, d'améliorer les soins en phase terminale et d'instituer des Comités techniques régionaux de cancérologie pour coordonner l'ensemble. Le rapport Cachin proposait aussi de développer la recherche, notamment en épidémiologie en améliorant les registres du cancer, de renforcer la prévention des cancers professionnels et le dépistage des cancers fréquents, de renforcer la formation professionnelle et l'information publique en cancérologie, enfin d'aider la réadaptation des malades. Sans avoir toutes les conséquences que l'on pouvait en attendre, il a marqué un moment de réflexion et dégagé des principes cohérents qui ont été peu à peu appliqués.
Cacoub (Dominique, 1952-1969)
Fille d'un architecte et d'une mère écrivain, d'origine tunisienne et vivant à Paris, elle est atteinte à l'âge de 14 ans d'une leucémie aiguë. De traitement en rémission, de rémission en rechute, elle évolue irrégulièrement vers l'aggravation et la mort. Quelques mois plus tard, sa mère découvre son journal intime et décide de le publier pour suivre le vœu de sa fille qui donne son titre au livre : Je ne veux pas qu'on m'oublie (Ed. Sarrazin, 1973). Le texte de Dominique est entrecoupé de notes de sa mère qui fixe des repères chronologiques dans l'évolution de la leucémie et établit un émouvant dialogue posthume avec sa fille. La première parle ingénument de sa vie, de ses études perturbées par la maladie, de ses premiers émois sentimentaux, de ses projets d'avenir. La seconde cherche à préserver quelques moments de bonheur, à cacher, en vain, à sa fille le nom de sa maladie et sa gravité, sans pouvoir accepter la disparition possible puis prochaine de son enfant. En dépit de la maladie et de la mort, la vie continue pour le père et le frère de Dominique, pour leurs proches, pour le monde : quelques pages concernent les événements de mai 1968. Une Association Dominique Cacoub a été fondée pour aider les personnes atteintes de leucémie et leurs familles.
Voir Côlon
Ce breuvage de consommation courante ayant été accusé de provoquer des cancers, son influence a été examinée dans plusieurs enquêtes épidémiologiques sans conclusion déterminante. Il a été mis en cause à l'origine des cancers de la vessie, mais sans relation nette et sans que soit distingué le rôle simultané du tabac, beaucoup plus important pour cette tumeur. D'autres enquêtes ont suggéré sa responsabilité à l'origine des cancers du pancréas, du sein ou du côlon, mais les observations sont peu significatives et aucune influence de la quantité de café consommé n'a été trouvée (à l'inverse de la plupart des facteurs cancérogènes avérés, pour lesquels une exposition plus importante s'accompagne d'un risque de cancer plus important : c'est la relation dose-effet). Ces données sont insuffisantes pour justifier, à elles seules, des conseils de modération pour cette boisson.
Taux de calcium dans le sang, souvent modifié chez les malades cancéreux. Ces modifications se traduisent par des troubles discrets ou peu évocateurs, ce qui justifie un dosage systématique de la calcémie, pour déceler une anomalie autrement insoupçonnable. Chez un adulte normal, la calcémie est d'environ 96 mg par litre de plasma ou 2,4 mmol/l. Ses variations physiologiques, entre 2,17 et 2,57 mmol/l, traduisent l'influence des hormones qui à chaque instant assurent sa régulation : la calcitonine qui la diminue, la parathormone qui l'augmente. On parle d'hypercalcémie quand elle dépasse le taux de 2,6 mmol/l et d'hypocalcémie quand elle chute en dessous de 2,1 mmol/l.
Aussi appelée thyrocalcitonine, c'est une hormone produite par les cellules dites C de la glande thyroïde. Elle diminue le taux du calcium dans le sang (calcémie) tandis que la parathormone (des glandes parathyroïdes voisines) l'augmente. Son élévation accompagne d'exceptionnels cancers de la thyroïde - dits médullaires, développés à partir des cellules C - pour lesquels elle est un marqueur qui reflète dans le sang le nombre de cellules cancéreuses.
La calcitonine sert à traiter l'hypercalcémie qui accompagne certains cancers. Elle s'administre en injection (intra-musculaire, sous-cutanée ou intra-veineuse) sous l'une de ses différentes formes, de saumon, de porc ou humaine, fabriquée par synthèse. De fortes doses répétées corrigent rapidement les hypercalcémies, tandis que les diphosphonates, qui agissent à retardement, sont donnés en relais, en prescription unique, avec un effet prolongé. La calcitonine a de nombreux effets indésirables qui limitent son emploi : nausées, vomissements, douleurs abdominales et diarrhées, bouffées de chaleur avec congestion du visage et des extrémités, réactions dites allergiques. La nécessité de répéter les doses et surtout la mauvaise tolérance ont réduit son emploi au profit des diphosphonates.
Ce métal entre dans la composition des os mais joue aussi un grand rôle dans de nombreuses fonctions, en contrôlant par exemple les membranes cellulaires. Son métabolisme et son taux dans le sang (calcémie) sont fréquemment modifiés au cours des cancers, ce qui entraîne des complications, justifie des dosages systématiques de la calcémie et détermine des traitements particuliers.
L'organisme d'un adulte normal contient de 1,1 à 1,2 kg de calcium dont l'essentiel (1 kg) est dans les os. Le reste se trouve dans les muscles et le sang. Trois substances interviennent dans la régulation de la calcémie : la parathormone (des glandes parathyroïdes à la base du cou) et la vitamine D l'augmentent, la calcitonine la diminue. Les besoins en calcium s'élèvent au moment de la croissance, de la grossesse, de l'allaitement. Les principaux aliments qui en apportent sont les laitages et les fromages (gruyère, hollande, cantal et roquefort).
Au cours des cancers, le calcium est le plus souvent perturbé par des tumeurs osseuses (les métastases sont plus fréquentes que les tumeurs primitives) qui détruisent l'os et libèrent son calcium, ce qui augmente la calcémie (hypercalcémie). On observe plus rarement une diminution du calcium ou hypocalcémie.
On appelle ainsi un cancer favorisé par un calcul (ou lithiase) préalable. Cette succession concerne seulement les cancers de la vésicule et des voies biliaires, souvent précédés par des calculs.
Calmettes (Irène, 1895-1967).
Infirmière diplômée en 1923, elle s'engage dès 1927 dans le traitement des malades cancéreux à Marseille. Elle gère le stock de radium qu'elle cache pendant l'occupation allemande dans sa cave familiale. Elle devient surveillante générale du centre de lutte contre le cancer de Marseille en 1950 et partenaire de son directeur le Professeur J. Paoli, au point que leurs deux noms sont associés dans la dénomination actuelle du centre. Elle meurt victime d'une radiodermite des mains suivie d'un carcinome, provoqués par les expositions aux rayonnements ionisants dont les risques étaient alors moins connus et vis-à-vis desquels la protection était moins stricte.
Département français de Normandie où, dès la fin du XIXe siècle, sont notées et reliées l'importance de l'alcoolisme et la fréquence des cancers digestifs. Depuis 1978, il est le siège d'un registre des cancers qui fait apparaître l'importance des cancers ORL (des voies aéro-digestives supérieures) et de l'œsophage, en relation avec la consommation d'alcool de pomme propre à cette région.
Calvaire (œuvre du)
En 1834, Jeanne Françoise Garnier Chabot, épouse d'un commerçant lyonnais, a 23 ans lorsqu'elle perd coup sur coup son mari et ses deux enfants. Catholique fervente, d'un tempérament passionné qui la pousse au mysticisme actif, elle se consacre dès lors aux femmes cancéreuses incurables que les hôpitaux et les hospices laissent à l'abandon. Ayant convaincu d'autres veuves de se joindre à elle, elle crée, en 1842, l'Association des Dames du Calvaire. L'appui du cardinal Bonald, archevêque de Lyon, l'aide à trouver les fonds nécessaires pour accueillir, dans une grande propriété du quartier de Fourvière, plusieurs dizaines de malades.
Cette œuvre catholique rassemble des veuves laïques qui paient pension pour avoir l'honneur de soigner les cancéreuses. Elles doivent être veuves, car " seule la femme qui a souffert est préparée pour une telle tâche, seules celles pour qui l'amour des choses de ce monde a disparu, après avoir souffert, seront chargées de l' "œuvre" ".
L'association admet différents membres : les " dames résidentes " habitent la maison et assurent sa direction, les " veuves agrégées " viennent faire des pansements mineurs à jours fixes, les " veuves zélatrices " demandent l'aumône et organisent des quêtes. L'admission comme Dame du Calvaire est subordonnée à une période probatoire d'un an, l'impétrante devant prouver qu'elle peut surmonter sa répulsion devant des plaies ouvertes. Après la prière du matin, commence un rituel de dévoilement où chaque dame défait les pansements de la veille et découvre les plaies avant de les nettoyer et de les panser à nouveau. Lieu d'exercice d'une " charité héroïque ", l'œuvre du Calvaire fonctionne sur la reproduction quotidienne de ces conduites extrêmes.
Les veuves des milieux aristocratiques et bourgeois sont plusieurs centaines à rejoindre l'association qui survit à la mort de sa fondatrice en 1853. Des " maisons filles " s'ouvrent à Paris (1874), Saint-Etienne (1874), Marseille (1881), Bruxelles (1886), Rouen (1891), New York (1899), Bordeaux (1909) et Bethléem (1920). Ces maisons se médicaliseront pendant l'entre-deux-guerres, acceptant l'intervention de médecins et le recours aux thérapeutiques palliatives. Leur rôle social sera important dans la genèse de la politique de lutte contre le cancer en France, en accueillant bien des malades " incurables " refusés par les premiers centres anticancéreux. Après la Deuxième Guerre mondiale, la prise en charge des incurables par la Sécurité Sociale atténue leur rôle. Malgré le développement des soins palliatifs en milieu hospitalier, la plupart des maisons du Calvaire restent en activité.
Camey (Opération de)
Voir Cancer de la vessie.
Médicament d'origine végétale, étudié depuis plusieurs années, actif sur les cancers animaux, mais difficile à utiliser et abandonné. Plusieurs équipes, en particulier japonaises et américaines, ont réussi, grâce à des procédés d'hémisynthèse, à en isoler des dérivés et à obtenir des produits plus solubles et plus faciles à administrer. Tous ces dérivés n'ont pas rang de médicament, mais deux d'entre eux, le topotecan et l'irinotecan se révèlent, dans des études précoces, actifs dans le traitement de tumeurs comme les cancers génitaux féminins, des bronches et du côlon. La supériorité de ces composés par rapport aux médicaments habituels reste à prouver. Cependant leur mécanisme d'action est original puisqu'ils agissent au niveau des topo-isomérases I et il est probable que leur usage va s'affirmer. Ils s'administrent par voie veineuse et s'accompagnent des effets connus pour les cytoxiques : alopécie et diminution des globules blancs. Ils entraînent aussi des troubles digestifs (diarrhée) qui nécessitent un traitement rapide.
Voir Helicobacter pylori.
Dérivé du grec karkinos qui signifie crabe ou pinces, le mot latin cancer, désignant crabe ou écrevisse, prend à la fin du xve siècle en français le sens de tumeur maligne (on trouve aussi cancre ou chancre). Ce rapprochement est justifié, par Galien, par Henri de Mondeville puis par Ambroise Paré (1509-1590), par l'aspect d'une tumeur qui présente une masse centrale d'où rayonnent des veines gonflées ou des ramifications, comme des pattes, par l'adhérence de la tumeur qui s'accroche aux tissus voisins comme avec des pinces ; au début du XIXe siècle, Récamier fera en outre remarquer que le cancer, comme le crabe ou l'écrevisse, reconstitue un fragment de chair arraché.
L'adjectif cancéreux est utilisé dès le milieu du XVIIIe siècle, avant de donner anticancéreux, puis employé comme nom (1845). À partir de 1920, cancer est à l'origine de nombreux mots : cancérologie, cancérologue, cancérigène puis cancérogène, cancérophobie... qui deviennent plus courants que carcinologie (1846), carcinogène... pourtant plus satisfaisants parce que construits à partir de deux racines grecques dont la première subsiste dans carcinome.
Cancer est souvent utilisé comme image (métaphore) pour qualifier un fléau social : le chômage, le racisme, la drogue, la corruption, la pollution, les narcodollars ou encore la passion ( " Il y a dans nos sentiments une inclination passionnelle qui les rendra obsédants et, pour ainsi dire, cancéreux " écrit V. Jankélévitch qui évoque " un instinct livré à lui-même [qui] prolifère indéfiniment" ). Comme la tumeur maligne, ces maux ont une origine interne à la société qu'ils frappent, donnent une impression de désordre, menacent l'équilibre et l'existence du milieu au sein duquel ils se développent. Cette signification devient paradoxale quand on reconnaît que l'origine de la majorité des cancers se trouve dans l'environnement, c'est-à-dire qu'ils sont provoqués par des facteurs externes.
Se dit de substance, facteur ou situation susceptible de favoriser ou d'induire l'apparition d'une tumeurmaligne. On dit encore parfois, à tort, cancérigène.
C'est l'ensemble des facteurs et des mécanismes à l'origine des cancers ou tumeursmalignes. Les processus de cancérogenèse sont très variés mais présentent des caractères communs pour la plupart des cancers humains. Les principaux concernent la multiplicité des facteurs qui interviennent et la longue durée entre la première influence et l'apparition d'un cancer.
La multiplicité de ces éléments a été d'abord mise en évidence chez les animaux. On distingue des facteurs internes et des facteurs externes. Les premiers sont représentés par la constitution génétique d'un individu qui est plus ou moins vulnérable et exposé ; la découverte des oncogènes et des anti-oncogènes explique cette sensibilité personnelle, par exemple pour une tumeur comme le rétinoblastome, et fait comprendre que parmi cent gros fumeurs beaucoup développent un cancer des bronches, quelques-uns très jeunes, la plupart à un âge avancé, tandis que d'autres, même vivant longtemps, n'en présentent pas. Les facteurs hormonaux jouent pour certains cancers : la femme fait cent fois plus de cancers du sein que l'homme et ce risque est influencé par sa vie génitale et ses hormones ; c'est sans doute aussi par l'intermédiaire d'hormones qu'influe l'alimentation. Les aspects immunologiques ont été beaucoup étudiés : les déficits immunitaires congénitaux, comme l'ataxie-télangiectasie, ou acquis, après une transplantation ou un sida, favorisent l'apparition de cancers, le plus souvent des lymphocytes, cellules responsables de l'immunité et pertubées, comme le montre le déficit, avant de donner un cancer.
Les agents externes sont dominants. Il est plus facile de les influencer qu'une constitution génétique. Les produits chimiques ont été pour la première fois incriminés par Pott, à la fin du XVIIIe siècle, chez les ramoneurs dont la peau des parties génitales (scrotum) était barbouillée de suie et de goudrons. Beaucoup d'autres produits ont vu leur responsabilité démontrée sans toutefois que l'extraordinaire multiplication de nouvelles substances chimiques dans l'environnement s'accompagne jusqu'ici d'une augmentation correspondante des cancers : la principale exception tient au tabac et aux divers cancers favorisés par les milliers de produits toxiques inhalés avec sa fumée, dont plusieurs dizaines ont été démontrés cancérogènes. Les rayonnements ionisants ont provoqué des cancers après la découverte de Rœntgen et leur usage sans précaution au début de la radiologie et de la radiothérapie. Bergonié, Marie Curie, Irène Calmettes et beaucoup d'autres, médecins ou manipulateurs anonymes, en ont apporté la preuve, avant les explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki et leurs suites, ce qui a entraîné les mesures de radioprotection. Une autre influence physique déterminante vient du soleil qui cause les cancers de la peau, nombreux mais heureusement faciles à guérir dans la majorité des cas. Enfin les agents infectieux sont dominés par les virus, depuis la découverte de celui d'Epstein-Barr, le premier reconnu à l'origine de cancers humains.
Il est exceptionnel qu'une seule influence suffise, à un moment donné, pour déterminer l'apparition d'un cancer. Au contraire la règle est que plusieurs facteurs interviennent de façon répétée pendant des mois et des années. Ils déterminent d'abord une transformation ou mutation d'une cellule qui acquiert le pouvoir de devenir un cancer. Ce phénomène initial, encore appelé " initiation ", ne suffit pas. Des interventions supplémentaires sont nécessaires pour permettre à la cellule modifiée de se multiplier pour donner un clone à potentiel cancéreux. Là encore il faut de nombreuses influences et du temps pour permettre cette multiplication, encore appelée " promotion ". Ces deux étapes conduisent à reconnaître des facteurs cancérogènes favorisant la première et appelés " initiateurs " et d'autres la seconde et appelés " promoteurs ". Tous ces événements demandent du temps. Cela explique que la plupart des tumeurs malignes n'apparaissent qu'à partir de 40 ou 50 ans. Un cancer des bronches n'apparaît qu'exceptionnellement après un à deux ans de tabagisme, rarement après 10 ou 15 ans, souvent après 30 ou 40 ans. Pour passer d'un col utérin normal à un col tumoral il faut en moyenne 15 ans et cet intervalle est de cinq à 10 ans pour un cancer du côlon. Cela donne du temps pour interrompre un enchaînement pathologique ou pour reconnaître, par le dépistage, un état précancéreux, le traiter et éviter ainsi sa dégénérescence maligne .

[Cancérogenèse]
L'apparition d'un cancer traduit une longue histoire qui commence avec l'influence de facteurs cancérogènes et l'apparition d'une première cellule transformée. À partir d'un certain stade, cette cellule et ses descendantes se multiplient en excès, d'abord de façon occulte jusqu'à atteindre environ 1g de tissu, soit un milliard de cellules (109). À partir de ce moment, la tumeur devient détectable. En l'absence de traitement, la croissance tumorale se poursuit jusqu'au décès du malade.
Ces événements successifs n'épargnent pas la cellule initialement transformée. À sa première modification s'ajoutent de nouvelles transformations qui la dotent, ainsi que ses descendantes, de nouveaux caractères les rendant de plus en plus malignes. Parmi les cellules cancéreuses, apparaissent de nouvelles cellules qui acquièrent la capacité de se détacher du clone primitif pour migrer et donner des métastases à distance, ou qui deviennent chimiorésistantes ou qui ont un nouvel avantage métabolique activant leur prolifération : c'est le phénomène de progression tumorale.
Créé au début des années 1920 mais surtout utilisé à partir de 1945, ce terme désigne la discipline médicale consacrée à l'étude des cancers ou tumeurs malignes. La cancérologie s'intéresse aux aspects biologiques et cliniques et couvre l'épidémiologie et la prévention, le diagnostic et le bilan, le traitement et la réadaptation. On tend à remplacer cette dénomination par " oncologie ".
Une série de tests ont été mis au point en 1934 à Paris par le Dr Arthur Vernes (1879-1976) qui avait acquis un certain renom dans l'étude de la syphilis. Ces tests analysaient des protéines du sang et servaient à la surveillance de la maladie vénérienne et des fonctions du foie. Leur promoteur a pensé qu'ils pouvaient permettre de dépister les cancers et suivre leur évolution, d'où le nom de cancérométrie. Repris par le Dr Augusti, ces tests, répétés à intervalles réguliers, étaient proposés pour apprécier l'évolution du cancer, l'état général du sujet et formuler un pronostic. En fait, ils signalent une inflammation, même sans gravité, et ne sont pas suffisamment sensibles ni spécifiques pour dépister ou diagnostiquer une tumeur; ils sont d'ailleurs abandonnés pour apprécier l'état hépatique. Leurs promoteurs les conseillaient pour surveiller l'action des solutés de Vernes, présentés comme une " immunothérapie des cancers ". En fait, il ne s'agit pas d'une immunothérapie et ces solutés n'ont aucune action thérapeutique. L'Académie de Médecine a déclaré que " ce bilan de biologie (tests de Vernes) est largement dépassé et périmé, que l'efficacité thérapeutique de la méthode Vernes n'est nullement prouvée et que son application risquerait d'abuser la crédulité des patients ". Les tests de la cancérométrie de Vernes appartiennent au passé.
Touchant à la psychiatrie plus qu'à la cancérologie, c'est une phobie, c'est-à-dire une conduite pathologique complexe faite d'une crainte qui se centre sur un objet vague ou bien défini, d'un état d'anxiété et d'un comportement corollaire évitant l'objet de l'appréhension et cherchant des raisons d'être rassuré. On parle de nosophobie quand l'objet de la phobie est une maladie et de cancérophobie (mot datant de 1954) si c'est un cancer ou " le " cancer. En fréquence la cancérophobie se situe au troisième rang après l'agoraphobie (peur de la foule) et la claustrophobie (peur de l'enfermement).
La cancérophobie semble déterminée par une angoisse primitive qui se fixe secondairement sur son objet. Elle s'observe deux fois plus chez les femmes que chez les hommes, préférentiellement de niveau éducatif élevé, entre 40 et 70 ans. La fixation sur le cancer est favorisée par son omniprésence et son caractère mythique dans la société : on en parle à demi-mots, il est réputé constamment mortel après des douleurs prolongées, on le représente par un crabe qui ronge, ses origines sont mystérieuses, probablement honteuses, d'essence maléfique ou magique, etc. L'idée de cancer peut avoir sa source chez une personne de la famille ou de l'entourage qui en a été affectée ou dans une maladie personnelle bénigne mais considérée comme maligne. Les cancers les plus redoutés sont les plus fréquents (du tube digestif, du sein ou des voies aéro-digestives supérieures), les cancers génitaux ou les leucémies.
La certitude d'avoir une tumeur dès à présent conduit les patients à en parler sans restriction ou avec ostentation pour expliquer les symptômes perçus : boule dans la gorge, gêne pour parler, avaler, aller à la selle, sensibilité en un point du corps, etc. ou les signes qu'ils croient découvrir par auto-examen. Le cancérophobe va consulter un puis plusieurs médecins en attendant et presque en espérant qu'on trouve enfin " son " cancer. Le cancérologue est peu efficace car des explorations négatives ne peuvent rassurer que quelques jours ou quelques semaines, la phobie ne dépendant pas de preuves objectives. Un psychiatre est plus qualifié pour élucider son origine et aider le patient à s'en libérer, encore qu'elle risque de persister en changeant d'objet. La cancérophobie évolue de façon irrégulière, elle peut s'atténuer ou cesser, notamment à l'occasion d'un choc affectif, d'un changement important de l'existence ou de l'apparition d'un authentique cancer dont le risque paraît un peu plus fréquent chez ces sujets que dans le reste de la population. (voir aussi Hitler, Pie XII)
Terme peu utilisé et vague désignant un cancer mal défini.
Infection (mycose) due à des champignons microscopiques qui ont des formes de levures et se multiplient par bourgeonnement. Elle se développe chez les cancéreux qui sont vulnérables, surtout lorsqu'ils reçoivent certains traitements. Les espèces les plus rencontrées chez l'homme sont Candida albicans, plus rarement Candida tropicalis ou krusei. Les Candida albicans existent chez l'homme normal à l'état de saprophytes non pathogènes, c'est-à-dire qu'ils sont présents en quantité modérée, sans provoquer de troubles. La diminution des défenses immunitaires, les chimiothérapies, la radiothérapie, les corticoïdes et les antibiotiques leur permettent de se manifester en provoquant une infection dite opportuniste. Ces levures pénètrent dans le corps affaibli à partir de récepteurs situés dans les cellules des muqueuses. À partir du tube digestif ou de la peau elles se disséminent dans l'organisme.
Sur les muqueuses digestives elles déterminent le " muguet " qui forme des dépôts blanchâtres et douloureux sur la langue, les joues, le voile du palais et peut s'étendre vers l'œsophage en gênant la déglutition (dysphagie). Les candidoses peuvent aussi entraîner des inflammations de l'intestin (entérites, colites) ou de l'anus (anites). On observe également des infections de la peau et des phanères (ongles, poils) : l'intertrigo se manifeste par des plaques rouges, douloureuses, squameuses et vésiculeuses, quelquefois suintantes, débutant dans un pli cutané (interfessier, dans l'aisselle ou sous le sein) ; l'onyxis est un bourrelet rouge d'évolution chronique au niveau des ongles. L'infection touche aussi les organes génitaux externes.
Les candidoses peuvent donner des infections généralisées et graves (septicémies) chez les malades immunodéprimés par cancer ou sida. À partir d'un foyer cutané ou digestif, les Candida colonisent le sang et, par son intermédiaire, provoquent des infections à distance, au niveau de l'œil, du cœur, des méninges (méningite) et dans la plupart des viscères. Cette septicémie se manifeste par une grande altération de l'état général, des frissons, une fièvre élevée. Pour établir le diagnostic on recherche le Candida en prélevant les lésions : dans les candidoses superficielles les analyses directes au microscope et les cultures caractérisent ces champignons, mais pour les candidoses viscérales la culture du germe à partir du sang (hémoculture) ne donne pas toujours de résultat positif. Il en va de même pour la recherche d'anticorps spécifiques dans le sang ou pour les réactions cutanées d'hypersensibilité (cutiréaction) à la candidine (extrait purifié du champignon).
Le traitement est local (collutoire, lotion, pommade, crème) ou général selon le siège de l'infection. Dans les candidoses de la peau on utilise des antiseptiques simples ou des antifongiques (médicaments contre les champignons) locaux : nystatine, amphotéricine B, primaricine, imidazole, miconazole. Dans les candidoses des viscères on administre les antifongiques par voie générale (buccale, intramusculaire, intraveineuse) : nystatine, amphotéricine B, 5-fluorocytosine, kétoconazole, fluconazole, seuls ou associés. Chez les cancéreux, les candidoses disséminées résistent souvent aux traitements qui doivent être prolongés pour éviter les rechutes.
Composant d'un appareil de radiothérapie qui produit des électrons par effet thermo-électronique à partir d'un filament, le plus souvent en tungstène. Après avoir été groupés sous l'effet d'une différence de potentiel alternative, les électrons sont injectés dans une enceinte ou dans un tube ou règne un vide très poussé, puis sont accélérés. Cette accélération a lieu sur une trajectoire circulaire, par l'intermédiaire d'une force électromagnétique (bêtatron), ou sur une trajectoire linéaire de dimension finie, par une onde électromagnétique à haute fréquence et de forte puissance. Celle-ci est fournie par un pilote et amplifiée par un klystron ou un magnétron (accélérateur linéaire).
Caprices de la Gina (Les)
Récit de Balzac centré par un cancer du sein, inspiré par l'une de ses amies milanaises et que, pour cette raison, il ne publiera pas de son vivant. Nantie d'un mari désagréable, la belle Gina est l'objet d'une cour assidue de la part du jeune Gregorio. Affectée d'une tumeur au sein, elle se refuse à lui, l'éloigne et disparaît pour se soumettre à une amputation. Gregorio la retrouve et, quand il apprend les raisons des supposés caprices de Gina, lui voue un amour encore plus profond et exalté.
Médicament anticancéreux dérivé du cisplatine, obtenu par synthèse en 1975. Il en diffère par une meilleure solubilité qui diminue la toxicité sur le rein, mais une plus grande toxicité pour les cellules du sang. Son mode d'action est le même: agent alkylant, il se lie durablement à l'ADN et inhibe la synthèse de l'ARN et des protéines. Il s'administre par voie veineuse exclusive, en perfusion brève de moins d'une heure, à la dose de 300 à 400 mg/m² toutes le 3 à 4 semaines. La surveillance porte surtout sur l'hémogramme (diminution des leucocytes et des plaquettes) mais aussi l'appareil digestif (vomissements aisément contrôlables) et les nerfs périphériques (troubles réversibles). Les doses sont à adapter aux fonctions du rein (calculées à l'aide de formules préétablies) et une bonne hydratation est à assurer en cours de traitement. Le carboplatine est utilisé (le plus souvent en association) dans le traitement des cancers de l'ovaire et de l'utérus, du testicule (dysembryomes), dans le cancer bronchique à petites cellules et les carcinomes des voies aéro-digestives supérieures.
Les tumeurs carcinoïdes sont des tumeurs rares caractérisées par une production (sécrétion) d'hormone (sérotonine) à l'origine des principaux troubles. Elles se développent à partir de cellules particulières, dites " argentaffines " (en raison de leur affinité pour des colorants à l'argent), qui sont dispersées le long du tube digestif ou dans d'autres organes. Elles surviennent entre 50 et 70 ans et évoluent lentement, mais leur guérison est difficile. Le traitement consiste principalement à éviter les crises aiguës liées aux décharges de sérotonine.
Leurs manifestations dépendent de leur siège initial, sur l'appendice dans 40% des cas, l'intestin grêle (30%), le côlon (15%), les bronches (10%), l'œsophage, l'estomac ou les ovaires. Ce sont rarement des troubles mécaniques (occlusion) dus à la tumeur. Ce sont plus souvent des conséquences de la sérotonine : " flushs ", c'est-à-dire bouffées congestives déclenchées par une émotion ou l'alimentation, diarrhée profuse, troubles cardio-vasculaires ou modifications de la peau. Ces symptômes font doser la sérotonine dans le sang et son dérivé l'acide 5-hydroxy-indol-acétique (5HIAA) dans les urines, puis rechercher la tumeur dans ses sièges habituels. L'examen clinique est d'ordinaire normal et c'est l'imagerie, par échographie, radiographie après opacification de l'intestin ou scanographie, qui montre les lésions.
La chirurgie est le seul traitement capable de guérir la tumeur en l'enlevant. Elle peut aussi enlever des métastases dans le foie. Certains médicaments combattent les effets de la sérotonine et limitent les troubles qu'elle occasionne. La chimiothérapie anticancéreuse est parfois efficace : la streptozocine est le médicament le plus utilisé.
Désigne l'étude des cancers. Ce terme, étymologiquement correct, construit à partir de deux racines grecques, est tombé en désuétude, remplacé par cancérologie ou par oncologie
D'origine grecque (" crabe ") et anciennement utilisé en allemand et en anglais, ce terme a désormais un usage international qui a remplacé en français le mot épithélioma pour désigner un cancer développé à partir d'un épithélium ou tissu de revêtement. Les carcinomes représentent environ neuf cancers sur dix, les autres étant des sarcomes ou des tumeurs embryonnaires, en particulier chez l'enfant. On en distingue deux sortes : les carcinomes pavimenteux, ou épidermoïdes, sont développés à partir d'un épithélium pavimenteux, constitué de cellules aplaties sur la peau, les voies aéro-digestives supérieures, le col utérin; les carcinomes cylindriques, ou adénocarcinomes, se développent à partir d'un épithélium glandulaire, constitué de cellules cubiques dans le tube digestif, le sein, la prostate, l'endomètre.
Le carcinome in situ correspond à une petite masse de cellules qui ont toutes les apparences de cellules malignes mais qui ne franchissent pas la membrane basale sur laquelle elles reposent et qui les sépare du reste des tissus. Il n'y a donc pas invasion et on ne peut parler de cancer proprement dit. Cependant un carcinome in situ présente un risque élevé de devenir invasif, ses cellules rompant et traversant la membrane basale.
Tumeur très rare, associant les deux principales formes de cancer, un carcinome développé à partir d'un épithélium et un sarcome développé à partir d'un tissu conjonctif.
Ce terme désigne une généralisation cancéreuse caractérisée par la grande diffusion et la petite taille de nombreux foyers tumoraux.
Voir Dents
Appelé également BCNU, ce médicament anticancéreux est une nitroso-urée qui s'administre par voie intraveineuse, à la dose de 200 mg/m2 toutes les 6 à 8 semaines. Comme les autres médicaments de cette famille, elle agit sur l'ADN en l'alkylant, puis en créant des ponts entre ses deux brins. Elle s'utilise dans le traitement des tumeurs du cerveau car elle traverse bien la barrière hémato-encéphalique, mais elle est également indiquée dans les lymphomes* (hodgkiniens ou non) et les myélomes*.
Jacques Chauvergne.
Ce produit est fabriqué en Allemagne depuis 1984 à partir d'une plante carnivore (Dionaea muscipula) qui se nourrit d'insectes. Dans l'espoir que cette plante puisse également " dévorer " le cancer, on a proposé ses extraits sous forme d'ampoules injectables et de gouttes prescrites pendant trois à six mois. Aux dires de son promoteur, le Dr Keller, qui se présente comme un " bon médecin de campagne ", les premiers résultats ont été remarquables et ils ont été publiés dans la presse à sensation. La loi allemande permettant d'utiliser un produit, chez des malades graves, même si tous les tests d'efficacité et d'innocuité n'ont pas été réalisés, des milliers de patients ont reçu du Carnivora. Des effets secondaires sérieux ont été observés (frissons, allergie ...) car des ampoules étaient contaminées par des microbes. La forme injectable a été suspendue par l'Office fédéral allemand de la Santé en 1986. Des essais se poursuivent avec les gouttes. Les résultats n'ont pas montré d'action antitumorale.
Groupe de substances voisines de la vitamine A et peu différentes des rétinoïdes.
Carrel (Alexis, 1873-1944).
Surtout connu pour son livre L'Homme cet inconnu (1935) et des positions contestables, à la fin de sa vie, en faveur de l'eugénisme, ce chirurgien et biologiste français a commencé sa carrière en soutenant sa thèse sur Le goitre cancéreux (1901), puis par de remarquables travaux scientifiques, portant notamment sur les cellules cancéreuses, qui le conduisirent à émigrer aux États-Unis et lui valurent le prix Nobel de médecine en 1912. C'est en 1902 qu'il met au point une technique de sutures vasculaires qui lui permettront de tenter des transplantations d'organes : ce seront des échecs en raison d'incompatibilités tissulaires dont les causes (immunologiques) sont alors ignorées. À partir de 1910 il réussit des cultures de cellules et de tissus, grâce à des " tréphones " qui favorisent les multiplications cellulaires. Lorsqu'il cultive ensemble cellules normales et cancéreuses, ces dernières envahissent tout le milieu de culture et font disparaître les premières. Les cellules malignes ainsi cultivées ne vieillissent pas et se reproduisent indéfiniment.
Carreras (José, 1946- ).
Un des grands ténors de notre temps, J. Carreras est né à Barcelone. Atteint d'une leucémie en 1987, il est traité à Seattle par chimiothérapie et greffe de moelle et guéri. Il crée en 1988 une Fondation pour la recherche médicale qui porte son nom et encourage la lutte contre cette maladie. En 1993, il accepte de patronner la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO).
Tissu associé aux os et aux articulations, qui est le siège de rares tumeurs, pures (chondromes, chondrosarcomes) ou mixtes (ostéochondromes, ostéochondrosarcomes).
Voir Chromosomes.
Fabriqué en Allemagne depuis les années 1930, ce produit est composé d'enzymes destinées à lutter contre la tumeur et ses " substances toxiques ". Injecté par voie intramusculaire tous les trois jours pendant trois à quatre mois, il aurait une action curative sur tous les types de cancers, surtout comme adjuvant de la radiothérapie ou de la chimiothérapie dont il préviendrait aussi les effets toxiques. Il n'est pas disponible en France où il n'a pas obtenu l'autorisation des autorités sanitaires. Il est en fait neutralisé dans l'organisme peu de temps après son injection. Aucun travail scientifique n'a prouvé son efficacité, ni directe contre les cancers, ni pour atténuer la toxicité d'un traitement anticancéreux éprouvé.
La castration désigne l'ablation chirurgicale des glandes sexuelles ou gonades, les ovaires chez la femme, les testicules chez l'homme.
On étend le sens de ce mot à toute intervention, physique ou médicamenteuse, qui aboutit à la suppression de l'activité spécifique de ces organes, c'est-à-dire de la capacité de procréation et de production des hormones sexuelles. Elle entraîne des modifications profondes de la sexualité (diminution du désir et de la puissance sexuels) et dans d'autres fonctions, comme le métabolisme osseux, déficits comparables à ceux observés après la ménopause et l'andropause.
En cancérologie, la castration a été introduite pour la première fois en 1896 : Beatson*, un chirurgien écossais, montre que l'ablation des ovaires est un traitement efficace du cancer du sein, à une époque où les hormones sont mal connues. Environ 50 ans plus tard la castration est appliquée chez l'homme pour le traitement du cancer de la prostate (
voir Hormonothérapie). La suppression de l'activité des glandes sexuelles fait maintenant partie du traitement des tumeurs dont la progression est stimulée par les hormones qu'elles produisent (sein et prostate).
Elle peut être obtenue par d'autres moyens que la chirurgie. L'effet de la radiothérapie sur les ovaires est connu et utilisé depuis le début du xxe siècle. Elle provoque un arrêt progressif des ovulations et de la production d'hormones. On dispose maintenant d'hormones de synthèse qui suppriment la stimulation des ovaires par l'hypophyse et produisent le même effet. Appliquées à l'homme, elles arrêtent la fonction testiculaire. Cet effet est réversible à l'arrêt du traitement.
En cas de cancer de l'ovaire lui-même, l'ablation des deux ovaires doit être pratiquée, sauf exception, tandis que l'ablation des deux gonades n'est pas obligatoire pour le traitement d'un cancer du testicule.
Enfin les gonades, ovaires ou testicules, peuvent être affectés par une radiothérapie de voisinage, plus fréquemment par des chimiothérapies administrées pour traiter une tumeur. Suivant le type de chimiothérapie, sa durée d'administration et l'âge du sujet, la production des gamètes (ovules, spermatozoïdes) et les sécrétions hormonales peuvent être altérées et réduites à des degrés divers, d'où un effet de castration plus ou moins complet.
Voir Inégalités socio-économiques.
Tube souple et fin, utile dans le traitement des cancéreux. Il est le plus souvent introduit dans une veine, pour injecter un produit opaque aux rayons X avant une radiographie, des solutions nutritives ou des médicaments qui, comme la plupart des médicaments anticancéreux (cytotoxiques), ne sont tolérés que par voie veineuse. Il permet une nutrition parentérale quand le patient ne peut s'alimenter par la bouche. L'utilisation d'un cathéter sert surtout à des injections prolongées ou répétées et améliore le confort du patient en évitant de le piquer à plusieurs reprises, surtout si l'accès à une veine est difficile, et en lui permettant de se mobiliser avec moins de précautions.
Tandis que l'extrémité interne du cathéter est située dans une grosse veine profonde, son entrée peut dépasser de la peau ou être une capsule ou un réservoir situé sous la peau ce qui facilite les soins d'hygiène (Figure). Un cathéter peut être aussi placé dans une cavité naturelle (vessie) ou anormale (abcès) pour y injecter un désinfectant ou un cytotoxique, ou bien pour en retirer du liquide en excès, en cas d'ascite ou de pleurésie par exemple.

[Cathéter]
Le réservoir implanté sous la peau du thorax, au-dessous de la clavicule, est relié par un tube qui pénètre dans la veine sous-clavière et rejoint la veine cave supérieure. Le médicament injecté dans le réservoir parviendra ainsi directement dans la grosse veine cave.
Les cathéters sont composés de matériaux biocompatibles (silicones, polyuréthanes) qui sont bien supportés par l'organisme. En plus de leurs qualités mécaniques (souplesse, résistance), ils doivent résister aux médicaments, parfois caustiques, qui y sont injectés, et au temps. Ils ne doivent pas entraîner de coagulation ni favoriser des infections.
Voir Sinus de la face.
Voir Nasopharynx.
CECOS (Centre d'Étude et de Conservation du Sperme)
Voir Sperme.
La cellule est la plus petite unité constitutive d'un organisme vivant évolué, animal ou végétal (il y a des êtres primitifs composés d'une seule cellule, unicellulaires). C'est elle qui est atteinte à l'origine d'un cancer et donne une descendance ou clone qui constitue la tumeurmaligne.

[Cellule]
Le noyau contient l'information génétique de l'ADN. Le reste de la cellule ou cytoplasme contient principalement les mitochondries qui donnent l'énergie nécessaire à la machinerie cellulaire et le réticulum endoplasmique où sont fabriqués les produits de la cellule ; ceux-ci s'isolent dans les vésicules du corps de Golgi d'où ils évoluent vers la membrane pour être rejetés à l'extérieur de la cellule.
Déjà postulée par les Anciens (Anaxagore repris par Lucrèce), elle est observée pour la première fois à la fin du XVIIIe siècle au microscope, présentée comme constitutive de tous les êtres vivants par la théorie cellulaire de Schwann (
voir Biologie cellulaire), promue enfin par Virchow. En 1854 elle est l'objet d'une polémique à l'Académie de Médecine. Son existence est contestée par Velpeau qui l'assimile à une " tête d'épingle " et ironise en imaginant " des cellules vierges... les cellules adultes, les unes minces et allongées, les autres courtes et rondelettes... les cellules caduques, les vieillards, les cellules flétries, ridées [avec] de joyeux nucléoles... des noyaux libres... ce sont les éléments les plus purs du cancer ! ", avant de conclure : " si vous ne les jetez pas par dessus bord, vous sombrerez avec elles ". La cellule peut être perturbée dans l'un de ses nombreux constituants. On lui distingue en effet un noyau, un cytoplasme et une membrane qui la limite en périphérie (Figure). Le noyau contient les chromosomes renfermant l'ADN, véritable mémoire de la cellule, représentée par l'ensemble des gènes (plus de 100 000) sous une forme plus condensée que dans une " puce " informatique. Ce génome lui permet de se reproduire à l'identique et de fonctionner. L'ADN commande la fabrication (synthèse) des protéines et de toutes les substances nécessaires à la vie de la cellule, par l'intermédiaire des ARN. Il peut être atteint par un facteur externe toxique ou subir une altération accidentelle et ainsi connaître une modification ou mutation qui a pour conséquence la prolifération tumorale, surtout si cette mutation touche un oncogène ou un anti-oncogène qui règlent la reproduction de la cellule et sa croissance. La principale conséquence est qu'une cellule cancéreuse est " immortelle ", c'est-à-dire qu'elle peut se reproduire indéfiniment en culture, contrairement aux cellules normales qui dépérissent plus ou moins vite, comme l'avait observé Alexis Carrel. L'ADN est aussi la cible des médicaments anticancéreux ou des rayonnements ionisants qui y provoquent des lésions retardant la division de la cellule ou entraînant sa mort.
Dans le cytoplasme existe une véritable usine biologique avec de nombreux " ateliers " consacrés à des tâches différentes. Certains assurent, à partir de l'information de l'ADN, la synthèse des protéines à partir de leurs composants élémentaires, les acides aminés. Certaines de ces protéines agissent immédiatement au sein du cytoplasme comme les enzymes qui facilitent (catalysent) les réactions biologiques ; ces enzymes sont parfois regroupées dans des granules comme ceux de certains globules blancs, les granulocytes. D'autres sont rejetées à l'extérieur de la cellule pour agir sur d'autres cellules voisines ou à distance comme le font les hormones ou les cytokines. D'autres encore sont responsables du fonctionnement cellulaire, comme celui des fibres musculaires qui s'étirent ou se contractent selon les mouvements. Certaines peuvent être dosées dans le sang et sont des marqueurs de tumeurs dont le taux est proportionnel au nombre des cellules cancéreuses qui les produisent.
Plutôt qu'une limite, la membrane cytoplasmique est un lieu d'échange. Elle laisse sortir les produits fabriqués dans la cellule pour leur permettre d'agir ailleurs ou d'être éliminés. Elle laisse pénétrer des substances utiles ou néfastes au fonctionnement cellulaire. Elle présente à sa surface des récepteurs qui se lient aux substances arrivant au contact de la cellule et leur permettent d'y pénétrer. Il y a ainsi des récepteurs pour les hormones, pour les cytokines, pour les médicaments ou pour des micro-organismes comme les virus ou les Candida. La membrane de certaines cellules présente des structures qui leur permettent de s'attacher aux voisines (desmosomes, cadhésines). C'est ce qui donne à un tissu sa cohérence et parfois son extrême solidité : c'est le cas pour l'épithélium pavimenteux de la peau qui est souple mais parmi les tissus les plus résistants de l'organisme (quand un train passe sur un corps, tout est tranché sauf la peau du dos, solide et élastique).
Ces liens normaux persistent entre cellules cancéreuses, ce qui gêne les cultures cellulaires. Ils doivent se dissoudre pour qu'une cellule se libère de la tumeur primitive, pour migrer à distance et fonder des foyers tumoraux secondaires ou métastases. Ce sont eux qui donnent à la plupart des tumeurs leur consistance ferme ou dure qui fait parler de tumeur solide. Ils sont absents au contraire dans les cellules du sang qui circulent indépendamment les unes des autres et sont à l'origine de cancers où cette liberté individuelle est conservée pour donner des tumeurs dites " liquides " (leucémies, certains lymphomes, myélome, etc.)
Tandis que la cellule originelle ou œuf est " totipotente ", capable de donner toutes les cellules d'un organisme adulte, il se produit, au cours du développement embryonnaire, une différenciation : les nouvelles cellules expriment un caractère particulier en perdant d'autres propriétés, exprimées dans d'autres cellules. Pour une famille cellulaire donnée, il existe des cellules souches qui restent au repos ou se divisent pour produire des cellules actives selon les besoins. Quand une cellule devient cancéreuse, elle garde en général cette différenciation qui permet de la reconnaître et de rattacher le cancer à son origine. Au cours de l'évolution d'un cancer, les cellules deviennent de plus en plus malignes (c'est la progression tumorale) et en même temps de moins en moins différenciées (dé-différenciation) : il devient impossible de reconnaître leur nature d'origine et on parle d'anaplasie.
Les cellules cancéreuses présentent des anomalies de constitution ou de forme qui permettent le diagnostic. Ces anomalies peuvent être reconnues sur des cellules isolées, par un examen de cytologie. Elles sont plus souvent et mieux identifiées sur un ensemble de cellules réunies en tissu dont l'architecture est également anormale, par un examen d'histologie ou d'anatomopathologie. À l'examen au microscope, les composants des cellules sont reconnus à leur forme et mieux vus après une coloration : par exemple le noyau est augmenté de volume par rapport à l'ensemble de la cellule et montre des signes d'activité, les divisions cellulaires ou mitoses sont plus nombreuses. Certaines cellules perdent des constituants spécialisés d'origine, d'autres sont mis en évidence, de façon plus précise, par des anticorps monoclonaux qui se lient de façon spécifique à eux et les révèlent par une coloration ou une fluorescence complémentaire.
À côté des cellules normales et cancéreuses, des cellules dites cytotoxiques, venant du malade lui-même ou d'un donneur de greffe de moelle osseuse, sont stimulées et multipliées hors de l'organisme avant d'être réinjectées pour aller détruire les cellules cancéreuses (immunothérapie).
L'importance des cellules et de leurs divers composants justifie, à côté du développement de la biologie moléculaire, une biologie cellulaire consacrée à l'étude de ces constituants fondamentaux d'un organisme, qui jouent un rôle déterminant à l'origine des cancers et dans leur évolution.
Médecin romain du 1er siècle ap. J.-C., Celse consacre un chapitre de son De arte medica aux cancers. Comme Hippocrate, il s'étend surtout sur les tumeurs du sein et de la matrice (utérus), ulcérées ou extériorisées. À la différence de son prédécesseur, il recommande l'excision sanglante si la tumeur est reconnue à un stade précoce ou, à défaut, l'application de cautère ou de caustique pour la détruire ; il reconnaît que même ainsi les chances de guérison sont minimes ; si ces méthodes ne sont pas applicables ou couronnées de succès, il ne reste plus qu'à appliquer sur la plaie des cataplasmes, par exemple à base de figues. Celse évoque déjà le risque de stimuler l'évolution du cancer par un traitement incomplet, ce qui sera à l'origine du principe Noli me tangere (ne me touchez pas) qui prévaudra longtemps, avant d'être réfuté dans la grande majorité des cas.
Voir le nom propre correspondant.
Centre de Lutte Contre le Cancer (CLCC)
Après la création d'une douzaine de centres de lutte contre le cancer entre les deux guerres mondiales, l'ordonnance n° 45.2221, du 1er octobre 1945 relative à leur organisation est signée par le gouvernement provisoire de Charles de Gaulle. Elle fixe à ces centres pour objet le dépistage et le soins aux malades, la surveillance prolongée des résultats thérapeutiques, les recherches sur l'étiologie, la prophylaxie et la thérapeutique du cancer, enfin l'enseignement de la cancérologie. Elle leur donne leurs règles de fonctionnement et un statut toujours valide.
C'est, en France, une structure originale, établie par l'Ordonnance du 1er octobre 1945, ayant pour but de coordonner la lutte anticancéreuse à l'échelon régional, d'assurer les soins aux malades, de développer une recherche pluri-disciplinaire et d'améliorer l'enseignement, la formation des professionnels de la santé et l'information du public.
Après l'initiative, en 1740, du chanoine Jean Godinot de créer à l'hôpital de Reims quelques lits pour les " cancérés ", c'est au début du xxe siècle que sont prises les principales mesures préfigurant les centres actuels. Elles répondent à l'augmentation des cancers, qui apparaissent comme un fléau, dû au vieillissement de la population et à une meilleure connaissance des causes de décès. L'apparition de la radiothérapie justifie aussi des centres équipés des installations nécessaires. Chargé d'élaborer un programme de lutte contre les cancers, Claudius Regaud propose, après la Grande Guerre, des principes pour la création et le fonctionnement de centres spécialisés. En 1922, Paul Strauss constitue, au Ministère de la Santé, une commission du cancer qui approuve les propositions faites par Jean Bergonié : ainsi vont être créés, entre 1923 et 1925, quatorze " centres anticancéreux " répartis sur le territoire français, les trois premiers étant ouverts à Paris, à Montpellier et à Lyon. Ces structures verront leurs statuts complétés par l'Ordonnance de 1945 – signée par Charles de Gaulle, François Billoux, René Pleven et Alexandre Parodi – qui détermine leur statut d'établissement privé à but non lucratif et leur assigne la triple mission de soins aux malades (du dépistage au traitement), de surveillance à long terme des résultats et de recherches auxquels s'ajoutera le rôle d'enseignement. Après l'ouverture du dernier d'entre eux, le Centre Jean-Perrin à Clermont-Ferrand, les vingt centres français couvrent l'ensemble du territoire français avec leur réseau de consultations avancées .
Leur premier objectif est de réunir, dans une unité de lieu, les nombreuses compétences requises pour prendre en charge les patients en regroupant les spécialités : pour le diagnostic (imagerie, médecine nucléaire, anatomopathologie, biologie), pour le traitement (chirurgie, radiothérapie, oncologie médicale, etc.) et selon les localisations cancéreuses (gastro-entérologie, gynécologie, otorhinolaryngologie, pneumologie, urologie, hématologie, pédiatrie, etc.). À ces compétences s'ajoutent celles de disciplines complémentaires : épidémiologie, psychologie, sciences de l'information réadaptation, recherche fondamentale, etc.
Les centres réunissent des services d'hospitalisation classique, complétés par des hôpitaux de jour pour des explorations ou des traitements ambulatoires, des services de consultation correspondants, des services d'exploration (radiologie, endoscopie, médecine nucléaire), des services de traitement (blocs opératoires, radiothérapie) et des laboratoires. Selon les centres, spécificités ou complémentarités existent en liaison avec le centre hospitalier régional ou universitaire (CHU) auquel les relient des conventions de coopération. Ainsi peuvent être réunies, autour de chaque malade qui se trouve au cœur du système, toutes les compétences nécessaires. Les centres sont placés sous l'autorité d'un directeur médecin qui exerce la responsabilité administrative, secondé par un secrétaire général. Les centres sont ainsi des structures originales, dont le Conseil d'Administration est présidé par le préfet et qui participent au service public.
Les deux centres nationaux (Institut Curie à Paris et Institut Gustave-Roussy à Villejuif) et les dix-huit centres régionaux sont réunis depuis 1964 en une Fédération nationale qui a pour objectif de valoriser les ressources ainsi assemblées en favorisant la coopération entre les centres, en développant recherche et formation et en harmonisant l'organisation administrative.
Dans leur ensemble les centres français réunissent près de mille médecins et plus de 10 000 membres de personnel non médical. Ils travaillent en coopération avec de nombreux laboratoires de recherche de l'INSERM ou du CNRS situés en leur sein ou à proximité, contribuent aux études internationales, notamment dans le cadre de l'Organisation Européenne de Recherche et de Traitement des Cancers (OERTC). Ils mettent en commun les principales données médicales concernant les malades traités dans l'Enquête Permanente Cancer. Le directeur de chaque centre est conseiller du préfet de région en matière de lutte contre le cancer. L'ensemble représente un réseau exemplaire pris pour modèle par beaucoup de pays.
En 1994, les centres anticancéreux ont été soumis à une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dont les résultats ont été publiés. À la suite du Rapport Cachin dix ans plus tôt, les insuffisances de la politique de lutte contre le cancer ont été dénoncées et les responsabilités des pouvoirs publics soulignées. À côté des centres spécialisés où sont soignés une minorité des malades, une meilleure organisation des autres lieux de soins apparaît souhaitable et le ministre délégué à la santé, Philippe Douste-Blazy, a annoncé la création d'un " conseil national d'orientation stratégique sur le cancer ". Les centres anticancéreux de leur côté ont entrepris une vaste action interne de rénovation pour mieux bénéficier des moyens actuels d'information et satisfaire aux exigences scientifiques et économiques. Ils représentent un pilier essentiel du "plan cancer" présenté par Dominique Gillot début 2000.
Centre National de la Recherche Scientifique
Voir CNRS .
Couramment appelée mal de tête, la céphalée est un symptôme fréquent chez un malade atteint de cancer. Elle peut simplement accompagner la fatigue du malade, suivre un manque de sommeil ou la prise de certains médicaments. Elle traduit de façon plus précise une hypertension intracrânienne due au développement dans le crâne inextensible d'une tumeur primitive (gliome) ou d'une métastase cérébrale. Elle peut être discrète ou intense, fugace ou permanente, diurne ou nocturne, localisée dans une partie de la tête ou diffuse. Elle peut être facilement soulagée par un traitement simple (aspirine) ou résister au traitement, s'aggraver et s'accompagner de vomissements qui la soulagent temporairement. Toutes les fois qu'elle présente une certaine sévérité, il faut en préciser l'origine par un examen clinique qui peut déceler des manifestations nerveuses, par une scanographie de l'encéphale, qui montre le mieux une ou des tumeurs responsables, ou par une ponction lombaire retirant du liquide céphalorachidien dans lequel des cellules cancéreuses signent une méningite. Le meilleur traitement des céphalées est celui de leur cause. L'hypertension intracrânienne due à une tumeur est souvent aggravée par un œdème qui l'entoure (péritumoral). Cet œdème peut être résorbé par un traitement anti-œdémateux (corticoïdes, diurétiques, etc.), ce qui soulage le plus rapidement et le mieux les céphalées.
Voir Alcool, Alimentation, Soja.
Cérébrale (Tumeur)
On regroupe sous le terme de " tumeurs du cerveau " des cancers, mais aussi des tumeurs bénignes ou de malignité intermédiaire, très différents. Il y a d'abord des tumeurs primitives : les lésions cancéreuses des tissus nerveux de l'encéphale, ou " gliomes ", représentent 40% de l'ensemble ; d'autres lésions intra-crâniennes prennent naissance dans les nerfs crâniens (neurinomes, 10%), l'hypophyse ou glande pituitaire (adénomes, 8%) ou les méninges (méningiomes, 20%). Ce sont des tumeurs rares : 8 à 10 nouveaux cas apparaissant chaque année parmi 100 000 personnes (incidence). Leur cause et le mécanisme de leur croissance restent inconnus, aucun facteur de risque particulier n'ayant été reconnu (sauf l'exposition aux nitrosoguanidines et aux nitroso-urées en laboratoire ; tableau des maladies professionnelles n°85). Les métastases intracrâniennes sont des tumeurs secondaires à des cancers apparus ailleurs dans l'organisme (16 à 20%).
Les tumeurs cérébrales primitives se développent, s'expriment et évoluent diversement selon leur nature et leur siège. Elles s'étendent uniquement sur place et ne donnent jamais de métastases en dehors du système nerveux central. Elles agissent par leur masse et le développement progressif de leur volume dans la boîte crânienne rigide et inextensible : en augmentant elles compriment et déplacent les structures nobles du cerveau. Celui-ci tolère des masses à croissance très lente et certains méningiomes atteignent le volume d'un pamplemousse avant d'être découverts. Mais si leur croissance est rapide ou leur volume important, elles provoquent une hypertension intracrânienne, quelquefois immédiatement dangereuse : une métastase de cancer des bronches qui s'aggrave en quelques semaines se manifeste dès qu'elle a le volume d'une prune.
Les signes cliniques qui expriment l'irritation ou la compression du tissu cérébral et des nerfs crâniens sont quelquefois facilement repérés et interprétés : c'est le cas d'une crise d'épilepsie ou d'un trouble progressif de la parole. D'autres signes de souffrance cérébrale sont plus difficiles à reconnaître : un changement graduel de caractère, une anomalie du comportement ou encore une surdité unilatérale peuvent être longtemps mal interprétés. Il existe par ailleurs de vastes zones du cerveau dont les fonctions sont si subtiles, ou si aisément assurées par d'autres régions, qu'une tumeur à leur niveau peut atteindre un grand volume avant de se manifester.
Les moyens modernes d'imagerie ont beaucoup amélioré le diagnostic. À lui seul, le scanner, prescrit et interprété en fonction des données cliniques, reconnaît la présence d'une tumeur dans 95% des cas. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) apporte des précisions topographiques supplémentaires importantes dans de nombreux cas. Cependant, ces examens ne précisent pas la nature de la lésion et il est utile, parfois crucial, de faire un prélèvement car le choix du traitement en dépend. Les techniques stéréotaxiques permettent cette biopsie sans risque excessif, pratiquement dans n'importe quelle zone de l'encéphale.
Le traitement des tumeurs cérébrales commence le plus souvent par un acte chirurgical. La chirurgie suffit à guérir certaines tumeurs bénignes. Pour d'autres tumeurs bénignes plus évoluées, moins bien limitées ou plus mal placées, et pour la plupart des tumeurs malignes, la chirurgie réduit le volume tumoral, supprime les phénomènes de compression et donc améliore les troubles cliniques. En éliminant les zones de la tumeur qui sont biologiquement peu actives (quiescentes) ou nécrosées et peu sensibles à la radiothérapie ou à la chimiothérapie, elle améliore l'efficacité de ces autres thérapeutiques. La radiothérapie est un traitement complémentaire important pour les lésions malignes et pour les lésions bénignes incomplètement enlevées et c'est le seul traitement palliatif possible pour des lésions malignes inextirpables à cause de leur siège, de leur étendue ou de l'état du malade. Cependant la tolérance du tissu cérébral aux rayonnements ionisants est médiocre et certaines radiothérapies entraînent de sérieuses complications. Mises à part des lésions particulières, la chimiothérapie a une efficacité limitée. Ces traitements relativement lourds n'ont fait aucun progrès significatif depuis vingt ans.
Ce terme anatomique désigne habituellement l'encéphale qui regroupe toutes les parties du système nerveux central contenues dans la boîte crânienne : le cerveau proprement dit (avec ses deux hémisphères et le diencéphale), le cervelet, enfin le tronc cérébral, principalement formé du bulbe rachidien, qui se prolonge par la moelle épinière (
Figure in Système nerveux). Enveloppé dans les méninges, il est composé de matière grise au centre et de substance blanche en périphérie. Il contient des cellules nerveuses au sens strict, ou neurones, qui ne se divisent plus après la naissance et ne donnent pas de tumeur, et des cellules interstitielles, ou astrocytes, qui assurent la nutrition et le soutien des précédentes et sont à l'origine des principales tumeurs cérébrales, les gliomes (astrocytomes et glioblastomes). En dehors des tumeurs primitives, le cerveau est le siège de tumeurs secondaires ou métastases. Chez un malade atteint de cancer, il peut être aussi le siège d'une infection sous la forme d'encéphalite, d'abcès ou de méningite. Il peut être enfin lésé par des traitements anticancéreux et présenter des complications après certaines chimiothérapies ou une radiothérapie intéressant le crâne.
C'est une source radioactive artificielle, isotope du césium 133 naturel, utilisée en curiethérapie gynécologique. Il émet des photons dont l'énergie moyenne est de 0,66 MeV. Sa période (temps nécessaire à la diminution de moitié de son activité) est de 30 ans. Il est contenu dans des tubes de 3 cm de long ou dans des billes en acier inoxydable. Celles-ci sont assemblées sur des " trains " de billes dont on fait varier la longueur selon qu'on les place dans le vagin ou dans la cavité du corps de l'utérus. Le césium 137 est utilisé selon la technique de chargement différé, le plus souvent à l'aide d'un projecteur de source télécommandé. Il a la même efficacité que l'iridium (ou que le radium) mais nécessite des protections plombées plus importantes. Il sert principalement au traitement des cancers de l'utérus (col ou corps), exceptionnellement pour des lésions d'autre nature, à l'aide de tubes, voire d'aiguilles.
Chaînes lourdes (Maladies des)
Les chaînes lourdes correspondent aux fragments les plus importants des molécules d'anticorps (ou immunoglobulines) fabriqués par certains lymphocytes, les plasmocytes. Une maladie des chaînes lourdes correspond à un cancer de ces cellules qui continuent à fabriquer une partie seulement des anticorps normaux (les anticorps sont normalement composés de deux chaînes lourdes unies entre elles et à deux chaînes légères) : leurs chaînes lourdes sont retrouvées dans le sang comme des marqueurs. Elles sont de trois types principaux, a , g ou m et, selon la chaîne fabriquée, on distingue trois sortes de maladies des chaînes lourdes.
La maladie des chaînes a est la moins rare. Voisine du lymphome méditerranéen, elle se rencontre sur le pourtour de la Mer Méditerranée. Elle se traduit par une tumeur de l'intestin grêle sur laquelle s'observent différents stades d'évolution. Favorisée par une hygiène défectueuse, une infection intestinale chronique est presque toujours à l'origine d'une tumeur bénigne qui finit par devenir maligne (dégénérer) si l'infection persiste. Elle se traduit par une diarrhée chronique, des douleurs de l'abdomen et un amaigrissement. L'imagerie et l'endoscopie digestives montrent la tumeur intestinale et permettent un prélèvement (biopsie) et le diagnostic anatomo-pathologique ; ce dernier est complété par l'analyse des protéines du sang qui montre l'anomalie des globulines (dysglobulinémie) et identifie les chaînes lourdes. Spontanément la maladie évolue lentement vers la mort. Cette évolution est enrayée par un traitement antibiotique au début, puis par l'ablation chirurgicale d'une tumeur ou par une chimiothérapie qui peuvent guérir des malades.
Les maladies des chaînes lourdes g et m sont très rares. Elles présentent le même genre d'altération protéique dans le sang. La prolifération des cellules lymphoïdes responsables de cette anomalie peut se traduire par une augmentation des ganglions, de la rate et du foie. Elle envahit la moelle osseuse où une biopsie permet de l'identifier. Une chimiothérapie peut retarder une évolution spontanément lente mais défavorable.
Les cancéreux sont vulnérables à certains champignons microscopiques qui peuvent entraîner des infections graves : les mycoses. Ce sont des germes opportunistes, présents normalement en petite quantité sans provoquer de troubles, qui profitent d'une diminution des défenses immunitaires, en particulier chez les patients cancéreux ou atteints de sida, pour provoquer une infection. Ces champignons sont principalement Candida à l'origine de candidose, Aspergillus, Cryptococcus et Histoplasma. Tous les cancers ne favorisent pas de la même façon ces infections. Les candidoses de la peau et des muqueuses s'observent dans tous les types de cancers, mais les autres mycoses surviennent surtout chez les patients atteints de leucémies ou de cancers lymphoïdes. En outre, ces infections sont favorisées par les traitements : radiothérapie, chimiothérapie, corticoïdes et antibiotiques.
Les Aspergillus sont des champignons filamenteux qui pénètrent l'organisme après inhalation de spores parasitant des débris organiques. Le champignon aime se développer dans une cavité préexistante, en particulier dans les poumons où il forme un " aspergillome ", muet ou révélé par des crachats sanglants, mais caractéristique à la radiographie. L'aspergillose se manifeste comme une infection pulmonaire fébrile et grave qui se généralise par voie sanguine dans tous les viscères et entraîne souvent la mort. Elle peut aussi donner des réactions simulant l'asthme, des pleurésies purulentes ou des infections du conduit externe de l'oreille. Le germe est caractérisé par isolement et culture du produit pathologique ou présence d'anticorps spécifiques dans le sang.
Les Cryptococcus sont des levures encapsulées. L'infestation se fait aussi par inhalation et passage pulmonaire, souvent inaperçu. Elles entraînent des atteintes très graves de l'encéphale et des méninges, de la peau et des os. Des septicémies peuvent toucher tous les viscères. Le diagnostic se fait par isolement et culture du champignon à partir du produit pathologique.
Le traitement des aspergilloses et cryptococcoses fait appel à plusieurs produits actifs : l'amphotéricine B , la 5-fluorocytosine, le kétoconazole, le fluconazole, seuls ou associés. Les aspergillomes nécessitent quelquefois une résection chirurgicale. Ces mycoses restent graves chez les patients cancéreux et leur pronostic est réservé.
Plus rare en Europe, l'histoplasmose entraîne des lésions disséminées viscérales chez l'immunodéprimé avec également atteinte des muqueuses et de la peau. L'Histoplasma peut être isolé sous forme de levures de tailles différentes. Le traitement fait appel à l'amphotéricine B et au kétoconazole.
Voir aussi Aflatoxine.
Voir Curiethérapie.
Comme les autres animaux , les chats présentent des cancers dont la fréquence (incidence) augmente avec l'âge. Près de la moitié d'entre eux touchent les tissus sanguins : lymphomes et leucoses sont propres à cette espèce. Certaines formes sont dues à un virus, isolé dans les années 1970. Ce virus de la leucose féline (FeLV) est un rétrovirus voisin du HTLV et contagieux entre chats, mais aucune transmission à l'homme n'a été observée. Cela expliquerait la prédominance de ces cancers chez les mâles qui ont plus de contacts avec leurs congénères que les femelles. Le rôle de ce virus, sa contagiosité et la variété des tumeurs qu'il détermine justifie une vaccination disponible depuis 1986. Un animal infecté peut longtemps rester " porteur sain " du virus, sans être malade, et c'est en général à l'occasion d'une autre infection que la maladie se déclare. Les lymphomes s'expriment par des tumeurs des ganglions superficiels, dans la poitrine ou l'abdomen, et par une augmentation de la rate, du foie ou du thymus. Ils peuvent s'accompagner de la présence de cellules malignes dans le sang (leucémie). À ce moment l'animal devient très contagieux, notamment par la salive qui contient des particules virales par millions. Étant donné leur dissémination habituelle, le traitement principal est la chimiothérapie par vincristine, cyclophosphamide, cytarabine et corticoïdes. Ces médicaments entraînent des rémissions mais les guérisons définitives sont rares. Un autre rétrovirus, le FIV, entraîne des troubles digestifs, une réduction de l'alimentation et un amaigrissement, constituant une maladie proche du sida, qui se transmet surtout par morsures.
Les autres cancers sont des adénocarcinomes de la mamelle chez les femelles et, dans les deux sexes, des carcinomes de la peau et des cavités de la tête : naseaux et gueule.
Chauliac (Guy de, 1300-1368)
Ce médecin de Montpellier décrit dans sa Chirurgia magna (Grande chirurgie), publiée en latin en 1363 et traduite en français en 1890, plusieurs sortes de tumeurs. Selon la théorie humorale alors en vigueur (
voirHumeurs), les squirrhes sont formés de sang condensé quand ils sont peu malins ou de bile noire qui leur donne plus de gravité ; leur traitement repose sur un régime excluant toute viande forte et sur des emplâtres locaux d'origine végétale. L'apostème chancreux, franchement malin, touche surtout le sein et ne peut être guéri que par chirurgie. Le chancre ulcéré est la forme la plus grave, inspirant l'horreur. Lorsqu'il frappe au visage, il vaut mieux ne pas y toucher (Noli* me tangere) pour éviter d'aggraver l'évolution. Chauliac compare à un loup certaines tumeurs sur lesquelles on dépose une pièce de viande pour que la " bête " s'en nourrisse plutôt que de dévorer le malade, mais il exprime des doutes sur l'utilité d'une telle pratique.
Comme les autres animaux, le cheval présente des tumeurs bénignes (papillomes de la peau ou fibromes) et des cancers dont la fréquence (incidence) augmente avec l'âge. Il s'agit principalement de carcinomes de l'œil et de l'orbite, de cancers génitaux dans les deux sexes et de la mamelle chez la jument. Ces tumeurs sont plus fréquentes chez le mâle que chez la femelle mais moins fréquentes chez le hongre dispensé des cancers du testicule. On rencontre plus rarement des mélanomes, surtout chez les animaux à robe claire, des lymphomes ou des leucémies, presque toujours lymphoïdes. Les cancers sont plus rares chez l'âne ou le mulet.
Chevallier (André, 1896-1964)
Premier président de la Fédération des centres de lutte contre le cancer. Né en Limousin, faisant simultanément des études de sciences et de médecine, couronnées en 1923 par une thèse sur le thorium(voir thorotrast), il devient professeur de Physique médicale à Marseille en 1930. Il crée et dirige l'Institut National d'Hygiène (prédécesseur de l'INSERM) dont une des cinq sections concerne le cancer. Il contribue à l'élaboration de l'Ordonnance du 1er octobre 1945 sur le statut des Centres anticancéreux. En 1946, il redevient professeur de Physique médicale à Strasbourg, avant de prendre la direction du centre Paul-Strauss qu'il va reconstruire comme un établissement autonome. Il succombe à un cancer quelques mois après la création de la Fédération des centres.
Voir Alopécie.
Chicotot (Georges-Alexandre 1868-1921)
Ce médecin français est à la fois un des premiers radiologues et un peintre de talent. On lui doit en particulier un tableau fameux de 1908 où il s'est représenté, en chapeau haut de forme et blouse blanche, aux côtés d'une femme à la poitrine dénudée, allongée sur une table de radiothérapie sous un tube de Crookes, en train de faire fonctionner l'appareil et de minuter le temps de traitement. Ce tableau est au musée des Hôpitaux de Paris.
Alain Laugier
Comme les autres animaux domestiques ou sauvages, les chiens sont atteints de tumeurs bénignes et de cancers dont la fréquence (incidence) augmente avec l'âge. Les cancers les plus fréquents sont des adénocarcinomes de la mamelle qui représentent de 25 à 50% des cancers chez la femelle mais sont rares chez le mâle. Puis on observe dans les deux sexes des lymphomes, des tumeurs de la gueule, notamment des mélanomes, des ostéosarcomes, ainsi qu'une grande variété de cancers plus rares. Leur fréquence varie selon les espèces : les ostéosarcomes se rencontrent surtout chez les chiens de grande taille, les bergers allemands présentent particulièrement des cancers du foie (angiosarcomes), les beagles font des cancers de la vessie.
Les chiens présentent une tumeur propre, le sarcome de Sticker qui a été la première tumeur transmise expérimentalement, en 1876, par le vétérinaire russe Novinsky M.A. (1841-1914). Transmise par voie vénérienne, étudiée ultérieurement par Ewing elle se caractérise par des anomalies des chromosomes. Elle siège sur les organes génitaux externes, chez le mâle ou la femelle, et se propage aux ganglions voisins ou à distance (métastases). On a récemment décrit des lymphomes malins chez des animaux vivant sur des pelouses traités aux pesticides.
Comme chez l'homme, ces cancers canins se traitent par des opérations chirurgicales, radiothérapie, chimiothérapie, traitements hormonaux ou immunitaires. Ces traitements dépendent du type de cancer, de son siège et de son étendue. Des rémissions et des guérisons peuvent être obtenues.
Ce sont les cancers de la prostate du chien qui ont permis à Huggins de découvrir le rôle des hormones. Ces découvertes ont été appliquées à l'hormonothérapie de ce même cancer chez l'homme, sous forme d'œstrogènes.
Prévention d'un cancer par une substance chimique ou un médicament, elle peut être envisagée à deux niveaux. Le premier est celui des lésions précancéreuses qui précèdent la plupart des cancers. Leur traitement et leur guérison par un médicament, comme par tout autre moyen, évite leur transformation maligne et l'apparition de cellules cancéreuses. Des kératoses de la peau du visage ou des mains exposée au soleil bénéficient d'applications locales de fluorouracil qui les guérit et les empêche d'évoluer vers un cancer. Les rétinoïdes sont également utiles pour traiter des lésions précancéreuses des muqueuses et rétablir une muqueuse normale au lieu de la laisser s'aggraver et dégénérer, mais leur efficacité est temporaire si l'agent responsable de ces anomalies, comme le tabac, persiste.
Le National Cancer Institute a organisé des essais cliniques incluant des centaines de personnes pour évaluer l'action préventive de la vitamine A, de ses dérivés (acide rétinoïque) ou de ses précurseurs (carotènes) sur la survenue de cancers bronchiques et des voies aéro-digestives supérieures. Les résultats encourageants obtenus lors d'essais préliminaires n'ont pas été confirmés à grande échelle, ce qui interdit une attitude de principe chez les personnes à risque (fumeurs surtout).
Le second niveau est celui de cancers au stade microscopique, après la dégénérescence d'une première cellule maligne mais avant l'apparition d'une tumeur perceptible. Le traitement de cancers microscopiques, c'est-à-dire inconnus et seulement supposés, par une chimiothérapie anticancéreuse à petites doses, a été proposé mais il est irréaliste. Les risques pour un individu en bonne santé d'avoir un " microcancer " sont faibles, donc les raisons de le traiter sont faibles aussi. L'efficacité d'une telle chimioprévention est indéterminée et n'est probablement pas grande. En revanche les médicaments utilisés sont toxiques et quelques-uns, administrés pendant de longues périodes et même à faibles doses, favorisent l'apparition de cancers.
Le cancer du sein, fréquent et soumis à
des influences hormonales connues, présente une situation particulière.
Une hormono-prévention, depuis longtemps envisagée, commence
à faire l'objet d'essais pour deux raisons
: les hormones actuelles (tamoxifène,
raloxifène) sont bien supportées
et se prêtent à des administrations prolongées sans inconvénient
important pour les patientes; par ailleurs le traitement hormonal fait pour
un premier cancer du sein semble diminuer l'apparition d'un second cancer
dans l'autre sein (
voir Cancer bilatéral).
Dans ces conditions des femmes saines volontaires ont été enrôlées
dans des études de grande envergure, en vue de recevoir un traitement
hormonal ou de n'avoir aucun traitement pour être simplement surveillées
(groupe de contrôle). Les observations faites après plusieurs
années indiqueront les avantages et les inconvénients d'une
telle hormonoprévention avant de déterminer l'attitude courante
à adopter.
La résistance d'un cancer aux médicaments anti-cancéreux est un problème majeur de la chimiothérapie. Un traitement est plus souvent arrêté à cause de son inefficacité, initiale (résistance primaire ou intrinsèque) ou progressive (résistance secondaire ou acquise), qu'à cause de sa toxicité. Cette résistance n'est parfois liée qu'à une mauvaise adéquation entre trois paramètres : la pharmacocinétique du médicament, son mécanisme d'action et les caractères de la cinétique cellulaire de la tumeur. Un médicament qui a une demi-vie brève dans l'organisme et n'agit que pendant une phase courte du cycle cellulaire, est peu actif si on l'administre en injection rapide, " en flash ", et agit mieux après perfusion continue sur 24 heures. Un autre exemple de cette résistance " circonstancielle " est l'insensibilité des tumeurs cérébrales à des médicaments anticancéreux qui ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique séparant le courant sanguin des tissus nerveux.

[Chimiorésistance]
Une cellule peut limiter les effets toxiques d'un médicament par plusieurs mécanismes :
en entravant sa pénétration à travers la membrane cellulaire ou en augmentant l'élimination du médicament vers l'extérieur ;
en ne transformant pas le médicament en une forme plus active ;
en l'inactivant ;
en modifiant les cibles moléculaires normalement sensibles au médicament pour qu'elles deviennent réfractaires à son influence ;
en augmentant ses capacités de réparer les lésions produites par les médicaments, en particulier l'ADN ;
en désactivant les mécanismes de mort cellulaire qui sont normalement mis en place en réponse à l'atteinte de la cellule par le médicament

La chimiorésistance est due à des mécanismes que développent les cellules tumorales, d'emblée ou lors de la progression qui les rend plus malignes, pour se protéger des médicaments (Figure). Vis-à-vis des antimétabolites, les cellules disposent de mécanismes de résistance spécifiques, valables pour une seule substance : le transport du médicament vers l'intérieur de la cellule est altéré ; l'activation qui lui permet de devenir une molécule efficace est diminuée; il est inactivé par des systèmes de détoxication; les cibles sur lesquelles il agit se modifient pour lui devenir insensibles : par exemple, l'amplification du nombre de copies du gène de l'enzyme-cible du méthotrexate, la dihydrofolate réductase, produit une quantité considérable d'enzyme que le médicament ne peut plus inhiber suffisamment.
Dans le cas des agents alkylants, la résistance est liée au transport ou à l'activation du médicament, mais plus souvent à la réparation de l'ADN : certaines enzymes détachent le groupement alkyl fixé sur une base azotée de l'ADN ; d'autres excisent la base modifiée, la remplacent et refont la ligature de l'ADN : mieux ces systèmes fonctionnent, moins la cellule est sensible au médicament.
Face aux médicaments d'origine naturelle (alcaloïdes, antibiotiques anticancéreux), les cellules présentent souvent une résistance croisée, vis-à-vis de plusieurs d'entre eux; on parle de multidrug resistance ou résistance multiple. Des protéines de membrane sont responsables du transport actif de nombreux composés vers l'extérieur de la cellule. La mieux connue est la glycoprotéine P, qui est un constituant normal de tissus qui éliminent des déchets (rein, foie, côlon). Sa production accrue dans les cellules tumorales leur permet de se protéger contre divers agents anticancéreux en les rejetant en dehors des cellules avant qu'ils n'agissent. On fonde beaucoup d'espoirs sur la prévision de cette résistance croisée en mesurant l'expression du gène (MDR1) codant pour cette glycoprotéine qu'on cherche par ailleurs à inhiber. D'autres résistances croisées mettent en jeu des altérations de la topo-isomérase II. Enfin, le glutathion est impliqué dans une résistance croisée pour les médicaments détoxiqués par ce produit.
La résistance est donc un ensemble complexe de phénomènes, caractéristiques d'un médicament donné ou communs à plusieurs d'entre eux. Certains de ses mécanismes peuvent être contournés, y compris par de nouveaux composés.
Jacques Robert.
C'est la propriété d'une tumeur qui conditionne sa réponse clinique à une chimiothérapie. Certains cancers sont très chimiosensibles : la chimiothérapie entraîne souvent une rémission totale ou partielle. On parle de cancers chimiocurables quand la guérison peut être obtenue par le seul traitement médical : c'est le cas de tumeurs embryonnaires et des cancers du sang (hémopathies malignes). Certains cancers en revanche ne répondent qu'exceptionnellement à la chimiothérapie, quels que soient les médicaments utilisés : on parle de chimiorésistance.
Depuis les années 1970, on tente de mettre au point des tests prédictifs, pour prévoir la sensibilité ou la résistance d'une tumeur aux médicaments anticancéreux. Comme les antibiogrammes renseignent sur la sensibilité de bactéries aux antibiotiques dans une boîte de culture in *vitro, on a tenté des " chimiogrammes " en exposant des cellules tumorales, prélevées et mises en culture, à des médicaments anticancéreux. Cependant, à peine un tiers des prélèvements tumoraux sont capables de croître en culture et les quelques cellules qui poussent ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble de la tumeur ( voir Hétérogénéité tumorale). Il faut enfin attendre des jours ou des semaines pour avoir le résultat. La prédiction d'une résistance est bonne dans 90% des cas, mais la prédiction de la sensibilité n'est obtenue que dans 70% des cas et cette information confirme généralement ce que le type tumoral permettait de prévoir. Ces épreuves in vitro ont été abandonnées car, sur 100 malades, le laboratoire n'apporterait de renseignement utile que pour deux d'entre eux. D'autres tests, plus rapides, évaluent la survie de cellules fraîches en présence du médicament, mais leur intérêt est limité car ils ne sont applicables que dans les hémopathies malignes qui sont en règle générale chimiosensibles.
Des techniques in *vivo comme l'inoculation de la tumeur à la souris nude, ou sous la capsule rénale de souris ordinaire, sont complexes, coûteuses et inapplicables en routine. Elles souffrent des mêmes limitations que les tests in vitro : les greffes tumorales qui prennent sont rares, la prédiction de la chimiosensibilité est tardive et n'est pas suffisamment fiable.
L'identification des mécanismes moléculaires responsables de la chimiorésistance permet également de prédire dans une certaine mesure l'efficacité d'un traitement anticancéreux : la mesure de l'expression du gène MDR1 (gène de multidrug resistance) ou de son produit, la glycoprotéine P, a été entreprise dans de nombreux laboratoires; la corrélation de cette expression avec les résultats cliniques semble limitée à quelques tumeurs comme les sarcomes de l'enfant ou les leucémies aiguës.
Chez les malades, la chimiosensibilité s'évalue par l'efficacité du traitement. L'obtention d'une réponse tumorale, et la rapidité de cette obtention, sont des facteurs favorables pour l'évolution ultérieure du cancer.
La chimiothérapie anti-cancéreuse correspond au traitement par des produits chimiques, des médicaments extraits de végétaux ou produits en laboratoire par synthèse. Ils se distinguent d'autres substances également utilisées contre les cancers, qui sont proches de produits physiologiques, comme les hormones (hormonothérapie) ou comme les cytokines (immunothérapie). La chimiothérapie anti-cancéreuse a commencé dans les années 1940 avec la moutarde à l'azote (chlorméthine) et les antagonistes de l'acide folique (méthotrexate). Elle s'est surtout développée dans les trois décennies suivantes, grâce à la découverte de nouveaux composés et à leur meilleur emploi. Ces composés sont toxiques pour les cellules cancéreuses (cytotoxiques), ils bloquent leur reproduction et leur division ou mitose (antimitotiques) et ils entraînent leur mort.
On classe la cinquantaine de médicaments disponibles en plusieurs groupes. Les antimétabolites sont des produits voisins des métabolites normaux, ils prennent leur place et leur interdisent d'agir normalement, ce qui entrave le fonctionnement cellulaire. Les alkylants agissent surtout sur l'ADN, un peu comme les rayonnements ionisants, en y provoquant des lésions qui empêchent sa duplication. Les intercalants sont pour la plupart des antibiotiques qui s'insèrent entre les bases azotées des deux chaînes d'ADN et bloquent ainsi son activité normale. Les antimitotiques au sens strict, ou encore antifusoriaux, sont pour la plupart des substances d'origine végétale qui inhibent le fuseau nécessaire au bon déroulement d'une division cellulaire (mitose).
Tous ces médicaments agissent sur les cellules cancéreuses, ce qui est souhaité, mais aussi sur les cellules normales, ce qui entraîne leur toxicité. Leur index thérapeutique, c'est-à-dire l'écart entre leur action efficace et leur action toxique n'est pas très important et il est difficile de les utiliser à des doses très efficaces sans entraîner, en corollaire, une toxicité excessive. Pour augmenter cet index on utilise des associations qui concentrent sur la tumeur l'efficacité de plusieurs médicaments, en dispersant leurs toxicités différentes sur divers organes.
Les conditions de leur administration cherchent aussi à augmenter l'efficacité sans trop accroître la toxicité. Quelques agents anticancéreux se prennent par la bouche. Quelques-uns peuvent s'injecter par voie artérielle ou intramusculaire. La plupart ne s'administrent que par voie veineuse, éventuellement par cathéter. L'injection peut être courte, en " flash ", pendant quelques minutes, s'étendre sur une ou deux heures ou être continue, sur un ou plusieurs jours à l'aide de pompes régularisant son débit. Les administrations sont répétées par cycles séparés par un intervalle de trois ou quatre semaines pendant lesquelles les cellules normales et le malade récupèrent (réparent), en principe plus vite et mieux que les cellules cancéreuses.
La place de la chimiothérapie dans le traitement d'un cancer dépend de son type et de son étendue. Quelques tumeurs ont une grande chimiosensibilité et sont chimiocurables : elles peuvent être guéries par ce seul moyen. C'est le cas des cancers du sang ou hémopathies malignes, en particulier des leucémies aiguës qui sont toujours généralisées et pour lesquelles la chimiothérapie assure un traitement général. Elle comporte alors différentes étapes : une phase d'induction forte est destinée à entraîner une rémission complète; puis elle est modifiée pour une phase de consolidation, avant un traitement d'entretien plus ou moins long. Pour d'autres cancers, la place de la chimiothérapie dépend de leur généralisation évidente ou probable. Elle s'associe alors à un traitement local par chirurgie ou radiothérapie. Elle peut être appliquée en premier, quand la généralisation est certaine et la chimiosensibilité suffisante, avant le traitement local qui sera plus facile ou plus efficace sur une tumeur préalablement réduite. Elle vient après le traitement local quand celui-ci a apporté des renseignements en faveur d'une généralisation : on parle alors de chimiothérapie adjuvante. Elle peut également être administrée en même temps que le traitement loco-régional par radiothérapie (chimiothérapie concomitante), principalement à titre de radio-sensibilisant.
Une chimiothérapie n'est commencée qu'après le bilan préthérapeutique dont les résultats doivent confirmer qu'elle est justifiée et que le patient peut la supporter. Son application répétée nécessite une surveillance régulière pour vérifier qu'elle est bien réalisée (observance), qu'elle est efficace (faute de quoi il faudrait l'interrompre) et suffisamment bien supportée (sinon elle doit être réduite ou arrêtée). Les progrès de ces traitements permettent souvent de les faire chez un malade ambulatoire ou à domicile.
Avec une population de plus d'un milliard mais encore relativement jeune, la Chine enregistre au moins 1,5 millions de nouveaux cas de cancers chaque année qui provoquent plus d'un million de décès. Certains cancers sont plus spécialement observés comme ceux de l'œsophage, relevés aussi chez des animaux, dans le Nord du pays qui correspond à l'extrémité orientale d'une zone d'incidence élevée commençant à l'Ouest en Iran, au Sud de la Mer Caspienne, ou le carcinome du nasopharynx. Les traitements sont ceux de la médecine occidentale, mais ils font aussi appel à des méthodes traditionnelles par des régimes alimentaires, des plantes médicinales, l'acupuncture dont les effets exacts sont difficiles à évaluer. Une importante collaboration s'est instituée avec des médecins occidentaux pour des études épidémiologiques et la formation des spécialistes oncologues.
Voir aussi : Sun-Yat-Sen.
La chirurgie est le plus ancien des traitements des cancers (
Voir Histoire de la chirurgie). Son but a d'abord été et il reste d'enlever les parties du corps envahies par la tumeur primitive ou par ses métastases : c'est la chirurgie spécifique des cancers. Plus récemment s'est développée une chirurgie non spécifique dont l'objet est simplement d'explorer la tumeur, d'améliorer le confort du malade, ou de corriger les suites d'un traitement antérieur, y compris chirurgical.
Chirurgie (Histoire de la)
La nature cancéreuse, dite " maligne* ", de certaines tumeurs* est évoquée dans le papyrus de Kahun*, 2200 avant J.C.; la gêne qu'elles créent par le volume*, l'ulcération*, ou l'infection* suggèrent l'ablation dans le papyrus Edwin*-Smith au XVIIè siècle avant J.-C. L'auteur du papyrus Ebers*, daté d'environ 1500 avant J.-C., distingue des tuméfactions infectieuses à inciser et des tumeurs " de chair " à extirper au cautère.
La notion de tumeur cancéreuse qui s'étend sur place, puis aux ganglions*, enfin aux viscères, n'est clairement énoncée que bien plus tard, au XVIIIè siècle. Les connaissances anatomiques et physiologiques sur la circulation artérielle et veineuse acquises avec Harvey, et sur celle du réseau lymphatique avec le Danois Bartholin et le Suédois Rudbeck, aident à comprendre la dissémination des cellules cancéreuses par la lymphe et le sang*. Le " Mémoire avec un précis de plusieurs observations sur le cancer par M. Le Dran ", publié dans les Mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie à Paris en 1757, est la première description claire et exacte des voies d'extension des cancers (Figure). On y trouve aussi l'intuition des possibilités et des limites du traitement régional.

[Chirurgie]
Mémoire avec un précis de plusieurs observations sur le cancer, publié en 1757.
Au XIXè siècle, le microscope permet la description des cellules* saines et cancéreuses, de leur dédifférenciation, des arrangements des cellules entres elles et de leur désordre en cas de cancer. Désormais, on distingue au microscope les tumeurs bénignes* et malignes, les lésions infectieuses, les malformations des organes (dysgenèses) et les déformations acquises (dystrophies et hyperplasies). On démontre l'origine cancéreuse des ganglions* malades (adénopathies*) et des nodules métastatiques dans les viscères. La cancérologie est dès lors fondée sur la microscopie (Thiersch, Müller, Schwann*, Virchow*, Waldeyer*).
La théorie cellulaire du cancer ( voir Biologie* cellulaire) rend compte de l'échec des traitements incomplets. La chirurgie cancérologique se développe en même temps que l'anatomie* pathologique, avec l'obligation d'exérèse complète pour une guérison définitive. Elle est le seul traitement curatif opposable aux cancers jusqu'au début du XXè siècle et de la radiothérapie*.
Les chirurgiens accumulent des connaissances anatomiques et microscopiques appofondies. Ils font preuve d'une créativité remarquable en technique opératoire. Ils conçoivent le plan des ablations (exérèses) à faire pour les localisations cancéreuses les plus fréquentes : du côlon* (colectomie), du larynx* (laryngectomie), de l'estomac* (gastrectomie), de la glande thyroïde* (thyroïdectomie), du sein* (mastectomie) avec évidement* des ganglions* axillaires, de l'utérus* (hystérectomie) avec lymphadénectomie, du testicule* (orchidectomie) avec évidement lombaire, de la vulve* (vulvectomie) avec évidement inguinal, etc. Ces interventions se heurtent à d'innombrables difficultés pratiques : l'extension tumorale les rend illusoires ou bien le risque opératoire est trop élevé faute de moyens appropriés en anesthésie, en réanimation et en soins postopératoires.
Il faut près d'un siècle et l'expérience stimulante de deux guerres mondiales terriblement sanglantes pour lever ces difficultés par de nouveaux progrès. On découvre des antiseptiques puissants et non toxiques, puis les antibiotiques*. L'anesthésie* bénéficie des barbituriques intraveineux et des décontracturants modernes (curares), de l'oxygénothérapie, de la respiration assistée. On met au point la transfusion* sanguine et plasmatique, la rééquilibration postopératoire du milieu intérieur, le contrôle monitorisé des grands opérés. On prévient la maladie thromboembolique par les anticoagulants* (héparine*, coumarines et antiagrégants plaquettaires). La chirurgie va aussi profiter de la kinésithérapie* et des soins aux alités, de l'aspiration digestive continue, de la nutrition* artificielle, de la rééquilibration ionique, sans parler d'innombrables techniques et médicaments qui permettent d'éviter ou de traiter tant d'accidents postopératoires incontrôlables autrefois.
Alors que précédemment les antécédents divers du malade et son vieillissement* artériel en contre-indiquaient souvent l'exécution, la chirurgie d'exérèse des cancers est devenue possible à tous âges*. Chaque année de nouveaux progrès reculent encore la limite des contre-indications opératoires d'ordre général. Les progrès du diagnostic précoce réduisent également les contre-indications liées à l'étendue* trop importante de la tumeur.
Les deux dernières décennies sont marquées par l'association fréquente de chirurgie, radiothérapie* et chimiothérapie* : l'exérèse seule devient rare.
Le chirurgien de plus en plus agit dans un programme pluridisciplinaire caractéristique de la cancérologie d'aujourd'hui. En attendant de nouveaux progrès, l'exérèse à visée radicale du cancer à son site d'origine et dans son extension ganglionnaire éventuelle, reste un moyen de traitement irremplaçable qui apporte un grand nombre de guérisons* définitives.
La chirurgie spécifique rassemble tous les actes opératoires dirigés sur une tumeur cancéreuse pour pratiquer son ablation, en débarrasser le malade et si possible le guérir*. Elle s'adresse à la tumeur primitive*, aux ganglions* lymphatiques satellites ou à des métastases* selon les caractères de leur tumeur et son stade d'évolution.
Avant d'opérer une tumeur primitive, dans l'organe où elle s'est développée, le chirurgien la connaît telle qu'elle apparaît à l'examen clinique, à l'endoscopie* ou sur les images* qu'on a pu en avoir. Compte tenu des particularités du cancer au microscope et de son évolution naturelle habituelle, cette apparence est trompeuse et le chirurgien doit concevoir un volume suspect à circonscrire pour passer avec son bistouri au-delà des avant-gardes cancéreuses réelles ; c'est l'équivalent du " volume-cible " visé par une radiothérapie*. L'opération est conduite en fonction de cette estimation. Des contrôles anatomopathologiques* sont possibles sur des prélèvements en bordure de la pièce opératoire pendant l'opération ou à sa suite. Leurs résultats conduisent à proposer ou non un traitement complémentaire.
Il existe parfois de minuscules îlots de cellules cancéreuses à distance de la tumeur primitive* : on les appelle perméations* lymphatiques. C'est le cas du mélanome* malin de la peau pour lequel une exérèse large de la surface d'une paume de main peut être nécessaire pour faire disparaître le risque de récidive* locale.
Enfin, le foyer cancéreux est parfois entouré d'une zone précancéreuse qu'il faut enlever. Cette zone en puissance de cancérisation peut s'étendre à l'organe entier et incite alors à une ablation totale de l'organe atteint, par exemple pour le cancer vulvaire* associé à une dystrophie précancéreuse disséminée. Cela prévient l'apparition d'autres cancers du même organe à la suite du premier apparu. Les cancers du côlon* ou gros intestin développés sur une polypose familiale diffuse justifient une ablation totale du côlon (ou colectomie). La même question est peut être posée pour d'autres cancers tels ceux de la thyroïde*, de l'estomac* ou ceux qui atteignent des organes bilatéraux* comme les seins* ou les ovaires*.
Des métastases peuvent apparaître dans les ganglions* où aboutissent les canaux lymphatiques qui drainent l'organe d'origine de la tumeur. Le risque d'envahissement est proportionnel au volume* de la tumeur. L'atteinte se fait de proche en proche dans la chaîne ganglionnaire ; chaque ganglion arrête momentanément l'avance des cellules cancéreuses, mais chacun devient ensuite une base pour une propagation plus éloignée de la tumeur primaire. Le risque qu'il y ait des métastases* viscérales ou osseuses est proportionnel à cet envahissement ganglionnaire : le nombre de ganglions envahis, l'état de la capsule qui les limite et leur volume ont une grande importance pour décider d'un traitement général complémentaire (adjuvant*) afin de traiter aussi tôt que possible une probable généralisation.
Un groupe ganglionnaire régional est cependant capable d'arrêter les cellules cancéreuses et on peut espérer une guérison* complète en les enlevant en même temps que la tumeur primitive : c'est l'évidement* ganglionnaire ou lymphadénectomie. Elle est dite "de nécessité " quand existe un ganglion envahi. Elle est dite " de principe " en l'absence d'envahissement manifeste. La lymphographie*, la scanographie*, l'échographie*, la scintigraphie*, sont des procédés insuffisants : ils mettent en évidence une métastase seulement à partir de 10 à 20 mm de diamètre et méconnaissent des envahissements plus petits. L'évidement ganglionnaire " de principe ", comme d'ailleurs l'irradiation de principe, se justifie, malgré ses inconvénients, s'il y a une probabilité importante d'extension.
D'innombrables études ont été faites sur les invasions ganglionnaires décelées sur pièce opératoire : elles ont précisé leur taux pour les différentes localisations cancéreuses à chaque stade et servent de base pour décider du programme thérapeutique. L'indication de la lymphadénectomie dépend du risque d'atteinte ganglionnaire par le cancer en cause, du volume* de la tumeur initiale, de la radiosensibilité* ou des inconvénients à irradier le voisinage, de la valeur de la chimiothérapie*. Les groupes ganglionnaires le plus souvent enlevés sont ceux du cou, de l'aisselle et de l'aine, ceux du poumon*, de l'estomac* et du côlon*, du rein* et du bassin*.
Si une rechute du cancer se manifeste sur le site primaire, après un traitement local limité, une reprise chirurgicale plus large peut apporter des chances notables de guérison* définitive au prix d'une amputation* de l'organe atteint. L'exérèse chirurgicale de métastase est rarement indiquée car une métastase viscérale ou osseuse est rarement solitaire. On la fait parfois au poumon, au foie ou sur un os et, dans des cas sélectionnés, on obtient des guérisons*. Une chimiothérapie adjuvante* associée à la chirurgie peut aussi détruire des métastases multiples et microscopiques, méconnues par les examens spécialisés.
L'exérèse de propreté et de réduction consiste à enlever un ou plusieurs foyers tumoraux, même si l'ablation de la tumeur ne peut être complète, radiations ou chimiothérapie pouvant détruire les parties restantes et inextirpables. Ce n'est pas conforme à une ambition chirurgicale radicale, mais la chimiothérapie et la radiothérapie agissent mieux si le plus gros de la masse tumorale a été enlevé.
Les difficultés d'application de la chirurgie cancérologique sont fréquentes. Le chirurgien et l'anesthésiste-réanimateur sont confrontés à des problèmes dus au terrain déficient des malades irradiés ou précédemment soumis à une chimiothérapie lourde, ou encore à ceux de gens âgés puisque l'incidence* des cancers augmente avec l'âge*. Ils doivent parfois mener des soins appropriés pour des malades dénutris.
Le chirurgien connaît des problèmes moraux et éthiques* propres à la cancérologie. Les progrès des traitements anti-infectieux et les soins aux traumatisés ne laissent plus guère de place à la chirurgie mutilante, si ce n'est en cancérologie et bien sûr il y a là une information de très bonne qualité à donner, puis une assistance prolongée pour que le malade surmonte au mieux les inconvénients de la mutilation.
En toutes circonstances, le chirurgien doit travailler en étroite collaboration avec le radiothérapeute, le médecin oncologue, l'anatomopathologiste*, le nutritionniste, le spécialiste des soins intensifs et divers personnels spécialisés de santé.
À côté de l'exérèse qui enlève tout ou partie de la tumeur cancéreuse, il y a d'autres possibilités chirurgicales pour contribuer au traitement du malade cancéreux.
La biopsie* chirurgicale est un prélèvement partiel de la tumeur ou une " exérèse-biopsie " qui enlève la totalité des lésions visibles. Elle reste irremplaçable pour des lésions profondes quand seul un accès chirurgical permet d'y accéder.
L'exploration générale du ventre (abdomen*) ou du bassin* (pelvis) par la chirurgie est moins utilisée grâce aux progrès de l'imagerie*, de l'endoscopie* et des prélèvements par ponction* à l'aiguille sous écran de radiologie ou d'échographie*. Cependant, l'ouverture exploratrice du thorax (thoracotomie) ou de l'abdomen (laparotomie*) reste utile pour enlever partiellement des lésions et pour en déterminer l'étendue, faire des biopsies et préciser l'opportunité de radiothérapie* ou de chimiothérapie*.
Pour les tumeurs hormonosensibles, la chirurgie ne contribue plus guère à l'hormonothérapie par la castration* (ablation des ovaires* ou des testicules*), car ces interventions sont remplacées par une irradiation des gonades* ou par des traitements hormonaux donnés par voie générale.
La chirurgie peut contribuer à la radiothérapie* peropératoire. Il s'agit d'exposer directement un territoire infiltré de cancer à une irradiation à dose unique et forte. On incise les tissus superficiels pour accéder à la tumeur et on écarte les tissus et organes sains pour éviter qu'ils ne soient traversés par le rayonnement*. Le malade anesthésié est déplacé du bloc opératoire dans la salle de radiothérapie* où il est irradié avant de réintégrer la salle d'opération pour la fin de l'intervention. On vise ainsi surtout des tumeurs profondes et inextirpables de l'abdomen ou du bassin. On donne en général en peropératoire une moitié de la dose de radiothérapie qui sera complété ensuite par les procédés habituels.
La chirurgie réparatrice s'adresse aux mutilations chirurgicales ou aux séquelles de plus en plus rares de la radiothérapie*. La chirurgie ablative laisse derrière elle les séquelles les plus diverses. Tantôt c'est une simple cicatrice cutanée car on s'est contenté de rapprocher les tissus sains voisins après l'exérèse de la tumeur. D'autres fois, c'est l'ablation d'un organe qui existe en double : l'autre satisfera à lui seul les besoins de l'organisme (rein). D'autres fois il s'agit de l'ablation d'un organe d'importance esthétique ou fonctionnelle évidente. De nombreux procédés réparateurs fort ingénieux ont été développés pour restaurer les formes ou les fonctions. Il s'agit de transferts de peau notamment à la face et au thorax, de restaurations osseuses ou ostéo-articulaires par greffe ou inclusion de prothèse*, de réparation artérielle ou veineuse, de restauration d'uretère* ou de vessie*, d'œsophage* ou d'estomac* par transfert de segments intestinaux, de reconstruction* mammaire après amputation* du sein*, etc. Cette chirurgie réduit les mutilations difficiles ou impossibles à appareiller.
Les progrès considérables des traitements anti-inflammatoires*, anticancéreux et antalgiques* ont limité la place de l'interruption chirurgicale des voies nerveuses de la douleur*. Ces interventions sont remplacées par la destruction chimique de nerf (neurolyse) ou les instillations rachidiennes de substances antalgiques* (morphinomimétiques). Les principales dérivations externes ou abouchements à la peau sont les trachéotomies et trachéostomies*, la gastrostomie, les colostomies*, les urétérostomies cutanées. Les dérivations internes les plus utilisées sont l'œso-gastrostomie, la gastro-jéjunostomie ou diverses anastomoses internes de l'intestin. Cette chirurgie a pour but de court-circuiter de manière temporaire ou définitive un segment du tube digestif porteur d'une tumeur. Avec ou sans traitement complémentaire par radiothérapie* ou chimiothérapie* d'un cancer inextirpable, on a évité ainsi l'obstruction du conduit et ses conséquences immédiates (occlusion*).
Il arrive que la mise en place d'un cathéter*, dans la veine* sous-clavière par exemple, ne soit pas suffisante pour conduire un traitement intraveineux prolongé et complexe. On peut recourir au chirurgien pour implanter un cathéter dans une artère ou pour poser sous la peau une chambre qui sera chargée de médicaments par injection transcutanée*.
Un des plus anciens médicaments anticancéreux, produit par synthèse dans les années 1950, c'est un agent alkylant qui agit surtout sur l'ADN et les chromosomes. Il se prend en gélules par la bouche, soit de façon continue pendant plusieurs semaines ou mois, à la dose de 2 à 6 mg/jour, soit de façon cyclique et concentrée, quatre jours par mois à la dose de 10 mg/m²/jour. C'est un médicament bien supporté qui a une toxicité sanguine et entraîne une diminution des globules blancs, justifiant une surveillance par hémogramme périodique. Plus rarement il provoque des nausées ou, s'il est administré très longtemps, une stérilité chez l'homme. Le chlorambucil sert surtout à traiter les cancers des lymphocytes, principalement la leucémie lymphoïde chronique, mais aussi la maladie de Waldenström et certains lymphomes. Son efficacité et sa bonne tolérance assurent une bonne qualité de vie à des patients qui ont peu de chances de guérir mais vivent des années, parfois plus de dix ans avec leur maladie. Le chlorambucil s'utilise aussi comme immunodépresseur dans le traitement de maladies immunitaires.
Appelé aussi méchloréthamine ou moutarde à l'azote, c'est un des tout premiers médicaments, utilisé dès les années 1940, en chimiothérapie anticancéreuse. C'est un agent alkylant, produit par synthèse à partir des " gaz moutarde " employés pendant la guerre, qui agit sur l'ADN et les chromosomes. Il est très caustique et s'injecte par voie veineuse pour éviter une inflammation ou une nécrose des tissus. Il s'administre à la dose de 6 mg/m² une fois par semaine ou tous les 15 jours, seul ou plus souvent avec d'autres médicaments. La chlorméthine entraîne immédiatement d'importants vomissements. Elle a la toxicité sanguine habituelle avec cette sorte de composés et fait diminuer les globules blancs et les plaquettes. Elle s'accompagne aussi d'une inflammation de la bouche (stomatite). C'est un des médicaments majeurs de la maladie de Hodgkin mais on l'utilise moins à cause des risques de leucémie aiguë secondaire auxquels il expose des malades habituellement jeunes et très souvent guéris. Il est aussi utilisé dans quelques autres cancers, en général après échec d'un autre traitement mieux supporté. La chlorméthine sert également à traiter le mycosis fongoïde, sous forme d'une solution diluée dans l'eau qu'on applique sur les plaques cutanées de cette maladie, avec des précautions pour éviter tout autre contact. La chlorméthine correspond vraisemblablement à l'" embychine " administrée à un des malades de Soljenitsyne dans Le Pavillon des cancéreux.
Décrit par le chirurgien Le Dran en 1743, le choc correspond à une défaillance brutale du système circulatoire, qui s'observe chez les cancéreux comme chez d'autres malades. Il est causé par des infections graves, certains traitements, une hémorragie foudroyante ou une insuffisance cardiaque soudaine.
Très différent, le choc psychologique est souvent évoqué ou observé en liaison avec un cancer (
voir Psychogenèse). Un tel choc, à la suite d'une émotion violente provoquée par une nouvelle brutale, est avancé par beaucoup de malades pour expliquer leur maladie, conçue comme une " maladie de l'âme ", surtout en l'absence d'autre cause connue ou avouable. Bien que rien ne permette de relier un choc de ce genre à l'apparition ultérieure d'une tumeur, cette relation offre une explication qui vaut parfois mieux qu'une incertitude ou une ignorance encore plus désagréable.
L'apparition d'un cancer peut être à l'origine d'un choc psychologique, d'autant plus que sa révélation – spontanée, imaginée par le malade ou déclarée par un médecin – est brutale. Il se manifeste chez le malade et dans son entourage. Il s'explique par le bouleversement d'une existence soudain menacée. Il s'accompagne de réactions de sidération, d'incrédulité, de négation, avant que le malade puisse s'adapter à sa nouvelle situation. Les circonstances de la découverte d'un cancer sont très variables et le choc peut être immédiat, quand une femme découvre elle-même une tumeur dans un sein. Le plus souvent cette révélation est progressive, ce qui amortit le choc. Il n'est pas souhaitable que, sous prétexte de ménager le malade et de lui éviter une nouvelle qu'il ne serait pas capable de supporter, on soit amené à lui mentir. L'ajustement à sa maladie suppose qu'il en sache l'essentiel, même si cette part d'information est momentanément traumatisante.
On choisit rarement d'être malade, à plus forte raison de faire un cancer. Pourtant l'apparition d'une tumeur maligne, puis son évolution, dépendent largement de choix personnels : par exemple une personne qui choisit de fumer double ses risques de mourir d'un cancer. Le risque de présenter certains cancers dépend du mode de vie, que déterminent en partie la naissance et le milieu social, mais que chaque individu peut modifier, voire bouleverser en suivant des options conscientes, en vue d'une révention.
À défaut d'éviter l'apparition d'un cancer, chacun peut choisir de se soumettre ou non à des mesures de dépistage, de masse ou individuel. Plus tard, lorsque des symptômes apparaissent, on peut aller voir tôt un médecin pour un diagnostic précoce ou, au contraire, retarder cette consultation. Ces choix personnels sont relayés par ceux des pouvoirs publics : dispositions législatives et pratiques pour contenir des facteurs de risque de cancers, développement de centres de recherche et de soins spécialisés, mise sur pied ou encouragement de programmes de prévention ou de dépistage précoce (
voir Interdisciplinarité et Santé publique).
Des choix sont faits également par les médecins après un diagnostic de tumeur maligne. Quand différentes thérapeutiques sont possibles, il y a lieu de choisir l'une ou l'autre, un traitement unique ou une association de deux ou plusieurs techniques. Il faut déterminer la manière de le faire, l'ordre dans lequel les traitements seront appliqués, leur intensité. Parfois le choix existe entre un traitement agressif (pour la tumeur comme pour le patient), qui affaiblira sérieusement le malade, mettra ses jours en danger et impliquera une longue hospitalisation et pas de traitement (ou du moins pas de traitements lourds) : la décision peut être de privilégier la poursuite d'une vie aussi normale que le permet la maladie (
voir Abstention).
Dans de telles situations, le choix justifie un partenariat avec le patient, même s'il n'est pas facile de poser clairement ce type d'enjeux sans le secouer. Mais le médecin, formé pour accomplir des gestes techniques, se prépare aussi à cette partie essentielle de l'acte médical qu'est la relation avec le patient qui, lui-même, a pu réfléchir antérieurement à son attitude en cas de maladie. Dans certaines situations, même les moyens les plus drastiques de la médecine n'apportent qu'un bénéfice limité par rapport à une approche qui met l'accent sur le fait de bien vivre (de mieux vivre) le temps disponible, en l'humanisant plutôt qu'en le médicalisant. Dans ce sens, comme les professionnels de santé, le public doit reconnaître que la médecine n'a pas réponse à tout. Quand c'est le cas, il importe de ne pas ignorer l'issue fatale, la mort, mais d'en parler, de la préparer. Le choix consiste alors à investir sa volonté de soigner (de prendre soin) dans une autre direction que celle d'actes strictement techniques, dont l'accumulation expose à l'acharnement thérapeutique et ne sert parfois qu'à cacher un désarroi.
Tumeur bénigne du foie développée à partir des petits canaux qui véhiculent la bile.
Très connue comme facteur de risque de maladie cardiovasculaire et liée
au métabolisme des graisses ou lipides,
cette substance organique est aussi un précurseur des hormones
stéroïdes qui ont une influence spontanée
à l'origine de certains cancers ou un rôle thérapeutique
en hormonothérapie (
Figure in Stéroïdes). Des
enquêtes épidémiologiques
ont montré une relation entre le taux de cholestérol dans
le sang et la survenue de cancer mais cette relation
est faible et discutée. La raison de ce rapport possible reste indéterminée
(rôle de l'alimentation ? des hormones
?) et ne débouche sur aucune mesure de prévention.
Tumeur bénigne des os qui se développe à partir du cartilage. La bénignité est parfois incertaine et il existe des formes intermédiaires avec les chondrosarcomes. Un chondrome peut être unique mais certains malades en présentent plusieurs : on parle de chondromatose.
Cette tumeur maligne des os se développe à partir du cartilage, le plus souvent au genou. Elle entre dans le cadre des sarcomes dont le pronostic et le traitement sont déterminés par le degré de malignité (grade) et l'étendue de la tumeur.
C'est une tumeur rare, de faible malignité, développée à partir de vestiges embryonnaires de la notochorde qui contribue à la formation de la colonne vertébrale. Elle apparaît surtout à son extrémité supérieure, à la base du crâne, ou inférieure, au niveau du sacrum ou du coccyx. Au microscope ses cellules n'apparaissent pas malignes mais son évolution, quoique généralement lente, est défavorable, parce que l'ablation chirurgicale ne peut être que rarement complète.
Variété de tumeur développée à partir du placenta, qui peut donner des extensions à distance (métastases). Son évolution est toutefois bénigne et se fait vers la guérison.
Cette tumeur maligne, développée habituellement à partir du placenta, succède à une grossesse, prématurément interrompue ou plus rarement menée à terme. Elle apparaît d'emblée ou complique une tumeur bénigne appelée môle hydatiforme. L'ensemble de ces tumeurs est regroupé sous le terme de maladie trophoblastique. Sa fréquence est d'une pour 10 000 à 70 000 grossesses, plus élevée en Asie. De cause inconnue, c'est une tumeur du produit de conception, dont la composition génétique vient donc pour moitié de la mère qui en est atteinte et pour moitié du père. Elle se présente comme une greffe à moitié incompatible et on discute le rôle des groupes sanguins différents du père et de la mère ainsi que d'autres facteurs immunitaires, sans conclusion claire ni conséquence pratique.
Le diagnostic est porté, au cours du premier trimestre de la grossesse, en raison de saignements anormaux, sur deux examens : l'échographie qui montre la tumeur dans l'utérus et le dosage dans le sang d'une hormone sécrétée par le placenta, la bêta-HCG. (hormone chorionique gonadotrope) qui se comporte comme un marqueur. Le traitement repose sur la chimiothérapie et la chirurgie. Le pronostic est sévère avec seulement 50 à 60% de chances de survie à cinq ans. Les métastases touchent le poumon surtout, mais aussi le foie et le cerveau.
Il existe aussi des cancers du testicule et très rarement de l'ovaire composés pour tout ou partie de choriocarcinome.
Légume riche en anti-oxydants et dont des composants interfèrent avec les radicaux* libres en s'opposant à différentes substances cancérogènes. La consommation de ses différentes espèces - chou vert, chou rouge, chou-fleur, chou de Bruxelles, brocolis, etc. - se trouve ainsi fortement recommandée en vue de réduire le risque d'apparition d'un cancer.
Utilisés pour protéger des pièces de voitures et dans diverses industries, ce métal et ses dérivés favoriseraient, sous certaines formes, l'apparition de cancers des bronches ou d'autres tumeurs. Même incertain ce danger justifie des mesures de protection à leur égard.
D'abord identifiés en 1880, globalement dans une cellule par le cytologiste allemand Walter Flemming comme "chromatine", c'est -à -dire substance colorée, en l'occurrence par du carmin, les chromosomes ont vu leur nom (du grec chroma, couleur et soma, corps) proposé par Waldeyer en 1888. Corps filamenteux localisés dans le noyau de chaque cellule, les chromosomes ont un rôle déterminant dans les cancers. Au moment de la division cellulaire, ou mitose, ils sont individualisés, on peut les observer et les compter pour établir leur carte ou caryotype.

[Chromosomes]
Chaque chromosome des 23 paires de l'ensemble du génome humain est caractérisé par sa taille, la place de la liaison qui réunit ses deux bras (chromatides) et les bandes claires ou foncées que fait apparaître la préparation.
Chaque chromosome est constitué d'une molécule d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui se présente comme une fibre de 20 Å (10-10 m) de diamètre, dont la longueur peut atteindre un mètre. Elle est enroulée autour de protéines, les histones, ce qui permet à plusieurs de ces molécules de tenir dans le noyau cellulaire.

[Chromosome]
Détail d'un chromosome avec ses différentes parties.
Les chromosomes sont le support de l'information génétique. Chaque molécule d'ADN est une succession linéaire de gènes, séparés par d'autres structures qui règlent leur fonctionnement. Chaque gène commande la synthèse d'une protéine ayant une fonction spécifique. L'ensemble des protéines ainsi codées permet la vie de la cellule et de l'organisme. La régulation et l'équilibre harmonieux de cet ensemble complexe sont compromis lors d'un cancer. Par anomalie héritée d'un parent ou acquise lors d'une division cellulaire, un oncogène se met à fonctionner excessivement et stimule trop la reproduction des cellules, ou bien un anti-oncogène cesse de la freiner.
Avant la division cellulaire (mitose), la molécule d'ADN qui constitue le chromosome est dédoublée (dupliquée). Les deux molécules d'ADN normalement identiques ainsi obtenues, constitutent les deux chromatides sœurs et restent attachées l'une à l'autre, en un point que l'on appelle centromère, jusqu'à la fin de la mitose où elles migrent, chacune de son côté, en suivant les tubules du fuseau.
Les chromosomes sont classés en fonction de leur taille, de la position du centromère et de la disposition de bandes transversales. Dans chaque cellule on trouve une paire de deux chromosomes de chaque type, chacun venant de l'un des deux parents. Le nombre de paires est constant au sein d'une espèce mais varie d'une espèce à l'autre. Le stock chromosomique d'une cellule est composé d'un nombre n de chromosomes différents, cet ensemble constitue le lot haploïde (du gr. haploos, simple). Toutes les cellules de l'organisme contiennent deux lots haploïdes et sont dites diploïdes, exceptés les gamètes qui n'en contiennent qu'un.
Les cellules humaines possèdent 23 paires de chromosomes. Vingt-deux paires sont des autosomes : les deux chromosomes de chaque paire sont identiques dans les deux sexes. La 23e paire est formée de deux chromosomes qui sont identiques chez la femme (deux chromosomes X) et différents chez l'homme (un chromosome X et un chromosome Y, plus court) : ce sont les chromosomes sexuels ou gonosomes. Dans les cellules cancéreuses ce stock chromosomique peut être modifié : tantôt il y a perte d'un fragment, tantôt déplacements de fragments et échanges entre chromosomes (translocation) comme dans la leucémie myéloïde chronique ou le lymphome de Burkitt.
Il existe deux types de division cellulaire, selon le partage du stock chromosomique. La mitose permet à la cellule-mère de transmettre l'ensemble de ses chromosomes à deux cellules-filles génétiquement identiques. La méïose permet à la cellule-mère de ne transmettre que la moitié de ses chromosomes (un par paire) à chacune des cellules filles ou gamètes. Ces cellules-filles, haploïdes, sont génétiquement différentes de la cellule mère et différentes entre elles. Chaque cellule-fille emporte l'un des chromosomes d'une paire, d'origine maternelle ou paternelle : il peut exister 2²³ (environ 10 millions) gamètes différents. Ils ne contiennent que la moitié de l'information génétique. Au cours de la fécondation, deux gamètes, l'un provenant de la mère, l'autre du père fusionnent pour donner une cellule diploïde, l'œuf qui donnera un nouvel individu. L'information génétique de cette cellule provient donc pour moitié des chromosomes paternels et pour moitié des chromosomes maternels; l'individu aura donc des caractères communs avec ses parents : c'est l'hérédité.
Chaque individu produit un très grand nombre de gamètes différents. Deux individus qui ont les mêmes parents sont issus de gamètes génétiquement différents et deux frères ne sont donc pas génétiquement identiques (sauf les vrais jumeaux, issus de la même cellule, l'œuf).
Étude des modifications biologiques qui se produisent avec le temps selon un rythme annuel (circannuel) ou quotidien (circadien). En cancérologie ce sont surtout les variations des reproductions cellulaires au cours des différents moments de la journée qui sont étudiées. Le déroulement du cycle cellulaire est influencé par l'heure, le jour et la nuit. On cherche à mettre à profit ces variations pour le traitement, en particulier la chimiothérapie, en vue d'une chronothérapie visant à administrer les médicaments à un moment où ils soient plus efficaces ou moins toxiques. La chronothérapie tient compte aussi de la succession, dans un ordre déterminé et pendant une durée fixée, de plusieurs médicaments associés dans une chimiothérapie. Les résultats de ces études sont encore limités et la chronothérapie reste du domaine de la recherche fondamentale et clinique.
Voir Chronobiologie.
La cicatrice succédant à une plaie peut, des années plus tard, se cancériser. Propre à frapper l'attention, une telle circonstance a été reconnue depuis longtemps mais elle est exceptionnelle, malgré l'ouvrage que lui a consacré A. Lumière en 1929 : Le cancer, maladie des cicatrices. Toutefois l'évolution vers un cancer s'observe dans quelques cas. Les cicatrices rétractiles, à la suite d'une brûlure et au niveau d'une articulation, prédisposeraient à l'apparition d'un cancer par l'intermédiaire de la traction opérée sur la peau lors des mouvements, mais ces cicatrices sont aujourd'hui corrigées par la chirurgie plastique. Après l'ablation d'un grain de beauté (nævus), l'apparition d'un cancer sur la cicatrice signifie que le grain de beauté était déjà transformé en mélanome : cette possibilité impose une analyse microscopique de tout grain de beauté enlevé et une opération plus large si une telle transformation est reconnue. Enfin une récidive d'un cancer peut survenir sur une cicatrice après une opération qui n'a pas enlevé complètement la tumeur : dans des cas limites, une radiothérapie complémentaire évite une telle récidive locale.
Bernard Hœrni
Petit cylindre de feuilles de tabac enroulées les unes autour des autres, le cigare apporte une fumée cancérogène qui entraîne surtout des cancers de la bouche et de la gorge. Au XIXe siècle, le cigare était fumé par les nobles ou les bourgeois alors que le peuple fumait la pipe. Le développement économique et social et la mode expliquent que la vente de cigares ait beaucoup augmenté, passant en France de 220 tonnes en 1820 à 3 500 tonnes en 1890. Par la suite la consommation va diminuer, remplacée par les cigarettes. La fumée du cigare est habituellement aspirée par petites bouffées et stagne dans la bouche sans pénétrer dans la trachée et les bronches. Cela explique la localisation des cancers des fumeurs de cigares comme le général Grant, Huysmans ou Freud.
Apparue en France au début du XIXe siècle, la cigarette est peu à peu devenue le principal mode de consommation du tabac et par là le premier responsable des cancers qu'il provoque. C'est pendant l'occupation de l'Espagne lors des guerres napoléoniennes que les Français en font connaissance et la ramènent au pays. Son développement reste toutefois modeste jusqu'à sa fabrication industrielle - à partir de 1867 - qui va la répandre au point que sa consommation rattrappe et dépasse celle du cigare pendant la Grande Guerre. Ses ventes vont considérablement augmenter surtout après 1945 et jusqu'en 1985 – la moitié du marché français étant détenu par la SEITA – avant de se tasser au cours des années suivantes. De 1900 à 1980, la vente annuelle de cigarettes en France passe de 1 à 90 milliards. La cigarette est ainsi devenue de loin le premier facteur cancérogène, responsable en France de plus de 60 000 décès (soit 15% des décès et près de 30% des décès masculins). À côté des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, les cancers liés au tabac représentent environ 40 000 morts annuelles et expliquent la surmortalité masculine par cancers qu'atténue l'augmentation du tabagisme féminin.
La plupart des cancers provoqués par le tabac touchent les muqueuses directement au contact de la fumée : bouche, gorge, bronches, etc. Cependant, de même que l'oxygène, des produits toxiques de la fumée passent dans le sang et vont imprégner tout le corps. Beaucoup vont s'éliminer par l'urine, ce qui explique l'augmentation des cancers de la vessie chez les fumeurs. Beaucoup d'autres tumeurs sont plus fréquentes ou plus graves chez les fumeurs que chez les non-fumeurs.

[Consommation de cigarettes]
L'augmentation de la mortalité par cancer bronchique suit, avec environ 30 ans de retard, celle de la consommation de cigarettes.
Le risque cancérogène dépend de la quantité consommée, grossièrement comptée en " paquets-années " : un paquet de cigarettes fumé chaque jour pendant dix ans fait 10 paquets-années. Le risque de cancer augmente avec la quantité totale de tabac fumé mais aussi quand le tabagisme a commencé tôt et avec son intensité : deux paquets par jour pendant 20 ans sont plus dangereux qu'un paquet quotidien pendant 40 ans. Il dépend du type de tabac et de sa teneur en goudrons : dans les années 1950 il contenait en moyenne plus de 30mg de goudrons contre environ 17 mg au début des années 1990 en France, mais seulement 10 à 12 mg à la même période aux États-Unis ou en Angleterre. La nature du papier enveloppant les cigarettes a un rôle accessoire. La toxicité du tabac dépend enfin de la façon de fumer, selon que l'on aspire prondément la fumée qui parvient au niveau des petites bronches, selon qu'on l'avale ce qui favorise les cancers digestifs et selon qu'on fume la totalité de la cigarette ou une partie seulement. Les filtres atténuent un peu la toxicité de la fumée. Les cigarettes roulées manuellement sont en général fumées moins profondément et donnent plutôt des cancers de la bouche et de la gorge.
L'augmentation considérable de la consommation de cigarettes entre le début et la fin du xxe siècle en France s'explique par des habitudes sociales et sans doute aussi par l'effet de la nicotine, véritable drogue contenue dans le tabac. Elle a été renforcée par une fantastique publicité longtemps laissée entièrement libre. La manne publicitaire apportant prospérité aux divers médias a simultanément entraîné une sous-information sur les dangers du tabac : les journaux bénéficiant le plus de cette publicité sont aussi ceux qui se montrent le plus discrets sur les méfaits du tabagisme.
Cette technique consiste à injecter du ciment acrylique dans un os pathologique par voie percutanée sous le contrôle visuel d'un appareil de radiologie (table de radiologie ou scanner). Elle est donc effectuée par des radiologues. Elle a d'abord été développée sur les vertèbres pour traiter des angiomes agressifs. L'efficacité de cette méthode a ensuite été démontrée pour les fractures vertébrales survenant en cas d'insuffisance osseuse ou ostéoporose et lors des envahissements métastatiques. Le ciment utilisé est de nature acrylique préparé sur la table d'opération avant l'injection. Le mélange de deux composants, un monomère liquide et un polymère sous forme de poudre, permet d'obtenir une pâte suffisamment liquide pour être injectée et qui durcit progressivement. Cette réaction de polymérisation est exothermique(produit de la chaleur). L'addition de tungstène, opaque aux rayons X, permet de contrôler correctement le remplissage de la vertèbre et de l'interrompre si une fuite apparaît.
L'injection de ciment a un effet mécanique, elle permet de consolider et de renforcer le corps vertébral, mais le soulagement est également obtenu par la destruction de rameaux nerveux sensitifs due à la toxicité chimique et thermique du ciment. La hanche est l'autre site osseux traité de cette façon.
Jean Palussière.
Voir Films.
Voir Index mitotique et Prolifération cellulaire.
CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer, en anglais IARC, International Agency for Research on Cancer)
Créé en 1964 par le général de Gaulle à l'initiative de personnalités du monde des lettres et des sciences, sous l'égide de l'OMS et avec la participation initiale des États-Unis, qui lui donneront son premier directeur John Higginson (1965-1981), de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et de l'Italie, ce centre de recherche sera inauguré en 1972 par Georges Pompidou. Lyon a été retenu pour l'héberger en raison de l'initiative française et de la proximité de Genève où siège l'OMS. Le CIRC est géré par un conseil d'administration dont les membres sont désignés par les principaux États qui y participent et qui désignent son directeur : l'Italien Lorenzo Tomatis (1982-1993), puis l'Allemand Paul Kleihues (1994- ). Un conseil scientifique supervise l'ensemble de ses travaux. Son financement dépend de contributions institutionnelles et de contrats de recherche. Ses principales recherches ont porté sur les causes des cancers, à partir de relevés épidémiologiques complétés par des travaux de laboratoire, dans le domaine des produits chimiques, naturels et artificiels, de l'alimentation et des virus. Ils sont publiés sous forme de monographies régulièrement mises à jour. Le CIRC a de nombreux projets en commun avec d'autres instituts de recherche, en particulier en Europe et en Amérique du Nord.
Le Centre d'Information Régional sur les CANcers est une banque de données, principalement destinée aux médecins généralistes, qui a été créée en 1986 et promue par la Ligue contre le cancer et la Fédération des centres de lutte contre le cancer. Réservée aux médecins, accessible par Minitel, elle offre des informations, régulièrement mises à jour, en cancérologie générale ainsi que sur le diagnostic et le traitement des différents cancers. Elle donne également des informations sur les actualités nationales et régionales et comporte un service de messagerie permettant aux généralistes de poser des questions aux spécialistes.
Pratique religieuse et culturelle, la circoncision a des justifications sanitaires et réduit certains risques de cancer. Elle a d'abord marqué l'appartenance à une communauté, dans l'Égypte ancienne puis principalement juive et musulmane. Elle a ensuite été prônée pour des raisons esthétiques, érotiques ou hygiéniques. Elle déborde aujourd'hui les groupes religieux traditionnels pour toucher plus d'un milliard de mâles dans le monde, souvent médicalisée en dehors d'un rite. La section du prépuce qui recouvre le gland à l'extrêmité de la verge améliore l'hygiène de cette région, alors que le phimosis favorise au contraire les cancers de la verge. La circoncision diminue aussi le risque de cancer du col de l'utérus chez les partenaires sexuelles.
Transformation fibreuse du foie qui favorise l'apparition de cancer dans cet organe. En France, son origine est le plus souvent une consommation excessive d'alcool, mais sa principale cause dans le monde est l'hépatite virale. Ce dernier groupe d'infections, favorisées par des conditions d'hygiène précaire, provoque une atteinte du foie qui guérit en quelques semaines ou persiste, devient chronique et induit l'apparition d'une cirrhose, notamment en cas d'alimentation mal équilibrée. L'hépatite chronique et la cirrhose prédisposent au cancer du foie (on dit qu'elles font " le lit du cancer "). En France le cancer survient habituellement à un stade avancé de la cirrhose et modifie peu une évolution défavorable et fatale. En régions intertropicales le cancer du foie ou hépatocarcinome est une tumeur fréquente et grave qui touche des sujets jeunes et contribue à une bonne part de la mortalité par cancer. La prévention des hépatites par de meilleures conditions d'hygiène et la vaccination, leur traitement pour éviter leur évolution chronique devraient réduire la fréquence des cirrhoses et secondairement celle des cancers qui en sont une des plus graves complications.
Chef de file d'une des plus récentes familles de médicaments anticancéreux, la seule fondée sur un métal lourd, il a entraîné de nets progrès de la chimiothérapie. C'est en 1965 qu'est observée l'inhibition de la croissance de bactéries Escherichia coli dans un milieu de culture qui comporte des électrodes de platine. Plusieurs années sont nécessaires pour synthétiser un produit utilisable, dont les premiers essais chez l'homme commencent au début des années 1970 pour se généraliser à la fin de la même décennie.
C'est un médicament voisin des alkylants qui se lie à l'ADN et empêche sa transcription en ARN puis la synthèse de protéines. Il s'administre par voie veineuse en perfusion brève et unique à la dose de 50 à 100 mg/m² répétée après trois semaines ou cinq jours de suite à la dose de 15 à 20 mg/m² par jour. Le platine qui le compose est, comme d'autres métaux lourds, toxique pour le rein ce qui impose d'apporter au malade par la bouche ou les veines une quantité importante de liquide (hyperhydratation). Le cisplatine est également toxique pour les cellules du sang. Il présente enfin une toxicité nerveuse, notamment pour le nerf auditif, exposant à une surdité.
C'est un produit actif dans de nombreuses tumeurs. Il a amélioré considérablement les taux de guérison des cancers du testicule et, à un moindre degré, de ceux de l'ovaire. Il a beaucoup renforcé la chimiothérapie des carcinomes épidermoïdes des voies aéro-digestives supérieures, de l'œsophage, des bronches, du col utérin ou de la vessie qui étaient, jusqu'alors, peu chimiosensibles. Il s'utilise également, avec des résultats intéressants dans les cancers du sein et les cancers digestifs. On l'emploie encore pour traiter les sarcomes, les cancers du rein ou les mélanomes.
Médicament anticancéreux de synthèse, appartenant à la série des antipuriques. C'est un antimétabolite* analogue des nucléosides puriques, transformé dans les cellules* (même au repos) en dérivé cytotoxique* inhibant la synthèse des acides nucléiques. Il s'administre par voie veineuse en perfusion* continue, à la dose* de 40 mg/m²/j, pendant 7 jours consécutifs. Il présente une toxicité* sur la moelle* (baisse des globules blancs* et des plaquettes*), sur le tube digestif* (vomissements*), sur le rein* et les nerfs* périphériques (à fortes doses). La cladribine est avec la pentostatine* un traitement électif de la leucémie* à tricholeucocytes.
Clark (R. Lee, 1906-1994)
Chirurgien américain dirigeant le Centre M.D. Anderson de Houston pendant plus de 30 ans, qui mourra des suites d'une opération faite pour un cancer du côlon. Né au Texas, faisant ses études de médecine en Virginie, il achève sa spécialisation à Washington, à Paris et à la Mayo Clinic. Après avoir servi dans l'U.S. Air Force pendant la guerre, il est appelé à 40 ans à développer le centre anticancéreux universitaire de Houston. Sous sa direction ce centre va devenir l'un des plus importants, servant de modèle pour le travail en équipe, la formation de médecins venant de tous les pays et l'éducation des malades. Lee Clark joue un rôle déterminant à l'origine du National Cancer Act signé en 1971 par le Président Nixon, devient président de l'American Cancer Society et contribue à organiser une collaboration internationale entre les principaux instituts du cancer. Par sa personnalité et son activité, il reste l'une des grandes figures de la cancérologie mondiale dans la seconde moitié du xxe siècle.
Claudius-Regaud (Institut)
Centre de lutte contre le cancer de la Région Midi-Pyrénées, il est fondé à Toulouse par le Professeur Th. Marie en 1923. Doté initialement d'une cinquantaine de lits, il se développe progressivement sur le même site au centre de la ville, sous les directions des Professeurs J. Ducuing (1932-1945), P. Marques (1945-1973), P.F. Combes (1973-1984), M. Carton (1984-1999), N.Daly-Schveitzer ( 1999 -). L'institut a pris en 1974 le nom de Claudius Regaud, l'un des pères fondateurs des centres anticancéreux. Il dispose aujourd'hui d'un plateau technique important pour le diagnostic, le traitement et le suivi des malades porteurs de cancers. L'institut est lié à l'Université et aux Hôpitaux de Toulouse, il accueille des laboratoires de l'INSERM. Les principaux axes de recherche développés dans l'institution concernent la biologie cellulaire tumorale, la thérapie génique, la pharmacologie clinique et fondamentale des médicaments anticancéreux, la radiobiologie et l'épidémiologie des cancers par l'intermédiaire du registre des cancers du département du Tarn. Enfin, il joue un rôle moteur éminent dans l'organisation régionale des soins cancérologiques.
Clavel (Michel, 1947-1993)
Interne des Hôpitaux de Lyon et interniste, Michel Clavel s'oriente vers la cancérologie en commençant par l'hormonologie puis en se consacrant à l'oncologie médicale pour devenir chef du département correspondant au Centre Léon-Bérard et professeur de cancérologie à l'Université de Lyon. Dévoué aux malades, il conduit des recherches sur les nouveaux médicaments de la chimiothérapie, occupe d'importantes fonctions au sein de l'OERTC et préside le congrès de l'ESMO qui se tient à Lyon en 1992 avant de succomber prématurément à un lymphome malin qu'il avait tant contribué à combattre.
Cleveland (Stephen Grover, 1837-1908)
Premier président des États-Unis à souffrir pendant son mandat et à guérir d'un cancer. Gouverneur de l'État de New York en 1881, Grover Cleveland est candidat démocrate et élu président des États-Unis en 1884. Il perd les élections quatre ans plus tard, retourne à son étude d'avocat mais est réélu président en 1892 pour affronter d'importantes difficultés financières. C'est à ce moment-là qu'il présente une petite ulcération dans la bouche, sur le voile du palais : la prélèvement fait en juin 1893 confirme qu'il s'agit d'un cancer limité, qui peut et doit être opéré, contrairement à celui d'Ulysses Grant dix ans plus tôt. En raison de la situation politique tendue et de la panique des milieux financiers, Cleveland exige le secret absolu et convoque le Congrès en session spéciale début août pour maintenir l'étalon or menacé. Il part le 30 juin en croisière sur un yacht, sous prétexte de prendre quelques jours de repos. En réalité, ce yacht est équipé par des médecins discrets et prêts à affronter le risque d'opérer le président dans des conditions précaires, à sa demande impérative. Cleveland est obèse, goutteux et présente les signes débutants d'une insuffisance rénale, mais il accepte les risques de l'anesthésie nécessaire et laisse sa jeune femme à terre pour la raison qu'elle est enceinte, parce qu'elle n'est pas dans la confidence. Le 1er juillet il s'assied sur une chaise de dentiste, est endormi et opéré d'une tumeur qui se révèle plus importante que prévu. L'intervention se fait par l'intérieur de la bouche pour ne laisser aucune trace visible, mais la tumeur peut être complètement extirpée, à l'inverse de ce qui se passera pour Freud trente ans plus tard. Les journalistes sont informés que le président a eu une extraction dentaire mais certains font courir le bruit qu'il a un cancer. Un démenti formel est diffusé. Quinze jours plus tard une anomalie de la cicatrice fait craindre une récidive précoce et toute l'équipe repart en mer... Une prothèse est confectionnée et le 7 août le président réussit à convaincre les parlementaires des mesures à prendre. Le pays est sauvé. Fin août de nouvelles rumeurs circulent sur sa tumeur à partir de l'indiscrétion d'un anesthésiste. Le président Cleveland oppose le démenti le plus formel, parle et travaille normalement, les rumeurs s'évanouissent et le 9 septembre sa femme accouche, première naissance à la Maison Blanche. Cleveland terminera son mandat et vivra normalement jusqu'à une occlusion intestinale due à un autre cancer qui l'emporte à 71 ans. C'est seulement en 1917 que le premier fut publiquement révélé par un des médecins qui avait participé à l'opération à bord du yacht. La tumeur qui avait été conservée à Philadelphie fut réexaminée à la fin des années 1970 : il s'agissait bien d'un cancer mais d'un type particulier (carcinome verruqueux), de malignité limitée.
On désigne par ce terme, emprunté en 1953 à l'anglais à partir d'un mot grec signifiant " jeune rameau ", l'ensemble d'une population cellulaire engendrée à partir d'une seule cellule-mère : on dit que cette population est monoclonale, ce qui s'observe pour la quasi-totalité des cancers. Un clone tumoral possède en commun certaines propriétés de la cellule initiale : caractère normal conservé par la cellule transformée (comme la sécrétion d'une substance qui va constituer un marqueur), anomalie accompagnant la transformation (comme une modification chromosomique). Mais il peut comporter une certaine hétérogénéité qui apparaît notamment, au cours de l'évolution d'un cancer, en raison de la progression tumorale : au sein du clone apparaissent des cellules ayant de nouveaux caractères, les rendant plus malignes. Malgré l'extrême diversité de ses composants, un organisme adulte (un homme, un animal) dérivé d'une seule cellule, l'œuf, est monoclonal. Pour un cancer, l'origine du clone malin est une cellule qui a subi la transformation initiale lui donnant le potentiel cancéreux. La nature de cette cellule donne au tissu tumoral des caractères, voisins de ceux du tissu normal correspondant, qui permettent d'en déterminer l'origine et de classer les cancers.
CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique)
Regroupant de nombreux laboratoires et unités de recherche, cet organisme public a un Département des Sciences de la Vie qui finance des projets de recherche directement ou indirectement consacrés aux cancers. Ces projets sont développés par plus de cinquante unités de recherche et près de trois cents chercheurs pour un budget total de 170 millions de francs, soit près de 9% du budget de ce Département. Plus de trois quarts de ces moyens sont localisés en Île-de-France. La plupart des recherches conduites au sein du CNRS sont fondamentales. Celles qui concernent la biologie cellulaire portent sur la prolifération cellulaire, les facteurs de croissance, les oncogènes, les interactions entre cellules et leur aptitude à migrer. Des recherches en génétique sont consacrées aux gènes régulateurs du métabolisme et de la reproduction des cellules, aux gènes prédisposant aux cancers et aux anomalies des chromosomes. D'autres études sont liées aux rétrovirus et aux oncogènes. Enfin de nombreux travaux sont faits en pharmacologie pour développer de nouveaux médicaments et de nouveaux modes de traitement : biothérapie, immunomodulation, cytokines, cellules tueuses. L'ensemble de ces activités est coordonné par un conseil scientifique, en liaison avec d'autres structures (de l'INSERM, des hôpitaux universitaires ou des centres de lutte contre les cancers) ainsi qu'avec des disciplines voisines comme la biochimie, l'immunologie, l'hématologie.
Le sang recueilli dans un tube se fige en quelques minutes : il se forme un caillot. Ce phénomène est le résultat d'une cascade de réactions où interviennent des composants du plasma (dits facteurs de coagulation, numérotés de I à XIII), des globules sanguins (les plaquettes), du calcium, et souvent, des extraits de tissu qui tous peuvent être modifiés au cours des cancers.
In* vivo, le sang est fluide dans les vaisseaux. La coagulation est déclenchée par la lésion d'un vaisseau, plus particulièrement de son revêtement interne, l'endothélium. Sa rupture, ou plaie, entraîne une hémorragie que la coagulation contribue à tarir.
Chez les cancéreux, les troubles liés à une coagulation exagérée sont fréquents. Ils révèlent parfois la maladie, notamment un cancer de l'estomac, du pancréas, des bronches et aussi du côlon, de l'ovaire, ou de la prostate. La coagulation dans le vaisseau (intravasculaire) s'observe surtout dans les veines où le sang circule lentement et sous faible pression. Constituée sur place, elle prend le nom de thrombose et se traduit parfois par une phlébite ; s'il se mobilise et migre dans le courant sanguin, le caillot prend le nom d'embole et provoque une embolie en s'arrêtant dans le poumon ou le cerveau. La coagulation intravasculaire disséminée est une complication rare mais grave qui peut entraîner la mort : aiguë ou chronique, elle se traduit par des hémorragies diffuses, secondaires à une consommation excessive des facteurs de coagulation. La coagulation intravasculaire disséminée complique la leucémie aiguë à promyélocytes et d'autres leucémies aiguës; elle s'observe aussi en cas de cancers de la prostate ou des bronches. Elle peut être déclenchée par un traitement qui entraîne une destruction brutale de la tumeur (nécrose ou cytolyse) et la libération de substances produites par les cellules et favorisant la coagulation.
Au cours de certains myélomes ou de la maladie de Waldenström, des anticoagulants anormaux allongent considérablement la coagulation et provoquent des hémorragies incoercibles, externes ou internes, sous forme de volumineux hématomes.
Cobalt (Bombe au)
Mieux dénommée " télécobalt ", c'est une source de cobalt radioactif (60 Co) qui génère des rayons gamma (g) utilisés dans le traitement des cancers. Sa technologie est simple, de même que sa maintenance. Le cobalt se présente sous forme de disques disposés à l'intérieur d'une double capsule en acier inoxydable de 2 cm de diamètre. Elle est entourée d'une enceinte de protection en métal lourd (plomb, tungstène ou uranium) dans laquelle est ménagée une ouverture conique pour le passage du rayonnement. La suppression du faisceau de rayonnement se fait en un laps de temps très court par un dispositif d'obturation.
Lorsque la source est en position de retrait, elle est remplacée par un foyer lumineux qui indique les limites géométriques du faisceau, le centre et les axes du champ d'irradiation par l'intermédiaire de la projection d'un réticule (grille de repérage). Un système de collimation constitué généralement par des mâchoires mobiles en plomb ou en tungstène donne des faisceaux d'irradiation de dimensions variables.
Le rendement des rayons gamma du cobalt 60 est de 50% à 10 cm de profondeur dans les tissus. La dose maximale n'est pas délivrée à la peau mais à 5 mm sous la surface de l'épiderme, ce qui diminue beaucoup les réactions cutanées. Cet appareil est particulièrement indiqué pour le traitement des tumeurs semi-profondes (sein, voies aéro-digestives supérieures, cerveau, membres). Il est de plus en plus souvent remplacé par un accélérateur linéaire.

[Cobalt]
Coupe transversale d'un appareil de cobalthérapie et de la table sur laquelle s'allonge le malade traité.
Isotope radioactif artificiel du cobalt 59 utilisé pour le traitement des cancers en radiothérapie externe. Sous-produit de la fabrication des bombes atomiques, il est devenu disponible vers 1950. Il a d'abord été utilisé en curiethérapie, enfermé dans des perles en plexiglass ou des tubes en plastiques, mais son usage s'est rapidement limité aux bombes au cobalt. Il se désintègre en émettant un rayonnement bêta (électrons) et deux photons gamma d'énergies respectives de 1,33 et 1,17 MeV (énergie moyenne : 1,25 MeV). Seuls ces derniers sont utilisés en thérapeutique. La période de désintégration (qui réduit de moitié son activité) est de 5,7 ans. Elle correspond à une décroissance d'activité de l'ordre de 1% par mois ce qui impose de remplacer la source dans les appareils d'irradiation tous les trois à cinq ans, suivant son activité initiale (exprimée en térabecquerels ou 1012 becquerels) et le débit minimal acceptable pour le traitement.
Cet animal familier présente des cancers, comme les autres animaux, mais moins souvent que la souris ou le rat. Ils apparaissent surtout après l'âge de trois ans chez cet animal qui vit six à huit ans. Ces tumeurs affectent les poumons, la peau et les tissus sous-cutanés, l'appareil génital femelle et les mamelles. Des cas de leucémies semblent en rapport avec un virus mais ne se transmettent pas à d'autres espèces.
Le cobaye est aussi un individu qui est l'objet d'une expérience ou, en cancérologie, d'un traitement nouveau. Cette désignation, ancienne et plutôt péjorative, reste utilisée par des malades qui ont parfois l'impression de recevoir un traitement expérimental. En réalité les essais thérapeutiques, nécessaires pour tester des nouveautés et plus souvent bénéfiques que nuisibles aux malades, bénéficient actuellement de méthodes rigoureuses et d'une réglementation destinées à assurer le maximum de sécurité à des sujets dont l'information et le consentement éclairé sont indispensables.
Juste retour des choses, le serpent, représentation symbolique du dieu antique de la médecine, Esculape, pourrait contenir dans son venin des composants à pouvoir anticancéreux. Cette action serait plus marquée chez les cobras que chez les vipères ou les crotales. Le venin de cobra avait été largement utilisé pour ses propriétés antalgiques, comme substitut de la morphine chez les cancéreux dans les années 1930. Des régressions tumorales inattendues avaient également été observées. Quoique rares, ces constatations corroboraient les résultats spectaculaires obtenus par Calmette en 1933 dans le cancer spontané ou greffé de la souris. Toutefois, l'irrégularité de l'action du venin et les difficultés de son maniement chez l'homme le firent abandonner. Des études récentes ont permis d'isoler à partir du venin de cobra africain, Naja nigricollis, plusieurs substances, toxiques in vitro pour des cellules cancéreuses. L'une d'entre elles, la nigexine, a été identifiée et pourrait permettre la reprise d'essais chez l'homme.
Dominique Hauteville.
Se dit d'une substance ou d'une influence qui n'a elle-même aucun rôle direct à l'origine d'un cancer mais qui renforce l'action cancérogène principale d'un autre facteur. Ainsi l'alcool est cocancérogène pour les cancers des voies aéro-digestives supérieures favorisées par le tabac. De même le paludisme joue un rôle cocancérogène à l'origine du lymphome de Burkitt, favorisé par le virus d'Epstein-Barr.
Bernard Hœrni..
Code européen contre le cancer :
Liste de recommandations, élaborée par des experts et diffusées par l'action l'Europe contre le Cancer de l'Union européenne. Il rassemble les principales mesures accessibles à tout individu et susceptibles de réduire, de plus de moitié, le risque de présenter un cancer.
Certains cancers peuvent être évités si l'on améliore son capital santé et si l'on adopte un mode de vie plus équilibré.
1- Ne fumez pas. Si vous fumez, ne fumez pas en présence des autres et arrêtez le plus vite possible. Si vous ne fumez pas, ne vous laissez pas tenter par le tabac.
2- Si vous buvez des boissons alcoolisées - bière, vin ou alcool fort -, modérez votre consommation.
3- Augmentez votre consommation quotidienne de fruits et de légumes frais. Mangez souvent des céréales à haute teneur en fibres.
4- Evitez l'excès de poids, augmentez votre activité physique et limitez la consommation d'aliments riches en matière grasses.
5- Evitez la surexposition au soleil et évitez les coups de soleil, surtout durant l'enfance.
6- Appliquez de manière stricte les réglementations, dont la finalité est d'éviter l'exposition aux substances carcinogènes connues. Suivez toutes les consignes d'hygiène et de sécurité concernant les substances qui pourraient causer un cancer. Plus de cancers pourraient être guéris s'ils étaient détectés tôt.
7- Consultez un médecin si vous remarquez une grosseur, une plaie qui ne guérit pas (y compris dans la bouche), un grain de beauté qui change de forme, de taille ou de couleur, ou des saignements anormaux.
8- Consultez un médecin si vous avez des troubles qui se prolongent, comme la persistance d'une toux ou d'une voix enrouée, un changement des fonctions des intestins ou de la vessie, ou une perte inexpliquée de poids.
Pour les femmes :
9- Faites pratiquer un frottis cervico-vaginal à intervalles réguliers. Participez à des campagnes de dépistage de masse du cancer du col utérin.
10- Examinez vos seins régulièrement. Si vous avez plus de 50 ans participez à une campagne de dépistage de masse par mammographie.
Cochin (Flammarion,
1999)
Témoignage personnel d'Hervé Prudon, auteur de romans policiers, suivant son style habituel. Il développe sur une anomalie de l'œsophage ( mégaœsophage) un cancer. Rongé longtemps, comme par un rat dans la poitrine, par les régurgitations liées à son mégaœsophage, grand consommateur d'alcool et de tabac, il finit, après des années par présenter une dégénérescence maligne : ses " prélèvements ont une tronche inamicale ", ce qu'il interprète comme une punition ( voir Culpabilité) de ses comportements pas convenables. Après le relatif échec d'une chimiothérapie dont les poches sont portées par une " girafe ", il subit une chirurgie qui le met en rémission. L'évolution de la tumeur et du traitement est au second plan de sa vie normale qui n'est pas vraiment mieux, dans laquelle il se trouve souvent étranger au monde qui l'entoure. Il présente avec dérision ses difficultés conjugales, sa double toxicomanie, son obsession d'une sexualité mouvementée défaillante. L'hôpital parisien proche de son domicile où il est traité, donne son titre à cet ouvrage à la fois touchant et dérangeant.
Bernard Hoerni.
Code européen contre le cancer
Liste de recommandations, élaborées par des experts et diffusées par l'action l'Europe contre le Cancer de l'Union européenne. Il rassemble les principales mesures accessibles à tout individu et susceptibles de réduire, de plus de moitié, le risque de présenter un cancer.
Certains cancers peuvent être évités :
1. Ne fumez pas. Fumeurs,
arrêtez le plus vite possible et n'enfumez pas les autres.
2. Modérez votre consommation de boissons alcoolisées,
bières, vins ou alcools.
3. Evitez les expositions excessives au soleil.
4. Respectez les consignes professionnelles de sécurité
lors de la production, la manipulation ou l'usage de toute substance cancérogène.
Votre santé bénéficiera des deux commandements suivants qui peuvent aussi limiter les risques de certains cancers :
5. Consommez fréquemment des fruits et des légumes frais et des aliments riches en fibres.
6. Evitez l'excès de poids et limitez la consommation d'aliments riches en matières grasses.
Un plus grand nombre de cancers seront guéris s'ils sont détectés plus tôt :
7. Consultez un médecin si un grain de beauté change de forme, si une grosseur apparaît, ou en cas d'un saignement anormal.
8. Consultez un médecin en cas de troubles persistants, tels que toux, enrouement, trouble du transit intestinal, perte inexpliquée de poids.
Pour les femmes :
9. Faites pratiquer régulièrement un frottis vaginal.
10. Surveillez vos seins régulièrement et, après l'âge de 50 ans, faites effectuer des mammographies à intervalles réguliers.
Alcaloïde extrait de l'opium en 1832 par Robiquet, la codéine a contre la douleur (antalgique) une action intermédiaire entre celles de l'aspirine, moins forte, et de la morphine, plus forte (c'est une méthylmorphine). Elle est la base du deuxième échelon dans les traitements de la douleur, définis par l'OMS (
Figure in Antalgiques). Elle s'administre seule ou plus souvent en association avec un autre antalgique dans une préparation pharmaceutique. Ses principaux effets secondaires sont des nausées, de la constipation, une somnolence. La codéine est aussi active contre la toux.
Voir Prolifération cellulaire.
Nouvelle technique chirurgicale introduite par le Français Mouret en 1987 et qui s'est répandue, mais dont l'intérêt reste marginal pour le traitement des cancers. Il s'agit d'une intervention sur la cavité abdominale qui, au lieu de se faire par une large incision de la paroi (laparotomie), se pratique par deux ou trois ouvertures limitées laissant passer un endoscope (cœlioscopie) ou d'autres tubes permettant d'insérer des instruments. L'intervention est filmée par une caméra miniaturisée et suivie sur un écran vidéo. Elle permet des gestes limités qui ne sont en général pas suffisants pour opérer convenablement une tumeur maligne. Cependant chez un malade très fatigué, sa bonne tolérance peut permettre un acte palliatif utile, au prix de suites simples, d'une hospitalisation raccourcie et de cicatrices réduites. En plein développement, cette technique bouleverse la chirurgie abdominale des années 1990. Elle permet par exemple l'ovariectomie bilatérale (castration) en réduisant l'hospitalisation postopératoire. Le caractère récent de la cœliochirurgie fait évoluer rapidement ses techniques et ses indications.
C'est une endoscopie permettant de regarder dans l'abdomen après injection d'air dans la cavité du péritoine. Le cœlioscope s'introduit par une petite incision de la paroi abdominale, il éclaire et permet de voir l'intérieur et d'y pratiquer éventuellement un prélèvement (biopsie), sur une tumeur suspecte par exemple, ou une autre intervention limitée (cœliochirurgie). Plutôt dirigée vers la partie basse de l'abdomen et les organes génitaux de la femme, la cœlioscopie se distingue de la laparoscopie qui inspecte la partie haute de l'abdomen.
Très rares mais pouvant prendre une signification symbolique comme dans le roman de Jacques Laurent Les Sous-ensembles flous (Grasset, 1981), les tumeurs du cœur sont principalement des tumeurs conjonctives. Le myxome est une tumeur bénigne qui siège le plus souvent dans l'oreillette, où le sang revient au cœur avant d'en être chassé par le ventricule : une intervention chirurgicale permet la guérison mais des rechutes sont possibles. Les autres tumeurs se développent à partir du tissu conjonctif (fibrome, fibrosarcome) ou musculaire (rhabdomyome, rhabdomyosarcome) et sont exceptionnelles. Le péricarde, tunique qui entoure le cœur, est aussi rarement le siège de tumeurs primitives qui sont le plus souvent des mésothéliomes. Les tumeurs secondaires (métastases) du cœur sont également très rares; le péricarde peut être envahi à partir d'un cancer bronchique voisin.
Le cœur est un organe important pour la thérapeutique des cancers : certains traitements sont toxiques pour son muscle (le myocarde) ou ses vaisseaux (artères coronaires) et peuvent être contre-indiqués en cas d'atteinte cardiaque initiale, due notamment à l'âge. Les médicaments les plus toxiques pour le cœur sont les anthracyclines qui entraînent des lésions d'abord discrètes et sans conséquences mais qui s'aggravent si le traitement est poursuivi : cela conduit à ne pas dépasser une certaine dose totale, variable avec le médicament, au delà de laquelle apparaîtraient une insuffisance cardiaque ou des accidents. Le cyclophosphamide, le fluorouracil, la vincristine et la mitoxantrone sont aussi toxiques pour le cœur, surtout à fortes doses. La radiothérapie peut intéresser tout ou partie du volume cardiaque et retentit sur le péricarde et le muscle : elle entraîne une inflammation (péricardite) qui évolue rarement vers une péricardite constrictive gênant le fonctionnement cardiaque ; sur le cœur lui-même elle provoque une fibrose du muscle et des vaisseaux (artères coronaires) qui l'alimentent, en général discrète et sans conséquence. Cependant ces risques conduisent à protéger le cœur en cas de radiothérapie du thorax ou, s'il faut traiter un cancer voisin, à donner à cet organe une dose aussi réduite que possible, sur la plus petite partie possible.
Voir Alcaloïde.
Coley (William B., 1962-1936)
Chirurgien américain qui deviendra chef de service des tumeurs osseuses au Memorial Hospital de New York, il a une brillante carrière malgré l'échec du traitement des cancers par des toxines. C'est dans les années 1890, alors que la chirurgie est encore le seul traitement des tumeurs malignes, qu'il observe la régression d'un cancer du cou (qui avait récidivé après plusieurs interventions) à la suite d'une infection par streptocoque donnant un érysipèle. Alors que les cancers sont rattachés à une possible origine infectieuse et que l'immunothérapie des cancers commence à être essayée, Coley retrouve dans la littérature des cas comparables et inocule des streptocoques à des malades cancéreux pour provoquer l'infection. Il observe quelques rémissions mais aussi des accidents, ce qui le conduit à remplacer l'inoculation de bactéries vivantes et virulentes par des germes inactivés présentés sous forme de toxines qui prennent son nom. Différentes préparations sont proposées et utilisées mais après quelques résultats fragmentaires et temporaires, les toxines de Coley seront abandonnées à partir de 1910, avec le développement de la radiothérapie et une opposition déterminée du directeur de recherche du Memorial Hospital James Ewing, malgré les efforts de leur promoteur. Après la création en 1953 du New York Cancer Research Institute (grâce à un don de Nelson Rockfeller) consacré à l'immunologie des tumeurs malignes, sa fille Helen Nauts ne réussira pas à les relancer durablement ni à empêcher qu'elles soient classées en 1965 comme " remèdes non prouvés ". Dans les années 1980, des médecins chinois s'y intéresseront de nouveau comme une " immunothérapie économique pour le tiers-monde ". Des études récentes ont suggéré que les effets observés avec les toxines de Coley pouvaient être dus au facteur nécrosant des tumeurs (TNF).
Côlon (Cancer du)
Tumeur* maligne* développée à partir de la muqueuse* du côlon* ou du rectum*, le cancer colo-rectal est en Europe occidentale et en Amérique du Nord le cancer digestif le plus fréquent. Dans ces régions, il constitue dans les deux sexes* la troisième cause de mortalité* par cancer (après le cancer du poumon* et de la prostate* chez l'homme, après le cancer du sein* et du poumon* chez la femme). On en compte environ 25.000 nouveaux cas par an en France. Le rôle de l'alimentation* comme facteur étiologique* a été évoqué : on meurt moins de cancer colo-rectal dans les régions où l'on consomme moins de graisse* animale et plus de fibres végétales ; par ailleurs, les populations japonaises émigrées aux États-Unis acquièrent en une génération le risque élevé de cancer colo-rectal des américains natifs. Cependant, les études récentes n'ont pas montré d'effet protecteur des fibres sur le développement du cancer du côlon.
Une prédisposition génétique* est rarement reconnue : la poly-adénomatose familiale est responsable de moins de 1 % de l'ensemble des tumeurs coliques ; il s'agit d'une affection familiale à transmission autosomique dominante caractérisée par la présence au niveau du côlon et du rectum et parfois sur l'intestin grêle* et l'estomac* d'une myriade de polypes* évoluant inéluctablement vers la transformation* maligne. Il est maintenant établi que les patients porteurs de cette affection ont hérité d'une mutation* dans le gène* APC (pour Adenomatous Polyposis of the Colon). Le cancer colo-rectal héréditaire non polyposique (encore appelé syndrome de Lynch*) compte pour environ 5 à 10 % de l'ensemble des cancers coliques ; il survient également sur un mode autosomal dominant, de préférence chez les femmes et avant 45 ans.
Dans la plupart des cas (67 à 90 %), le cancer colique résulte de la transformation maligne d'un polype adénomateux bénin. Au plan anatomo-pathologique*, c'est un carcinome* glandulaire (ou adénocarcinome) qui bourgeonne dans la lumière du tube digestif et infiltre successivement les différentes couches de la paroi du côlon avant d'envahir les ganglions* lymphatiques* et/ou les structures anatomiques voisines. La tumeur peut envoyer des métastases à distance, principalement dans le foie* mais aussi dans le poumon*, les os* et le cerveau*. La cavité péritonéale et les lignes de suture digestive peuvent être le siège de l'implantation de cellules malignes essaimées à partir de la tumeur primitive*.
Le cancer colique est souvent longtemps asymptomatique et son diagnostic est posé lors d'un dépistage* ou d'un examen réalisé pour un autre motif. Les symptômes* les plus fréquents sont des douleurs* abdominales qui accompagnent des modifications du transit digestif (diarrhée*, constipation* ou alternance de constipation et de diarrhée). Le saignement de la tumeur se traduit par l'émission de sang rouge mêlé aux selles (qu'il faut se garder d'attribuer sans contrôle à l'existence d'hémorroïdes !) ou par des selles noires (présence de sang digéré). Parfois, l'hémorragie* ne se révèle que par la mise en évidence de sang occulte dans les selles ou par une anémie* chronique. Rarement, la tumeur se révèle par la présence d'une masse abdominale, d'un amaigrissement* ou de température*. Dans 20 % des cas, la première manifestation du cancer du côlon consiste en une obstruction intestinale (occlusion*).
Le diagnostic se fonde essentiellement sur la coloscopie* qui permet la localisation de la tumeur et le prélèvement d'une biopsie*. La mise au point peut être complétée par une radiographie* du gros intestin (lavement baryté). La tomographie axiale computérisée (scanner*) détermine l'extension de la tumeur en dehors de l'organe. Le dosage de marqueurs* tumoraux (antigène* carcino-embryonnaire*, CA 19-9) n'a pas de valeur diagnostique* ; il constitue une valeur de référence utile en vue de la surveillance* ultérieure du patient opéré. Le traitement du cancer du côlon est essentiellement chirurgical (figure) et consiste en l'ablation du segment de gros intestin porteur de la tumeur (colectomie droite ou gauche), traitement proposé dès 1827 par le chirurgien français Jean-François Reybard (1790-1863). L'exérèse à visée curative emporte les ganglions lymphatiques susceptibles d'être envahis par des (micro)métastases.

[Cancer du côlon]
Schéma des principales opérations curatives :
* En cas de cancer du côlon droit, le chirurgien résèque la partie droite du côlon puis rattache la fin de l'intestin grêle ou iléon (A) à la partie droite du côlon transverse (B) pour rétablir la continuité du tube digestif.
* En cas de cancer du côlon gauche, tout ou partie du côlon gauche est réséqué puis le côlon d'amont (A) est rattaché au rectum (B).
Le pronostic* dépend de la pénétration de la tumeur dans la paroi colique (classifications de Dukes – proposé par ce médecin Anglais en 1932 - ou dérivées) : le taux de survie* à 5 ans est supérieur à 85 % si l'extension de la tumeur est limitée mais s'effondre à environ 30 % en cas d'envahissement tumoral des ganglions lymphatiques*. Dans ce dernier cas, l'administration d'une chimiothérapie* adjuvante* comportant du fluoro uracil* et un agent modulateur tel que le lévamisole* ou l'acide folinique* a été démontrée efficace pour réduire le risque de récidive* et augmenter l'espérance de vie.
Les métastases* hépatiques, si elles sont peu nombreuses, peuvent parfois être réséquées chirurgicalement ou détruites par le froid (cryoablation) ou par application de radio-fréquences. Dans le cas contraire, les schémas modernes de chimiothérapie (dérivés du platine*, etc.) procurent bien souvent des rémissions* remarquables et une qualité de vie* très satisfaisante.
Voir aussi Moshé Dayan.
Colorectal (Cancer).
Forme de stomie qui consiste en l'abouchement du côlon à la paroi de l'abdomen pour dériver le transit intestinal et les selles vers l'extérieur en cas d'obstacle ou de résection du gros intestin atteint par un cancer. La première est réalisée en 1839 par le chirurgien français J.Z. Amussat. C'est ce que l'on appelait un " anus artificiel ", expression qui doit être abandonnée. Elle est temporaire, pendant la cicatrisation de sutures digestives et avant le rétablissement de la continuité digestive, ou définitive et nécessite une réadaptation. Les plus fréquentes sont les colostomies basses, iliaques gauches, où l'orifice est en bas et à gauche de l'abdomen ; elles offrent les plus grandes possibilités de réhabilitation fonctionnelle. Les colostomies hautes, transverses ou droites, sont le plus souvent temporaires ; elles donnent issue à des selles encore liquides, qui rendent l'appareillage difficile et se rapprochent des iléostomies (abouchement de la partie terminale de l'intestin grêle (iléon) à la paroi) qui entraînent l'émission de liquide digestif et non de selles.
Pour préparer le malade avant l'intervention, on l'informe sur les appareillages et les possibilités de régulation du transit, de préférence en présence d'un proche de son choix. Les soins locaux postopératoires doivent lui être appris le plus tôt possible après l'intervention, en fixant comme objectif son autonomie avant la sortie de l'hôpital ou de la clinique : la peau se lave uniquement à l'eau et au savon de Marseille, les poils éventuels se tondent au rasoir électrique autour de l'orifice. L'alimentation est à surveiller pour éviter simplement des aliments donnant trop de gaz et éviter aussi bien constipation que diarrhée.
Le choix de l'appareil conditionne le confort futur. La diversité des modèles permet de répondre à toutes les situations. La prescription du matériel, spécifiant le type de poche, le nom du laboratoire, la référence précise et le diamètre de l'orifice, tient compte de la morphologie et des activités de chaque patient, de son confort et de sa sécurité.
Chacun peut apprendre une technique dite " d'irrigation colique " qui vide complètement le côlon par lavement, et permet pendant 24 à 48 heures de ne munir l'orifice que d'un simple obturateur (compresse). L'apprentissage est relativement simple et améliore l'autonomie sociale et personnelle du colostomisé. Par ailleurs, il doit avoir les coordonnées de l'Association d'anciens malades stomisés la plus proche de son domicile.
Bon nombre de traitements sur le bassin, en particulier par chirurgie, affectent la sexualité. Quand la colostomie définitive succède à une amputation complète du rectum, plus d'un patient sur deux présente des troubles : chez l'homme, c'est une impuissance totale ou partielle, avec absence plus ou moins complète d'éjaculation ou d'orgasme ; chez la femme, les rapports sexuels sont douloureux, la sensibilité génitale est émoussée, l'orgasme diminué ou absent. Liés à des lésions nerveuses ou vasculaires, ces troubles ne sont pas obligatoirement définitifs et ils appellent l'attention du patient, de son ou sa partenaire et de l'équipe de soins sur cet aspect de la qualité de vie.
La présence d'une colostomie aggrave généralement les difficultés organiques par la modification disgracieuse du schéma corporel qu'elle entraîne, en particulier chez la femme. L'appareillage (volume, bruit, fuites, odeurs) favorise un isolement relationnel intime. En cas de crainte partagée par le partenaire et d'information insuffisante, la vie sexuelle s'éteint. On peut éviter ou prévenir un tel échec en informant clairement sur ces troubles et leur possible régression ou maîtrise. L'éducation vise une autonomie revalorisante du patient. On doit rechercher l'appareillage le moins gênant (par exemple irrigations coliques avec obturation de la stomie sans poche). Une relation confiante avec l'équipe soignante permet d'aborder avec le patient et son ou sa partenaire des détails intimes voire " techniques " : choix de sous-vêtements, positions, lubrifiants. Une attention maintenue tout au long de la surveillance est enfin nécessaire.
Ainsi, malgré la modification importante du schéma corporel normal, les conséquences physiques et psychologiques de la colostomie peuvent être en partie corrigées par l'apprentissage de nouvelles habitudes de vie pour conserver au patient une existence personnelle et sociale proche de la normale.
Examen visuel du vagin (en gr. kolpos) et du col de l'utérus à l'aide d'un spéculum* et d'une loupe binoculaire. Cette inspection porte principalement sur le col, sans préparation, après détersion avec une solution acide et après sa coloration par une solution iodée (test de Schiller). Elle permet de déceler des cancers débutants ou des lésions précancéreuses. La colposcopie est complétée par un frottis cervico-vaginal ou par la biopsie d'une zone suspecte, pour examen microscopique (anatomopathologique) du fragment prélevé. C'est un geste essentiel pour le dépistage des cancers du col utérin.
Col utérin (Cancer du)
Cette tumeur maligne prend naissance sur le col de l'utérus situé au fond du vagin (
Figure in Génital). C'est un cancer de sa muqueuse ou épithélium dont il existe deux formes : le carcinome malpighien (voisin des cancers de la peau) le plus fréquent et l'adénocarcinome plus rare (cancer glandulaire développé dans l'intérieur du canal qui mène du vagin à la cavité utérine). Il touche chaque année 20 à 25 femmes sur 100 000 (incidence), soit 5 000 à 6 000 femmes en France. Il survient à tout âge, à partir de 25-30 ans. Il reste le plus fréquent des cancers féminins dans les pays en voie de développement, en Chine, en Asie méridionale et en Afrique. Les facteurs de risque sont des partenaires sexuels multiples de la femme elle-même ou de son ou ses partenaires masculins et le tabagisme. Ce cancer est très rare chez les femmes n'ayant pas de rapports sexuels, notamment les religieuses comme cela a été noté dans les années 1950 après vingt ans d'observations faites dans les couvents canadiens. Les relations sexuelles interviennent par les infections qu'elles transmettent, en cas d'hygiène génitale insuffisante notamment, ce qui explique que le cancer est plus fréquent chez les femmes de classes socio-économiques défavorisées. Des infections à virus (papillomavirus et herpès génital) sont incriminées. L'utilisation de préservatif peut ainsi réduire le risque de ce cancer.
Il est précédé par des états dits " précancéreux ", appelés aussi néoplasie intraépithéliale ou dysplasie, classés en deux ou trois grades selon la sévérité des anomalies détectées. Ces états peuvent être dépistés par le frottis cervical, test simple et indolore, fait par un médecin généraliste entraîné ou un gynécologue. On introduit un spéculum* dans le vagin pour accéder au col de l'utérus que l'on gratte avec une spatule et un petit écouvillon. Le prélèvement est déposé sur une lame de verre, fixé avec une laque, de l'alcool ou à l'air, puis envoyé au laboratoire. Cet examen, totalement indolore, doit être fait une première fois à 20 ans, puis renouvelé un an plus tard la première fois, tous les trois ans ensuite. Après l'âge de 65 ans, il devient inutile chez une femme suivie jusque-là. Si cet examen était pratiqué régulièrement, le cancer du col utérin deviendrait exceptionnel. L'amélioration des conditions d'hygiène (eau courante) et le frottis vaginal expliquent que son incidence ait considérablement diminué au cours du dernier demi-siècle dans les pays occidentaux, mais cette diminution est menacée par la libération sexuelle et l'augmentation des infections génitales qui l'accompagne. Au contraire, les précautions prises pour prévenir le sida devraient contribuer à sa diminution.
En cas d'anomalie on a recours à un autre examen, la colposcopie, qui montre le col à l'aide d'une grosse loupe binoculaire. Elle permet aussi de faire le prélèvement d'un petit fragment : une biopsie. Une dysplasie confirmée doit être traitée par laser ou conisation : le traitement au laser ne concerne que les anomalies les moins graves situées sur la partie la plus externe du col; la conisation est une petite intervention chirurgicale qui consiste à enlever une partie du col utérin, sous anesthésie locale et en hospitalisation de jour, sans compromettre les possibilités d'une grossesse ultérieure.
Le cancer proprement dit peut être détecté à l'occasion d'un frottis. Habituellement il se manifeste par des saignements, souvent peu abondants qui apparaissent, en dehors des règles, lors des relations sexuelles. Le diagnostic est facile grâce à l'examen du col au spéculum et au toucher vaginal. Le diagnostic précis est fait par la biopsie.
Des examens doivent préciser l'étendue de la tumeur d'où découle le traitement : examen de la vessie par endoscopie (cystoscopie), de voies urinaires par radiographie (urographie intraveineuse) et du rectum. Les examens au scanner ou à l'IRM sont réalisés en fonction des situations particulières. Comme les autres cancers, celui du col est classé en stades à partir de la classification TNM.
Le traitement fait appel à la chirurgie et à la radiothérapie. La première hystérectomie a été tentée en 1829 par J.C.A. Récamier grâce à un spéculum qu'il avait mis au point, mais il n'y eut aucune survivante parmi les vingt premières femmes opérées et cette intervention fut alors provisoirement abandonnée. C'est ensuite Wertheim qui a réussi à guérir par la chirurgie les premiers malades. Le traitement chirurgical consiste à enlever l'utérus, des tissus voisins (paramètres) et les ganglions lymphatiques : c'est la colpohystérectomie élargie avec lymphadénectomie. La radiothérapie est faite par application de fils d'iridium sur le col en curiethérapie ou par radiothérapie externe. La chimiothérapie est parfois donnée en association avec la radiothérapie.
Les taux de guérison du cancer du col sont élevés, mais dépendent du stade : lorsque le carcinome est microscopique (micro-invasif), il est proche de 100% ; lorsqu'il est limité au seul col utérin, 80 à 85% des malades seront guéries ; les chances de guérison sont moins grandes lorsque le cancer est plus avancé. La surveillance doit être régulière. Elle vérifie d'abord la bonne cicatrisation d'une intervention et la régression des réactions suivant la radiothérapie. Elle contribue aussi à leur réadaptation, notamment pour leur sexualité. En outre certaines récidives peuvent être guéries si on les découvre tôt. Un examen est souhaitable tous les six mois pendant les cinq premières années, tous les ans ensuite.
Il y a peu de métastases à distance et, dans un tel cas, une chimiothérapie peut être utile. Les séquelles des traitements sont peu nombreuses et prévenues par une bonne réadaptation sexuelle. Les plus fréquentes sont un léger raccourcissement et une sécheresse du vagin. Elles sont améliorées par une reprise normale des relations sexuelles et, en cas de ménopause (naturelle ou artificielle), par un traitement hormonal. Un œdème (gonflement) des membres inférieurs se traite, s'il est gênant, par kinésithérapie et bas élastiques.
Combes (Pierre-François,
1929-1984)
Médecin et radiothérapeute de Toulouse, directeur du Centre Claudius-Regaud de 1973 à sa mort. Il a été secrétaire général de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer qui a créé un prix portant son nom. Ce prix distingue une réalisation en matière de réinsertion (réadaptation) et a été décerné pour la première fois en 1991.
Pièce de théâtre expérimentale montée à Caen puis à Paris en 1998 à partir des carnets d'Hervé Prudon, écrivain atteint d'un cancer( voir Cochin*), par Jacques Bonnaffé. Tentative d'"hospithéâtralisation" proposant aux spectateurs d'assister à la pièce comme ils visiteraient un hôpital, mêlant le drame à la dérision.
Voir Observance.
Voir Toxicité.
Ce phénomène mécanique se produit au contact d'une tumeur en raison de son développement excessif. La compression signe la malignité et donne une indication défavorable pour le pronostic. Elle découle du volume pris par la tumeur, surtout si le siège anatomique est peu ou pas extensible, comme pour une lésion cérébrale dans le crâne.
Les signes de compression varient selon la localisation tumorale : un gliome cérébral entraîne une hypertension intracrânienne responsable de troubles nerveux ou de maux de tête (céphalées), une tumeur du cou ou dans la poitrine (médiastin) une gêne pour avaler (dysphagie) ou pour respirer (dyspnée) ; des tumeurs de l'abdomen gênent l'écoulement des urines ou le transit intestinal (occlusion, constipation), ou déterminent une jaunisse (ictère) ; un trouble des mouvements ou de la sensibilité apparaît quand un nerf est comprimé, à plus forte raison si une tumeur intrarachidienne ou une métastase vertébrale comprime la moelle épinière. La compression est renforcée par l'inflammation et l'œdème qui accompagnent une tumeur. Elle est souvent à l'origine de douleurs qui sont soulagées par le traitement antitumoral, par des médicaments anti-œdémateux ou antalgiques.
La vie n'est pas une notion de tout ou rien, même quand elle est compromise ou menacée par un cancer. La qualité de vie s'est vu reconnaître une grande place dans la décennie 1980, pour évaluer comment un malade vit pendant et après le traitement, quelles sont les séquelles et le prix à payer pour la guérison. Les traitements progressent aussi bien en augmentant leur efficacité qu'en diminuant leur toxicité. L'évaluation des conditions de vie du malade se fait grâce à ses déclarations lors de l'entretien par lequel commence une consultation, ainsi que par une estimation objective du médecin. Les données recueillies sont synthétisées dans un code international qui facilite les échanges d'informations entre équipes médicales. Les deux codes proposés, par le cancérologue américain Karnofsky en 1950, puis par l'OMS en 1979 se recoupent et sont utilisés indifféremment .
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CODIFICATION DES CONDITIONS DE VIE (CV) |
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Capacité |
Intense, sans |
100% 90% |
0 |
Activité extérieure |
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Réduite |
80% |
1 |
Réduction des efforts |
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Capacité |
Normale, sans aide |
70% |
2 |
Pas d'activité extérieure |
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Restreinte aux |
60% 50% |
3 |
Besoins personnels |
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Incapacité pour |
Aide permanente |
40% |
4 |
Incapacité totale |
[Conditions de vie]
Elles sont évaluées de 100% (excellente forme physique) à 10% (malade moribond), suivant les activités professionnelles ou domestiques et l'importance de l'alitement.
Sorte de tumeur bénigne affectant la peau ou les muqueuses, en particulier des régions génitales. Le condylome est souvent provoqué par une infection à papillomavirus. Il a une évolution favorable et peut être facilement guéri par un traitement local, mais certaines formes évoluent vers des lésions plus sévères et peuvent, après plusieurs années, dégénérer en cancer.
Pièce en plomb introduite dans le faisceau du rayonnement primaire d'un accélérateur linéaire pour le rendre homogène. En effet, les rayons X obtenus par freinage des électrons dans la cible ne sont pas émis de façon uniforme dans toutes les directions : il faut donc unifier le faisceau à l'aide d'un cône égalisateur placé à la sortie de la cible. La forme et l'épaisseur du cône sont calculées de façon à corriger la variation du faisceau dans un plan perpendiculaire à l'axe, le cône absorbant plus au milieu qu'en périphérie. Ainsi égalisé, le faisceau de rayons X va délivrer une dose identique en son centre et en tous points du champ irradié .

[Cône égalisateur]
Les électrons produisent sur une cible des rayons X de distribution hétérogène que le cône égalisateur rend homogènes.
Une confusion mentale, carac-térisée par de la torpeur intellectuelle et une difficulté pour coordonner ses idées et ses actes avec la réalité, s'observe chez 5 à 30% des malades atteints de cancer, suivant certains moments de l'évolution ou pendant des traitements, souvent en rapport avec des troubles de l'entourage, notamment en fin de vie. Il faut identifier tôt ces syndromes confusionnels et les corriger par une approche multiple, pour éviter leur aggravation et préserver la qualité de vie et de relations des malades et de leurs proches.
Bernard Hœrni
Voir Arrêt de travail.
Voir Arrêt de travail.
Prélèvement du col de l'utérus, en forme de cône, situé au fond du vagin. Cette petite opération va permettre l'examen microscopique (anatomopathologique) de la totalité d'un col anormal et reconnaître ou traiter des lésions précancéreuses ou un cancer débutant.
Qu'il soit mari ou femme, compagnon ou compagne, le conjoint est en général la personne la plus proche de la ou du malade. Il lui apporte l'aide matérielle et le soutien affectif les plus importants mais souffre aussi le plus, après ou parfois avant lui, de la situation. À cette occasion, leurs liens sont mis à l'épreuve et se renforcent ou au contraire se distendent pour aboutir à une rupture. Ces relations dépendent de nombreux facteurs : du sexe respectif des deux partenaires, de la distribution habituelle des rôles au sein du couple, de l'âge et de la présence ou de l'absence d'une activité professionnelle (avec son corollaire matériel), de l'état de santé du conjoint supposé sain, du reste de la famille (frères ou sœurs, enfants majeurs ou mineurs), du type du cancer, de son traitement, de son évolution enfin. Les cancers n'étant pas contagieux, ils permettent le maintien de relations intimes (à l'inverse de ce qu'imposait la tuberculose autrefois). Le premier " cancer conjugal " a été décrit par le Dr Aublanc en 1803 – de la verge chez l'un, de la matrice chez l'autre – mais une telle association est exceptionnelle.
Après médecins et infirmières, le conjoint contribue souvent aux soins, surtout si le malade est à domicile. Cette contribution concerne l'alimentation, l'hygiène élémentaire, parfois un soin particulier comme le nettoyage d'un orifice de stomie, l'administration d'un médicament par la bouche ou par piqûre intramusculaire. Il est souhaitable que le malade ne soit pas infantilisé par un conjoint qui trouve en lui un " enfant de remplacement ", mais que son autonomie soit préservée dans l'intérêt des deux partenaires. Ce souci doit être celui des soignants dans les échanges d'information ou les moments de décision. Le conjoint peut " représenter " un patient qui en a exprimé le vœu ou gravement défaillant, mais il faut éviter de court-circuiter le premier concerné par la maladie. Il faut prévenir des décalages au sein du couple, qui découleraient d'informations ou d'un pronostic exprimés différemment, même si certains silences sont compatibles avec la persistance d'une bonne relation, comme en témoigne Anne Philipe dans Le Temps d'un soupir. Une bonne communication reposant sur une perception commune des choses évite les incompréhensions regrettables et potentiellement douloureuses. L'importance du rôle du conjoint apparaît par contraste quand le malade est veuf.
Le cancer menace aussi le partenaire, sinon dans son corps du moins dans sa situation affective et sociale. Il est exposé à rester seul après la mort de l'autre. Cet autre, bien que malade, peut rester le plus fort, attirer l'attention des soignants sur la fragilité du conjoint, demander une aide supplémentaire, sociale ou médicale. Si la maladie évolue défavorablement et entraîne la mort, le conjoint est gravement perturbé, au moins pendant le temps nécessaire au processus de deuil. Ses réactions sont le plus souvent une dépression comme celle de Marc Bernard dans La Mort de la bien-aimée, mais elles peuvent être violentes comme celles exprimées par Philippe Druillet dans La Nuit.
Après le décès, il arrive que le survivant consulte pour une anomalie, due à un cancer, qui avait été négligée ou occultée, reléguée au second plan pendant la maladie du défunt. Cette observation donne à tort l'impression qu'un deuil favorise l'apparition d'un cancer.
Au plan légal, le conjoint survivant ne peut obtenir le dossier médical du défunt. Comme ayant-droit, il peut désigner un médecin à qui le transmettre et qui lui communiquera ce qui est compatible avec le secret médical et les intérêts du disparu.
Conjonctif (Tissu)
À côté des revêtements ou épithéliums, le tissu conjonctif représente le principal constituant de l'organisme, le plus important par sa masse, mais il ne donne qu'environ 10% des cancers, dénommés sarcomes. Il comprend d'une part des organes bien identifiés comme les os, les muscles, les masses graisseuses ou tissu adipeux, d'autre part un " tissu d'emballage " enveloppant d'autres organes ou remplissant les intervalles qui les séparent. Ce tissu conjonctif " de liaison " est composé des vaisseaux (artères, veines et vaisseaux lymphatiques) et des cellules fibreuses ou adipeuses dispersées dans une substance fondamentale et un collagène qui les baignent. Ce tissu de soutien forme la charpente (le stroma) des tumeurs qui comporte notamment les vaisseaux assurant leur alimentation et leur oxygénation. Chacun de ses éléments peut être à l'origine d'un sarcome identifié par le type de la cellule transformée.
Inflammation de la conjonctive, fine membrane qui tapisse la face interne des paupières et s'unit à la cornée recouvrant l'œil en avant. La conjonctivite est provoquée par des médicaments anticancéreux toxiques pour les muqueuses, le cyclophosphamide en particulier, ou par une infection de l'œil, par exemple par un herpèsvirus. Elle est soulagée par l'application locale de collyre.
Organisme créé par arrêté du 14 avril 1995 pour "donner un avis au ministre chargé de la santé sur les orientations stratégiques de la lutte contre le cancer et sur la consolidation des actions de prévention, de dépistage, de soins et de recherche". Rattaché à la direction générale de la santé, il est composé d'une vingtaine de membres nommés par ledit ministre.
C'est l'accord qu'un malade doit donner au médecin pour lui permettre d'intervenir sur sa personne. L'article 16-3 du Code civil dispose en effet : " Il ne peut être porté atteinte à l'intégrité du corps humain qu'en cas de nécessité médicale pour la personne. Le consentement de l'intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n'est pas à même de consentir ".
Selon la jurisprudence de la Cour de cassation française, l'information du malade est une obligation du médecin et de l'équipe soignante pour obtenir de lui un " consentement libre et éclairé " à l'acte médical, que cet acte soit de diagnostic ou de soins. Cette obligation d'information existe aussi en milieu hospitalier (article L.1112-1 du Code de la santé publique). Elle doit être formulée en termes clairs et ne comprendre ni dissimulation ni mensonge injustifiés. Elle doit porter sur les risques courants mais encore sur les risques rares s'ils sont graves et sur l'évolution probable de la maladie cancéreuse en tenant compte des connaissances du patient et de ses capacités intellectuelles et psychologiques à la recevoir. Le consentement du malade n'est pas donné une fois pour toutes, mais doit être renouvelé pour chaque acte médical ou chirurgical sérieux après que les explications nécessaires aient été fournies au malade.
Si le patient est incapable de donner un consentement valable (coma, troubles neuro-psychiatriques, sénilité), l'équipe soignante doit obtenir l'assentiment de sa famille ou de son représentant légal s'il s'agit d'un mineur ou d'un incapable majeur. L'article 36 du Code de déontologie médicale dispose : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. Si le malade est hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité...". Le mineur ou l'incapable majeur (majeur protégé), en état de comprendre et d'émettre un avis, doit être consulté et le médecin doit tenir compte de son opinion dans toute la mesure du possible (article 42 du même code). Cependant la prise en charge médico-chirurgicale de l'urgence passe avant toute argutie juridique. Face à un péril imminent, l'intérêt du patient domine et ne pas intervenir sous prétexte que la famille ne peut être jointe ou s'oppose au traitement (témoins de Jéhovah) serait commettre le délit d'omission de porter secours (article 223-6 du Code pénal).
Une recherche biomédicale ne peut être effectuée sur une personne, que si celle-ci a préalablement donné par écrit son " consentement libre, éclairé et exprès ", après avoir reçu du médecin une information orale et un document écrit qui résume les principales données de la recherche. Le malade dont le consentement est sollicité a le droit de refuser de participer à un essai ou de retirer son assentiment à tout moment sans encourir aucune responsabilité. En cas d'urgence ou lorsque le diagnostic de sa maladie n'a pas été révélé au patient cancéreux dans son propre intérêt, le protocole de l'essai, obligatoirement soumis à l'avis préalable d'un Comité consultatif de protection des personnes dans la recherche biomédicale (CCPPRB), peut prévoir que le consentement préalable ne sera pas recueilli ou que certaines informations ne lui seront pas données. Toutes ces dispositions relèvent de la loi du 20 décembre 1988 modifiée, dite loi Huriet, insérée dans le Code de la santé publique.
Se dit d'un traitement, en particulier d'un acte de chirurgie, qui préserve complètement ou le plus possible une fonction ou un organe et les relations anatomiques normales, par opposition à un traitement mutilant. Par exemple, pour un cancer du sein, le traitement conservateur préserve la glande mammaire, à l'inverse de la mastectomie, traitement mutilant qui réalise une amputation.
La constipation est fréquente chez un malade soigné pour un cancer, pour de nombreuses raisons. On parle de constipation quand il va rarement à la selle ou émet difficilement des selles dures. La définition médicale est plus précise : la constipation " associe un ralentissement du transit et la déshydratation des selles dont le poids sec est supérieur à 22% du poids total ". Ainsi est constipée une personne qui va à la selle moins de trois fois par semaine. La constipation existe quand les résidus alimentaires progressent mal dans le gros intestin (côlon) ou que l'intestin terminal (sigmoïde, rectum, anus) n'évacue pas les selles.
Le défaut de progression ou ralentissement des matières fécales résulte de nombreuses causes, surtout si l'alimentation est pauvre en fibres végétales ou en eau de boisson ; il est favorisé par l'alitement prolongé ou le manque d'exercice physique ; il témoigne de certaines maladies (par exemple maladie de Parkinson), résulte de certains traitements (neuroleptiques, codéine, morphine) ou traduit une tumeur du côlon.
L'impossibilité de déféquer est surtout fréquente chez des personnes qui par habitude, par négligence ou par pudeur, ne se présentent pas à la selle régulièrement une fois par jour ; le rectum (intestin terminal) se distend et perd le tonus et les contractions nécessaires à l'expulsion des matières.
La constipation serait un facteur de risque du cancer du côlon en favorisant un contact prolongé des selles avec la muqueuse colique. Elle doit être prévenue par un régime équilibré en fibres végétales et en eau de boisson. Si elle s'installe de manière soudaine et inexplicable, elle est à signaler rapidement : elle peut en effet témoigner d'une petite tumeur, bénigne ou maligne, qu'une endoscopie (coloscopie) permettra de diagnostiquer à son début et de guérir par une opération.
Chez les malades opérés de cancers du rectum et porteurs de colostomie, le régime alimentaire doit éviter la constipation qui complique l'élimination spontanée des selles par la stomie. Chez un patient avec des métastases, la constipation peut résulter de causes multiples dont le traitement de douleurs par morphine.
Dans la constipation chronique, il faut éviter de se traiter soi-même (automédication) en employant des laxatifs qui risquent d'être irritants et de provoquer des troubles. La prescription du médecin comporte trois éléments également importants :
1) des conseils diététiques (fibres végétales, boissons abondantes) et une hygiène de vie (exercice physique, aller à la selle à une heure régulière, le matin) ;
2) des médicaments destinés à ramollir les selles ou à y retenir l'eau (les mucilages retiennent de l'eau et augmentent le volume des selles, l'huile de paraffine pure ou en gelée remplace l'eau par une huile non digestible, le lactulose retient de l'eau dans la lumière intestinale) ;
3) plus exceptionnellement et uniquement en cas de constipation rebelle, un laxatif vrai qui stimule les sécrétions et le mouvement de l'intestin mais dont l'usage prolongé serait irritant.
Quand la constipation est due à un obstacle qui ne peut pas être opéré – brides péritonéales ou évolution cancéreuse avancée – il faut éviter (au contraire du cas général) les fibres végétales et les mucilages ; on conseille un régime pauvre en résidus, un laxatif doux (lactulose) et un médicament antispasmodique.
Enfin, quand un malade reçoit de la codéine ou de la morphine, il doit aussi prendre de façon préventive et permanente un laxatif. Même bien appliqué, ce traitement peut être insuffisant et une évacuation mécanique (par lavement ou manuellement) s'impose.
C'est une activité statutaire des centres de lutte contre le cancer pour laquelle un ou plusieurs médecins d'un centre se rendent une fois par mois dans la préfecture des départements du ressort du centre pour y voir des malades et rencontrer des médecins (Figure). Après l'Ordonnance du 1er octobre 1945, la première a été ouverte à Blois en 1947 par l'Institut Gustave-Roussy, puis leur réseau s'est peu à peu développé et complété sur l'ensemble du territoire national, y compris aux Antilles et à la Réunion. Cette consultation réduit les déplacements de patients qui y sont vus pour la première fois ou surveillés après traitement dans le centre. Cette consultation est gratuite, financée et organisée par le département. Elle permet également aux médecins locaux de rencontrer un cancérologue pour échanger des avis sur des cas ou des problèmes généraux de cancérologie.

[Consultations avancées]
Les vingt centres de lutte contre le cancer et leur réseau de consultations avancées.
Aussi dénommée radiothérapie de contact, elle utilise un tube qui émet des rayons X de faible énergie (50 kV). Il peut être tenu à la main et posé sur la lésion à traiter. Il permet d'irradier un champ de 3 cm de diamètre au maximum. La pénétration de ces rayons est faible, puisqu'à 5 mm de profondeur, il ne reste que 50% de la dose à la surface. Comme la dose maximale est délivrée à la peau, des réactions cutanées importantes peuvent s'observer. Cet appareil, maniable, peu onéreux et ne nécessitant qu'une radioprotection simple, sert à traiter de petites lésions superficielles (peau, paupières et certains petits cancers du rectum).
C'est la transmission d'une infection d'une personne contaminée à une personne saine par un contact direct ou indirect. Contrairement aux maladies infectieuses, dont la tuberculose qui a été un fléau social avant les cancers, et malgré une croyance populaire tenace alimentée à la fin du XIXe siècle par les idées pasteuriennes et l'observation de " maisons à cancers ", les tumeurs malignes ne sont pas contagieuses. Cela est affirmé par l'absence d'augmentation des cancers chez les soignants s'occupant de ces patients, notamment dans une institution hospitalière spécialisée, ou parmi les proches d'un malade.
Il ne faut donc pas considérer un cancéreux comme un " pestiféré " avec lequel il faudrait éviter contacts ou même simple proximité, ce qui accroîtrait son isolement social. Il n'y a aucune raison de priver de ses petits-enfants un grand-parent traité pour un cancer, d'interrompre les relations sexuelles avec un homme ou une femme malade, de confiner un malade dans sa chambre ou de l'alimenter dans une vaisselle à part. Certaines personnes traitées pour un cancer peuvent cependant présenter une infection d'une plaie cancéreuse qui, comme une autre infection, justifie des précautions pour éviter une transmission, mais non l'appréhension d'un cancer consécutif.
Malgré ces données indiscutables, la crainte de contagion se nourrit d'idées étranges ou de représentations farfelues qui trouvent leur source dans le mystère dont on continue à entourer les cancers ou maladies supposées cancéreuses. Elle peut frapper un profane qui observe son entourage sans discernement. Cependant une femme qui a perdu son conjoint grand fumeur d'une tumeur des bronches et qui est atteinte de la même maladie n'est pas victime d'une contagion mais d'un tabagisme passif. L'association de certains cancers dans une même famille peut être en rapport avec une prédisposition génétique et héréditaire. Dans un même milieu de vie, des habitudes semblables, notamment alimentaires, peuvent prédisposer à l'apparition d'un même type de cancer. Les virus, dont on connaît la possibilité de transmission, sont à l'origine de nombreux cancers chez l'animal mais chez l'homme leur rôle est limité et indirect. Ils sont presque toujours à l'origine d'un état infectieux chronique qui favorise secondairement l'apparition d'un cancer : c'est le cas des infections génitales par papillomavirus précédant un cancer du col utérin ou du VIH responsable du sida qui prédispose à l'apparition de certains cancers. Enfin, les cancers touchant dans leur ensemble une personne sur quatre en moyenne, il est naturel que dans une grande famille, surtout si nombre de ses membres sont âgés, on observe plusieurs cancers, à quelques années d'intervalle, sans aucune relation entre eux mais qui peuvent faire naître le soupçon.
Dès ses débuts dans les années 1950, le contrôle des naissances par des hormones a posé le problème de son influence éventuelle sur les cancers du sein*, de l'utérus* et de l'ovaire. Les travaux expérimentaux d'A.Lacassagne* dans les années 1930 ont été ultérieurement confirmés et, dans certaines conditions chez l'animal*, les œstrogènes favorisent l'apparition ou accélèrent la croissance de tumeurs du sein ou de l'endomètre*, provoquées par des cancérogènes* chimiques ou viraux. Le cas dramatique des femmes enceintes recevant du diéthylstilbœstrol* à fortes doses pour une menace d'avortement* doit être rappelé : leurs filles ont présenté vers l'âge de 20 ans un cancer du vagin* ou du col utérin*.
Le risque de cancer lié à la contraception hormonale a suscité de nombreuses déclarations contradictoires, dans les milieux scientifiques et dans la grande presse. Les débats se sont cristallisés autour de la " pilule " qui provoque une contraception par la prise simultanée ou successive d'un œstrogène, présumé coupable de favoriser les cancers du sein et de l'endomètre, et d'un progestatif protecteur au contraire de l'endomètre. Seules les études épidémiologiques permettent d'évaluer les conséquences de la contraception sur l'incidence et le pronostic des cancers gynécologiques et mammaires. Nombreuses, parfois prospectives, plus souvent rétrospectives, elles ont dégagé progressivement une réponse qui encore de nos jours demeure incomplète.
Le principal danger potentiel de la pilule concerne le cancer du sein, le cancer le plus fréquent de la femme. La plupart des enquêtes n'ont montré que de faibles variations, en général non significatives, de son incidence* chez les femmes qui prennent ou ont pris la pilule. Sur le plan de la Santé* Publique, la contraception ne modifie guère la fréquence* des cancers du sein. Les épidémiologistes ont recherché si certaines conditions particulières liées au traitement conduisent à un excès de risque* et si certaines femmes sont plus exposées que d'autres. Ni le type de pilule, à climat œstrogénique ou progestatif dominant, ni la dose d'œstrogènes n'ont d'influence nettement établie. Seuls la durée de la contraception qui augmente le risque et le délai de temps après l'arrêt de la contraception qui diminue le risque sont retrouvés de manière convergente. L'excès de risque disparaît lorsque la contraception est interrompue depuis plus de 10 ans. Quelques groupes de femmes, définis par l'âge et les fonctions de reproduction, se sont révélés dans différentes enquêtes plus exposés au risque de cancer du sein. Il en est ainsi pour les femmes qui auraient commencé précocement la contraception, avant une première grossesse* à terme. Mais les résultats publiés sont peu concordants. Il est généralement admis que les femmes qui présentent ou ont présenté une mastopathie* bénigne* et celles qui ont un antécédent familial* de cancer du sein ne voient pas leur risque augmenter par la contraception. Toutefois à l'heure actuelle, le problème n'est pas encore résolu pour les femmes qui présentent une prédisposition génétique au cancer du sein. Des études ont montré une augmentation du risque associé à la contraception pour les femmes ayant une mutation des gènes BRCa1/2. Le cancer du sein* ne survient pas plus précocement chez la femme qui a pris la pilule, bien que dans quelques enquêtes, la contraception augmente légérement le risque de cancer du sein avant l'âge de 35 ans (éventualité peu fréquente). Son pronostic n'est pas aggravé par rapport à celui des femmes qui n'ont pas eu de contraception hormonale.
Avant d'écarter tout soupçon sur l'innocuité de la pilule, d'autres enquêtes épidémiologiques sont encore nécessaires, en particulier pour les femmes qui présentent une prédisposition génétique au cancer du sein, pour les femmes qui sont sous contraception (mais le cancer du sein est beaucoup moins fréquent avant la ménopause) et pour les femmes qui, après une contraception de longue durée, reçoivent ensuite une hormonothérapie substitutive de la ménopause prolongée.
L'influence de la contraception sur les cancers gynécologiques fait l'objet d'un large consensus. L'incidence* des cancers de l'endomètre diminue de 30 à 50% chez les femmes qui ont reçu une contraception hormonale pendant au moins 3 ans. L'effet protecteur augmente avec la durée de la contraception et persiste de 10 à 15 ans après l'arrêt de la pilule. Il n'est pas remis en cause par l'hormonothérapie substitutive de la ménopause. Les cancers de l'endomètre observés après contraception sont plus souvent différenciés et moins agressifs. Au niveau du col* utérin, la contraception augmente l'incidence des lésions précancéreuses* et des cancers in situ. Un modeste excès de risque de cancer invasif du col utérin n'a été relevé que chez les femmes sous pilule. La contraception réduit de 30 à 40% le risque de cancer de l'ovaire* et de plus de 50% pour une durée de contraception d'au moins 5 ans. L'effet protecteur, indépendant du type de pilule, persiste 10 à 20 ans après l'arrêt de la contraception. Il s'exerce également vis-à-vis des tumeurs à faible malignité et des tumeurs non épithéliales de l'ovaire, sauf les tumeurs à cellules germinales. Une mutation au niveau des gènes BRCA1/2 ne semble pas modifier le risque de cancer de l'ovaire pour les femmes qui prennent la pilule. Le risque de tumeur gestationnelle du placenta pourrait augmenter après une contraception de longue durée.
En dehors des cancers gynécologiques et mammaires, peu nombreux sont les cancers dont le risque serait modifié par la contraception. Quelques enquêtes cas-témoins mais pas toutes ont relevé une augmentation modeste des cancers de la thyroide*, en particulier des cancers papillaires, et pour les femmes sous contraception. La contraception pourrait avoir un effet favorable sur l'incidence et la mortalité par cancer du côlon et du rectum*. La contraception favorise l'apparition de tumeur bénigne du foie* mais une tumeur maligne est exceptionnelle. Une enquête prospective récente a relevé une augmentation du risque de mélanome* pour les femmes sous contraception depuis plus de 10 ans. les femmes traitées pour un cancer du sein La crainte du cancer ne justifie ni médicalement ni statistiquement l'interdiction de la pilule. Mais la contraception hormonale, la seule qui soulève le problème du cancer, incite à une surveillance médicale régulière des seins et du col utérin.
Chez la femme traitée pour un cancer, la contraception évite une grossesse qui gênerait le traitement anticancéreux. Le choix de la contraception relève des indications gynécologiques habituelles. Seule la contraception hormonale est contre-indiquée actuellement pour les femmes ayant eu un cancer du sein.
Ce mot anglais intraduisible signifie affronter une épreuve, notamment une maladie comme un cancer, tenir tête, maîtriser et venir à bout. Le coping est souhaitable pour le patient et favorisé par les soignants qui l'aident à faire face, à être à la hauteur et finalement à surmonter les difficultés rencontrées en limitant le plus possible anxiété et dépression. Les mots français correspondants les plus proches sont l'adaptation et l'ajustement qui varient selon la personnalité du malade et avec le temps.
Ablation isolée d'une ou des deux cordes vocales (
voir Larynx).
On désigne ainsi une substance, généralement solide et non résorbable, qui a pénétré accidentellement dans l'organisme par un canal naturel, à travers la peau ou une muqueuse. Il s'agit le plus souvent d'un produit minéral ou métallique introduit à la suite d'une blessure et qui reste en place de façon prolongée. À son contact s'observent d'exceptionnels cancers qui correspondent le plus souvent à un sarcome et mettent en question la responsabilité du corps étranger. La rareté de ces cancers (quelques dizaines publiées dans le monde), leur diversité comme la variété des substances en cause ne permettent pas d'établir des relations de cause à effet.
En ce qui concerne les nombreuses prothèses employées en médecine, les matériaux utilisés (métaux rares, plastiques, résines, produits biologiques, etc.) font préalablement l'objet d'études destinées à affirmer leur bonne tolérance et leur innocuité. Leur très large utilisation et le recul dont on dispose confirment que le risque de favoriser une tumeur est nul ou infime, non détectable malgré une observation attentive. L'influence des prothèses mammaires en silicone est discutée. Une exception doit être signalée : produit de contraste utilisé en radiologie entre les deux guerres mondiales, le thorotrast contient du thorium dont la radioactivité naturelle est très prolongée; sa persistance dans l'organisme, notamment dans le foie et les reins explique l'apparition, après plusieurs décennies, de tumeurs particulières, les thorotrastomes.
C'est la partie la plus volumineuse de l'utérus, ou matrice, organe de l'appareil génital où se développe une grossesse (
Figure in Génital). Situé au dessus du col utérin, en continuité avec lui, il est le siège de plusieurs sortes de tumeurs. Les plus fréquentes naissent dans la paroi musculaire : ce sont des tumeurs bénignes, les fibromes, ou fibromyomes, exceptionnellement des tumeurs malignes ou sarcomes. Les cancers les plus fréquents sont ceux de l'endomètre qui est la muqueuse tapissant l'intérieur de la cavité utérine, à laquelle s'accole le produit de conception par l'intermédiaire du placenta. Enfin la cavité utérine peut héberger une tumeur étrangère, développée à partir d'un embryon et de son placenta, le choriocarcinome placentaire.
Corps utérin (Cancer du)
Cette tumeur maligne se développe à l'intérieur de l'utérus, à partir de la muqueuse ou endomètre qui tapisse la cavité hébergeant l'enfant pendant la grossesse. C'est un adénocarcinome né dans une cellule glandulaire de cette muqueuse. Plus rares, les sarcomes, se développent à partir des fibres musculaires de l'utérus, plus souvent à l'origine de fibrome. L'adénocarcinome touche chaque année en France 20 à 30 femmes pour 100 000 (incidence), soit 5 000 à 7 000 femmes. Les facteurs favorisants sont l'absence de grossesse et l'obésité. Au contraire la pilule contraceptive diminue le risque de ce cancer jusqu'à cinq ans après son interruption. Le traitement de la ménopause a le même effet lorsqu'il associe œstrogènes et progestérone, c'est-à-dire les deux hormones produites par l'ovaire. Aucune méthode de dépistage n'est suffisamment fiable pour être proposée.
Ce cancer se manifeste par des saignements génitaux (métrorragies) en dehors des règles ou après la ménopause, souvent peu abondants et n'inquiétant pas, mais qui se répètent. Toute femme qui saigne en dehors des règles doit consulter un médecin. C'est la seule façon de découvrir ce cancer à un stade précoce.
Le médecin prescrit des examens pour le diagnostic : échographie endovaginale, hystérographie (radiographie de l'utérus dans la cavité duquel est injecté un produit opaque aux rayons X) ou hystéroscopie (endoscopie de l'intérieur de l'utérus avec un dispositif optique miniaturisé). La preuve n'est acquise qu'après un prélèvement (biopsie) d'une partie de la tumeur par un curetage.
Le traitement comporte l'ablation de l'utérus (hystérectomie) et parfois une radiothérapie complémentaire, par curiethérapie ou irradiation externe. Ce cancer a un bon pronostic : il y a guérison dans 90% des formes précoces et 65% de l'ensemble des cas. La surveillance se fait par un examen clinique périodique en alternance par le généraliste et le spécialiste. Le frottis vaginal ainsi que l'échographie peuvent être utiles si une anomalie est détectée.
Les corticoïdes ou cortico-stéroïdes sont des médicaments
dérivés d'hormones
stéroïdes produites par la périphérie ou cortex
des glandes surrénales (corticosurrénale
;
Figure in Urinaire*). D'abord extraits de
ces glandes, ils sont maintenant fabriqués par synthèse. Ils
jouent un rôle important dans l'équilibre du sel (minéralocorticoïdes)
et dans le métabolisme des sucres (glucocorticoïdes dont le
principal est la cortisone).
L'utilisation des glucocorticoïdes, encore appelée corticothérapie, est fréquente dans le traitement des cancéreux, pour plusieurs raisons. Ils constituent une hormonothérapie spécifique des cancers des lymphocytes qui ont à leur surface des récepteurs pour ces hormones : principalement sous forme de prednisone, ils ont ainsi une action élective dans le traitement des leucémies lymphoïdes, aiguës ou chroniques, des lymphomes et de cancers voisins comme le myélome multiple ou la maladie de Hodgkin. Les corticoïdes sont surtout employés, en raison de leur effet anti-inflammatoire majeur, pour traiter l'inflammation qui environne certains cancers et entraîne œdème, compression et douleurs ou, à distance, fièvre ; si les troubles compressifs sont modérés on leur préfère des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), un peu moins actifs mais mieux supportés. Les corticoïdes sont aussi utilisés pour des troubles plus rares ou qu'ils corrigent moins bien : certaines anomalies de l'immunité, une hypercalcémie modérée, quelques infections. Enfin ils peuvent corriger l'asthénie de malades dont l'état est très altéré, à titre roboratif et temporaire.
Les corticoïdes sont des produits très actifs qui donnent des
effets secondaires et parfois des complications.
Les principales surviennent après un traitement de plusieurs semaines,
qu'il vaut donc mieux éviter en précisant la date de l'arrêt
du traitement dès qu'il est prescrit : ulcères
digestifs, diabète, œdèmes, insuffisance
immunitaire et infections, atrophie des muscles,
troubles sexuels. Leur effet immédiat stimulant provoque chez certaines
personnes un état d'agitation et d'insomnie (
voir
Sommeil) désagréable. En raison
de ces risques, les corticoïdes sont à utiliser avec discernement
et précautions.
Parmi les produits utilisés pour des soins de beauté, les colorants pour teindre les cheveux sont souvent suspectés de favoriser les cancers. Rumeur* ? Parce qu'il s'agit de produits chimiques ? Parce que les cheveux sont atteints par la chimiothérapie anticancéreuse qui les fait tomber (alopécie) ? Rien ne permet d'étayer cette accusation malgré plusieurs enquêtes. Lorsque les cheveux d'une femme traitée pour un cancer repoussent, ils peuvent être teints, comme par le passé ou différemment, sans arrière-pensée et sans risque de compromettre les chances de guérison.
D'autres cosmétiques jouent un rôle protecteur important : les crèmes destinées au bronzage ont surtout l'objectif de protéger contre les rayons nocifs du soleil et, par là, leur usage prévient l'apparition de cancers de la peau.
Voir Invalidité, Titularisation.
Voir Bourgogne.
Les maladies cancéreuses engendrent des coûts personnels, sociaux, financiers dont l'importance s'accroît dans les pays industrialisés où la population vieillit, puisque la fréquence des cancers augmente avec l'âge. Ils sont responsables chaque année en France de près de 150 000 décès. Ils représentent la première cause de mort entre 35 et 64 ans et la deuxième après les maladies cardio-vasculaires tous âges confondus. Au total, 270 000 personnes présentent à un moment donné un cancer en évolution (prévalence).
Les impératifs d'une politique de Santé publique comporte, entre autres, la délivrance des meilleurs soins au meilleur coût. Son approche économique s'inscrit dans la recherche d'un rapport coût-efficacité optimal en tenant compte des données comptables et médicales d'une évaluation des résultats thérapeutiques.
Le coût direct du cancer est évalué à 35 milliards de francs, soit 6% des dépenses sanitaires annuelles (plus de 600 milliards). À titre de comparaison, le coût des seuls médicaments pour traiter les maladies du cœur et des vaisseaux dépasse 40 milliards, de même que les dépenses des ménages pour acheter du tabac. Les sommes engagées par les Français dans les jeux de hasard avoisine 70 milliards et le chiffre d'affaire de l'édition 25 milliards, tandis que les rentrées fiscales que valait à l'État la commercialisation du tabac par la SEITA avant sa nationalisation étaient de près de 50 milliards. Aux États-Unis, les coûts engendrés par la maladie d'Alzheimer sont près de dix fois supérieurs à ceux liés aux cancers.
Il convient de comptabiliser aussi les coûts indirects résultant des pertes de productivité induites par la maladie cancéreuse dans la vie économique de la nation ou les dépenses d'aide sociale et de sécurité sociale en rapport avec les incapacités temporaires ou définitives de travail. Ce total approche 100 milliards de francs.
Les cancers sont pris en charge par toutes les catégories de structures hospitalières et de filières de soins : les médecins libéraux, les centres de lutte contre le cancer, les centres hospitaliers régionaux et généraux, les établissements privés. Évaluer le coût de la guérison des différents cancers est possible et prévu par le Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information (PMSI) mis en œuvre dans les établissements hospitaliers.
Le prix d'un cancer guéri est en moyenne trois fois moins élevé que s'il rechute, entraîne des hospitalisations répétées et les complications de la phase terminale. Même en se limitant au rapport coût/espérance de vie, une thérapeutique initialement plus onéreuse est plus rentable, si elle entraîne la guérison, qu'un autre traitement moins coûteux mais offrant moins de chances de succès. On ne peut donc apporter de solution raisonnable à une économie de la santé sans tenir compte des résultats, présentés à grande échelle par exemple par l'Enquête Permanente Cancer. La cancérologie représente un des domaines de la médecine où des progrès sont nécessaires et une place particulière doit être aussi faite à l'innovation, à la recherche clinique et à l'évaluation des pratiques.
La prévention est un moyen majeur susceptible de réduire le coût des cancers pour la collectivité, mais seulement à moyen ou long terme. Lutter contre le tabac, favoriser une meilleure hygiène de vie, recommander une alimentation plus saine, contrôler les risques de cancers professionnels, représentent des démarches potentiellement efficaces mais ardues. Les sommes consacrées à la lutte contre le tabac sont dérisoires par rapport aux investissements publicitaires des grandes sociétés de cigarettes. Les modifications de comportement individuel sont difficiles à obtenir, malgré des campagnes relayées par la Ligue contre le cancer qui consacre 15 % de son budget à l'information du public.
Le dépistage sélectif peut diminuer le coût des cancers, plus qu'un dépistage tous azimuts, utopique et coûteux. Celui du sein peut faire l'objet d'un dépistage efficace par une mammographie tous les trois ans chez les femmes de 50 à 69 ans, ce qui diminuerait son taux de mortalité de 30%. Le Fonds National de Prévention a dégagé pour cela un budget de plus de 60 millions de francs dont 2,5 millions pour l'évaluation.
Le dépistage du cancer du col utérin par un frottis vaginal tous les trois ans et celui du cancer du côlon par l'Hémoccult II, représentent également des actions de dépistage à développer.
Le budget public de la recherche sur le cancer représente 12,5 % du budget de l'INSERM soit environ 150 millions de francs par an et autant pour le CNRS. L'aide privée apporte un complément appréciable.
Ces aperçus économiques doivent être intégrés dans une politique d'ensemble de santé pour éviter le gaspillage des ressources et prendre en compte la prévention, le dépistage, la thérapeutique et la recherche. L'importance de ces actions varie avec les cancers. Pour celui des bronches, la prévention par la lutte contre le tabac est au premier plan alors que le dépistage est inutile. À l'inverse, le dépistage du cancer du sein par mammographie a prouvé son efficacité alors que la prévention est sans objet.
Dans les limites d'une enveloppe budgétaire, les choix économiques soulèvent des problèmes éthiques : faut-il étendre le dépistage des cancers génitaux féminins ou investir dans les greffes de moelle ? De façon provocante, certains se sont interrogés sur l'opportunité de traiter les tumeurs des bronches pour lesquels l'efficacité thérapeutique est faible. Les réponses ne relèvent pas des seuls arguments économiques ni d'ailleurs médicaux. Dans le choix des décideurs doivent aussi intervenir des facteurs humains et sociaux (solidarité, répartition des ressources en fonction des différents besoins de la société).
C'est Hippocrate qui le premier compare un cancer à un crabe (karkinos). Cette comparaison est justifiée, pour une tumeur du sein, par l'aspect de la lésion quand elle atteint la peau, avec une zone centrale arrondie et des prolongements en rayons simulant les pattes de l'animal. Les pinces emblématiques du crabe expriment aussi que le cancer adhère aux tissus voisins en provoquant des douleurs et, à ce titre, l'écrevisse, également dotée de fortes pinces, remplace parfois le crabe. Ce symbole sera repris par les Romains. Au Moyen Âge il sera concurrencé par le loup, mais Ambroise Paré conserve l'image du crustacé en raison de la ressemblance et le crabe s'imposera désormais partout. Son symbole est renforcé par la croissance indéfinie des crustacés, qui peuvent régénérer des membres perdus, et ne laisse pas de place à d'autres animaux comme la pieuvre, l'araignée, le crapaud ou le requin parfois proposés pour indiquer les caractères visqueux, répugnants, dévorants. Il est repris dans de nombreuses illustrations, sur des timbres, des logos de Ligue contre le cancer, etc. Entre les deux guerres mondiales un film de vulgarisation tourné sous la direction de Gustave Roussy représente un gigantesque tourteau qui étreint le globe terrestre. L'omniprésence du crabe crée un effet de saturation et il tend à être délaissé ou évité à la fin du xxe siècle.
Crabe sur la banquette arrière
(Le, Mercure de France, 1994)
Court texte présenté avec humour et sans complaisance, sous forme de pièce de théâtre, par Elisabeth Gille, à partir d'une expérience personnelle. Six ans après le traitement d'un cancer du sein, elle présente une tumeur du poumon rattachée à un important tabagisme. Elle décrit le comportement parfois étrange des soignants et regrette celui de ses proches : ils ont du mal à s'adapter, l'infantilisent, lui laissent (trop) voir qu'ils s'attendent à sa disparition prochaine, y compris à travers un optimisme excessif. Finalement l'auteur regrette d'avoir à jouer un rôle sous ces diverses influences, alors qu'elle voudrait bien rester elle-même. Cet ouvrage a inspiré un téléfilm de J.P Vergnes sorti fin 1996 avec Macha Méril dans le rôle de l'héroïne.
Bernard Hœrni.
Contraction involontaire, soudaine et douloureuse d'un muscle qui cède spontanément ou après quelques mouvements volontaires. Les crampes surviennent surtout la nuit et siègent le plus souvent aux membres inférieurs (mollets). Leur origine est mal déterminée (nerveuse ? vasculaire ? métabolique ?), ce qui gêne leur traitement lorsqu'elles se reproduisent avec une certaine fréquence. C'est le cas chez les personnes âgées ou traitées pour un cancer. Dans ce dernier cas, leur répétition ou leur prolongation malgré les mouvements habituellement efficaces pour les soulager entraînent un inconfort important. Les crampes sont favorisées par la toxicité nerveuse de certains médicaments utilisés en chimiothérapie, les alcaloïdes végétaux en particulier. La tumeur peut aussi infiltrer ou comprimer le nerf dont dépendent les muscles où siègent les crampes. Une diminution du magnésium, due au cancer ou au traitement, peut aussi favoriser des crampes de siège variable.
Quand un médicament anticancéreux en est responsable, on en réduit les doses ou en arrête l'administration. Si c'est l'évolution tumorale, il faut renforcer ou modifier le traitement anticancéreux. Des médicaments comme la quinine ou le magnésium peuvent aussi apporter un soulagement, mais certaines crampes sont rebelles.
Tumeur intracrânienne bénigne située dans la partie supérieure de la selle turcique (loge de l'hypophyse creusée dans l'os sphénoïde à la base du crâne). Cette tumeur rare (2,5% des tumeurs intracrâniennes) s'observe principalement chez l'enfant et l'adolescent. Elle dérive d'un vestige de l'élément embryonnaire (poche de Rathke) qui donne la partie antérieure de l'hypophyse.
Le craniopharyngiome se révèle par des signes d'hypertension intra-crânienne (troubles visuels, maux de tête, soif intense) ou par un retard de la croissance et de la puberté. La radiographie montre des calcifications de la selle turcique. La scanographie et l'artériographie précisent l'état des parois osseuses et le volume de la tumeur. Le traitement consiste à enlever la lésion par une intervention chirurgicale. Une ponction de la tumeur, qui est habituellement kystique, est parfois réalisée au préalable pour vider le kyste et soulager rapidement une hypertension intracrânienne menaçante.
Dérivé urinaire de la créatine phosphate qui sert de réserve énergétique aux muscles, son dosage dans le sang est le moyen le plus simple pour évaluer le fonctionnement des reins, ce qui est souvent nécessaire chez un cancéreux. La créatinine libérée par le muscle est filtrée par le rein et sa concentration augmente dans le sang si l'élimination rénale est perturbée (insuffisance rénale). Cette atteinte peut traduire une compression mécanique des voies urinaires ou des lésions des reins. Comme certains médicaments anticancéreux ont une élimination urinaire prépondérante, il faut s'assurer, avant de les administrer, que la fonction rénale est suffisante : le dosage de la créatinine sanguine, ou mieux la mesure de la clairance de la créatinine (c'est-à-dire de la vitesse d'épuration du sérum* sanguin), conduit éventuellement à diminuer la dose de produit administré.
Physicien et biologiste anglais qui accueille dans son laboratoire de Cambridge le jeune américain James Watson avec lequel il va proposer en 1953 le modèle de la double hélice pour la structure de l'ADN. Prix Nobel de médecine pour cette découverte en 1962, il contribuera de façon décisive à l'élucidation du code génétique.
Voir Amiante.
Ce chimiste et physicien anglais met au point en 1879 des ampoules où il réalise un vide très poussé pour étudier les courants cathodiques entre deux électrodes. Le " tube de Crookes " sera à l'origine, quinze ans plus tard, de la découverte par Rœntgen des rayons X et ainsi de la radiologie et de la radiothérapie des cancers.
Voir Végétaux.
Médecin et anatomiste français, titulaire de la chaire d'anatomie puis d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine de Paris, président pendant près de cinquante ans de la Société anatomique, Cruveilhier consacre une partie de ses travaux aux cancers. L'examen de tumeurs lui ayant montré que certaines laissent échapper un suc crémeux, il croit pouvoir en faire un signe de malignité (" jus cancéreux généralisé "). Ses recherches ultérieures l'amènent à infirmer le critère et il défend, avec raison cette fois, que l'adénome du sein n'est pas une tumeur maligne.
Appelée aussi cryothérapie, cette technique chirurgicale utilise le froid (en gr. kryos) de la neige carbonique ou de l'azote liquide pour détruire de petites lésions superficielles : lésions précancéreuses ou, de façon discutée, minimes cancers débutants. La cryochirurgie est aussi utilisée comme traitement palliatif pour réduire le volume de tumeurs gênantes du foie ou de la prostate.
Voir Champignons.
Ce métal rouge agit normalement dans l'organisme comme oligo-élément, c'est-à-dire en quantités infimes, pour faciliter des réactions biologiques. L'observation d'ouvriers travaillant dans des mines de cuivre a suggéré qu'il pouvait favoriser l'apparition du cancer de l'estomac.
Voir Facteurs de croissance.
Les causes des cancers ne sont pas toujours connues ni faciles à comprendre. Comme l'homme se résout mal à ne pas expliquer un fait ou un événement, il se réfère à des images ou à des représentations sociales qui, dans les pays de culture judéo-chrétienne, mettent souvent en jeu une culpabilité. Le cancer reste un fléau comme l'était au Moyen Âge la peste, considérée comme une juste punition, d'émanation divine, de l'humanité pécheresse.
Les raisons de se considérer coupable quand on a un cancer ou d'accuser de faute un proche atteint sont multiples. La maladie constitue une anomalie dans une société qui a érigé la santé comme norme et lui voue un véritable culte. Être malade, c'est dévier, être coupable de ne plus respecter la norme, être hérétique en profanant la santé. Les cancéreux ne sont pas relégués, comme les tuberculeux autrefois, dans des " montagnes magiques " isolées et éloignées, ils sont discrètement concentrés dans des hôpitaux spécialisés qui se sont largement ouverts au cours des dernières décennies, mais ils restent marqués par la société comme des parias qui portent le " mal ", en quelque sorte réprouvés.
Ils se trouvent ainsi stigmatisés et s'interrogent. Des explications exactes de l'origine d'une tumeur nourrissent leur culpabilité. Leur " maladie pulmonaire " se relie à un tabagisme, alors qu'ils savaient qu'il ne faut pas fumer. Gros fumeur présentant un cancer du larynx, Philippe Boegner intitule son livre, à la fois témoignage et reportage, Les Punis. Telle tumeur digestive se relie à une habitude alimentaire, mineure mais qui se retrouve fautive. Un cancer de la peau provient d'un bronzage intense qu'on entretenait avec fierté mais qui se révèle excessif. Un cancer du col utérin est suffisamment présenté comme maladie " vénérienne " pour que la femme puisse le rattacher à quelque " faute " passée. Ces interprétations sont souvent abusives ou même erronées, mais les faits comptent moins que leur interprétation : la mère d'un enfant cancéreux se considère ainsi punie d'avoir un jour trompé son mari.
Aussi absurdes que soient certaines " explications ", elles le sont moins qu'une maladie qui n'aurait pas de sens. L'accident est une notion difficile à accepter. Il vaut mieux être puni pour une erreur ou admettre que le cancer est la juste conséquence d'un mode de vie regrettable (comme Fritz Zorn dans Mars), qu'être victime d'une malchance confinant à la malédiction, autrement plus redoutable, parce qu'imprévisible et incontrôlable.
Outre le sentiment de culpabilité qui n'a guère d'utilité et peut être nuisible, l'interprétation donnée à la maladie peut conduire à des décisions ou à des comportements nocifs pour le malade et pour l'entourage. Il existe des démarches irrationnelles de marchandage ou de rachat : un malade renonce à une habitude pourtant chère (et innocente en réalité) pour guérir; une femme avec un cancer du col utérin arrête toute sexualité pour racheter son " égarement " ancien, sans penser à son partenaire ; un autre malade qui se considère puni par un cancer trouve le " châtiment " juste et renonce à consulter un médecin; un adulte qui se reproche d'avoir négligé un vieux parent, de ne pas l'avoir convaincu d'aller voir un médecin plus tôt par exemple, va désormais l'entourer d'une sollicitude aussi étouffante que vaine, etc.
Toutes ces sources de culpabilité et leurs conséquences fâcheuses doivent être connues des patients, de leurs proches, des soignants. Les cancers sont des maladies suffisamment graves pour qu'on évite d'aggraver encore leur poids par une charge inutile, injustifiée et nocive. Cela passe par une écoute attentive des malades et de leurs proches, par des explications compréhensives et patientes mais également par des informations générales sur la prévention qui responsabilise chacun comme il convient, en évitant, autant que possible, de le culpabiliser.
Unité élémentaire malade à l'origine des cancers, la cellule a bénéficié de nombreuses études permettant de l'observer dans des conditions naturelles ou artificielles. L'extraction de cellules cancéreuses de leur milieu d'origine, leur déplacement et leur croissance dans un autre site permettent des observations qui sont impossibles au sein de la tumeur primitive. Des greffes chez les animaux, dans la poche jugale du hamster, sous la capsule rénale de la souris ou dans le flanc de souris dites nude qui tolèrent des greffes étrangères, offrent des possibilités intéressantes. Les cultures de cellules dans des boîtes en matière plastique en offrent d'autres qui ont bénéficié de progrès sensibles par l'amélioration des conditions de culture.
La faculté qu'a une cellule de pousser in* vitro dépend de son origine : des cellules sanguines spontanément libres ou des cellules de tissu conjonctif comme les fibroblastes y poussent plus facilement que celles d'un épithélium qui dépendent d'un environnement complexe qu'on ne peut reproduire. Comme l'avait observé Alexis Carrel, les cellules tumorales ont une vitalité accrue qui facilite leur culture et les cellules les plus malignes poussent mieux que celles qui le sont moins. Des lignées de cellules peuvent être ainsi entretenues (" immortalisées ") pendant des années ou même des décennies, comme les cellules HeLa provenant du cancer d'une malade américaine, Henrietta Lacks – morte en 1951 – qui leur a donné leur nom (à partir des deux premières lettres de ses prénom et nom).
Ces cultures se font dans des tubes, dans des flacons ou dans des boîtes rondes et plates, dites de Pétri. Il faut renouveler périodiquement le milieu de culture qui apporte les aliments. Les cellules sont repiquées à partir d'une boîte, une fois remplie par leur multiplication, dans une nouvelle. D'autres conditions, comme la température et l'acidité du milieu (pH), doivent être contrôlées pour assurer des conditions favorables à la croissance.
Ces cultures ont permis d'observer les principales propriétés des cellules cancéreuses : elles adhèrent moins les unes aux autres que les cellules normales; elle perdent l'" inhibition de contact " qui arrête le développement d'une cellule normale quand elle entre en contact avec une autre. On peut également analyser plus facilement les substances indispensables, dont l'absence empêche la culture, celles qui favorisent ou inhibent la croissance cellulaire, ainsi que les substances produites (sécrétées) par les cellules cancéreuses et responsables par exemple de l'invasion tumorale. L'analyse de leurs chromosomes (caryotype) est aussi facilitée. C'est à partir de lignées cellulaires définies que sont étudiés les mécanismes d'action des médicaments anticancéreux, ainsi que les phénomènes de chimiorésistance et de radiorésistance.
Les cultures de cellules cancéreuses ont des applications cliniques. Des cellules provenant de malades sont soumises, dans des conditions variables, à l'action des rayonnements ionisants pour préciser leur radiosensibilité. De même on peut ajouter au milieu de culture des médicaments anticancéreux à des concentrations variables pour observer leur chimiosensibilité mais ces études n'ont eu que des résultats limités.
On peut aussi cultiver des cellules normales, en particulier des cellules immunitaires ou cytotoxiques, pour les multiplier ou les " doper " en vue d'un traitement immunitaire du cancer en immunothérapie.
Voir Évidement.
Se dit d'un traitement dont l'intention ou le résultat est de guérir une maladie dite curable. S'oppose ainsi à palliatif.
Famille de savants qui s'est illustrée dans la découverte de la radioactivité naturelle et artificielle et a contribué ainsi au traitement des cancers.
Pierre Curie (1859-1906) est fils de médecin mais devient physicien. Il épouse en 1895 Marie Sklodowska (1867-1934), arrivée en France en 1891 pour poursuivre ses études de sciences et mathématiques, et va avec elle découvrir le polonium et le radium en 1898, avant de recevoir avec Becquerel le prix Nobel de physique en 1903 pour la découverte de la radioactivité naturelle. Après la mort accidentelle de Pierre, Marie Curie poursuit leurs travaux : elle est la première femme nommée professeur à la Sorbonne et reçoit en 1911 le prix Nobel de chimie pour la détermination du poids atomique du radium. Elle est à l'origine de l'Institut du Radium achevé à la veille de la guerre dont elle dirige la section consacrée à la physique et à la chimie, tandis que la section de biologie est confiée à Claudius Regaud. Pendant la guerre elle forme des manipulatrices en radiologie et équipe des voitures radiologiques, les " petites Curie ". En 1920 est créée la Fondation Curie, qui deviendra plus tard l'Institut Curie, et en 1921 Marie Curie reçoit un gramme de radium financé par une souscription auprès des femmes américaines. Elle remettra un second gramme à l'Université de Varsovie en 1929. Elle meurt d'une anémie probablement provoquée par les rayonnements reçus tout au long de sa vie et dont on ignorait au début les effets néfastes, sans s'en protéger. Elle sera la première femme à entrer au Panthéon en raison de ses mérites personnels, en 1995.
Leur fille aînée Irène (1897-1956) suivra la trace de ses parents en devenant physicienne. Elle épouse Frédéric Joliot (1900-1958) et avec lui découvre en 1934 la radioactivité artificielle ce qui leur vaut le prix Nobel de chimie en 1935.
L'ensemble de ces découvertes fondamentales ont contribué de façon déterminante à la médecine nucléaire et à la radiothérapie qui jouent un si grand rôle dans le diagnostic et le traitement des cancers. La famille Curie a ainsi totalisé trois prix Nobel répartis entre cinq personnes. En 1964 a été inauguré à Paris le musée du laboratoire Curie : au 11 rue Pierre-et-Marie-Curie, il présente divers appareils ayant contribué aux premières recherches faites dans des conditions artisanales, ainsi que le bureau d'origine de Marie Curie. La qualité de ces travaux a fait donner le nom de Curie à de nombreux laboratoires, instituts, universités à Paris, en France et ailleurs, à Varsovie ou à Alger par exemple, ainsi qu'à une unité de radiation et à la curiethérapie.
Unité d'activité d'une substance radioactive, définie à l'origine comme celle d'1 gramme de radium. Un curie correspond à 3,7x1010 désintégrations par seconde. Il est remplacé par le becquerel : 1Ci=3,7x1010 Bq.
Centre anticancéreux, l'un des vingt centres de lutte contre le cancer en France et l'un des deux centres nationaux, l'Institut Curie a succédé à la Fondation Curie, première institution de ce type créée en France et dont l'origine explique leur statut original.
C'est en 1907, à la suite d'un legs (le legs Osiris) à l'Institut Pasteur, que ce dernier se propose de créer deux nouveaux laboratoires confiés l'un à Claudius Regaud, l'autre à Marie Curie, prix Nobel, professeur à la Faculté des sciences, qui travaille encore dans des conditions misérables. L'Université de Paris se mobilise immédiatement contre ce projet qui renforcerait trop à son gré l'Institut Pasteur, indépendant d'elle : sans pouvoir reprendre le projet à son compte, elle propose la création d'un laboratoire autonome, financé par l'Institut Pasteur et construit sur un terrain universitaire près du Panthéon. Ce sera l'Institut du Radium, créé en 1909, avec à sa tête M. Curie pour la partie scientifique et Cl. Regaud venu de Lyon pour diriger les laboratoires à application médicale. Sa construction est achevée en 1913 et il prend rapidement un grand rayonnement pour la recherche comme pour l'enseignement de la radiologie à ses débuts.
Regaud va concevoir le projet d'en faire un " centre anticancéreux ". Le projet ne prend forme qu'après la guerre, pendant laquelle l'Institut du Radium a fermé, et il est influencé par l'expérience de Regaud à la tête du camp de Bouleuse qui a assemblé médecins de multiples disciplines, soins aux blessés et enseignement. Dès 1919, il s'emploie à ouvrir quelques lits d'hospitalisation, un service de consultation, recrutant chercheurs, médecins et Infirmières pour mieux traiter des malades d'abord indigents et incurables. Il abandonne ses travaux d'histologie pour développer l'institution naissante en élargissant son implantation sur des terrains voisins, en recueillant des dons. La Fondation Curie est reconnue d'ultilité publique en mai 1921 et comme centre de lutte contre le cancer en 1926, avec à sa tête un médecin.
À côté de l'Assistance publique morcelée, la Fondation Curie va connaître un développement exemplaire sous l'impulsion de Regaud, servant de modèle à d'autres centres qui se créent en province et à l'Institut du cancer créé à l'Hôpital Paul-Brousse, à Villejuif, par Gustave Roussy. Elle va s'ouvrir à des malades aisés, jusqu'alors moins bien soignés dans des établissements moins bien équipés, leur offrant des moyens largement favorisés par la générosité publique, en liaison avec la Ligue contre le cancer qui vient de se créer. Profitant d'une multidisciplinarité complémentaire, elle favorise la recherche appliquée et donne naissance à une " médecine scientifique ", mettant au point la curiethérapie dès les années 1923-1925 et en faisant bénéficier de plus en plus des malades guérissables.
Son statut sera consacré, avec celui des autres centres, par l'Ordonnance du 1er octobre 1945 et elle deviendra l'Institut Curie en 1978 avec trois sections : médicale et hospitalière, de biologie, de physique et chimie. À la fin des années 1980, une nouvelle extension permet la reconstruction de l'hôpital qui prend le nom de Claudius Regaud.
À ce dernier, directeur jusqu'en 1937, ont succédé A. Lacassagne (1937-1941), J.-L. Roux-Berger (1941-1950), J. Courtial (1950-1966), G. Chavanne (1967-1973), R. Calle (1973-1985), J.-F. Lacronique (1985-1990) et J.-P. Camilleri (1990- ).
La section médicale et hospitalière se consacre au diagnostic et au traitement des malades avec les secteurs habituels de chirurgie, notamment ORL, de radiothérapie, de médecine, de pédiatrie et de laboratoires (anatomopathologie, biochimie, hématologie, etc.). Après les travaux de Baclesse, elle reste un centre de référence pour la radiothérapie. En liaison avec des unités de l'INSERM et du CNRS, les recherches se font surtout en immunologie, en biologie moléculaire, en radiobiologie. Ces travaux concernent spécialement les cancers du sein, digestifs, des voies aéro-digestives supérieures et de l'enfant. En liaison avec la faculté de médecine de Cochin-Port Royal ses médecins et chercheurs participent à de nombreux enseignements, en particulier en cancérologie et radiothérapie. L'Institut est un centre de référence, lié au Commissariat à l'Énergie Atomique, pour les victimes d'irradiations accidentelles.
Forme de curiethérapie où les sources radioactives sont implantées dans les tissus. Autrefois on utilisait des aiguilles de radium ou de césium. Actuellement les curiepunctures sont faites avec des fils d'iridium 192 selon la technique du chargement différé. Curiepuncture est synonyme d'endocuriethérapie.
Marie Curie découvre le radium en 1898. Extraite du minerai de pechblende, cette substance naturelle est hautement radioactive : on découvre très tôt qu'elle a des actions, sur les tissus de l'organisme et sur les cancers, semblables à celles des rayons X découverts trois ans plus tôt par Rœntgen en Allemagne. Entre 1900 et 1920, on réalise des aiguilles et des tubes de radium et Regaud à Paris codifie leur utilisation dans le traitement des cancers.
La curiethérapie est l'utilisation, dans le traitement des tumeurs, de sources radioactives, naturelles ou artificielles, placées à leur contact ou au sein des tissus. Le terme brachythérapie est un anglicisme qui est synonyme et n'a pas de raison d'être en français.
On en distingue plusieurs types. Dans la curiethérapie interstitielle ou endocuriethérapie, on implante les sources radioactives (généralement des fils d'iridium) à l'intérieur des tissus (peau, lèvre, sein, langue, anus, prostate, etc.). Dans la curiethérapie endocavitaire ou plésiocuriethérapie, on place les sources dans des cavités naturelles (vagin, utérus, nasopharynx ou cavum). Lorsque la cavité est un conduit de petit diamètre on parle de curiethérapie endoluminale (œsophage, bronche).
La curiethérapie métabolique consiste à injecter des substances radioactives en solution liquide par voie veineuse. On utilise l'iode 131 pour les cancers de la thyroïde et le phosphore 32 pour la polyglobulie primitive. Les sources radioactives non scellées sont administrées par les spécialistes de médecine nucléaire alors que la curiethérapie au sens courant du terme (interstitielle ou endocavitaire) est réalisée par des radiothérapeutes dans un service de curiethérapie. Une voie de recherche originale est l'immunocuriethérapie qui consiste à accrocher une substance radioactive (iode 131 par exemple) à un anticorps monoclonal : ce dernier se comporte comme un " missile à tête chercheuse " visant les cellules cancéreuses qui seront irradiées et détruites électivement par l'iode 131, ainsi concentré à leur contact.
Plusieurs substances radioactives (radionucléides) sont utilisées en curiethérapie. Le radium et le césium 137 sont actuellement abandonnés en raison des difficultés de radioprotection. Les fils d'iridium 192 sont les radionucléides les plus utilisés pour la curiethérapie interstitielle ou endocavitaire. On utilise pour certaines tumeurs de l'œil le ruthénium 106 ou l'iode 125. Le strontium 190, qui émet des électrons (comme le ruthénium), est également utilisé pour des lésions superficielles de la cornée ou de la peau.
La curiethérapie s'adresse à de nombreux cancers, pourvu qu'ils soient accessibles et de petit volume (moins de 4 à 5 cm de diamètre). La curiethérapie classique nécessite une hospitalisation de deux à six jours dans un service spécialisé.
La mise en place des sources se fait en deux temps selon le principe du chargement différé. On met dans un premier temps des tubes vecteurs creux inactifs dans les tissus puis, une fois que tout est parfaitement en place, on les charge avec les sources radioactives. Des radiographies de contrôle et des calculs informatisés permettent de connaître la distribution de la dose autour des sources radioactives et de calculer la durée d'application. Le patient reste pendant ce temps dans une chambre protégée. Il peut être relié à un appareil (projecteur) télécommandé qui permet de retirer les sources lors des visites faites dans la chambre, ce qui diminue la dose au personnel et aux visiteurs (toutefois on déconseille ces visites aux enfants en bas âge et aux femmes enceintes). À la fin du traitement, l'ablation du matériel radioactif se fait simplement et n'est généralement pas douloureuse.
La curiethérapie à haut débit de dose (HDD) utilise des sources 10 000 fois plus actives que les sources classiques à faible débit. Cela permet des curiethérapies ambulatoires, sans hospitalisation, pour des cancers des bronches ou de l'œsophage. Cette curiethérapie HDD nécessite des projecteurs de sources télécommandés, dans des salles spécialement protégées.
La curiethérapie, qui délivre une dose forte dans la tumeur et faible dans les tissus voisins, est une technique hautement efficace. Elle participe à la guérison de nombreux cancers. Elle est utilisée seule ou en association avec une irradiation externe pour réaliser un surdosage localisé. Les règles de radioprotection assurent son innocuité pour l'environnement.
Ce terme est utilisé en cancérologie dans de multiples sens.
1. Le cycle cellulaire correspond à la vie d'une cellule née de la division d'une cellule* mère jusqu'à sa propre division où, à son tour, elle donne deux cellules-filles (
voir ci-dessous).
2. Le cycle menstruel est l'ensemble des phénomènes qui se suivent, chez une femme en période d'activité génitale, chaque mois, entre chaque menstruation (règles). En rapport avec les sécrétions hormonales périodiques des ovaires (œstrogènes puis progestatifs), ces cycles entraînent des modifications des seins : dans la deuxième quinzaine où ils sont sensibles et tendus, la recherche d'une tumeur du sein se fait moins facilement. Les cycles menstruels peuvent être perturbés ou arrêtés pendant un traitement agissant sur les gonades. L'aménorrhée qui en résulte doit être distinguée d'un début de grossesse.
3. Le cycle de traitement s'applique à la chimiothérapie, répétée toutes les trois ou quatre semaines. Le cycle de chimiothérapie correspond à une injection ou à une série d'injections pendant quelques jours consécutifs, répétée pendant plusieurs mois.
4. Le cycle nycthéméral ou circadien correspond aux variations physiologiques durant une journée. Il influe non seulement sur l'état de veille ou de sommeil mais sur le métabolisme et la pharmacocinétique des médicaments. L'étude de ces variations est l'objet de la chronobiologie. La chronothérapie a pour objectif d'administrer des médicaments à l'heure la plus favorable pour accroître leur efficacité ou réduire leur toxicité.
Le cancer correspond à un excès de production de cellules. Sa compréhension implique donc une analyse du cycle de reproduction dont la connaissance a également des conséquences pour les traitements anticancéreux qui cherchent à le bloquer. Les cellules se divisent suivant un cycle qui comporte deux phases : la division cellulaire proprement dite (mitose) et la période de croissance qui sépare deux divisions (l'interphase). Dans le cas de cellules en culture dans des conditions optimales de température et de nutrition, la durée du cycle est constante pour un type cellulaire donné.
L'interphase est environ vingt fois plus longue que la mitose (M). Elle comprend trois périodes distinctes : une phase de croissance initiale (phase G1), puis la phase de réplication ou synthèse de l'ADN (phase S) pendant laquelle chaque chromosome est reproduit (dupliqué) ; enfin une nouvelle phase de croissance (phase G2) qui précède la division (Figure). Dans les cellules de mammifères, les durées respectives des phases S, G2 et M sont à peu près constantes (7h, 3h et 1h). La phase G1 est variable, de 2-3h à plusieurs jours.

[Cycle cellulaire]
La quantité habituelle d'ADN (Q) double pendant la phase de synthèse
(S) qui prépare, après une courte période (G2), la
division cellulaire (mitose) donnant deux nouvelles cellules contenant la
quantité Q d'ADN.
À la fin d'une division, la cellule entre en phase G1, avec une quantité Q d'ADN qui constitue les chromosomes. Au cours de la phase S les chromosomes sont dupliqués, la quantité d'ADN est doublée. Ainsi, à la fin de la phase S, pendant toute la phase G2 et au début de la division, la cellule contient une quantité 2Q d'ADN. Au cours de la division chaque chromatide sœur issue d'un chromosome migre dans une cellule-fille différente et la quantité d'ADN est à nouveau divisée par deux, chaque nouvelle cellule contenant à nouveau une quantité Q d'ADN.
Dans un organisme, homme ou animal, constitué d'un très grand nombre de cellules, certaines se reproduisent et d'autres pas. La plupart subissent un cycle qui dure entre 10 et 20 h. Certaines cellules comme les cellules embryonnaires d'oursin effectuent un cycle en 120 minutes. Le cycle d'une cellule commence dès la fin de la division qui lui donne naissance et se termine lorsque cette même cellule achève sa division. Celle-ci peut se conclure par la production d'une cellule viable qui va remplacer la cellule* mère et d'une autre cellule qui va mourir : c'est ce qu'on appelle les pertes cellulaires qui sont en général moins importantes dans un tissu cancéreux que dans le tissu normal correspondant.
Chez l'homme, les cellules souches des cellules sanguines (globules rouges, globules blancs, plaquettes), les cellules de la peau et de l'intestin, se divisent activement pour assurer un renouvellement permanent, alors que les cellules nerveuses ne se multiplient plus après la naissance.
Une cellule qui ne se divise pas (cellule quiescente) se maintient en phase dite G0 (on ne parle plus de phase G1 car la cellule ne prépare pas une division). Il arrive que des cellules quiescentes entrent en division et se multiplient à un rythme anormalement élevé. C'est le cas de cellules normales, lorsqu'elles forment une cicatrice, ou de cellules cancéreuses.
Le cycle cellulaire dans les tumeurs a été beaucoup étudié, mais aucune anomalie commune n'a été retrouvée. Pour un cancer donné, l'anomalie prépondérante peut guider le traitement. Les médicaments de la chimiothérapie anticancéreuse agissent en effet de façon préférentielle sur certaines étapes de ce cycle. Ainsi les antimétabolites bloquent la phase de synthèse tandis que les antimitotiques agissent au moment de la mitose proprement dite. D'autres produits agissent sur les cellules en G0 ou à n'importe quel moment du cycle. La connaissance de ces différents mécanismes oriente le mode d'administration optimal et aide à composer une association médicamenteuse agissant aux différentes phases du cycle et ainsi sur un plus grand nombre de cellules, quelle que soit la phase où elles sont au moment du traitement.
Cet agent alkylant*, de la classe des oxazaphosphorines, a été largement utilisé depuis 1960 pour son activité antitumorale et immunosuppressive. Il a été synthétisé à partir d'une idée originale : délivrer à l'organisme une molécule spontanément inactive et nécessitant une activation préalable. Cette dernière devait survenir préférentiellement dans les cellules* tumorales que l'on croyait à l'époque plus riches en phosphatases* que les cellules normales.
Agent alkylant bifonctionnel, de la famille des moutardes à l'azote, le cyclophosphamide forme des ponts entre certaines bases des chaînes d'ADN*, ce qui empêche la transcription et la synthèse de l'ADN. Il est actif sur les cellules qui sont dans le cycle* cellulaire.
Le cyclophosphamide est un promédicament qui est activé dans le foie* en moutarde phosphoramidée, responsable de l'action alkylante, avec libération d'acroléïne, toxique pour la vessie, qui s'élimine par l'urine. Il franchit la barrière* hémato-encéphalique pour atteindre le liquide* céphalo-rachidien où sa concentration est 10 fois plus faible que dans le sang. Il est éliminé, comme ses métabolites, par voie urinaire et sa toxicité vésicale est réduite par une diurèse abondante et l'administration de mesna*.
Le cyclophosphamide s'administre par voie orale, intramusculaire (sans dépasser la dose de 500 mg par injection) et intraveineuse. Comme médicament anticancéreux, il est prescrit à la dose* de 100 à 200mg/m2 par jour par voie orale en cycles de quelques jours mais plus souvent à la dose de 500 à 4000mg/m2 chez l'adulte, en une perfusion de courte durée, une fois toutes les 3 ou 4 semaines. En chimiothérapie intensive, avec support de facteur de croissance hématopoïétique ou de cellules souches sanguines, la dose est de 120mg par kg de poids en 2 jours. Le cyclophosphamide est également préconisé pour recueillir des cellules souches dans le sang périphérique.
Le cyclophosphamide est surtout toxique pour les cellules du sang*. La diminution des globules* dépend de la dose. L'amifostine a un effet protecteur sur la neutropénie provoquée par le cyclophosphamide. Il provoque parfois des complications au niveau de la peau (alopécie*), des voies digestives (nausées-vomissements*), de l'appareil urinaire (cystite*) et des gonades (stérilité*, aménorrhée). Un traitement prolongé favorise l'apparition d'une tumeur de la vessie ou d'une leucémie secondaires. Aux fortes doses, le cyclophosphamide est cardiotoxique. La toxicité* hématologique est augmentée par la prescription simultanée d'autres médicaments comme l'allopurinol, la cimétidine et les inhibiteurs de l'enzyme de conversion. De son côté, le cyclophosphamide majore la toxicité des anthracyclines pour le cœur*.
Le cyclophosphamide est actif dans le traitement des cancers lymphoïdes chroniques (leucémie* lymphoïde chronique, myélome* et lymphomes*). Il l'est modérément dans le traitement des sarcomes* de l'enfant* et de l'adulte et dans celui des adénocarcinomes* du sein* et de l'ovaire*. Il entre dans de nombreuses associations médicamenteuses, en particulier pour le traitement adjuvant des cancers du sein où il est associé au fluoro-uracile, au méthotrexate ou à une anthracycline*.
Le cyclophosphamide est aussi prescrit à faibles doses (100 à 200mg par jour), de manière continue pour certaines maladies auto-immunes* et, parfois, pour éviter les rejets de greffe*.
Accélérateur de particules constitué de deux électrodes creuses en forme de demi-cylindre entre lesquelles on établit un champ électrique alternatif. Les particules y décrivent des demi-cercles dont le rayon augmente à chaque passage entre les électrodes. Les protons (ou ions hélium) ainsi émis cèdent leur énergie aux tissus au cours de collisions avec les électrons, ce qui détériore ou tue les cellules, en particulier les cellules cancéreuses. À la fin de leur parcours ils subissent un ralentissement puis un arrêt brutal qui épargne les tissus situés au-delà. Les protons dont l'énergie est comprise entre 150 et 250 MeV, agissent surtout entre 15 et 30 cm de profondeur et sont bien adaptés au traitement de tumeurs profondes. Les protons d'énergie inférieure à 100 MeV sont surtout utilisés pour le traitement des mélanomes de la choroïde (membrane de la région postérieure de l'œil), en conservant l'œil atteint.
Variété de cancer glandulaire, aussi appelée carcinome adénoïde cystique, caractéristique des sinus de la face.
Voir Adénolymphome.
Inflammation de la vessie provoquée notamment par certains médicaments anticancéreux. Le cyclophosphamide et surtout l'ifosfamide libèrent dans l'organisme un produit toxique, l'acroléine, très irritant pour les voies urinaires. L'acroléine peut être neutralisée par l'administration simultanée de mesna, ce qui prévient la cystite ou en réduit l'intensité et permet de donner au malade des doses plus importantes du médicament. La cystite peut aussi traduire une infection urinaire. Elle entraîne des brûlures en urinant et oblige à uriner fréquemment. L'analyse des urines y trouve des germes quand il s'agit d'une cystite infectieuse.
Exploration par endoscopie permettant de voir à l'intérieur de la vessie à l'aide d'un tube (cystoscope) rigide ou d'un fibroscope souple. Cet examen permet aussi d'effectuer des prélèvements sur une zone suspecte de la paroi vésicale ou de petites opérations pour faciliter par exemple la coagulation d'une lésion qui saigne. Il permet de remonter des sondes dans les uretères en direction des reins (urétéro-endoscopie). Voir Figure in Appareil urinaire).
Technique de prélèvement de cellules, triées sélectivement dans le sang, qui contribuent au traitement des cancers. À côté du prélèvement, chez un donneur de sang, de sang total qui fait ensuite l'objet de fractionnement en plusieurs composants utilisés séparément, il est possible d'extraire à partir du sang – qui passe dans une machine (trieuse ou séparateur de cellules) avant d'être réinjecté au donneur – une catégorie choisie de cellules. Ce fut d'abord le cas pour des globules blancs et surtout des plaquettes, ce qui est toujours utilisé pour préparer des transfusions plaquettaires concentrées à partir d'un seul donneur. Depuis les années 1990, ce procédé sert à retirer électivement du sang des cellules souches provenant de la moelle osseuse, spontanément ou plutôt après administration de facteurs de croissance qui augmentent substantiellement leur nombre. Ces prélèvements de cellules souches dans le sang tendent à remplacer les prélèvements de moelle par des ponctions dans les os où elle est contenue, en vue de réaliser des greffes de moelle osseuse.
Antimétabolite, encore appelé cytosine-arabinoside ou Ara-C, qui agit comme antagoniste des bases azotées pyrimidiques (cytosine) de l'ADN et inhibe la synthèse des acides nucléiques. Il s'administre par voie veineuse ou sous-cutanée à la dose* de 100 à 200 mg/m² par jour pendant 5 à 20 jours. Son élimination rapide conduit à l'administrer en perfusion continue. Il peut aussi s'injecter dans le liquide céphalorachidien par ponction lombaire. Il est toxique pour les globules sanguins, en particulier les granulocytes. Il entraîne aussi des vomissements et de la diarrhée ainsi qu'une inflammation des muqueuses digestives (stomatite). La cytarabine ne s'utilise que pour traiter des leucémies aiguës et certains lymphomes.
Dérivés du gr. kutos, cavité, ce suffixe et ce préfixe ont commencé à être utilisés dans la seconde moitié du XIXe siècle pour désigner la cellule qui venait d'être reconnue comme brique élémentaire des êtres vivants. Les mots correspondants ont connu un essor suivant celui de la biologie cellulaire : cytologie, cytogénétique (étude génétique de la cellule, en particulier de ses chromosomes), cytoplasme (substance remplissant la cellule autour du noyau, limitée par la membrane), cytopronostic, etc. et différentes sortes de globules sanguins : leucocytes, granulocytes, lymphocytes, etc.
Du grec kutos, cellule, et kinéo, stimuler, ce mot récent désigne des substances produites par des globules blancs, qui agissent comme messager ou médiateur sur d'autres cellules. Elles se rapprochent des hormones qui, elles, sont produites par des glandes endocrines individualisées et diffusent dans l'ensemble du corps. Elles interviennent dans l'infection, l'inflammation, l'immunité, la croissance des cellules. Les principales cytokines sont les facteurs de croissance, les interleukines et la cachectine qui commencent à être utilisés dans le traitement (immunothérapie) de certains cancers.
C'est l'étude des cellules et de leurs propriétés, morphologiques, biochimiques, fonctionnelles. Elle a une importance fondamentale pour l'étude des cancers où la cellule est l'unité élémentaire malade après la transformation initiale. En pratique elle se consacre surtout à l'examen microscopique des cellules cancéreuses pour reconnaître leur aspect, leur origine et leurs anomalies. L'examen cytologique se distingue ainsi de l'étude histologique qui porte sur un tissu ou assemblage de cellules, l'un et l'autre entrant dans le cadre de l'anatomopathologie. La cytologie joue un rôle important pour les cancers du sang, les leucémies et, à un moindre degré, les lymphomes dont les cellules sont généralement séparées les unes des autres. Les cellules examinées sont recueillies par une prise de sang et étalées sur une lame de verre (frottis) avant d'être colorées pour être distinguées plus aisément. On peut aussi examiner les cellules de la moelle osseuse prélevées par une ponction, dans le sternum ou toutes cellules prélevées dans un autre organe, une tumeur ou un liquide (épanchement) par une ponction éventuellement guidée par une échographie ou sous scanner. En dehors des cancers des cellules sanguines, la cytologie ne permet pas un diagnostic aussi assuré que l'examen d'un fragment plus important de tissu, prélevé par biopsie.
Destruction de cellules suivie de la dispersion de leurs produits de nécrose. C'est un phénomène fréquent à la suite de traitements anticancéreux comme la radiothérapie ou la chimiothérapie dont l'objectif est précisément de tuer les cellules cancéreuses. Cette destruction entraîne parfois un vide anatomique, à l'origine d'un ulcère. Elle provoque la décharge dans l'organisme de produits contenus dans les cellules tumorales, libérés sous forme de déchets plus ou moins dégradés et toxiques, et augmentent par exemple les globules blancs éosinophiles dans le sang (éosinophilie). Cette libération se fait en partie sous forme d'acide urique qui va s'éliminer dans les urines et peut précipiter, s'il se trouve en grande quantité, sous forme de calculs dans les reins puis entraîner une insuffisance rénale. La mort des cellules cancéreuses peut aussi libérer des substances dont l'action biologique provoque des troubles de la coagulation ou des désordres métaboliques, notamment du calcium dans le sang. Ces réactions font prendre des précautions, avant de commencer un traitement qui peut provoquer une cytolyse massive et brutale.
Popularisé par l'infection présentée par Jean-Paul II après l'attentat de 1981, le cytomégalovirus (CMV) est responsable d'infections particulières chez les malades traités pour un cancer. C'est un virus dont l'acide nucléique est un acide désoxyribonucléique (ADN). Il appartient à la famille des herpesvirus comme le virus de l'herpès (HSV) ou le virus varicelle-zona (VZV). Son nom vient du fait que la cellule infectée augmente de taille (20 à 35 microns).
Après une primo-infection, inapparente ou traduite par une fièvre, le CMV entraîne une infection chronique silencieuse de globules blancs (lymphocytes, monocytes et granulocytes), de cellules souches de la moelle osseuse, de macrophages et de cellules des épithéliums glandulaires. Il se réactive et entraîne des troubles à l'occasion d'un déficit de l'immunité cellulaire (cancers, sida), ou de l'administration de thérapeu-tiques immunosuppressives (lors de greffes d'organes).
Strictement humain, le virus est transmis par des sujets porteurs, sains ou non, lors de contact direct ou de relations intimes (porte d'entrée pharyngée ou génitale), par du sang ou des organes transplantés. La transmission congénitale de la mère à l'enfant se fait par le placenta ou au moment de l'accouchement (0,5 à 2% des nouveau-nés éliminent du CMV dans les urines).
En cancérologie les infections à CMV (primo-infections ou réactivations virales) sont rencontrées au cours des cancers du sang (leucémies aiguës et chroniques, myélomes, maladie de Waldenström, lymphomes) et des greffes de moelle osseuse. Elles entraînent une fièvre importante et prolongée, ainsi que des manifestations viscérales, pulmonaires, digestives (colites ulcéreuses), rétiniennes ou encéphaliques. Chez les greffés de moelle, la pneumopathie à CMV survient dans 20% des cas et elle entraîne la mort huit fois sur dix en l'absence de traitement.
Chez l'immunodéprimé le diagnostic d'infection à CMV n'est pas toujours facile mais il doit être précoce en raison de l'évolution et des possibilités thérapeutiques actuelles. Des traitements antiviraux (DHPG ou ganciclovir, foscarnet) administrés par voie intraveineuse ont une bonne efficacité.
Technique d'analyse individuelle de cellules, la cytométrie en flux est un outil de connaissance des cellules cancéreuses d'abord développé en hématologie, plus récemment dans les tumeurs solides. Les cellules, mises en suspension, sont expulsées une à une d'un compte-gouttes microscopique, et certaines propriétés optiques liées à des colorations spécifiques sont révélées à l'aide d'un ou plusieurs lasers illuminant successivement chaque cellule. Il est ainsi possible, grâce à un colorant spécifique de l'ADN, de mesurer la quantité d'ADN par cellule, donc de répartir une population cellulaire dans les différentes phases du cycle cellulaire. Il est également possible de révéler la présence d'antigènes de surface grâce à des anticorps marqués par une substance fluorescente : on réalise ainsi le typage, ou caractérisation, des lymphocytes du sang. D'autres applications plus complexes sont en cours d'étude en cancérologie clinique : mesure du temps potentiel de doublement d'une tumeur (
voir Radiobiologie) ; évaluation de caractéristiques de chimiorésistance.
Pronostic établi à partir de caractères des cellules cancéreuses. Dans certains cas, ces cellules apparaissent peu malignes et laissent prévoir une issue favorable, tandis que des signes importants de malignité font craindre une issue rapidement défavorable. Il y a peu de cancers pour lesquels le cytopronostic ait une valeur déterminante.
Qualifie un agent toxique pour une ou des cellules. S'applique couramment à l'ensemble des médicaments anticancéreux qui ont pour objectif de léser et détruire les cellules cancéreuses (chimiothérapie). S'applique aussi à certaines cellules du système immunitaire (
voir ci-dessous).
Cytotoxiques (Cellules)
Ce sont des cellules produites par le système immunitaire (responsable de la protection des individus) qui ont en commun la faculté de détruire des cellules indésirables (microbes ou micro-organismes, cellules cancéreuses).
Les granulocytes neutrophiles tuent des bactéries (bactéricidie) tandis que les granulocytes éosinophiles tuent des parasites. Les macrophages ressemblent aux granulocytes mais sont de plus capables de détruire des bactéries intracellulaires comme le bacille de Koch (agent de la tuberculose) ou des cellules tumorales. Les macrophages deviennent cytotoxiques sous l'influence des lymphocytes T, par l'intermédiaire d'interleukines (MIF, MAF, interféron g).
D'autres cellules tueuses ont une activité antitumorale in vitro, comme les cellules NK (de l'anglais Natural Killers, " tueurs naturels "). Chaque individu normal possède des cellules NK diverses apparues " naturellement ", c'est-à-dire sans raison connue. Lorsque ces cellules sont cultivées in vitro en présence d'interleukine 2, elles acquièrent des capacités cytotoxiques supplémentaires et deviennent des cellules LAK (de Lymphokine Activated Killers) capables de détruire des cellules qui résistent aux NK.
Les lymphocytes T cytotoxiques complètent l'éventail des cellules tueuses du système immunitaire. Elles dépendent du thymus (lymphocytes T) et n'apparaissent, contrairement aux NK (naturelles), qu'après une immunisation. Par exemple au cours d'une infection virale sont produits des lymphocytes T cytotoxiques, spécifiques du virus, qui détruisent les cellules infectées et empêchent sa production intracellulaire. Les lymphocytes T cytotoxiques jouent ainsi un rôle important dans l'immunité antivirale, ils contribuent au rejet des greffes et ils pourraient participer à l'immunité anti-tumorale. Dans beaucoup de cas des lymphocytes T infiltrent les tumeurs : on les appelle TIL pour Tumor Infiltrating Lymphocytes. Après exérèse d'une tumeur, on peut en isoler ces lymphocytes T puis faire des culturesin vitro en utilisant l'interleukine 2 comme facteur de croissance. De cette façon on produit en abondance des TIL dont certains sont effectivement cytotoxiques. Ces derniers sont capables de tuer in vitro les cellules de la tumeur d'où ils proviennent et elles seules. Cette spécificité individuelle est une caractéristique des TIL alors que les cellules NK et LAK détruisent des cellules tumorales étrangères.
En somme le système immunitaire possède une grande variété de cellules cytotoxiques : les macrophages capables de phagocyter et digérer des cellules cibles, les cellules NK (transformables en LAK in vitro) qui lysent des cellules tumorales, les lymphocytes T cytotoxiques dont les TIL qui sont spécifiques des tumeurs autochtones (autologues). NK et TIL attaquent leurs cibles en venant à leur contact et en libérant une protéine, la perforine, qui transperce la membrane de la cible, ou en mettant en route un processus suicidaire appelé mort génétiquement programmée ou apoptose.
En thérapeutique antitumorale les cellules LAK ont des effets peu probants, mais les TIL donneraient de meilleurs résultats et font l'objet d'essais thérapeutiques, en particulier en cas de mélanomes malins.