Baclesse
Bactérie
Balzac
Bande dessinée
Barrière hémato-encéphalique
Bases azotées
Bas-Rhin
Bassin
Bastien-Lepage
Bateson
Bayle
BCG
Beauté
Beauvoir
Béclère
Becquerel (Bq)
Becquerel (Henri) s.htm#77 Beljanski (Mirko)
Bence-Jones
Bénévole
Bénigne
Benzène
Bérard
Bergonié (Institut)
Bergonié (Jean- Alban)
Bernard (Claude)
Bernard (Marc)
Bérillium
Bêta-2-microglobuline
Bêta-HCG
Bêtatron
Bétel
Bethesda
Bilan
Bilatéraux
Bilharziose
Bilirubine
Billroth
Biochimie
Biologie cellulaire
Biologie moléculaire
Biopsie
Biothérapie
Biphosphonates
Bishop
Bittner
Blastome
Bléomycine
Blokhin
Boegner
Bois
Bombay
Bombes
Bonaparte
Bordet
Borrel
Bouche
Bouleuse
Boumediene
Bourgogne
Bouygues
Bovins
Bowen
Brachythérapie
Branchiome
Braudeau
Brel
Bricker
Broca
Bronches
Bronchoscopie
Broussais
Brousse
Bruno mon fils
Brynner
Bulletin du Cancer
Burg (Constant)
Burgess
Burkitt (Denis)
Burkitt (Lymphone de)
Burney
Burn-out
Busulfan
Buzzati (Dino)
Baclesse (François, 1896-1967)
Né au Luxembourg, François Baclesse fait ses études de médecine à Paris avant de devenir un des pionniers de la radiothérapie. D'abord engagé en radiologie, il suit les cours de Claudius Regaud sur les rayonnements ionisants et s'intègre à l'équipe de l'Institut du Radium, puis de la Fondation Curie. Il montre que la radiothérapie peut, si elle est appliquée de façon adéquate et à doses suffisantes, guérir des cancers du larynx, de l' utérus ou du sein. Démontrant que les tumeurs du sein peuvent être stérilisées localement, sans intervention chirurgicale, il est un des premiers à défendre leur traitement " conservateur* ". Il apporte un argument décisif pour nuancer la notion de radiorésistance, selon une démarche clinique et pratique, soutenue par une grande rigueur. Son nom a été donné au centre anticancéreux de Caen.
Bactérie
Microbe ou micro-organisme composé d'une seule cellule et responsable d' infection dite bactérienne. Les bactéries n'ont aucune responsabilité directe à l'origine des cancers, mais elles provoquent des infections fréquentes et parfois graves chez les malades cancéreux. Certaines d'entre elles, le plus souvent des Streptomyces, sont à la base de médicaments, les antibiotiques, actifs contre les infections (anti- infectieux) ou les cancers.
À l'inverse des virus, aucune bactérie n'induit directement une tumeur maligne, sauf chez les végétaux. À la fin du XIXe siècle et au début du xxe, dans le feu de la découverte de nombreux microbes et après l'observation de plusieurs " maisons à cancers ", des chercheurs – tels Doyen – crurent découvrir au sein d'une tumeur cancéreuse une bactérie particulière rendue responsable du cancer, mais il s'agissait d'une contamination par une bactérie indépendante. Les bactéries pourraient jouer un rôle indirect, par l'intermédiaire d'une infection chronique, de l'irritation et de l'inflammation associées : l'environnement défavorable ainsi créé pour des cellules ou un tissu les exposerait à des erreurs lors des reproductions cellulaires et à des mutations. C'est ce qui est observé pour le cancer de l' estomac précédé par une infection chronique par la bactérie Helicobacter pylori. Le cancer du col utérin est aussi favorisé par un état infectieux chronique des organes génitaux ; cependant, l'identification récente des papillomavirus suggère plutôt le rôle d'un virus : l'infection bactérienne ne serait que le témoin d'une infection multiple, avec plusieurs germes parmi lesquels des virus. À la suite d'une épidémie de typhoïde à Aberdeen, on a plus récemment observé chez les personnes guéries mais qui continuaient à héberger, de façon prolongée (porteurs chroniques), le bacille typhique, un excès de cancers, en particulier de la vésicule biliaire et du pancréas.
Chez un malade traité pour une tumeur maligne, les infections bactériennes intéressent le tissu tumoral et son voisinage, par exemple quand un cancer du côlon est ulcéré au contact de matières fécales composées pour moitié de bactéries. Une généralisation de l'infection est possible, sous forme de septicémie, lorsque les défenses du malade sont altérées, en particulier si ses globules blancs sont très diminués par le cancer ou le traitement. Les germes responsables sont variables : tantôt il s'agit de microbes courants comme un staphylocoque, un streptocoque ou un colibacille ; tantôt des germes plus rares provoquent une infection plus grave parce qu'ils produisent des toxines importantes ; tantôt enfin il s'agit de germes peu virulents qui normalement n'entraînent pas d'infection mais profitent de l'affaiblissement de l'organisme pour se développer (on parle de germes et d'infections opportunistes).
Le traitement des infections bactériennes est généralement efficace. La plupart sont sensibles à des antibiotiques choisis selon la bactérie en cause. Il faut aussi désinfecter une plaie cancéreuse et si possible la faire disparaître ou aider le malade à récupérer des défenses immunitaires plus efficaces.
Bernard Hœrni.
Bande dessinée
Le cancer est rarement présent dans les bandes dessinées, alors même que les maladies, la médecine et les médecins y occupent une place non négligeable. Sans doute cette affection individuelle, grave et potentiellement mortelle se prête-t-elle mal à la représentation dans ce mode d'expression à peine centenaire. Alors qu'on y trouve souvent les maladies contagieuses du passé (peste, lèpre), du tiers-monde (choléra, paludisme), du présent (sida) ou du futur, les cancers n'y font que de brèves apparitions, en général sous couvert de recherche scientifique : c'est le cas dans Le secret de Jimmy Torrent de Raymond Reding (Lombard, 1959) où un savant proscrit mène des recherches sur la leucémie, " le cancer du sang ", ou dans L'invasion, la nouvelle de science fiction de Juan Giménez (in Mutante, A. Michel, 1985). Le cancer se rencontre aussi dans des bandes de dérision ou d'horreur, comme dans Idées noires de Franquin (Fluide glacial, 1981;
. Enfin le cancer est indirectement présent dans La Nuit *de Ph. Druillet qui donne des images fantastiques et terribles des conséquences de la maladie.
Moyen de communication devenu très populaire, la bande dessinée est utilisée pour des messages à l'intention du grand public, pour illustrer les signes révélateurs des tumeurs (
Figure in Indices), souligner les moyens de prévention ou présenter les moyens de réadaptation, par exemple après colostomie. De nombreuses bandes ont été conçues à l'intention des jeunes pour lutter contre des fléaux prédisposant aux cancers : tabac, alcool et autres drogues, sida... La lutte contre le tabagisme a obligé Morris, l'auteur de Lucky Luke, à priver son héros de son habituelle cigarette, en la remplaçant par un brin d'herbe, pour lui permettre de continuer à pénétrer le marché américain.
Jean-Noël Bruneton.
Barrière hémato-encéphalique
C'est une limite entre le sang et le cerveau, physiologique plus qu'anatomique, entravant le passage et la diffusion dans le système nerveux central, qui se trouve ainsi protégé, de toute substance circulant dans le sang et en particulier d'un médicament injecté par voie intraveineuse. En chimiothérapie anticancéreuse, cette " barrière " réduit la concentration de médicaments qui agiront moins bien sur des tumeurs situées dans le cerveau (tumeurs primitives comme les gliomes ou métastases cérébrales) que sur des tumeurs de même nature situées ailleurs. Certaines substances anticancéreuses (les nitroso-urées, la procarbazine, le téniposide) traversent mieux que d'autres cette barrière et se concentrent dans les tissus nerveux. Elles sont donc plus utilisées pour traiter des tumeurs situées dans l'encéphale ou envahissant le liquide céphalo-rachidien (méningite cancéreuse). On peut faire franchir cette barrière à un autre médicament en l'injectant à fortes doses : ainsi administré, le méthotrexate atteint dans le système nerveux des taux inférieurs à ceux obtenus dans le reste du corps mais néanmoins suffisants pour être efficaces. On peut enfin court-circuiter cette barrière en injectant le médicament directement dans le liquide céphalo-rachidien qui baigne le système nerveux, par une ponction lombaire.
Bernard Hœrni.
Bases azotées
Parmi les centaines de molécules à propriétés
basiques contenant de l'azote que l'on rencontre chez les êtres vivants,
cinq jouent un rôle déterminant dans la structure des acides
nucléiques (ADN et ARN),
support du message héréditaire, et se trouvent ainsi impliquées
dans ses altérations rencontrées au cours des cancers. Elles
sont aussi la cible de médicaments anticancéreux qui agissent
sur leur synthèse et bloquent la reproduction cellulaire. Trois bases
dérivant de la pyrimidine sont dites pyrimidiques : la cytosine, l'uracile
et la thymine (cette dernière, voisine de l'uracile, la remplace dans
l'ADN). Deux dérivant de la purine sont dites puriques : l'adénine
et la guanine. L'association d'une base avec un sucre forme un nucléoside,
le sucre étant le ribose dans l'ARN et le désoxyribose dans
l'ADN ; l'association d'un nucléoside avec un acide phosphorique forme
un nucléotide (Figure).

[Base azotée]
Les deux chaînes qui composent l'ADN sont unies par deux bases azotées
(une sur chaque chaîne) qui s'associent de façon préférentielle
suivant leur configuration moléculaire.
Les nucléotides s'associent entre eux par l'intermédiaire de cet acide phosphorique pour former les longues chaînes (ou brins) linéaires de l'ADN ou de l'ARN. En raison de structures complémentaires, la cytosine (C) d'une chaîne se lie avec la guanine (G) de l'autre chaîne, et l'adénine (A) avec l'uracile (U) ou la thymine (T) : les deux chaînes polynucléotidiques de l'ADN sont ainsi complémentaires et sont maintenues ensemble grâce à ces liaisons, A-T et C-G.
Certains médicaments anticancéreux ont une structure voisine de ces bases (analogues), prennent la place de la base normale, bloquent ainsi la synthèse de l'acide nucléique et interdisent la reproduction de la cellule ou entraînent sa mort. C'est le cas de la cytarabine proche de la cytosine, du fluorouracil proche de l'uracile ou de la mercaptopurine proche de l'adénine.
Jacques Robert.
Bas-Rhin
Département où a été mis en place en 1975 le premier registre français des cancers. Son expérience a servi à d'autres registres départementaux (dans le Doubs, le Calvados, l' Isère, le Tarn) ou régionaux (en Bourgogne et Limousin). Les observations épidémiologiques qu'il a permises sont utilement comparées à celles d'autres registres, en France ou ailleurs, en tenant compte de particularités alsaciennes, notamment pour l' alimentation. (voir aussi Strasbourg)
Simon Schraub.
Bassin
Suivant son origine ce mot désigne l'espace situé à la partie inférieure du tronc, au-dessous de l' abdomen et au-dessus des cuisses, ainsi que l'ensemble des os qui le limite en périphérie (
Figure in Os). Toutes ces régions peuvent être le siège de cancers. Il s'agit rarement de cancers des os (ostéosarcome parfois développé sur une maladie de Paget), plus souvent de la tumeur d'un viscère. Le bassin est séparé en deux parties : le grand bassin en haut est un prolongement naturel de l'abdomen et contient des anses intestinales ; le petit bassin en bas contient la vessie en avant, la partie basse du gros intestin (côlon) ou rectum en arrière et des organes génitaux entre les deux, de même que les vaisseaux qui irriguent ces organes ou traversent la région pour irriguer les membres inférieurs et les nerfs correspondants (
Figure in Génital). Ces organes sont le siège de cancers assez fréquents : de la vessie, du rectum, de l' utérus ou du vagin chez la femme, de la prostate chez l'homme. Cette région et ses tumeurs s'explorent par l'examen clinique (touchers vaginal et rectal), par imagerie (échographie, radiographie avec opacification d'un organe, scanographie ou IRM) et par endoscopie de la vessie (cystoscopie), du vagin (colposcopie) ou du rectum (rectoscopie).
Bernard Hœrni
Bastien-Lepage (Jules, 1848-1884)
Peintre paysagiste et rustique mort à 36 ans d'un cancer du testicule dans des conditions qui devaient être à l'origine d'un procès historique sur le secret médical. À sa mort à Paris, au retour d'un séjour de " convalescence " en Algérie, des journalistes suggèrent qu'il présentait une maladie vénérienne et accusent ses médecins de ne pas l'avoir soigné convenablement. Ainsi mis en cause, le docteur Watelet rétablit les faits en révélant le diagnostic de cancer et en précisant que le voyage à Alger a été approuvé par les divers médecins. Le ministère public prend alors l'initiative de le poursuivre pour violation de l'article 378 du Code pénal. Il sera condamné pour avoir révélé une information relevant du secret professionnel considéré comme un devoir général et absolu de son état de médecin, indépendamment de toute intention de nuire (arrêt de la Cour de cassation du 18 décembre 1885).
Bernard Hœrni.
Bateson (Gregory, 1904-1980)
Anthropologue américain d'origine anglaise, troisième mari de Margaret Mead, dont les travaux ont été influencés par la psychanalyse. Fumeur de pipe puis de cigarettes, il développe une insuffisance respiratoire puis, au printemps 1978, un cancer des bronches qu'une intervention chirurgicale ne permet pas d'extirper. Averti d'un pronostic très défavorable, il consacre tous ses efforts à terminer le livre qu'il est en train de rédiger, La Nature et la Pensée, avec l'aide de sa fille. Il refuse un traitement anticancéreux, bénéficie d'une stabilisation de sa maladie pendant quelques mois et peut amorcer avant sa mort un nouveau volume, que sa fille terminera. Elle consacrera plus tard un livre au souvenir de ses parents, en évoquant l'évolution du cancer qui les tua l'un et l'autre.
Bernard Hœrni.
Bayle (Gaspard Laurent, 1774-1816)
Clinicien et anatomopathologiste français s'étant intéressé à la tuberculose et, par là, au cancer, alors considérés voisins l'un de l'autre. Il distingue au sein des squirrhes des tumeurs bénignes et malignes, considère que le cancer est une maladie générale qui n'est ni contagieuse ni héréditaire. Par de multiples autopsies il montre le phénomène de diffusion à l'origine des métastases. Son Traité des maladies cancéreuses sera publié en 1833 par son neveu.
Bernard Hœrni.
BCG (Bacille de Calmette et Guérin)
Souche de bacille tuberculeux bovin atténué par cultures successives, utilisée pour la vaccination contre la tuberculose. Dans les années 1960-70, des observations suggérant que les sujets vaccinés par le BCG présentaient moins de tumeurs que des non-vaccinés n'ont pas été confirmées.
Le BCG entraîne aussi une stimulation immunitaire non spécifique et, à ce titre, il a été utilisé dans le traitement complémentaire des cancers comme immunothérapie, pour augmenter les défenses du malade contre sa tumeur. Les preuves d'une efficacité marginale mais significative, après chimiothérapie ou radiothérapie initiales, ont été apportées dans le traitement des leucémies aiguës (lymphoïdes et myéloïdes) et des lymphomes malins. Dans ces indications il s'administre sur de larges scarifications cutanées, répétées pendant plusieurs mois, qui assurent une pénétration modérée des bacilles, à travers la peau ainsi incisée superficiellement, dans l'ensemble de l'organisme et une stimulation des ganglions lymphatiques voisins qui peuvent être momentanément inflammatoires et sensibles. Le BCG est surtout utilisé en instillations intravésicales pour traiter des lésions précancéreuses ou des carcinomes débutants et superficiels de la paroi (muqueuse) de la vessie. Dans cette indication il est aussi bien toléré et plus efficace qu'une chimiothérapie locale.
Bernard Hœrni.
Béclère (Antoine, 1856-1939)
Fils d'un médecin, Antoine Béclère commence ses études de médecine, devient interne des hôpitaux de Paris et s'attache aux maladies contagieuses. Nommé médecin des hôpitaux en 1893, il se consacre d'abord à l'étude des infections et de l'immunité. Devenu en 1897 chef de service à l'hôpital Tenon, il s'intéresse aux rayons X qui viennent d'apparaître et publie en 1899 un livre sur Les Rayons de Rœntgen et le diagnostic de la tuberculose. Faute d'installations satisfaisantes, il quitte Tenon pour s'installer en 1898 à l'hôpital Saint-Antoine où il crée le premier centre français de radiologie, qu'il dirigera jusqu'à sa retraite. Il allie l'exercice clinique et la recherche en laboratoire, notamment pour mesurer les nouvelles radiations, leur intensité et leur pénétration dans le corps. Il reste dévoué aux malades, guérit les premiers cancers mais insiste sur la nécessité d'une formation en médecine générale pour tous les médecins. Élu à l'Académie de Médecine en 1908, il joue un rôle déterminant dans la naissance de la radiologie et de la radiothérapie. Il dirige le service de radiologie des armées pendant la Grande Guerre. Ayant pris sa retraite en 1922, il reste actif, organise et préside le troisième congrès international de radiologie qui se tient à Paris en 1931. Son nom sera donné au centre des relations internationales en radiologie médicale à Paris, à une petite place par laquelle il entraît chaque jour dans l'hôpital Saint-Antoine et à l'hôpital de Clamart ouvert en 1971.
Jean-Paul Le Bourgeois.
Becquerel (Bq)
Unité de radioactivité, correspondant à la désintégration d'un noyau atomique par seconde. Conforme au Système International défini en 1975 et obligatoire en France depuis janvier 1986, le becquerel remplace le curie (1 Bq = 27x10-9 Ci).
Becquerel (Henri, 1852-1908)
Issu d'une famille de physiciens, Henri Becquerel attache son nom à la découverte de la radioactivité. Entré à Polytechnique, devenu ingénieur des Ponts-et-Chaussées, il se consacre à la recherche dans la lignée des études amorcées par son père sur la fluorescence, la phosphorescence et le magnétisme. En travaillant sur des sels d'uranium, il découvre en 1896 des rayons invisibles dotés de propriétés remarquables auxquels il donne le nom de " rayons uraniques ". Il poursuit ses travaux avec Pierre et Marie Curie, cette dernière consacrant sa thèse de science à cette nouvelle " radioactivité " et découvrant avec son mari le polonium et le radium. Ces trois savants auront en 1903 le prix Nobel de physique, attribué pour moitié à H. Becquerel, pour moitié aux époux Curie. Becquerel poursuivra ses travaux jusqu'à sa mort, manipulant sans précaution les substances radioactives découvertes. Son nom sera donné à une unité de radioactivité ainsi qu'au centre anticancéreux de Rouen.
Mathieu Monconduit.
Beljanski (Mirko, 1924-1998)
Biochimiste, ancien chercheur de l'Institut Pasteur et du CNRS, il propose dans les années 1980 des produits dont il refuse de dévoiler la formule et qu'il présente comme actifs à la fois contre les cancers et le VIH responsable du sida. Il est condamné en 1991 pour exercice illégal de la médecine. Ses produits sont interdits en 1993 puis saisis dans son laboratoire de l'Isère alors qu'il est mis en examen en 1996 pour exercice illégal de la pharmacie et fabrication illicite de médicaments qui restaient disponibles dans certains pays en dehors de la France. Il est mort des suites d'une leucémie aiguë.
Bence-Jones (Protéine de)
Protéine anormale, détectée pour la première fois à Londres en 1845, par le chimiste et chirurgien Henry Bence Jones(1814-1873) dans les urines d'un malade atteint d'un myélome multiple. Elle est " thermosoluble ", précipitant lorsqu'on chauffe l'urine à 60°C, puis se redissolvant si on continue à la chauffer jusqu'à 90°C. Il s'agit de fragments d' immunoglobulines, de chaînes courtes dont le faible poids moléculaire permet leur filtration par le rein et leur passage du sang vers les urines. On ne les recherche plus guère par chauffage mais par électrophorèse des urines, chez un malade ayant un myélome qui, si elles sont présentes, évolue plutôt défavorablement.
Jacques Robert.
Bénévole
Personne contribuant de façon gracieuse mais régulière au soutien et à l'aide matériels ou psychologiques aux malades (on parle aussi de " volontaire "). Le bénévolat est moins développé en France que dans les pays anglo-saxons mais il prend une importance croissante. Apportant un support différent et complémentaire de celui des soignants, il gagne à être concerté et organisé pour coordonner les actions des différents intervenants sans empiéter sur les rôles professionnels. Dans les hôpitaux, les bénévoles visitent les patients, les distraient, leur apportent des paroles de réconfort, notamment quand ils n'ont pas de famille ou d'amis proches, ou leur distribuent des livres, des cassettes de musique. Ils participent également aux actions d'entraide sur appel téléphonique (Ecoute cancer). Ils interviennent plus spécifiquement dans le cadre d' associations de malades, de stomisés, de femmes amputées du sein (Vivre comme avant) ou de laryngectomisés. Le bénévolat nécessite une formation rigoureuse pour être efficace et réduire les risques d'interventions fâcheuses ou inopportunes. Il respecte des règles strictes d'altruisme, de bienveillance et de discrétion, en préservant l'intimité des personnes. Les frais matériels occasionnés par une action bénévole font l'objet d'indemnités prises en charge par des organisations comme la Ligue contre le cancer, le Lion's Club ou d'autres associations privées.
Jean Martin.
Bénigne (Tumeur)
Une tumeur bénigne n'est pas un cancer, mais elle peut prêter à confusion avec lui. Elle peut aussi s'aggraver et se transformer en cancer (dégénérescence maligne). Elle s'en distingue par l'absence de croissance, d' invasion et de métastase. Une tumeur bénigne ne s'accroît pas ou n'augmente que très lentement, sur des dizaines d'années : une des plus fréquentes est le lipome, tumeur graisseuse molle qui peut varier modérément, suivant les fluctuations du poids de l'individu. Une tumeur bénigne n'envahit pas les tissus voisins, elle les repousse seulement discrètement, sans les endommager. Elle ne s'étend enfin jamais à distance et ne donne pas de métastases.
Les risques de voir une tumeur bénigne devenir maligne dépendent de son type et de son siège. Le lipome est une " boule de graisse " qui ne se transforme presque jamais en cancer ou liposarcome. L' adénome est une tumeur glandulaire bénigne qui se transforme exceptionnellement en adéno-carcinome quand il siège dans le sein ; au contraire l'adénome du côlon, souvent multiple ou polyadénome ou encore polype, est à l'origine de la plupart des cancers du côlon. Quand elle se produit, la transformation d'une tumeur bénigne en maligne demande en général plusieurs années. Cela laisse le temps d'opérer pour enlever une tumeur bénigne susceptible de dégénérer. Certaines précautions s'imposent alors, notamment une analyse microscopique afin de vérifier que la dégénérescence ne s'est pas encore produite.
Bernard Hœrni.
Benzène
Hydrocarbure utilisé dans l'industrie des plastiques, des peintures, des adhésifs ou comme additif dans les carburants, le benzène est une des substances chimiques cancérogènes les plus répandues. Un des polluants de l'air, il est surtout présent dans la fumée de tabac. Il favorise l'apparition de leucémies et justifie de strictes mesures de protection, en milieu professionnel comme pour les produits à usage domestique.
Jacques Robert.
Bérard (Léon, 1870-1956)
Chirurgien des Hôpitaux de Lyon puis titulaire de la chaire de clinique chirurgicale de la Faculté de médecine, Léon Bérard inaugure en novembre 1923 un centre anticancéreux de 60 lits au sein de l'Hôtel-Dieu. Ses travaux portent principalement sur les cancers de la thyroïde et sur la chirurgie thoracique. L'affluence des malades cancéreux oblige à créer un nouveau centre, équipé d'une installation moderne de radiothérapie, mais cet aménagement ne suffira pas et, avec son successeur, le Professeur Santy, Bérard élabore le projet d'un nouveau centre autonome de 300 lits inauguré en 1958 et qui prend son nom.
Thierry Philip.
Bergonié (Institut)
Centre de lutte contre le cancer de Bordeaux et du Sud-Ouest, il est créé le 3 février 1923 et inauguré par le Professeur Jean-Alban Bergonié dans le cadre de l'hôpital Saint-André. Ouvert en 1935 sous le nom de Fondation Bergonié sur son site actuel près du centre ville, il est successivement dirigé par les Professeurs G. Réchou (1935-1947), A.P. Lachapèle (1947-1966), C. Lagarde (1966-1986), D. Marée (1986-1997 ) et B.Hœrni (1997-). Il est profondément rénové et agrandi sur place à partir de 1960 pour mieux répondre à ses missions de soins, de recherche et d' enseignement. Il est complété en 1972 par une unité de recherche de l' INSERM consacrée à la radiobiologie puis aux rétrovirus et en 1991 par une unité d'immunologie du CNRS. Un hôpital de semaine a été ouvert en 1980 dans son voisinage, avec une trentaine de chambres pour héberger pendant leur traitement des malades valides résidant loin. Devenu Institut Bergonié en 1995, il réunit près de 200 lits et une cinquantaine de médecins répartis dans les services de chirurgie, radiothérapie et médecine, un plateau technique d' imagerie et des laboratoires pour les explorations et traitements des malades consultants ou hospitalisés. Des programmes de recherche pluridisciplinaires sont consacrés aux cancers du sein et du tube digestif, aux sarcomes et aux lymphomes, ainsi qu'à la pharmacologie des médicaments anticancéreux et à la chimiorésistance. Ses médecins participent à l' enseignement de la cancérologie, pour les médecins et les professions paramédicales, sur place et au sein de l'Université Victor -Segalen-Bordeaux II, avec le support de nombreux ouvrages publiés, ainsi qu'en liaison avec les Universités de Limoges et Toulouse. L'Institut Bergonié est particulièrement concerné par les applications informatiques, l'incidence économique et les problèmes éthiques en médecine.
Bernard Hœrni.
Bergonié (Jean-Alban, 1857-1925)
Il fait partie des " pères fondateurs " de ces formations hospitalières pluridisciplinaires que sont les centres anticancéreux, destinées à faire face à tous les problèmes diagnostiques et thérapeutiques que posent les nombreuses variétés de tumeur. Docteur en médecine et professeur agrégé de Physique médicale la même année à vingt-six ans, son enseignement, toujours soigneusement préparé, suit les progrès importants à cette époque.
C'est dans le domaine de la recherche qu'il se distingue d'abord. Ses travaux sont contemporains de ceux de Rœntgen. Quelques semaines après lui, Bergonié publie ses observations sur les rayons X, avec une vue prospective de leurs applications et il ne cesse d'accumuler les expériences de laboratoire. En 1906, il établit la " loi de Bergonié et Tribondeau " sur " la corrélation entre la fragilité des cellules aux rayons X et leur activité reproductrice " : plus des cellules se multiplient, plus elles sont radiosensibles. Faites sur l'appareil génital des animaux de laboratoire, ses observations s'appliquent aussi aux tumeurs, surtout à celles composées de cellules polymorphes sans autre fonction définie que la reproduction.
Clinicien ayant un grand sens d'observation, il pose les bases de l'irradiation des tumeurs malignes, ou radiothérapie. Il est aussi un précurseur dans la chirurgie de guerre, s'interrogeant dès 1898 sur l'intérêt des rayons X pour détecter des projectiles et en faciliter l'extraction. En 1914, à 57 ans, il demande à servir dans les hôpitaux chirurgicaux de l'avant. Grâce à un " électro-vibreur " de son invention, de nombreux blessés seront sauvés, comme en témoignent plus de trois cents comptes rendus opératoires.
Dès 1905 il se préoccupe de la protection contre les rayons X, mais il n'en tient pas compte pour lui-même et doit être amputé en 1912 d'un doigt de la main droite sur lequel s'est développé un cancer radio-induit. En 1922, tout le membre supérieur est sacrifié, trop tard pour empêcher le développement de métastases pulmonaires qui l'emporteront.
Cet homme à la forte personnalité est éclectique. Il apporte beaucoup à la physiologie, s'occupe de l'ergothérapie (rééducation par le travail) des blessés de guerre et du traitement de l'obésité. Il est également promoteur de l'esperanto, coureur cycliste et remarquable chasseur. Voyageur infatigable, il est un des organisateurs du 1er Congrès égyptien de médecine en 1903.
Sa grande œuvre demeure d'avoir été un des initiateurs des centres anticancéreux, aidés par son ami Paul Strauss. Ce dernier, Ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance Sociale, permet l'essor de cette " discipline ", qu'est alors la " carcinologie ". A la pose de la première pierre de la Fondation qui allait porter son nom, Jean Bergonié est élevé sur son brancard à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'Honneur, avant de mourir quinze jours plus tard.
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Bernard (Claude, 1813-1878)
Médecin et savant français ayant particulièrement étudié la stabilité et l'équilibre du "milieu intérieur" du corps. Cela sera formulé plus tard sous le terme d'homéostasie et se trouve rompu lors de l'apparition d'un cancer où il y a une prolifération excessive d'une population cellulaire. Il reconnaît à la fois l'autonomie de chaque composante de l'organisme et son contrôle, sa dépendance des autres constituants, ce qui empêche en principe le développement d'un cancer "parce qu'il ne trouve pas un milieu convenable".
Bernard Hœrni.
Béryllium
Aussi appelé glucinium, ce métal rare entre dans la fabrication des tubes électriques fluorescents et de certains composants en micro-électronique. Les ouvriers qui y sont exposés développent une intoxication pulmonaire aiguë ou, à plus long terme, une fibrose pulmonaire (tableau des maladies professionnelles n°33 ; pneumoconiose). Ils présentent aussi, plus souvent que des personnes non exposées, des cancers bronchiques, principalement à petites cellules. Ces maladies professionnelles justifient des mesures de protection et des compensations pour les conséquences des expositions anciennes.
Bernard Hœrni.
Bêta-2-microglobuline (Abrév. b -2-m)
Identifiée en 1964, la b-2-m a une structure proche de celle d'un anticorps (ou immunoglobuline). Elle est associée au complexe majeur d'histocompatibilité (système HLA qui permet la reconnaissance entre individus et a une influence déterminante pour les greffes ou les transplantations) et joue un rôle important dans les relations entre cellules. Elle se comporte comme un marqueur pour les cancers lymphoïdes, le myélome multiple et les lymphomes en particulier : son taux dans le sang reflète le volume tumoral. À ce titre le chiffre initial, au moment du bilan préthérapeutique, donne une bonne indication pour le pronostic, d'autant plus mauvais que le volume tumoral est important et la b-2-m élevée. Pour ces cancers lymphoïdes, le dosage de la b-2-m aide, avec les autres paramètres cliniques et paracliniques, à suivre l'évolution : sa diminution témoigne d'une rémission, sa réaugmentation éventuelle d'une rechute.
Bernard Hœrni.
Bêta-HCG
L'hormone chorionique gonadotrope ou HCG est sécrétée par le produit de conception au tout début de son développement, dès le sixième jour après la fécondation, et son dosage permet le diagnostic précoce d'une grossesse. Elle est constituée de deux parties, a et b, la seconde étant produite aussi par des tumeurs malignes dont elle constitue un marqueur. Ces cancers sont des tumeurs embryonnaires développées à partir du testicule, du placenta et plus rarement de l'ovaire, qui comportent, au moins en partie, du tissu chorial (constituant normal du placenta) et font parler de choriocarcinome. La b -HCG est spécifique de ce tissu et donc du choriocarcinome en dehors d'une grossesse. Son dosage contribue au diagnostic : après l'interruption d'une grossesse, son taux, s'il continue à augmenter, témoigne de la persistance de tissu anormal. Il est encore plus important pour la surveillance des malades : le taux d'hormone s'abaisse sous l'influence d'un traitement ; il se normalise à un chiffre très bas et y reste en cas de guérison; sa réascension témoigne d'une rechute. Certaines tumeurs complexes du testicule peuvent toutefois récidiver, sans présenter de composante choriocarcinomateuse et donc sans ré-ascension de la b -HCG.
Jacques Robert.
Bêtatron
Accélérateur de particules dont les électrons sont accélérés de façon circulaire, par contraste avec l'accélérateur linéaire. Il fournit des électrons et des rayons X pour le traitement des cancers. Sa fabrication a été abandonnée en raison de son faible débit de dose et de la taille limitée des champs d'irradiation disponibles. Il est remplacé par l'accélérateur linéaire.
Jean-Paul Le Bourgeois.
Bétel
Mélange de feuilles du poivrier qui porte le même nom, de tabac, de chaux vive et de noix d'arec qui est mastiqué, dans certains pays intertropicaux comme l'Inde, pour ses propriétés tonifiantes ou par habitude culturelle. Il entraîne une irritation et une inflammation de la bouche et favorise, par contact direct, l'apparition de cancers sur sa muqueuse. Ce sont des carcinomes particulièrement observés en Inde (Bombay) et dans le Sud-est asiatique. En Papouasie-Nouvelle Guinée, une autre forme de bétel, qui ne contient pas de tabac, est également mastiquée et responsable de cancers de la face interne des joues.
Bernard Hœrni.
Bilan
Chaque cancer est traité suivant la science médicale établie
par les médecins et chercheurs. Ces connaissances générales
doivent être appliquées à chaque cas – à
chaque tumeur et à chaque malade – en fonction de caractères
particuliers. C'est le rôle du bilan initial, préthérapeutique,
de définir ces caractères pour préciser le traitement.
Le bilan évalue la situation d'un malade et du cancer qui l'affecte
au début de l'évolution, au moment du diagnostic
et aux moments critiques d'une rechute ou de la période
terminale. Les explorations qu'il comporte doivent préciser les caractères
du cancer et son pronostic pour y adapter le traitement,
ainsi que ceux du patient pour déterminer si ce traitement peut être
appliqué.
Le contact avec le malade est primordial. Au cours d'un entretien avec le médecin, il doit exprimer ce qu'il attend, ce qu'il souhaite, ce qu'il est prêt à accepter ou à refuser. C'est le premier temps du consentement éclairé. Ce contact tient compte de la famille et des proches du patient, dans la mesure où ce dernier le souhaite. Il évoluera suivant les renseignements obtenus au fur et à mesure où se déroule le bilan, en quelques jours. Il faut aussi faire un bilan de santé, à côté du cancer, pour déterminer si le cancéreux ne souffre pas d'une autre maladie, nécessitant un traitement propre ou retentissant sur le traitement du cancer : il vérifie l'état du cœur avant une anesthésie générale ou un médicament toxique pour le cœur, il s'assure qu'il n'y a pas d' insuffisance rénale avant d'utiliser des médicaments qui s'éliminent par le rein et dont l'action est modifiée si cette élimination est diminuée ; il explore l'état de la moelle osseuse et des globules sanguins qu'elle produit avant un traitement qui diminue la production de ces globules, etc. Ce bilan comporte aussi des précautions pour préparer le malade au traitement : préparation psychologique, inspection des dents, recueil de sperme chez un homme ou contraception chez une femme jeune, sevrage tabagique, etc.
Le bilan doit aussi mieux identifier le cancer. Le diagnostic anatomopathologique par analyse microscopique du prélèvement d'une biopsie est fondamental. On ne traite pas de la même façon un carcinome et un sarcome, un carcinome qui présente une bonne différenciation et un autre indifférencié. L'examen de ce fragment de tumeur permet aussi d'y rechercher des récepteurs hormonaux, avant un traitement par hormones, des marqueurs utiles pour la surveillance, des modifications des chromosomes ou des oncogènes qui ont une grande importance dans certaines tumeurs comme la leucémie myéloïde chronique ou le sympathoblastome et en prennent de plus en plus pour d'autres tumeurs.
On explore l'étendue du cancer qui conditionne l'étendue du traitement : acte chirurgical ou radiothérapie plus ou moins large, chimiothérapie générale. Cette extension est représentée par la classification TNM qui reconnaît trois étapes principales dans la propagation des cancers : locale de la tumeur primitive (T), régionale des ganglions lymphatiques (N), générale en cas de métastase (M). Selon le type du cancer, on cherche une atteinte des ganglions, des os, du foie, du cerveau, etc. Cette recherche se fait d'abord par l'examen d'un médecin et peut être aidée par une radiographie, une endoscopie, une scintigraphie; ces examens sont utilisés selon leurs avantages et leurs inconvénients, selon la qualité de leurs résultats et selon leur retentissement sur le traitement du malade et sa survie. Ils permettent de définir l'étendue du cancer, son volume, la vitesse de son évolution.
D'autres paramètres biologiques complètent ce bilan et permettent, dans une certaine mesure, de prévoir la sensibilité du cancer à la radiothérapie (radiosensibilité) ou aux médicaments cytotoxiques (chimiosensibilité).
Au terme de ce bilan, le médecin dispose des renseignements nécessaires et suffisants pour prendre une décision en tenant compte du choix du malade. La décision du traitement n'est pas prise de façon inexorable et peut être modifée suivant les réactions observées (réponse du cancer, tolérance du malade).
À côté de celui pratiqué chez un malade atteint d'un cancer, le bilan de santé (ou check-up) est un ensemble d'examens simples, à commencer par l'examen du médecin, pour déceler chez un sujet apparemment en bonne santé des anomalies éventuelles correspondant à une maladie débutante et spontanément inapparente. Un tel bilan de santé se pratique dans le cadre de la médecine du travail ou est proposé par des Caisses d'assurance-maladie. Il comporte habituellement, pour les femmes, un dépistage du cancer du col utérin par frottis vaginal et du cancer du sein par mammographie.
Bernard Hœrni.
Bilatéraux
Les cancers bilatéraux sont un cas particulier des cancers multiples pour les organes pairs. Il s'agit le plus souvent de tumeurs malignes atteignant les seins, à un moindre degré les ovaires et testicules (gonades), exceptionnellement les yeux : rétinoblastome. Ces tumeurs traduisent la sensibilité d'un même tissu, réparti en deux organes, vis-à-vis de facteurs cancérogènes extérieurs ou constitutifs (par exemple alimentation et hormones pour le tissu glandulaire des seins) et une vulnérabilité constitutionnelle (pour le rétinoblastome) ou acquise (en cas de cryptorchidie, lorsque les testicules ne descendent pas dans les bourses). La possibilité de cette atteinte bilatérale entraîne un examen attentif de l'organe symétrique de celui qui porte le cancer pour y déceler un deuxième cancer simultané minime. Pour les cancers de l'ovaire le traitement comporte, sauf exception, une ablation chirurgicale des deux ovaires. Cette mutilation bilatérale n'est pas souhaitable pour l'œil, le sein ou le testicule, mais l'organe sain laissé en place fera l'objet d'une surveillance particulière. Le risque d'un cancer du côté opposé est voisin de 10% et la seconde tumeur est simultanée ou apparaît quelques années après la première.
Bernard Hœrni.
Bilharziose
Voir Égypte, Parasite, Vessie.
Bilirubine
Pigment provenant de la dégradation de l'hémoglobine, à la mort des globules rouges qui la transportent, la bilirubine n'est normalement présente dans le sang qu'en faible quantité qui peut être modifiée lors de certains cancers. Le foie l'élimine dans la bile et sa concentration sanguine augmente si cette élimination biliaire est déficiente. C'est ainsi qu'une augmentation (hyperbilirubinémie) se rencontre dans les cancers de la vésicule biliaire ou de la tête du pancréas qui provoquent une compression et une gêne mécanique à l'évacuation de la bile vers l'intestin, ainsi que dans les tumeurs primitives ou secondaires du foie. Certains médicaments anticancéreux étant éliminés par voie biliaire, on vérifie avant leur administration la concentration de la bilirubine dans le sang pour éventuellement réduire la dose administrée et éviter une rétention qui augmenterait la toxicité du médicament.
Jacques Robert.
Billroth (Albert Theodor, 1829-1894)
Chirurgien allemand ayant fait ses études à Berlin, exerçant à Zürich puis à Vienne, auteur de la première ablation (gastrectomie) d'un cancer de l' estomac en 1881, après avoir été l'un des premiers à pratiquer avec succès l'ablation du larynx, en 1874. D'une grande honnêteté intellectuelle, il a de nombreux élèves qui contribuent à son rayonnement personnel et à la diffusion, dans toute l'Europe, de techniques chirurgicales, surtout digestives, qu'il a mises au point.
Bernard Hœrni.
Elle a pour objet l'étude des êtres vivants, au niveau des molécules et des atomes qui les constituent et de leurs modifications au cours de maladies comme les cancers. La biochimie structurale établit les structures des molécules, depuis les " briques élémentaires " jusqu'aux macromolécules complexes ; on distingue classiquement les sucres (glucides), les graisses (lipides), les protéines, les acides nucléiques (ADN et ARN). La biochimie métabolique étudie les transformations que subissent ces molécules : mécanismes grâce auxquels les aliments (nutriments) apportent aux êtres vivants l'énergie et les briques élémentaires, synthèse des macromolécules, production et élimination des déchets. La biologie moléculaire étudie les relations entre structure et activité des macromolécules, en particulier pour la transmission des informations contenues dans l' ADN vers les molécules effectrices que sont les protéines.
La biochimie clinique a pour objet le dosage, dans les liquides biologiques, de constituants susceptibles d'apporter des informations utiles au diagnostic et au traitement des patients. Elle est née au début du xxe siècle, lorsque les techniques de prélèvement de sang veineux et les méthodes chimiques de dosage de quelques constituants simples, en particulier l' urée, furent au point. Ce sont aujourd'hui plusieurs dizaines de composés qui peuvent être dosés dans le sang ou l'urine, plus rarement dans le liquide gastrique, pleural ou le liquide céphalorachidien. Parmi les substances que l'on dose figurent de petites molécules comme le glucose, l' urée, le cholestérol, la créatinine ou la bilirubine, des ions comme le calcium, le sodium ou le potassium, des enzymes comme les transaminases ou les phosphatases, des hormones, des protéines de fonctions diverses.
Les méthodes de dosage sont automatisées, rapides et fiables, s'appliquant sur des quantités minimes de liquide biologique. Elles font appel à des réactions colorées caractéristiques, obtenues à l'aide de réactifs spécifiques du composé à doser. Il faut parfois des techniques plus élaborées, lorsqu'un composé est présent dans le sang en quantités très faibles ou qu'il ne possède pas de groupement chimique original facile à caractériser. La chromatographie est un ensemble de techniques de séparation de substances voisines, basée sur de faibles différences de propriétés physico-chimiques ; l'électrophorèse permet de séparer des molécules dont la charge électrique diffère ; d'autres techniques font appel aux propriétés de reconnaissance biologique d'une molécule par une autre : elles sont surtout immunologiques; le marquage d'un " ligand " par un atome radioactif ou par une enzyme permet de quantifier la molécule à laquelle il se lie, et l'on parle alors de dosage radio-immunologique ou enzymo-immunologique.
Il n'existe pas de " marqueur " sanguin universel des cancers. Certains cancers produisent et rejettent dans la circulation des substances caractéristiques : la sérotonine dans le cas des tumeurs carcinoïdes, ou encore certaines protéines antigéniques caractéristiques (alphafœtoprotéine et autres marqueurs, etc.). Ces dosages ne peuvent servir au diagnostic précoce de cancer, car les substances correspondantes ne sont détectables en quantité suffisante que par des tumeurs déjà évoluées. Ils peuvent en revanche servir à suivre l'évolution de la maladie cancéreuse une fois son diagnostic fait.
Jacques Robert.
Biologie cellulaire
Science des êtres vivants consacrée à l'étude de
leur unité élémentaire : la cellule.
Le naturaliste allemand Theodor Schwann (1810-1882)
a le premier proposé en 1839 une " théorie cellulaire "
selon laquelle la cellule est le constituant de base d'un organisme vivant.
Avant lui une " cellule " végétale avait été
mentionnée pour la première fois par Hooke
en 1665. Peu après, Anton A. Van Leeuwenhoek
avait observé les premières cellules animales avec un microscope
qu'il avait perfectionné : globules
rouges, puis algues unicellulaires et bactéries. Pour
Schwann cette cellule est l'unité constitutive de tous les organismes.
Il développe par la suite sa théorie reconnue dans la seconde
moitié du XIXe siècle. En 1855 le médecin allemand Rudolf
Virchow soutient que " toute cellule vient d'une
cellule " (omnis cellula e cellula).
Cette théorie cellulaire eut une grande importance pour la connaissance des cancers où les cellules sont les plus petites unités malades. C'est leur examen au microscope qui a permis la reconnaissance de cellules cancéreuses et l' anatomopathologie reste le principal moyen du diagnostic des cancers. C'est leur manipulation, sous forme de greffe chez l' animal ou en culture dans des tubes in vitro, qui a permis de découvrir leurs propriétés. C'est la filiation d'une seule cellule-mère transformée aux cellules formant une tumeur qui a affirmé le caractère monoclonal d'un cancer. Toutes ces observations sont affinées par le développement de la biologie moléculaire.
Bernard Hœrni.
Biologie moléculaire
Science qui se consacre au monde vivant par la connaissance des molécules qui lui sont propres. Ces molécules sont les constituants élémentaires des organismes vivants. L'histoire de la biologie moléculaire commence en 1953 avec la découverte de la structure en double hélice de l' ADN par James Watson et Francis Crick, que récompensera un prix Nobel en 1962. La structure de l'ADN élucidée ouvre la voie à la compréhension du fonctionnement cellulaire. À partir des gènes portés par l'ADN sont synthétisées les molécules qui permettent la vie de la cellule, d'un tissu et de l'ensemble de l'organisme : par exemple les hormones, les enzymes, les facteurs de croissance.
Le développement de la biologie moléculaire a permis d'élucider les perturbations d'une cellule cancéreuse. Après identification des oncogènes et des anti-oncogènes, on a compris comment les produits dont ils commandent la synthèse contrôlent la croissance et les reproductions cellulaires et, en partie, quels désordres sont responsables de la multiplication excessive des cellules tumorales. Les nouvelles techniques de biologie moléculaire dévoilent peu à peu le génome humain et ses erreurs de structure ou de fonctionnement. Ces progrès commencent à ouvrir de nouvelles voies de traitement des cancers : les biothérapies cherchent à rectifier ou modifier les désordres qui caractérisent une tumeur maligne.
Bernard Hœrni.
Biopsie
Prélèvement qui permet – comme l'indique l'étymologie
du mot (du gr. bios, vie et opsis, vue) – de
voir un fragment de tissu vivant. Désigne aussi bien l'acte (faire
une biopsie) que son produit (examiner une biopsie). La biopsie d'une tumeur
se fait selon une technique qui dépend de son siège, superficiel
ou profond. Elle est pratiquée directement avec une pince (dite pince
à biopsie) ou un bistouri sur une lésion de la peau,
de la muqueuse de la bouche ou du
col utérin. Elle complète une endoscopie
quand la tumeur est située dans un organe creux auquel on accède
avec un tube, souple ou rigide, qui contient un dispositif flexible au bout
duquel sont situées les mâchoires de la pince. Une tumeur située
sous la peau ou sous une muqueuse peut être abordée par une aiguille
ou par un trocart, tranchant ou tournant, qui recueille à son extrémité
un petit morceau (" carotte ") de tissu. Le repérage de la
tumeur se fait directement, à l'aide d'une échographie
ou d'un scanner, par stéréotaxie
pour une tumeur cérébrale. La biopsie
peut nécessiter une opération chirurgicale pour un organe profond,
dans la poitrine (thorax) ou le ventre (abdomen).
Selon l'importance du geste, elle se pratique sans anesthésie,
avec une anesthésie locale ou une anesthésie générale.
Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, une biopsie ne réalise
qu'un traumatisme minime de la tumeur et ne favorise pas une dissémination
métastatique des cellules cancéreuses : elle doit
être faite avec précautions mais n'est pas dangereuse pour le
malade.
L'" échantillon " de tissu ainsi obtenu
est fixé, c'est-à-dire mis dans un liquide conservateur, puis
découpé en tranches ultrafines qui sont colorées selon
des procédés spéciaux avant d'être examinées
au microscope (
voir Anatomopathologie).
Parfois le prélèvement ne retire que des cellules séparées
les unes des autres, ce qui permet un examen cytologique.
La préparation de la biopsie entre le prélèvement et
son examen microscopique (fixation, découpage, coloration) demande
quelques jours selon le type de tissu (par exemple il faut une décalcification
supplémentaire pour un morceau d'os) et selon la technique de révélation
(coloration ou autre) de composants cellulaires que l'on veut étudier.
Comme la fixation habituelle altère certains composants, il est préférable,
dans certains cas, de congeler immédiatement une partie du fragment
prélevé pour la conserver à très basse température
dans une oncothèque : on pourra l'analyser
plus complètement, des mois ou des années plus tard, suivant
l'acquisition de nouvelles connaissances.
Bernard Hœrni.
Biothérapie
Ce néologisme a été forgé pour désigner l'emploi, en thérapeutique anticancéreuse, de moyens biologiques naturels mais renforcés, modifiés ou détournés de leur rôle habituel. Ce ne sont pas des méthodes nouvelles mais elles se sont multipliées, améliorées et rationalisées à partir des années 1980. Ces techniques biologiques se regroupent sous deux rubriques principales : les hormones et les facteurs immunitaires.
L' hormonothérapie date d'un siècle mais ses possibilités se sont beaucoup accrues. Après l'intervention sur les gonades qui supprimait, par castration, les hormones sécrétées par les ovaires ou les testicules, on a utilisé des hormones naturelles à doses plus importantes qu'en situation physiologique, puis des dérivés synthétiques plus actifs et moins toxiques selon des associations simultanées ou successives. Son utilité reste limitée aux cancers hormonodépendants, du sein et de la prostate principalement, dont certaines formes, que l'on identifie mieux, sont plus sensibles que d'autres.
L' immunothérapie a abandonné l'illusion d'un " vaccin " contre le cancer : la préparation d'un tel vaccin à partir de cellules cancéreuses tuées s'est toujours soldée par un échec. Elle utilise depuis longtemps des stimulants non spécifiques comme le BCG ou des cellules immunitaires (lymphocytes) transmises par greffes de moelle osseuse. Plus récemment elle a exploité des substances produites par ces cellules, ou cytokines, comme les interférons ou les interleukines.
Plus récemment encore elle a mis en jeu les cellules immunitaires elles-mêmes, si possible purifiées, choisies pour leur correspondance avec les cellules tumorales à tuer et considérablement multipliées (" expansées "). Ces progrès sont venus des développements de l' immunologie et de la biologie moléculaire. À partir de ces cellules, depuis la fin des années 1980, la thérapie génique met en œuvre une manipulation de gènes destinée à mieux armer des lymphocytes contre des cellules cancéreuses. Enfin, à la fin des années 1990, ont commencé à être utilisés des anticorps monoclonaux dirigés contre un antigène particulier des cellules cancéreuses, spécialement dans le traitement des lymphomes, des cancers du sein et du côlon.
Les rétinoïdes représentent une nouvelle voie de biothérapie. Ils agissent sur certaines cellules pour les remettre en quelque sorte dans le droit chemin, leur permettre de mûrir, de se différencier normalement et de reprendre leur place dans l'équilibre général.
Enfin, des traitements tout à fait nouveaux tiennent compte de la connaissance des oncogènes et des substances qu'ils contrôlent et qui contrôlent à leur tour les reproductions cellulaires. Selon les progrès des connaissances on pourra utiliser des substances qui freinent ou inhibent l'activité des gènes produisant les facteurs de croissance d'une cellule ou, à l'inverse, qui stimulent des gènes suppresseurs et les produits de sécrétion qui ralentissent les fonctions cellulaires. On a déjà obtenu des résultats favorables dans le traitement des myélomes multiples en inhibant l'interleukine 6, ou IL6, cytokine indispensable à la prolifération des cellules (plasmocytes) de ce cancer.
À côté des moyens traditionnels et encore très prépondérants qui détruisent les cellules tumorales, les nouvelles biothérapies cherchent plutôt à corriger leur comportement anarchique. Plutôt que de les tuer, on cherche à les rééduquer pour leur permettre de retrouver leur place normale dans l'organisme, dans l'ordre. La place des biothérapies dans le traitement des cancers au début des années 2000 est comparable à celle de la chimiothérapie à la fin des années 1940. Leur développement dans les trente prochaines années sera-t-il comparable à celui de la chimiothérapie qui, pendant le même laps de temps, a fait faire de considérables progrès pour guérir des cancers de l' enfant, du sang ou embryonnaires ?
Bernard Hœrni.
Biphosphonates
Voir Diphosphonates.
Bishop (J. Michael)
Chercheur américain travaillant à San Francisco, lauréat avec Harold E. Varmus du prix Nobel de médecine en 1989 pour la découverte des oncogènes. Cette découverte a été faite par le Français Dominique Stéhelin alors en stage dans leur laboratoire, créé au début des années 1970 et consacré à l'étude du virus du sarcome de Rous.
Bernard Hœrni.
Bittner (John Joseph, 1904-1961)
Cancérologue américain qui montre en 1936 que le lait de souris contient un facteur (un virus) capable de transmettre le cancer mammaire. Cette transmission est supprimée si les souriceaux sont allaités par une souris appartenant à une lignée ne présentant pas ce cancer. Des souris adultes nourries par du lait contaminé font beaucoup moins de cancers qu'après allaitement dès la naissance. Le cancer mammaire de la souris dépend ainsi d'un facteur génétique (certaines lignées de souris sont sensibles, d'autres résistantes à l'action du virus), d'un facteur viral, ainsi que de facteurs hormonaux, selon le sexe et la progéniture de l'animal.
Bernard Hœrni.
Blastome
Ce terme peu utilisé désigne une tumeur embryonnaire. Il sert surtout de suffixe pour l'appellation de tels cancers, par exemple néphroblastome, neuroblastome, rétinoblastome.
Bléomycine
Médicament anticancéreux, isolé au Japon à la fin des années 1960, à partir d'une bactérie, un Streptomyces. C'est un antibiotique qui provoque des cassures de l' ADN après production de radicaux libres, et bloque ainsi le fonctionnement de la cellule.
Il peut s'administrer par voie veineuse ou artérielle mais aussi intramusculaire ou par injection locale dans la plèvre ou le péritoine. On l'utilise habituellement à la dose de 10 mg/m², une ou deux fois par semaine. Au delà d'une dose totale cumulée de 200 mg/m² risque d'apparaître une fibrose pulmonaire, irréversible, susceptible d'entraîner une insuffisance respiratoire et une asphyxie mortelle.
Contrairement aux autres cytotoxiques, la bléomycine n'est pas toxique pour les cellules de la moelle osseuse et du sang. Son injection s'accompagne souvent d'une fièvre et de frissons violents qui doivent être évités par une préparation médicamenteuse. La prolongation du traitement se traduit par des troubles de la peau et des muqueuses : épaississements et pigmentation aux coudes, aux genoux et sur les paumes des mains et les plantes des pieds, rougeurs diffuses, irritation de la bouche (stomatite) et des muqueuses digestives gênant l'alimentation (dysphagie).
Cette toxicité traduit son affinité pour les revêtements (épithéliums) qui la rend efficace sur les carcinomes épidermoïdes des voies respiratoires, des muqueuses génitales et de la peau. Elle est également utile dans les cancers du testicule et dans les lymphomes malins (maladie de Hodgkin et autres lymphomes) ; elle sert aussi dans le mycosis fongoïde, proche des lymphomes malins et localisé à la peau.
Jacques Chauvergne.
Blokhin (Nikolay N., 1912-1993)
Chirurgien russe qui devient en 1952 directeur de l'Institut de Cancérologie expérimentale et clinique de Moscou. Personnalité publique influente, il joue un rôle important pour coordonner soins et recherches en oncologie dans les pays communistes. Il contribue au rapprochement des médecins et chercheurs de ces pays avec ceux des pays occidentaux et assure la présidence de l' UICC de 1966 à 1970. Son nom sera donné à l'Institut de Recherche du Cancer de Moscou.
Bernard Hœrni.
Bombay
Dans cette métropole de l'Inde, des enquêtes épidémiologiques ont précisé la fréquence des cancers chez les quatre principales communautés religieuses qui la composent. Parmi les chrétiens, les cancers les plus fréquents sont ceux des bronches, de l' estomac, de l' œsophage et du larynx chez l'homme, les cancers du sein et du col utérin chez la femme. Chez les hommes hindous, musulmans et parsis, ce sont les cancers de l'œsophage, puis des bronches, du larynx et de la langue qui sont les plus fréquents. Les tumeurs bronchiques se rattachent à l'usage du tabac, plus ancien que dans d'autres pays du tiers-monde. Les cancers de la bouche sont favorisés par le bétel, qui se mâche comme du chewing gum, pour ses propriétés toniques. Chez les femmes parsis, le cancer du sein a une des incidences les plus élevées du monde (la moitié des cancers féminins) : elle a été rattachée à un facteur génétique entretenu par l'endogamie de cette communauté qui descend d'immigrants venus de Perse au VIIe siècle, et qui se sont longtemps mariés entre eux.
Bombay est le siège du Tata Memorial Hospital.
Bernard Hœrni.
Elles ont divers rapports avec les cancers. Les plus intéressants concernent les appareils de traitement*, pour la radiothérapie*. Entre les deux guerres mondiales on a utilisé des bombes au radium* permettant d'irradier à distance des tumeurs* superficielles de la peau* ou immédiatement sous elle. Après la Seconde guerre mondiale sont apparues les bombes au cobalt* distribuant des rayonnements plus pénétrants, elles-mêmes peu à peu remplacées par des accélérateurs. Les bombes atomiques utilisées au Japon*, à Hiroshima et Nagasaki, ou, peut-être, dans des conditions expérimentales involontaires ont entraîné chez les personnes exposées et ayant survécu à l'explosion des cancers supplémentaires.
Bernard Hœrni
Bordet (Institut)
Après la création d'un premier centre anticancéreux au sein de l'hôpital de Bruxelles, inauguré en 1925 en présence de la reine Elisabeth, l'Université libre de Bruxelles (ULB), à l'initiative de son recteur le professeur A. Dustin, et l'Assistance publique s'associent pour fonder un centre indépendant situé entre la Faculté de médecine et l'Hôpital Saint-Pierre. Cet établissement est inauguré le 8 juin 1938 par le roi Léopold III et reçoit le nom de Jules Bordet, bactériologiste et immunologiste, prix Nobel de médecine en 1919. C'est seulement après l'occupation allemande qu'il commence à fonctionner comme centre de traitement, de recherche et d' enseignement sur les cancers dans un esprit pluridisciplinaire.
Dans les années 1950, le Professeur Albert Claude, médecin et biologiste qui le dirige et aura le prix Nobel de médecine en 1974, donne une impulsion décisive au développement des traitements médicaux : chimiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie, à côté de la chirurgie et de la radiothérapie, mises en œuvre dès le début. Au fil des années, l'Institut Bordet va s'agrandir pour mieux accueillir et traiter les malades, moderniser son équipement, développer sa recherche. Il comporte près de cent médecins et chercheurs, réunis autour de 150 lits d'hospitalisation. Ils contribuent largement à la recherche médicale sur le cancer, dans de nombreuses études coopératives européennes en liaison avec le National Cancer Institute américain, et à l'enseignement de la cancérologie. Par sa situation, et sa qualité, l'Institut Bordet joue un rôle essentiel dans la cancérologie européenne et a longtemps abrité l' Organisation Européenne de Recherche et de Traitement des Cancers (OERTC) et l'European Journal of Cancer.
Bernard Hœrni.
Borrel (Amédée, 1867-1936)
Médecin et chercheur travaillant à l'Institut Pasteur à partir de 1892, puis à Strasbourg après la Grande Guerre, il s'intéresse principalement à l'origine infectieuse des cancers. Il étudie les parasites et découvre un petit ver nématode au sein de tissu tumoral : il considère que ce ver porte probablement un virus qui contamine les cellules devenant cancéreuses. Ayant réussi quelques greffes de tumeurs chez la souris, il défendra prudemment la responsabilité d'un virus comme cause de cancer dans Le Problème du cancer (1907).
Bernard Hœrni.
Bouche
La bouche ou cavité buccale (ou orale) comprend plusieurs parties qui peuvent être affectées par un cancer. Elle est limitée en avant par les lèvres, unies latéralement par les commissures labiales; la mâchoire inférieure (mandibule) et la mâchoire supérieure comportent les gencives et les dents ; la langue mobile est constituée des deux tiers antérieurs de cet organe, situés en avant de la ligne des sept grosses papilles qui forment le V lingual ; le plancher de la bouche est situé en arrière de l'arc de la mandibule ; la muqueuse tapisse la face interne des joues et de la mandibule ; la voûte palatine et le voile du palais ferment la bouche en haut et en arrière.
Les cancers de la cavité buccale les plus fréquents en France (5 000 cas annuels) sont ceux de la langue mobile et du plancher buccal. Ils surviennent surtout chez l'homme (90% des cas), entre 45 et 70 ans et sont favorisés par le tabac et l' alcool ou, dans certains pays, le bétel.
La bouche est aussi une région vulnérable vis-à-vis des traitements anticancéreux, chimiothérapie ou radiothérapie. Les dents et la muqueuse doivent être nettoyées au préalable pour réduire l'irritation (stomatite, aphtes) et éviter des infections dues à des bactéries ou à des champignons (muguet). Pendant un traitement, la bouche doit être régulièrement désinfectée par bains de bouche, en évitant d'irriter ou de faire saigner la gencive avec une brosse à dents trop dure. Les dents bénéficient d'applications régulières de fluor après une irradiation sur la face et le cou. Ces soins restent importants à la période terminale de l'évolution d'un cancer, au cours de l' accompagnement, pour favoriser l' alimentation, éviter des douleurs et la mauvaise haleine, améliorer le confort du malade.
Voir aussi Cleveland, Freud, Grant, Huysmans.
Jacques Brugère.
Bouleuse (Camp de)
Sorte de " faculté de médecine sur le front ", constituée en 1916, installée à Bouleuse, près de Reims, en 1917 et évacuée en mai 1918, qui servira de modèle aux centres de lutte contre le cancer. Ce " centre d'études médico-chirurgicales " est fondé par Justin Godart, nommé sous-secrétaire d'État, qui en confie l'organisation à Claudius Regaud. Sa mission est triple : soigner les soldats blessés et malades, faire de la recherche, enseigner. Les médecins appelés se voient confier des responsabilités tenant compte de leur activité civile et le Service de santé des Armées s'ouvre à de nombreuses collaborations avec le secteur civil ou la Croix-Rouge. La réussite de cette expérience conduira Regaud et Godart à la reproduire lors de la création des premiers centres anticancéreux après la guerre.
Bernard Hœrni.
Boumediene (Houari, 1932-1978)
Homme d'État et président de l'Algérie, décédé d'un cancer. Les premiers symptômes de sa maladie sont vagues (fatigue, anémie, amaigrissement, vitesse de sédimentation augmentée) et se prolongent pendant une ou deux années. En septembre 1978 ses médecins commencent à s'inquiéter sérieusement : ils pensent d'abord à une insuffisance rénale, puis à un cancer du rein et l'hospitalisent en urologie à Alger. À partir du 5 octobre 1978, sous le prétexte d'un " voyage de travail et d'amitié ", le président algérien séjourne six semaines dans un hôpital de Moscou sans que le diagnostic soit posé. Quatre jours après avoir regagné Alger, Boumediene tombe dans le coma et il est hospitalisé d'urgence à l'hôpital Mustapha. De nombreux spécialistes français et américains, appelés à son chevet, débarquent avec des appareils sophistiqués, dont un scanner envoyé des États-Unis dans un Galaxie, avion cargo géant de l'armée américaine. Le diagnostic de maladie de Waldenström avec thrombose cérébrale est alors posé, puis confirmé par le Professeur Jan Waldenström en personne, qui a décrit le premier cette maladie 34 ans plus tôt en Suède. Le chef de l'Algérie sort une première fois du coma, puis redevient inconscient à la suite d'une seconde thrombose cérébrale. Assemblés au chevet du patient, soixante-deux cliniciens, parmi lesquels des spécialistes éminents et des médecins envoyés par les pays socialistes " frères ", veillent un corps inerte dont le cœur bat encore, mais dont les organes essentiels ne fonctionnent plus que sous assistance. Le 18 décembre, une hémorragie interne aggrave encore la situation médicale et entraîne la mort neuf jours plus tard.
Ce déploiement de personnalités médicales, largement exposé dans les médias, a suscité des réactions de " rejet " du public en général : c'est dès ce moment, approximativement(avec Franco en 1975 et Tito en 1980), que des groupes tels que Exit se sont créés pour populariser le " testament de vie ", expression de personnes, malades ou non, voulant conserver leur autonomie et " gérer " préventivement leur mort.
Bourgogne
Région où est établi un registre des cancers digestifs depuis 1976. Il collecte des données précises sur tous ces cancers dans la population correspondante. Elles permettent d'aborder l' épidémiologie analytique et expérimentale et les problèmes de santé publique qui leur sont liés. Ces travaux sont orientés vers des objectifs de dépistage et de prévention, servis par une équipe multidisciplinaire associant des personnels universitaire et de l' INSERM.
L'enregistrement concerne les départements de la Côte d'Or (480 000 habitants) et de la Saône-et-Loire (570 000 habitants). Les informations rassemblées comprennent des données personnelles, les critères de diagnostic, le siège, le type anatomo-pathologique et le stade d'extension de la tumeur, le traitement, les filières de soins et la survie. À partir de cette banque de données sont réalisées des enquêtes ponctuelles.
Ce projet est structuré autour de cinq pôles :
Il assure d'abord une épidémiologie descriptive des cancers digestifs dans la région correspondante.
L'évaluation des conduites diagnostiques et thérapeutiques et la coordonnation d' essais thérapeutiques multi-centriques devrait contribuer à une politique cohérente et exemplaire de lutte contre ces cancers.
Le registre observe aussi l'application dans une population des découvertes de la recherche fondamentale, notamment dans les domaines de la biologie (évaluation de la prolifération des cellules intestinales ou du profil en acides biliaires des selles comme facteur de risque de cancer) et de la génétique moléculaire des cancers intestinaux.
Il détermine la contribution de l' environnement et de l' alimentation à leur origine. Des études cas-témoin, comparant, entre malades et sujets sains, l' alimentation avant apparition de polypes du côlon ou de cancer de l' œsophage doivent aider un vaste essai de prévention primaire du cancer colorectal (côlon et rectum réunis) dans l'Union européenne. Ces recherches sont liées à des démarches de standardisation des enquêtes alimentaires, souvent différentes et gênant la comparaison d'une étude à une autre. L'exposition de la population de la Côte-d'Or aux champs électromagnétiques et le risque de cancer au voisinage de la décharge de Montchanin sont aussi considérés.
Enfin le registre permet d'évaluer les stratégies préventives : étude épidémiologique des états précancéreux (registre de population des polypes de l'intestin) et évaluation des stratégies de dépistage (dépistage de masse ou dans les groupes à risque élevé). Une étude contrôlée du dépistage de masse du cancer colorectal, incluant plus de 90 000 personnes âgées de 45 à 74 ans, doit préciser comment cette population accepte la recherche d'un saignement occulte dans les selles par un test simple (Hémoccult), indiquer à quel rythme le test doit être répété, en évaluer le coût, évaluer enfin le retentissement du dépistage sur l' incidence ou la mortalité du cancer colorectal.
Les résultats apportent plusieurs indications intéressantes sur le cancer colorectal qui est le cancer le plus fréquent en France. La prévalence des adénomes (lésion précancéreuse colique) varie de 12% avant 55 ans à 46% après 74 ans, ce qui indique qu'ils ne deviennent malins qu'en faible proportion. Le registre des polypes suggère que seuls les adénomes de plus de 1 cm ont un risque élevé de transformation maligne, tandis que 60 à 85% des cancers se développent sur un adénome. Le pronostic de ces tumeurs est plus sombre que le suggèrent les statistiques hospitalières qui ignorent les cas graves non hospitalisés. Des progrès importants pourraient être réalisés grâce à un diagnostic plus précoce. Ces enquêtes ont encore mis en évidence le rôle du tabac dans l'apparition des adénomes et de l' alcool dans leur augmentation de taille. Elles contribuent à mettre au point une stratégie pour que la population participe mieux à un dépistage de masse du cancer colorectal : en deux ans 64% des personnes incluses dans le programme ont fait au moins un tel test.
Bouygues(Francis, 1922-1993)
Celui qui allait devenir le " roi du béton ", à la tête de la plus grande entreprise mondiale de bâtiments et travaux publics, présente en 1976 un " cancer du poumon " dont il est traité avec succès. Il devait par la suite témoigner, au cours d'une émission télévisée, de la possibilité de guérir d'un cancer. Il a succombé à une crise cardiaque après s'être retiré des affaires.
Bernard Hœrni.
Bovins
Comme les autres animaux domestiques, les bovins ont des cancers dont la fréquence augmente avec l' âge. Ils sont plus fréquents chez la vache que chez le bœuf parce que la femelle présente des cancers génitaux particuliers (de l'utérus) et qu'elle vit plus longtemps, le bœuf étant sacrifié plus jeune. Ces tumeurs sont à parts égales d'origine épithéliale (carcinome) ou conjonctive (sarcomes). Propres aux bovins, les cancers de l' œil sont favorisés par un défaut de pigmentation dans la partie antérieure de l'œil (sclère et cornée), plus marqué dans certaines espèces (race normande) et peuvent bénéficier d'une excision chirurgicale. Les autres carcinomes touchent la glande thyroïde, le foie, le thymus et le poumon, le rumen (premier estomac), l' intestin et les glandes surrénales.
Parmi les autres cancers, les plus communs sont les leucémies (ou leucoses) et les lymphomes. Il en existe quatre formes : deux touchent le jeune animal, le lymphome du thymus et la leucose dite juvénile, toutes deux à caractère aigu ; deux frappent l'adulte, la leucose cutanée et le lymphome dit de l'adulte (LSA). Les trois premiers sont les moins fréquents. L'attention s'est surtout portée sur le LSA en raison de son caractère contagieux (lymphome enzootique).
Le LSA est généralement précédé par une phase, dite de lymphocytose persistante (LP), pendant laquelle le nombre des lymphocytes dans le sang est élevé, mais cette lymphocytose n'aboutit pas systématiquement au LSA. Il débute par de la fatigue, puis par une augmentation des ganglions lymphatiques gonflés par des cellules tumorales (lymphocytes B anormaux). Cet état est souvent accompagné d'une véritable leucémie (cellules tumorales abondantes dans le sang).
En 1952 le Danois Bendixen remarque que dans les troupeaux atteints par un ou plusieurs cas de LSA, les animaux présentant une lymphocytose sont anormalement nombreux. Il en conclut que LP et LSA sont causés par un virus transmissible, voisin de ceux décrits dans les leucémies et sarcomes des poulets et des souris. Il propose aux autorités danoises un plan d'éradication : après avoir compté chaque année les lymphocytes de tous les animaux, on abat ceux qui excèdent un certain taux (" clef de Bendixen "). Après quelques années, le cheptel danois est assaini mais il faut attendre 1969 pour que les premières particules virales associées à ces maladies soient mises en évidence (Miller).
Le virus de la leucémie bovine (BLV) est un rétrovirus, proche du virus humain HTLV-I, qui, lorsqu'il fut découvert, étonna par ses propriétés : c'est le premier rétrovirus qui n'a aucun gène commun avec l' ADN des cellules de l'animal. Il possède des gènes permettant la synthèse de protéines régulatrices qui contrôlent sa propre expression. Il semble silencieux chez l'animal infecté et aucun virus n'est observé dans le sang (virémie) lors de la progression tumorale. Enfin, il ne se transmet que par l'intermédiaire d'une cellule infectée.
C'est également le premier rétrovirus pour lequel on démontra que l' infection ne provoque que rarement une maladie. Le fait que la prévalence de l'infection augmente avec l'âge témoigne d'une contamination " horizontale " : le BLV se transmet d'animaux infectés à animaux sains la vie durant, les insectes piqueurs jouant probablement un rôle prépondérant dans cette transmission. Les autres modes de transmission sont celui de la mère au veau par l'allaitement (cellules infectées contenues dans le lait) et la voie sanguine (sexuelle et pratiques vétérinaires).
Les recherches sur l'enveloppe du BLV visent à mettre au point un vaccin efficace.
Bowen (Maladie de)
Terme désuet qui désignait des tumeurs du cou de nature incertaine. Décrite par John Bowen (1857-1941) en 1912, cette maladie est une affection précancéreuse de la peau ou des muqueuses. Elle est caractérisée par un épaississement de l' épithélium, avec des squames ou des croûtes en disque, qui peut donner un ulcère. On la considère comme un carcinome intra-épithélial ou in situ qui respecte au début la membrane basale (assise des cellules cutanées), sans envahir (invasion) les tissus voisins. Elle dégénère, après plusieurs années, dans près de 5% des cas, en carcinome spinocellulaire.
Elle s'observe à un âge moyen de 60-65 ans, deux à trois fois plus chez la femme que chez l'homme. Elle siège sur la peau exposée au soleil ou sur les muqueuses génitales. On retrouve parfois à son origine des facteurs comme l' arsenic, pour les lésions de la peau, ou un papillomavirus, pour les atteintes génitales. Selon les cas son traitement fait appel à la chirurgie, à une photothérapie (laser) ou à des applications locales de fluoro-uracile. La lésion traitée guérit facilement, mais la peau ou les muqueuses exposées peuvent présenter de nouvelles lésions du même type.
Bernard Hœrni.
Brachythérapie
Anglicisme synonyme de curiethérapie.
Branchiome
Terme désuet qui désignait des tumeurs du cou de nature incertaine. Après la naissance, des restes embryonnaires peuvent persister dans la région du cou (cervicale), en particulier au niveau des ébauches de la langue et de la glande thyroïde (deuxième et quatrième arcs branchiaux). Ils sont parfois le siège de surinfection et doivent être enlevés. Leur cancérisation tardive est exceptionnelle et prête à confusion dans plusieurs circonstances : des tumeurs malignes kystiques, découvertes à proximité, correspondent en fait à des métastases ganglionnaires de cancers de la thyroïde ; un cancer thyroïdien peut apparaître au voisinage d'un kyste bénin d'origine embryonnaire; enfin une métastase kystique d'un carcinome épidermoïde du pharynx peut simuler un tel kyste.
Jacques Brugère.
Brel (Jacques, 1929-1978)
Ce compositeur et chanteur belge a vu sa carrière brisée par un cancer des bronches qui le tue en pleine maturité et s'explique par un tabagisme important : Brel est un gros fumeur (plusieurs paquets de cigarettes par jour pendant un quart de siècle) ; quand il ne chante pas il a toujours une Gitane aux lèvres. Après la quarantaine, alors qu'il appréhende la vieillesse plus que la mort, se trouvant prématurément vieilli par la vie intense qu'il mène, il ressent les premières atteintes de son mal peu après la mort, d'un cancer déjà, de son meilleur ami. Après un sérieux malaise, il subit un examen médical qui découvre un cancer dans un poumon qu'il faut opérer le plus tôt possible. Comme souvent, il a une première réaction de négation et part aux Canaries avant de se rendre quelques semaines plus tard à Bruxelles pour être opéré en novembre 1974 : il subit l'ablation du lobe supérieur du poumon gauche. Il demande que l'on garde le secret sur sa maladie, arrête de fumer et prend position contre le tabagisme. Quelques semaines plus tard, il traverse l'Atlantique, reprend une vie très active mais s'installe aux îles Marquises, conformément à sa chanson : " Allons il faut partir/Trouver un paradis... " Conscient de sa mort prochaine et ne la cachant plus, il la tourne en dérision comme tant d'autres choses dans ses chansons satiriques. En 1977, il enregistre un dernier disque à Paris, fuyant les journalistes qui le harcèlent. Rentré aux Marquises, il doit aller à Papeete en raison de l'aggravation de son état, accepte de rentrer à Paris pour se faire soigner mais suit mal son traitement, présente une phlébite et succombe à une embolie pulmonaire. Il aura ainsi réalisé ce qu'il avait souhaité : " Je veux mourir ma vie avant qu'elle ne soit vieille. " Après sa mort, sa dernière compagne publiera Brel, le livre du souvenir en faveur de la lutte contre le cancer.
Bernard Hœrni
Bricker (Opération de)
Voir Cancer de la vessie.
Broca (Paul, 1824-1880)
Né en Gironde, Paul Broca fait ses études de médecine à Paris où il devient chirurgien des hôpitaux puis professeur à la Faculté. Anatomiste, il consacre ses travaux au cerveau, au traitement de ses malformations vasculaires et de ses tumeurs. Il insiste sur l'importance de l'examen au microscope pour leur diagnostic. Il évoque un facteur héréditaire à l'origine des cancers en rapportant plusieurs cas de familles touchées, principalement par cancer du sein. À la fin des années 1980, une des trois facultés de médecine de l'Université de Bordeaux II prendra son nom.
Bernard Hœrni.
Bronches (Cancers des)
Les cancers bronchiques primitifs, souvent appelés cancers du poumon, représentent la première cause de décès par cancer chez l'homme avec environ 24 000 nouveaux cas par an en France. Le nombre annuel de décès est peu différent car moins de 10% des malades survivent plus de cinq ans. Aux États Unis, où les femmes fument depuis longtemps et meurent désormais plus de ce cancer que du cancer du sein, il tue environ 150 000 personnes des deux sexes par an. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) oppose les cancers bronchiques à petites cellules (20% de l'ensemble) aux autres (carcinomes épidermoïdes 35%, adénocarcinomes 30%, carcinomes à grandes cellules 15%).
Le cancer bronchique est associé au tabac qui explique l'augmentation considérable de sa fréquence au xxe siècle et, à un moindre degré, à des facteurs professionnels (Figure).

[Cancer bronchique]
La mortalité, faible avant 40 ans augmente jusque vers 70-75 ans pour diminuer au-delà. Elle a considérablement augmenté selon la période d'observation entre 1950 et les années 1980.
Le risque lié au tabac est en rapport avec le nombre de cigarettes fumées par jour et avec la durée d'exposition. Il est plus élevé chez les fumeurs de cigarettes que chez les fumeurs de pipe ou de cigares qui aspirent la fumée moins profondément. Il est aussi proportionnel à la teneur en goudrons des cigarettes et est plus élevé chez les fumeurs de tabac brun. Il diminue pendant plusieurs années après l'arrêt du tabagisme mais ne s'annule pas. Ce risque concerne non seulement les carcinomes épidermoïdes (99%) et les cancers à petites cellules (90%), mais également les adénocarcinomes et les carcinomes à grandes cellules (70%). Le danger du tabagisme passif est démontré depuis les années 1980 : les conjoints non fumeurs de fumeurs ont une surmortalité de l'ordre de 30%. Dans le milieu professionnel, le risque le mieux connu est lié à l' amiante, principalement pour l'adénocarcinome. Il existe une relation dose-effet entre la quantité d'amiante inhalée et le risque de cancer qui apparaît 10 à 20 ans plus tard. Ce risque est fortement augmenté par le tabagisme. L' arsenic augmente aussi le risque de cancer après un temps de latence qui peut dépasser 35 ans, de même que des expositions au chrome, au nickel et chez les mineurs de fer. Inversement une alimentation riche en vitamine A et en bêta-carotène réduirait le risque de cancer en général et celui de cancer bronchique en particulier.
La tumeur est révélée par une toux persistante, un crachement de sang (hémoptysie), une infection pulmonaire traînante, une douleur thoracique, un essoufflement (dyspnée), un sifflement respiratoire, une modification de la voix, une fatigue anormale ou un amaigrissement. Rarement réunis, ces signes peuvent manquer et le diagnostic est alors fait sur une radiographie thoracique lors d'un examen systématique, par exemple en médecine du travail. Ils ont d'autant plus de valeur qu'ils surviennent chez un fumeur à plus de 20 paquets-année (c'est-à-dire ayant fumé 1 paquet par jour pendant 20 ans ou 10 cigarettes par jour pendant 40 ans), inhalant la fumée, de plus de 50 ans, mais une tumeur bronchique peut se développer dès l'âge de 30 ans. On recherche des ganglions à la base du cou (sus-claviculaires), des côtes douloureuses, une tuméfaction de la paroi du thorax, une compression de la veine cave supérieure (cou ou visage enflés), enfin d'éventuelles métastases.
Le pronostic est lié à l'étendue du cancer définie par un bilan complet. La radiographie thoracique montre une opacité tumorale, un trouble de ventilation ou de volumineux ganglions qui conditionnent les possibilités chirurgicales. Une scanographie précise les rapports de la tumeur avec la paroi et les organes du médiastin, entre les deux poumons. La fibroscopie explore la trachée et les bronches au moyen d'un endoscope souple introduit par une narine : dans la majorité des cas, elle montre la tumeur, précise son extension et permet les prélèvements (biopsie) qui donnent le diagnostic. D'autres examens recherchent des métastases, en particulier dans le foie, les glandes surrénales, les os ou le cerveau. La décision thérapeutique dépend de l'état du malade, de son âge, de l'étendue de la maladie et du type de cancer.
Le cancer bronchique à petites cellules est une maladie souvent disséminée qui se traite par une chimiothérapie permettant des survies au-delà de trois ans. Les anthracyclines, les alkylants, l' étoposide et les sels de platine, associés, donnent une réponse dans 80 à 90% des cas, mais elle n'est complète que dans 30 à 40% des cas (deux à quatre cycles suffisent pour la réponse maximale). La chimiothérapie est complétée par une radiothérapie thoracique, quand la maladie paraît limitée au thorax, pour diminuer le risque de récidive locale. Par ailleurs, une irradiation prophylactique du cerveau diminue le risque de métastases cérébrales. La chirurgie ne se discute que dans quelques cas de petites tumeurs ou de tumeurs mixtes. Ces traitements permettent de guérir 20% des patients ayant une forme limitée.
Pour les autres cancers bronchiques (" non à petites cellules "), la chirurgie reste le traitement de choix, mais elle n'est possible que dans un tiers des cas et n'est efficace que s'il n'y a pas d'envahissement ganglionnaire important. Si la tumeur atteint une grosse bronche ou s'il existe un envahissement des ganglions du médiastin, la survie à cinq ans ne dépasse pas 15 à 20%. Selon l'extension, la chirurgie enlève un poumon ou seulement un de ses lobes. Un traitement pré-opératoire par chimiothérapie peut faciliter la résection. Lorsque la tumeur n'est pas opérable mais qu'elle est encore limitée au thorax, le traitement de base est la radiothérapie qui n'obtient que des survies médiocres. Une chimiothérapie améliore un peu les résultats en diminuant le nombre de métastases et augmente le pourcentage de malades survivant à long terme. En cas de métastase, le traitement est palliatif. Dans un tiers des cas, la chimiothérapie fait diminuer le volume tumoral. Elle améliore et prolonge la survie.
Les cancers bronchiques sont un problème majeur de santé publique dans les pays développés et commencent à le devenir dans les pays en voie de développement où le tabagisme se répand. Leur prévention passe par une diminution de l'intoxication tabagique. Ces tumeurs évoluent souvent rapidement et l'absence de méthode diagnostique précoce conduit à les découvrir à un stade avancé chez des malades présentant d'autres complications, cardio-vasculaires et respiratoires en particulier, d'un tabagisme chronique. Les cancers bronchiques apparaissent ainsi comme une des complications, souvent fatale, de la maladie tabagique.
Bronchoscopie
Exploration visuelle, endoscopique, des bronches, capitale pour le diagnostic d'un cancer bronchique. On parle plutôt de bronchoscopie quand elle se fait avec un tube rigide (bronchoscope) et de fibroscopie avec un tube souple (fibroscope). C'est un examen facile qui ne nécessite habituellement qu'une anesthésie locale.
La bronchoscopie explore successivement le larynx et les cordes vocales qui peuvent être paralysées, la trachée, la division entre les deux bronches principales, ou carène, qui est élargie s'il y a des ganglions au-dessous, les bronches de 1ère, 2e et 3e générations dans les deux poumons (
Figure in Respiratoire). Elle permet de voir des anomalies de la trachée ou des bronches : rétrécissements ou sténoses, bourgeons, refoulement, positions anormales . On voit aussi des anomalies de la muqueuse (inflammation, néoplasie) ou l'état des sutures bronchiques après chirurgie.
En cas d'anomalie on fait un prélèvement (biopsie) sur la zone suspecte, à travers les orifices bronchiques ou la paroi de la bronche pour ramener un fragment de poumon ou de ganglions. Le tube permet d'aspirer et de laver : pour étudier des cellules à la recherche d'un cancer ou des germes à la recherche d'une infection bactérienne, d'un champignon ou d'un parasite comme le Pneumocystis carinii. On peut aussi mettre en évidence un agent organique ou minéral en vue de l'expertise d'une maladie professionnelle qui, comme l'asbestose (amiante), favorise un cancer.
L' endoscopie permet aussi des traitements locaux : instiller des antibiotiques dans un abcès; boucher une communication (fistule) entre la trachée et la cavité pleurale, le médiastin ou l' œsophage, en utilisant des colles spéciales ou en plaçant une prothèse trachéale; enlever un obstacle tumoral par laser ou cryothérapie ; corriger un rétrécissement bronchique ou trachéal par dilatation mécanique; effectuer une curiethérapie endobronchique en plaçant une source radioactive au contact de la tumeur.
Broussais (François, 1772-1838)
Fils d'un officier de santé et chirurgien navigant, François Broussais est issu d'un milieu modeste et va gravir tous les échelons d'une hiérarchie pour parvenir aux plus hauts, d'où il soutiendra une conception personnelle mais fausse des cancers. Il fait ses études médicales à Saint-Malo puis à l'hôpital maritime de Brest et commence par être chirurgien sur des navires corsaires. Ayant touché une prime substantielle, il complète ses études à Paris en 1798, puis fait les guerres napoléoniennes comme médecin militaire. Après la Restauration, il devient médecin-chef du Val-de-Grâce puis professeur à la Faculté de médecine. C'est alors qu'il va défendre avec toute l'autorité acquise une conception des maladies fondées sur des réactions inflammatoires, en particulier des viscères digestifs : pour lui les cancers entrent dans le cadre général de désordres favorisés par l'irritation qu'il convient d'" éteindre " par des saignées et des sangsues. Sous son influence dans les années 1830, la France importera des dizaines de millions de sangsues chaque année. Le prestige de Broussais retardera l'abandon d'un système erroné et sans utilité. Il devait lui-même mourir d'un cancer du rectum identifié à l' autopsie.
Bernard Hœrni.
Brousse (Paul, 1844-1908)
Médecin, député de Paris, farouche opposant à l'Empire, participant à la Commune et plusieurs fois exilé, Paul Brousse a donné son nom à l'ensemble hospitalier du Sud de Paris, situé à Villejuif, où a été créé, entre les deux guerres mondiales, l'Institut du Cancer qui devait prendre le nom de son fondateur, Gustave Roussy.
Bruno mon fils (Stock, 1975)
Sous-titré Une mère et les médecins, ce témoignage de Janie Maurice, mère de Bruno, présente la leucémie qui va conduire cet enfant de six ans à la mort. Une telle atteinte s'accepte mal, surtout quand on a l'impression qu'il y a négligence, indifférence ou dureté de médecins auprès desquels on vient chercher aide et réconfort. J. Maurice rapporte de façon poignante le bouleversement produit par la maladie, en particulier après le diagnostic qui tombe comme un couperet : " J'attendais la sentence comme une accusée... En ce jour notre enfant fut condamné à mort. " La rémission de la maladie est présentée comme " une seconde naissance " mais la rechute qui lui succède va évoluer vers la mort dans des conditions douloureuses, aggravées par l'insatisfaction de la mère face à un système de soins répondant mal aux besoins de l'enfant et de sa famille. Après la mort de son fils, Janie Maurice a fondé une association pour la défense des malades hospitalisés. Son accusation mesurée mais nette a contribué à accélérer le mouvement d'humanisation des hôpitaux et à améliorer une prise en charge globale des malades et de leurs familles.
Bernard Hœrni.
Brynner (Yul, 1915-1985)
Mort d'un cancer des bronches, le célèbre comédien et acteur de cinéma au crâne rasé, a enregistré un message diffusé après son décès " Maintenant que je suis mort, je vous dis : ne fumez pas. " Gros fumeur pendant trente ans, il s'arrête mais présente une dizaine d'années plus tard un cancer du poumon. Il est traité, recommence à jouer mais présente une rechute qui entraîne sa mort en quelques semaines. Sa fille Victoria arrête de fumer " le jour où j'ai appris que mon père était condamné ". Photographe, elle poursuit la campagne anti- tabac entreprise par son père à la fin de sa vie et fonde, au sein du Memorial Sloan-Kettering Hospital à New York, une Yul Brynner Cancer Foundation pour favoriser la réadaptation des enfants.
Bernard Hœrni.
Bulletin du Cancer
Organe de la Société Française du Cancer, ce périodique est le principal journal francophone en cancérologie. Fondé en 1908, il paraît tous les mois, certains numéros étant spécialement consacrés à la Radiothérapie (Société Française de Radiothérapie Oncologique). Il accueille de nombreux articles scientifiques émanant de France et des pays francophones d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord.
Burg (Constant, 1924-1998)
Après des études à la faculté de médecine de Strasbourg, il devient professeur de physique médicale en 1955, affecté à Nancy au service de médecine nucléaire. Directeur général de l'INSERM en 1969, nommé au Conseil d'État en 1979, il devient président du Conseil d'Administration de l'Institut Curie en 1985 et participe activement à sa rénovation et au développement de ses activités scientifiques en cancérologie expérimentale et radiobiologie. Il laisse une œuvre importante dans les domaines médicaux, scientifiques et administratifs.
Burgess (Anthony, 1917-1993)
D'origine irlandaise, né à Manchester, Burgess connaît, après avoir perdu sa mère très tôt, une enfance difficile. Il épouse la tenancière d'un pub qui l'oblige à apprendre la musique pour animer son établissement. En 1959, alors qu'il connaît une situation matérielle précaire, il est amené à voir un médecin. Il apprend ainsi qu'il est atteint d'une tumeur au cerveau et qu'il ne lui reste plus qu'une année à vivre. Craignant de laisser sa femme dans le dénuement, il veut la faire bénéficier de quelques droits d'auteurs. Il commence donc à écrire comme un forcené, principalement des romans (cinq en un an). Sa femme meurt peu après alors qu'il survit. Il continue d'écrire et publie une quarantaine d'ouvrages marqués souvent par la dérision comme Orange mécanique ou la Symphonie Napoléon, qui rencontrent un grand succès. Considéré comme un des écrivains majeurs de notre temps, Burgess s'installe en Provence. Alors qu'il se sait gravement atteint, il écrit son dernier livre Mozart et Amadeus, où il associe divers modes d'expression, avant de succomber à un cancer, authentique cette fois. Son histoire illustre les aléas du pronostic surtout après un diagnostic imprécis comme l'était souvent, à l'époque, celui d'une tumeur cérébrale. Elle montre aussi les réactions positives que peut présenter une personne confrontée à la perspective de sa mort prochaine et leur conséquence pour elle-même et parfois, comme ici, pour des millions de lecteurs.
Bernard Hœrni.
Burkitt (Denis, 1911-1993)
Ce chirurgien anglais a laissé son nom au lymphome qui a contribué à d'importants progrès dans la compréhension des cancers et a également défendu le rôle des fibres alimentaires dans leur prévention. Son goût pour les voyages a sans doute été favorisé par son père qui avait mis au point le baguage des oiseaux migrateurs.
Ayant perdu un œil dans l'enfance à la suite d'un accident, après ses études de médecine à Dublin et de chirurgie à Edimbourg, il voit pour cela son engagement dans l'armée anglaise en Afrique rejeté. Après la Seconde Guerre mondiale il rejoint un hôpital de brousse en Ouganda. C'est là que son attention est attirée en 1957 sur de curieux cas de tumeurs de la mâchoire chez l' enfant noir. Il analyse les cas observés et se livre, auprès de ses confrères de l'Est africain, à une vaste enquête qui va le convaincre que ce lymphome est lié à des conditions climatiques (latitude et altitude) correspondant à la zone d'extension du paludisme. Cela le conduit à évoquer la responsabilité des moustiques transmettant un virus qui sera isolé par Anthony Epstein et Yvonne Barr, puis le rôle du paludisme lui-même dans des désordres immunitaires favorisant l'éclosion de la tumeur. Étudié par les épidémiologistes, les anatomo-pathologistes, les immunologistes, les virologues, les chimiothérapeutes, le lymphome de Burkitt va être à l'origine de nombreuses découvertes significatives pour l'ensemble des cancers.
En 1964 Burkitt cesse d'exercer la chirurgie mais poursuit des recherches en cancérologie pour insister sur la relation inverse entre fibres alimentaires et cancers digestifs. Il oppose l'alimentation riche en fibres des Africains qui rejettent d'abontantes matières fécales et font peu de cancers du côlon et la situation inverse en Occident. Il sera à l'origine de la " cuillère de son " à prendre au petit déjeuner pour ajouter des fibres à l'alimentation occidentale qui en est trop privée. Après sa retraite en 1976, il poursuit son activité scientifique et se déplace beaucoup pour donner des conférences dans un style vécu toujours très apprécié, soulignant que " le cœur précède la tête ".
Bernard Hœrni.
Burkitt (Lymphome de)
Ce lymphome a joué un grand rôle dans la reconnaissance d'un virus à l'origine de cancers humains. Il a permis de découvrir le virus d' Epstein-Barr (EBV), responsable d'une maladie infectieuse bénigne, la mononucléose infectieuse, et qui favorise, à côté du lymphome de Burkitt, le cancer du nasopharynx. Cependant on ignore encore le rôle exact, d'ailleurs facultatif, que joue ce virus à l'origine du cancer.
C'est un lymphome agressif, caractérisé par la prolifération de lymphocytes de type B qui ont le plus souvent, à la surface de leur membrane, une immunoglobuline (Ig) de type M. L'étude cytogénétique retrouve des échanges typiques de fragments entre deux chromosomes. Ces translocations provoquent l'activation d'un oncogène (c-myc, situé sur le chromosome 8) qui vient s'accoler à un gène, actif dans ces cellules, codant pour les immunoglobulines, sur le chromosome 14, 2 ou 22.
La recherche de marqueur de l'EBV au niveau de l' ADN cellulaire et l'étude sérologique permettent de préciser s'il s'agit d'une forme endémique (sérologie et marqueur positifs) ou non. On distingue en effet deux formes. Le lymphome endémique a été décrit en Afrique sur des arguments épidémiologiques par le chirurgien anglais Denis Burkitt (Figure). En partie lié à l'EBV, il provoque des tumeurs de l' abdomen (80%), des mâchoires (maxillaires), du nasopharynx et de l' orbite. La forme non endémique est observée ailleurs, sans répartition géogra-phique privilégiée ; c'est le plus fréquent des lymphomes de l'enfant ; ses facteurs déclenchants ne sont pas connus (cancérogène chimique ?) ; la tumeur initiale est dans l'abdomen (75%), les ganglions, la moelle osseuse (avec possible leucémie), rarement l'os maxillaire.

Burkitt
Le lymphome de Burkitt s'observe préférentiellement en Afrique dans une aire géographique, située autour de l'équateur, qui dépend de l'humidité, de l'altitude et de la présence de paludisme (par les moustiques).
Trois fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles, avec un pic de fréquence autour de 7 ans, le lymphome de Burkitt peut se voir chez des enfants plus jeunes et même chez l'adulte (parfois associé à une infection par le VIH). Il se manifeste par l'apparition rapide d'une tumeur dans l'abdomen, parfois d'emblée par une complication : invagination ou occlusion intestinale aiguë, péritonite par perforation, plus rarement par un ganglion isolé du cou, une tumeur maxillaire ou une leucémie.
L' hospitalisation doit être immédiate. Le diagnostic repose sur la ponction à l'aiguille de la masse tumorale ou d'un liquide voisin et sur l'examen du frottis qui montre les lymphocytes cancéreux. Le bilan d'extension définit le stade par échographie abdominale, radiographie pulmonaire, examen ORL, ponction de la moelle osseuse (myélogramme), ponction lombaire pour examen du liquide céphalo-rachidien. D'autres examens ne pourraient que retarder le traitement qui est urgent.
La chimiothérapie exclusive guérit 80% des cas. Le début du traitement (induction) doit être progressif pour amortir la cytolyse, due à une destruction (nécrose) massive de cellules cancéreuses, surtout si la masse tumorale est importante (risque d' insuffisance rénale). Dans les cas d'affection localisée, après la disparition de tous signes de maladie (rémission complète), la thérapeutique ne comprend que deux cycles supplémentaires de consolidation. Dans les stades plus avancés (III et IV envahissant la moelle osseuse), six cycles sont nécessaires ; la perfusion intraveineuse de méthotrexate à haute dose et de cytarabine en continu, associée à un traitement intrarachidien par ponction lombaire prévient les rechutes dans le système nerveux central (neuroméningées). Les formes avec atteinte neuroméningée initiale se traitent par une chimiothérapie renforcée par étoposide et cytarabine. La chimiothérapie massive suivie d' autogreffe ou allogreffe de moelle osseuse est réservée aux patients en rechute.
Tout lymphome de Burkitt n'ayant pas récidivé dans les 12 mois suivant le diagnostic est guéri. Dans les stades I et II le taux de guérison est proche de 100%. Dans les stades III et IV, il est entre 85 et 90% et, dans les stades IV avec envahissement neuroméningé, de 60 à 70%. En cas de rechute, si le lymphome reste sensible à la chimiothérapie, 30 à 40% de guérisons sont obtenues grâce à une thérapeutique massive mais, s'il existe une chimiorésistance, le pronostic est sombre.
La brièveté du traitement (trois à six mois) permet de réduire les séquelles. Les plus sérieuses concernent la reproduction (stérilité secondaire au cyclophosphamide à haute dose).
Ainsi ce lymphome très malin spontanément voit son pronostic transformé par la chimiothérapie qui permet de le guérir sans séquelle dans la majorité des cas.
Burney (Fanny, 1752-1840)
Romancière anglaise ayant épousé un général français, elle subit, en 1811 à Paris, une amputation du sein dont elle a témoigné. Elle est soignée par Antoine Dubois, accoucheur de l'impératrice et Dominique Larrey, chirurgien en chef de la Grande Armée. Le jour de l'intervention, elle s'étonne de devoir retirer sa robe de chambre. Elle est allongée, un linge lui cachant le visage. Alors que l' anesthésie n'existait pas encore, elle se met à hurler dès que Dubois plonge le scalpel dans son sein, puis se calme malgré une atroce douleur pendant une opération qui dure une vingtaine de minutes et pendant laquelle elle s'évanouit. Elle se réveille alors qu'on la transporte sur son lit pour voir le " bon Dr Larrey, presque aussi pâle que moi, le visage strié de sang, avec une expression de chagrin, de crainte et presque d'horreur ".
Bernard Hœrni.
Burn-out
Voir Épuisement.
Busulfan
Médicament anticancéreux de la famille des alkylants
qui agit sur l' ADN du noyau cellulaire. C'est un des
rares cytotoxiques que son absorption digestive importante
permet de prendre par la bouche. Il s'administre à la dose
de 3 à 5 mg/m² par jour, chaque jour, pendant plusieurs semaines.
Comme les autres médicaments anticancéreux, il est toxique pour
les cellules du sang et entraîne une diminution
des globules blancs et des plaquettes.
Son usage prolongé peut provoquer une fibrose des poumons et une insuffisance
respiratoire. Il est aussi dangereux pour les glandes
endocrines et détermine un arrêt des règles
ainsi qu'une atteinte des glandes surrénales
qui se traduit par une pigmentation accentuée de la peau. Il servait
surtout au traitement des syndromes myéloprolifératifs,
en particulier de la leucémie myéloïde
chronique dont il était le médicament électif, désormais
remplacé par l' hydroxycarbamide. L'apparition
de nouveaux traitements actifs dans cette leucémie (interféron,
greffe de moelle) font qu'il n'est plus guère
utilisé.
Jacques Chauvergne.
Buzzati (Dino, 1906-1972)
Écrivain italien, profondément marqué par la mort de
son père, en 1920, d'un cancer du pancréas
dont il sera victime à son tour. Connaissant son diagnostic
et son pronostic il rédige Le
Régiment *part à l'aube qui paraîtra à
titre posthume.